Tenue d'un grand Congrès eucharistique à Montréal

 


Baldaquin de trente mètres de haut érigé au mont Royal lors du congrès eucharistique. De là, quelque 100 000 personnes reçoivent la bénédiction du délégué papal, le cardinal Vanutelli.Année: 1910. © Hélène Bernier Auteur: Inconnu. Référence: Collection Hélène Bernier.

[6 septembre 1910]

En présence des plus hauts dignitaires de l'Église catholique romaine, dont le représentant du pape Pie X, le cardinal légat Vincenze Vannutelli, Montréal accueille chaleureusement le XXIe Congrès eucharistique eucharistique international qui se terminera le 11 septembre. Le Congrès est également l'occasion d'une affirmation solennelle du rôle du Canada français dans la diffusion de la foi en Amérique, avec le fameux discours «La langue, gardienne de la foi», que prononce Henri Bourassa.

L'archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési , est à l'origine de ce congrès eucharistique international, le premier à se tenir en Amérique. L'événement est un grand succès malgré quelques petits incidents qui feront beaucoup parler. Le premier survient la veille de la clôture du congrès, alors que l'archevêque de Saint-Boniface, Mgr Langevin, patriote déçu de la situation du français dans l'Ouest canadien, demande et obtient la bénédiction du représentant papal pour le drapeau Carillon-Sacré-Coeur, emblème des Canadiens-français, devant 25 000 membres de l'Association catholique de la jeunesse canadienne. Un autre incident a lieu le même soir. Devant un énorme public, l'archevêque Bourne de Westminster (Londres) réclame l'utilisation de la langue anglaise par les catholiques du Canada. C'est Henri Bourassa, leader des nationalistes au Canada français, qui lui donne la réplique, mettant l'emphase sur l'importance du travail effectué par les catholiques de langue française en Amérique. Bourassa déclare entre autres : «Je ne veux pas par un nationalisme étroit dire ce qui serait le contraire de ma pensée, et ne dites pas, mes frères, ne dites pas, mes compatriotes, que l'Église catholique doit être française au Canada; non; mais dites avec moi que la meilleure sauvegarde de la conservation de la foi chez trois millions de catholiques d'Amérique, qui furent les premiers apôtres de la chrétienneté en Amérique, que la meilleure garantie de cette foi est la conservation de l'idiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ont adoré le Christ.» Puis, il conclut : «...que l'on se garde avec soin d'éteindre ce foyer intense de lumière, qui éclaire tout un continent depuis trois siècles (...) Mais, dira-t-on, vous n'êtes qu'une poignée, vous êtes fatalement destinés à disparaître; pourquoi vous obstiner dans la lutte? Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais à l'école du Christ, je n'ai pas appris à compter le droit et les forces morales d'après le nombre et les richesses. Nous ne sommes qu'une poignée; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons droit de vivre [...].» Ces paroles de Bourassa soulèvent l'enthousiasme de la foule et celui du légat du pape qui serre la main du tribun, un geste plutôt inusité. Pour clôturer les célébrations de ce XXIe Congrès eucharistique, une immense procession traverse la ville, partant de l'église Notre-Dame jusqu'à un reposoir sur le Mont-Royal. Le cortège met quatre heures à s'ébranler (de 12 heures 30 à 16 heures 30) et le Saint-Sacrement, porté par le cardinal-légat Vannutelli, atteint le reposoir à 19 heures. On évalue la foule à plus de 100 000 personnes. Il s'agit d'un triomphe de l'Hostie, mais aussi d'un triomphe pour Mgr Bruchési. Le Congrès eucharistique de Montréal sera suivi de près par le premier Congrès de tempérance à Québec.


En référence: Le Devoir, 7 septembre 1910, p.1-2 et 6, 12 septembre 1910, 1-4 et 7 à 10.
En complément: Congrès eucharistique international, XXIe Congrès eucharistique international, Montréal, Montréal, Librairie Beauchemin, 1911, 1102 p. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec: Mgr Bruchési, Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1944, p.91-130. Le Mémorial du Québec, tome IV, 1890-1917, Montréal, éd. La Société des éditions du Mémorial, 1981, p.245. Conseil de la langue française, Le français au Québec: 400 ans d'histoire et de vie, Québec - Publications du Québec et Fides, 2000, p.188-190.

  ©  Tous droits réservés - Bilan du Siècle - Directeur: Jean-Herman Guay Perspective monde