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Bilan du siècle
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L'histoire électorale du Québec de 1867 à 2017
Analyses, carnets électoraux, tableaux
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Jean-Herman Guay (politologue) et Serge Gaudreau (historien)

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Harold Randall Griffith (1894-1985) MD, CM, OC

Né à Montréal, le Dr Harold Randall Griffith a obtenu son diplôme de MD, CM de l'Université McGill en 1922 et son doctorat en médecine homéopathique du Collège médical Hahnermann de Philadelphie en 1923. Nous qui pratiquons l'anesthésie seront toujours redevables au Dr Harold, comme ses pairs l'appelaient affectueusement, parce qu'avec son résident le Dr Enid Johnson, il se servit du curare pour la première fois le 23 janvier 1942 en cours d'anesthésie pour relaxer les muscles. Ce jour-là, presque un siècle après que William Morton eut prouvé que l'éther pouvait s'employer comme anesthésique, il a révolutionné la pratique de l'anesthésie en démontrant qu'une substance que l'on avait jusqu'alors considérée comme un poison offrait la possibilité d'être utilisée sans danger pour relaxer les muscles durant une chirurgie. Les historiens seraient fondés de parler de l'anesthésie « avant et après Griffith ». L'introduction de relaxants musculaires a réduit la quantité d'anesthésique nécessaire, repoussé les limites de la chirurgie, amélioré les conditions opératoire et diminué la morbidité et probablement la mortalité. Le Dr Harold Griffith a donc été l'auteur du plus important progrès depuis la création de la spécialité dont la création était encore récente et bien qu'elle ait connu beaucoup d'autres progrès depuis 1942, aucun ne se compare en importance à celui que nous devons au Dr Griffith. Cet homme tranquille et humble a consacré sa vie à l'anesthésie et a fait beaucoup d'autres contributions à notre spécialité qui ont été largement saluées et pour lesquelles il a reçu de nombreux prix. Son intérêt pour l'anesthésie s'est manifesté pendant ses études médicales et s'est transformé en fascination. Il se rendit compte que grâce à la recherche et à l'enseignement il serait possible de faire faire de grands progrès à cette spécialité. Il eut la chance de compter parmi ses nombreux amis trois des plus grands anesthésistes du monde. Il s'agissait du Dr Frank McMechan qui a fondé la Société internationale de recherche en anesthésie, du Dr Wesley Bourne qui est devenu le premier professeur d'anesthésie à l'Université McGill et du Dr Ralph Waters de Madison, Wisconsin, qui était un expert mondial en anesthésie au cyclopropane et qui fut le premier professeur titulaire d'anesthésie dans une école médicale. Le Dr Griffith a publié son premier article sur l'anesthésie, dans lequel il établissait les directives de la pratique de l'anesthésie sans danger en 1922, alors qu'il n'était qu'étudiant en médecine. Il y soulignait l'importance d'observer et de noter les signes vitaux et d'assister la respiration si elle semblait insuffisante. Il devint le chef de l'anesthésie à l'hôpital homéopathique de Montréal en 1923, et le resta jusqu'à 1959 et continua à pratiquer l'anesthésie jusqu'en 1966. En 1923 il croyait que l'éthylène était un meilleur anesthésique que l'oxyde nitreux et fit des exposés sur le sujet à des réunions internationales qui retinrent l'attention du Dr McMechan et du Dr Waters. Ils vinrent le voir à Montréal. Ils l'ont rapidement gagné à leur cause : faire avancer la spécialité balbutiante et méconnue de l'anesthésie et d'en faire la promotion. Sa stature de clinicien, enseignant, chercheur et organisateur grandit rapidement. Le Dr Waters fut le premier à se servir du cyclopropane qu'il fit connaître au Dr Griffith. Ce dernier commence alors - en 1933 - à s'en servir exclusivement et à publier de nombreux articles sur l'anesthésie au cyclopropane. En 1940 le Dr Lewis Wright lui dit que le curare pourrait être utilisé avec succès pour relaxer les muscles durant une chirurgie et que le Dr A. E. Bennett s'en servait pour réduire la contraction des muscles durant une thérapie à l'électrochoc en psychiatrie. Utiliser ce poison l'inquiéta, mais : «Je me suis dit que s'il ne tuait pas les patients du Dr Bennett, il ne ferait sans doute pas grand tort aux nôtres parce que le plus grand danger serait la paralysie respiratoire et que, même alors, les anesthésistes savaient comment maintenir une respiration contrôlée pendant de longues périodes. J'ai donc demandé au Dr Wright de m'envoyer de l'intocostrin». Lorsqu'il en administra à un jeune homme subissant une appendicectomie le 23 janvier 1942, il observa une relaxation des muscles, put réduire la concentration de cyclopropane et n'eut pas à assister la ventilation. Il se servit de l'intocostrin dans 24 autres cas et en conclut que la drogue pouvait être utilisée sans danger pour relaxer les muscles. Son article parut dans Anesthesiology en juillet 1942. Il comprenait les problèmes que posait le curare et, tandis que d'autres l'essayeraient en laboratoire pour l'abandonner ensuite, il s'en servit sagement et courageusement en salle d'opération et prouva qu'il était sans danger. Le Dr Griffith avait déjà fait preuve de son courage lorsque, durant le Première Guerre mondiale, il fut décoré de la Médaille militaire pour bravoure à la Bataille de la crête de Vimy. Il passa ensuite à la marine où il fut médecin-sous-lieutenant chargé des anesthésies. Lieutenant-colonel de l'Aviation royale du Canada dans la Seconde Guerre mondiale, il mit sur pied un programme de formation accélérée en anesthésie à l'intention des médecins qui iraient en Europe faire des anesthésies. Il eut donc l'honneur de servir dans les trois corps des forces armées. Lorsque le Dr Wesley Bourne devint le premier professseur et président du département d'anesthésie à l'Université McGill, il invita le Dr Griffith à se joindre à son personnel. Ce dernier se servit de l'expérience qu'il avait acquise à former les médecins en anesthésie durant la guerre pour organiser le programme de formation des résidents en anesthésie de l'université. Le Dr Griffith devint professeur et président du département d'anesthésie en 1951 lorsque le Dr Bourne prit sa retraite, et le demeura jusqu'à 1956. Cette année-là, il fut nommé professeur émérite du département d'anesthésie de l'Université McGill. Pendant 30 ans, il fut aussi directeur médical de l'Hôpital homéopathique de Montréal qui prendrait plus tard le nom d'Hôpital Queen Elizabeth. Le Dr Griffith mit sur pied la première salle de réveil au Canada en 1943 et une unité de soins intensifs en 1961. Croyant que la communication offrait le meilleur moyen de faire avancer l'anesthésie, il organisa la Société des anesthésistes canadiens à Montréal, qui trois ans plus tard, en 1943, deviendrait la Société canadienne des anesthésistes. Il en fut le premier président et conserva ce poste trois ans. Il fut vice-président de la Société américaine des anesthésiologistes en 1946, élu président de la Société internationale de recherche en anesthésie en 1948 et, de 1949 à 1952, présida son conseil d'administration. De 1951 à 1955, il travailla à ce qu'il considéra probablement comme sa plus grande contribution à l'anesthésie, soit l'organisation de la Fédération mondiale des sociétés d'anesthésiologistes. Il en fut élu président à la première réunion aux Pays-Bas en 1955 et, à la seconde réunion à Toronto en 1959, président-fondateur en permanence. Il fut membre du conseil et membre du comité de rédaction de Anesthesia et Analgesia de 1952 à 1961 et vice-président de l'Académie des anesthésiologistes de 1952 à 1955. Le Dr Griffith reçut de nombreux prix durant sa vie, dont le Prix Feltrinelli de l'Academe dei Lincei de Rome en 1954, la Médaille Hickman de la Société Royale de médecine de Londres en 1956, le Prix de service méritoire de l'ASA en 1959 (le seul non Américain à recevoir ce prix), la distinction de président-fondateur de la Fédération mondiale des sociétés d'anesthésiologistes en 1959, la Médaille d'or de la Société canadienne des anesthésistes en 1962, le Prix Ralph Waters de la Société d'anesthésiologie de l'Illinois en 1970, la distinction d'officier de l'Ordre du Canada en 1974 et un doctorat en droit honorifique de l'Université de la Saskatchewan en 1974. Le Dr Griffith, par son attitude, sa motivation, son énergie et son courage, peut servir de modèle à quiconque souhaite faire avancer notre spécialité. Ceux d'entre nous qui avons la bonne fortune de travailler avec le Dr Harold ne l'oublieront jamais. Il voulait à tout prix que la recherche en anesthésie soit toujours florissante. Il est donc tout à fait approprié que l'Université McGill ait établi la chaire de recherche Harold R. Griffith en anesthésie dont le premier titulaire a été nommé en 1992. Cette chaire comble les voeux qu'il avait formulés de voir la recherche se poursuivre et répond aux souhaits de ses nombreux admirateurs qui voulaient que ses contributions à notre spécialité ne soient jamais oubliées.


En référence: Société Canadienne des anesthésiologistes (SAC) http://www.cas.ca/public/anesthesia_greats/default.asp?load=griffith Article écrit par J Earl Wynands, MD, CM Professeur émérite Département d'anesthésie Faculté de médecine Université d'Ottawa
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