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Daniel Johnson (1915-1968) Homme politique

Élu député de Bagot pour la première fois lors d'une élection partielle, en 1946, il n'entre dans le cabinet du premier ministre Maurice Duplessis qu'en 1958, comme ministre des Ressources hydrauliques. Il garde ce titre jusqu'à ce que l'Union nationale (UN) soit écartée du pouvoir, en 1960. Au terme d'une course au leadership chaudement contestée, il devance Jean-Jacques Bertrand et devient chef de l'UN en 1961. L'année suivante, il fait face à Jean Lesage dans le premier débat télévisé entre chefs politiques québécois dans le cadre de la campagne électorale de 1962. Battu à cette occasion, il travaille à la reconstruction de l'UN. Celle-ci tire avantage des inégalités de la carte électorale pour former de nouveau le gouvernement en 1966, malgré un net recul sur les libéraux au niveau des intentions de vote. Le nouveau premier ministre poursuit dans la foulée des libéraux, notamment dans le domaine de l'éducation où les budgets connaissent une croissance importante. Loin de sabrer dans les acquis de la Révolution tranquille, Daniel Johnson encourage les interventions étatiques - la Société d'habitation du Québec, Radio-Québec, etc. - et l'expansion d'un appareil gouvernemental de plus en plus imposant. Sa conception de la place du Québec dans la Confédération canadienne, qu'il explique en 1965 dans le livre «Égalité ou Indépendance», l'amène à revendiquer une plus grande autonomie pour sa province. Sa mort soudaine, en septembre 1968, alors qu'il est encore en fonction, prend par surprise la classe politique québécoise. Fait étonnant, deux de ses fils, le péquiste Pierre Marc (1985) et le libéral Daniel fils (1994), seront eux aussi, brièvement, premiers ministres du Québec.


En référence: L'Encyclopédie du Canada: édition 2000, Montréal, Stanké, 2000, p.1320-1321. Bibliothèque de la législature, Répertoire des parlementaires québécois, 1867-1978, Québec, 1980, p.294. Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert, François Ricard, Histoire du Québec contemporain: le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986, p.652-653.
En complément: Robert Comeau et al., Daniel Johnson: rêve d'égalité et projet d'indépendance, Sillery, Presses de l'Université du Québec, 1991, 451p. Jean-Louis Laporte, Daniel Johnson: cet inconnu, Montréal, Beauchemin, 1968, 112p. Pierre Godin, Daniel Johnson, Montréal, Éditions de l'hommme, 1981, 2 v. Paul Gros d'Aillon, Daniel Johnson : l'égalité avant l'indépendance, Montréal, Stanké, 1979, 257 p. Jean Loiselle, Daniel Johnson : le Québec d'abord, Montréal, VLB, 1999, 267 p.
Compléments biographiques

Né à Danville (Estrie), le 9 avril 1915

Candidat élu de l'Union nationale à l'Assemblée législative dans Bagot (1946, 1948, 1952, 1960, 1962, 1966)

Gouvernement de Maurice Duplessis
Adjoint parlementaire du président du Conseil exécutif (1er janvier au 15 décembre 1955)
Orateur suppléant (15 décembre 1955 - 30 avril 1958)

Gouvernements de Maurice Duplessis, de Paul Sauvé et d'Antonio Barrette
Ministre des Ressources hydrauliques (30 avril 1958 - 5 juillet 1960)

Élu chef de l'Union nationale (23 septembre 1961)

Chef de l'opposition à l'Assemblée législative (1961 - 1966)

Premier ministre du Québec et président du Conseil exécutif (16 juin 1966 - 26 septembre 1968)
Ministre des Richesses naturelles (16 juin 1966 - 31 octobre 1967)
Ministre des Affaires fédérales-provinciales (16 juin 1966 - 26 avril 1967)
Ministre des Affaires intergouvernementales (26 avril 1967 - 26 septembre 1968)

Décédé en fonction au barrage Manic-5 (Côte-Nord), le 26 septembre 1968

Lorsqu'il devient premier ministre : 51 ans, 2 mois, 7 jours
Lorsqu'il quitte : 53 ans, 5 mois, 17 jours
Il a été premier ministre pendant : 2 ans, 3 mois et 10 jours (1966-1968)

Dans les médias

«...Cet homme pouvait sembler raide et intolérant dans certaines de ses interventions publiques. Il pouvait, en certaines circonstances, être trop partisan. Mais le véritable Daniel Johnson était autre. Il était le plus modeste, le plus attentif, le plus tolérant des hommes. Il y avait chez lui un désir de bien faire, un désir de servir le peuple, un sens de l'égalité de tous, qui étaient exemplaires. On constatait, chez lui, au moment où il accéda aux responsabilités du pouvoir, une détermination prononcée de ne pas agir seul, de gouverner avec une équipe, de travailler avec le concours de tous les éléments du Québec. Cet aspect de sa personnalité devait malheureusement s'estomper sous la fatalité impitoyable d'un agencement de choses qui fait tout converger à Québec vers la table du premier ministre. Écrasé sous le fardeau, il devait finalement sacrifier sa vie à ses fonctions. On se rappellera au moins que, si le sort l'obligea à gouverner autrement qu'il l'eût souhaité, le temps n'eut pas la chance de détruire en lui les admirables qualités humaines que tous appréciaient. »

Claude Ryan, « M. Daniel Johnson, premier ministre du Québec », Le Devoir, 27 septembre 1968, p. 4.


«...Ce qui frappe le plus quand on considère l'ensemble de la carrière politique du disparu, c'est l'extraordinaire métamorphose que les responsabilités du pouvoir avaient produite chez lui. (...) Il n'a pas trahi les volontés les mieux éclairées chez les nôtres, qui tendent de toutes leurs forces à accorder pleinement le Québec aux rythmes du monde moderne. Non seulement il ne les a pas trahies, il les a encouragées. À la surprise d'un certain nombre de ses amis et de la plupart de ses adversaires, Daniel Johnson s'est révélé un chef politique très moderne, et, disons le mot, remarquablement jeune d'idées et de style, quoi qu'il en soit de la validité des critiques qu'on puisse formuler sur d'autres plans. Comportement surprenant chez lui, chez le chef d'une formation politique qui avait été, par tradition, le plus ferme soutien d'un conservatisme s'étendant à tous les domaines. Ce n'est pas déformer la vérité que de rappeler qu'il avait été à l'école de M. Duplessis. Mais il fut très différent du fondateur de l'U.N., sans jamais tourner le dos à la clientèle traditionnelle de ce parti. »

Guy Cormier, « Un chef moderne », La Presse, 27 septembre 1968, p. 4.


«...Il est enfin révélateur que tous ceux qui ont été appelés jusqu'à maintenant à commenter publiquement le mort de M. Johnson se soient instinctivement accordés pour le décrire comme un homme extrêmement attachant. C'est certainement pourquoi la perte brutale de l'homme a frappé bien davantage que celle du chef du gouvernement et pourquoi elle risque de provoquer une crise importante au Québec. Car, dans l'état de tension qui entoure presque nécessairement l'épanouissement contemporain du Québec et des Canadiens français, ce dont nous avons essentiellement besoin, c'est d'hommes capables de sortir les questions de leur contexte idéologique et émotif, d'hommes dont on puisse sentir qu'ils sont des hommes avant d'être des protagonistes, et qu'au-delà des divergences de moyens ils peuvent s'entendre sur le bonheur de leur peuple, parce qu'ils sont aussi des hommes. Le meilleur hommage que nous pourrons ainsi rendre à Daniel Johnson sera d'essayer d'être après lui, de ceux-là. »

Jocelyn Lavoie, « Deux traits dominants de M. Johnson », Le Soleil, 28 septembre 1968, p. 4.


«...Even those who disagreed with him - and at times disagreed emphatically - felt his charm and friendliness, his thoughtfulness for others and his good humor. Though living in the extraordinary tension of an era of transition, and moving amidst controversies and pressures from every direction, he maintained his composure, the unruffled manner, the soft-spoken answer even to the provocative question. Every political leader faces his troubles. But few have had to face more troubles in so brief a time as Premier Johnson. He presided over a province much divided in its own views, and aims, and wishes. He had been striving, and not without success, to establish some sort of reasonable consensus within Quebec, and to adjust it to a reasonable consensus of the rest of Canada. The difficulties of any leader in such a position may be readily imagined, and considerable allowance has to be made for many of the manoeuvres necessary to maintain even a tolerable balance among conflicting forces. »

« Premier Daniel Johnson », The Gazette, 26 septembre 1968, p. 6.


«...The magnitude of the blow Quebec has suffered in the death of Daniel Johnson can be realized only when set in its historical perspective. The warm-hearted, cool-headed man, endowed with a rich vein of humor, was seen on coast-to-coast television Wednesday, to all appearances at the top of his form. His tragic end recalls the fate of Paul Sauvé, his old friend and colleague, who died after only a hundred days in office. (...) It would be dishonest of this newspaper to applaud today everything that Mr. Johnson did and tried to do. He inherited office in a difficult situation. The province had experienced a drastic social revolution. It is fair to say that not only were its immediate resources nearly exhausted but that Quebec also emotionally seemed to long, at least temporarily, for a rest from the full flight of change. He provided that respite which may, in fact, have coincided with his own deeply conservative instincts. He was indeed neither a revolutionary nor an innovator, but, like the party he succeeded to, he was a preserver of values in which he believed strongly. »

« Daniel Johnson : preserver of values », The Montreal Star, 27 septembre 1968, p. 8.


«...Many in Ottawa found Daniel Johnson a welcome change after the bombast and table-thumping of Jean Lesage. Even during his confrontation with Pierre Elliott Trudeau at the Federal-Provincial Conference early this year, Mr. Johnson did not raise his voice. Neither did Mr. Trudeau - and this whole historic tableau (historic if only because it help propel Mr. Trudeau into the prime ministership) was conducted in the soft tones of the parlor, rather than the soarings of the woodshed. Perhaps, like Mr. Trudeau, he was a many-sided man. Instead of being two Johnsons, he may in reality have been one very suave and extremely intelligent politician, alternating from « hard » to « soft » as a political tactic. If so, what was his goal ? Was it really the salvation of the nation on the best possible terms for Quebec, or was it the glorification of Quebec at the expense of the nation ? In the shock of his death, the former view is the fashionable one, and certainly the preferable one. For a more accurate appraisal of this remarkable man, we shall have to wait a while. Until his legacy can be seen more clearly. »

Charles Lynch, « The riddle of Daniel Johnson », The Ottawa Citizen, 27 septembre 1968, p. 7.


«...M. Daniel Johnson était avant tout un homme politique et non pas un héros national. Partisan d'une refonte des institutions canadiennes, d'un « statut particulier » pour le Québec, ce « foyer national » des Canadiens français (...) il craignait le séparatisme. L'indépendance du Québec n'était pas pour lui un but; simplement une menace qu'il estimait bon de brandir surtout en période électorale ou l'avant-veille de négociations délicates avec le gouvernement fédéral. (...) Irlandais par son père, Canadien français par sa mère, M. Daniel Johnson conciliait une certaine impétuosité avec un sens aigu de la procédure. Fervent du verbe et des gestes symboliques - c'est ainsi qu'il refusa d'assister à une réception officielle offerte par la reine Elisabeth, par exemple - c'était aussi un pragmatique. Mais de plus en plus sa situation devenait difficile : incapable d'imagination, il n'était pas parvenu à renouveler véritablement l'Union nationale. Prisonnier des conceptions conservatrices de ses mandants, menacé par un renouveau du séparatisme au Québec et un renouveau du fédéralisme à Ottawa, il s'enfonçait dans l'attentisme. Mais n'est-ce pas aussi la situation du Québec, auquel il s'était tout entier consacré ? »

Jacques Amalric, « Un Québécois pragmatique », Le Monde (France), 28 septembre 1968, p. 3.



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