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Imposition de la Loi des mesures de guerre par le gouvernement canadien

18 août 1914

La Loi des mesures de guerre, que fait adopter le gouvernement conservateur de Robert Borden, accorde au gouvernement fédéral des pouvoirs spéciaux lui permettant de gouverner par décret lorsqu'il peçoit la menace «d'une guerre, d'une invasion ou d'une insurrection, réelle ou appréhendée». L'État reçoit également des pouvoirs accrus en matière de détention, d'exclusion et de déportation d'immigrants.

Au cours de la guerre, plusieurs étrangers seront détenus et les associations ethniques interdites. Pendant cette période, l'immigration chutera considérablement et les sentiments xénophobes seront renforcés un peu partout à travers le pays. Ce sont surtout les immigrants d'origine allemande et austro-hongroise qui feront les frais de la Loi des mesures de guerre. Le durcissement de ces mesures se fera de façon progressive. La première étape consistera d'abord à exiger l'enregistrement de tous les étrangers au Canada et de leur imposer un couvre-feu. Ces mesures seront particulièrement strictes pour les ressortissants allemands, envers qui on manifeste une certaine méfiance. Si au début des hostilités le gouvernement de Robert Borden semble prêt à adopter une position assez tolérante à l'égard des immigrants, l'opinion publique canadienne ne suivra pas. En 1916, on verra naître à Toronto la Ligue Anti-allemande. Certaines organisations demanderont aussi au gouvernement fédéral d'imposer une taxe d'entrée de 500 $ aux immigrants allemands dans le but de limiter leur présence. La ville de Berlin, en Ontario, qui abrite une communauté allemande assez importante, changera son nom pour celui de Kitchener (en l'honneur de Lord Kitchener, le ministre de la Guerre de la Grande-Bretagne) en 1916. La censure des journaux publiés dans une langue étrangère deviendra beaucoup plus importante que celle effectuée à l'endroit de la presse anglophone ou francophone. Le 25 septembre 1918, le gouvernement interdira même la publication de tout document dans une langue «ennemie» sans une permission écrite du secrétaire d'État. En 1917, la Chambre des communes adoptera l'Acte des élections en temps de guerre. Elle retire le droit de vote aux personnes immigrantes provenant de pays ennemis, ou qui parlent une langue étrangère ennemie, et qui auraient été naturalisées britanniques après le 31 mars 1902. En fin de compte, seulement 8 579 personnes originaires de pays en guerre contre le Canada ont été détenues sur une possibilité de 80 000 (les listes du gouvernement fédéral regroupent 80 000 étrangers étant considérés comme provenant d'États ennemis). Le gouvernement fédéral ne semble pas non plus avoir eu recours de façon importante aux déportations.


En référence: Le Devoir, 18 août 1914, p.3 et 8, et 19 août 1914, p.3.
En complément: G.W.L. Nicholson, Histoire officielle de la participation de l'armée canadienne à la Première Guerre mondiale, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1963, 671 p. Gérard Filteau, Le Québec, le Canada et la guerre 1914-1918, Montréal, Éditions Aurore, 1977, 231 p. Canada in the Great War, Toronto, United Publishers of Canada Ltd, s.d., 6 v. Jean Provencher, Québec sous la loi des mesures de guerre 1918, Trois-Rivières, Boréal express, 171, 146 p. Valerie Knowles, Strangers at our Gates, Canadian Immigration and Immigration Policy, 1540-1997, Dundurn Press, Toronto, 1997, P.99-104. L'Encyclopédie du Canada: édition 2000, Montréal, Stanké, 1999, p.1463.



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