Publication des «Insolences du frère Untel» de Jean-Paul Desbiens

 


Jean-Paul Desbiens (Le Frère Untel).Année: 1960. © nd Auteur: Inconnu. Référence: Le Mémorial du Québec.

[ Septembre 1960]

Sous le pseudonyme du frère Untel, Jean-Paul Desbiens se livre à une critique mordante de la société québécoise, attaquant la pauvreté de la pensée, dénonçant la religion marquée par la peur et pourfendant le système d'enseignement qu'il juge archaïque. Desbiens propose également des pistes de réforme dans cet ouvrage qui sera précurseur des bouleversements de la Révolution tranquille.

Entre octobre 1959 et juin 1960, le journal «Le Devoir» avait publié une série de lettres du frère Untel dénonçant la situation du français au Québec. Son livre, «Les Insolences du frère Untel», a l'effet d'une bombe dans la société québécoise encore fortement imprégnée par les valeurs catholiques, d'où la condamnation romaine qui pesera sur l'auteur. Le livre se divise en deux parties : «Frère Untel démolit» et «Frère Untel ramollit». La deuxième partie, moins dure que la première, constitue en quelque sorte une harangue aux professeurs laïques sur le métier d'enseignant. Le frère Untel a vraisemblablement voulu y atténuer les effets corrosifs de la première partie dans laquelle il s'attaque aux valeurs de la société en ce qui a trait à l'éducation, la langue et la religion. À cet égard, la démarche de Desbiens reste profondément politique. De plus, il renouvelle le débat sur le joual en affirmant que l'État québécois doit légiférer sur le français, cette langue étant un bien commun qu'il faut protéger. Sa revendication invite à la dignité collective, puisque la langue rappelle notre servilité et notre cassure comme peuple. Enfin, l'auteur démontre l'échec de notre système d'enseignement, plus particulièrement de notre système public. Les attaques du frère Untel ne manquent pas de piquant : «Je pense qu'il faudrait fermer le Département (de l'Instruction publique) pendant deux ans, au moins, et envoyer tout le personnel enseignant à l'école. La crise de tout enseignement, et particulièrement de l'enseignement québécois, c'est une crise d'enseignants. Les enseignants ne savent rien. Et ils le savent mal.»


En référence: André Gaulin, «Les Insolences du Frère Untel», Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec (1960-1969), Tome IV, Montréal, Fides, 1984, p.434-439. Michel Laurin (dir.), Anthologie de la littérature québécoise, Montréal, CEC, 1996, 320 p. L'encyclopédie du Canada: tome 2, Montréal, Stanké, 1987, p.990. Jean-Paul Desbiens, Les insolences du frère Untel, Montréal, Éd. de l'homme, 1960, p.48. Conseil de la langue française, Le français au Québec: 400 ans d'histoire et de vie, Québec - Publications du Québec et Fides, 2000, p.228.
En complément: Alain Fournier, Un best-seller de la révolution tranquille : Les insolences du frère Untel, Québec, Centre de recherche en littérature québécoise, Université Laval, 1988, 159 p.

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