Élections québécoises de 1912

 
15 mai 1912

Une domination qui se confirme


Lomer Gouin, premier ministre du Québec
Le revers des libéraux fédéraux, lors des élections générales du 21 septembre 1911, est encore bien présent dans les esprits lorsque s'amorce la campagne électorale provinciale, le 15 avril 1912. Habitués de ramer contre le courant rouge, les conservateurs espèrent profiter de cet élan pour s'imposer au Québec. Un sentiment que leur chef, Joseph-Mathias Tellier, résume de la façon suivante : « Après la défaite du gouvernement Laurier en septembre dernier, le peuple de la province s'est mis dans l'idée que c'était le tour de Sir Lomer Gouin. » (18 avril, p. 8)

Les libéraux provinciaux demeurent de redoutables adversaires. En quête d'un cinquième mandat consécutif, ils misent sur une organisation de premier plan. Leurs porte-parole comptent également défendre bec et ongles leur bilan des dernières années, dont la Loi des bons chemins, le règlement de la question de l'Ungava ainsi que la situation budgétaire de la province.

Par ailleurs, le triomphe des conservateurs à Ottawa s'avère une arme à double tranchant. Malgré la défaite de Laurier, la figure politique la plus marquante de sa génération, sa popularité au Québec reste bien ancrée. En revanche, le capital de sympathie des tories, qui ont pourtant fait élire 26 candidats au Québec, est entamé. C'est particulièrement le cas auprès des nationalistes qui déplorent leur attitude dans certains dossiers chargés d'émotivité comme celui de la marine canadienne ou de la législation restreignant l'enseignement du français en Ontario.

De plus, les conservateurs du Québec ne profitent plus de la présence d'Henri Bourassa, le bouillant candidat nationaliste qui avait remporté deux sièges contre les libéraux en 1908. Le Devoir, le journal de Bourassa, se range résolument derrière les troupes de Tellier. Mais l'ex-député de Saint-Jacques et de Saint-Hyacinthe annonce rapidement qu'il entreprend un voyage en Europe et ne cherchera pas à se faire réélire à l'Assemblée législative.

Une campagne sans surprise

Lorsque la campagne s'amorce, le 15 avril, les conservateurs reprochent d'entrée de jeu au premier ministre Lomer Gouin d'avoir choisi la date du 15 mai pour la tenue du scrutin. À leurs yeux, l'état difficile des chemins à ce temps de l'année aura une influence négative sur la participation des ruraux et, toujours selon eux, sur les chances de succès de l'opposition.

Dans les journaux, les enjeux électoraux sont cependant éclipsés par la plus grande tragédie maritime de l'histoire : le naufrage du paquebot Titanic dans la nuit du 15 avril. Cet événement et ses répercussions monopolisent presque les manchettes, reléguant au second plan la campagne qui ne commence à s'animer que quelques jours plus tard.

Confiant de voir les siens faire mieux que les 14 sièges remportés en 1908, Tellier s'efforce de trouver des failles dans la carapace libérale. Il raille la Loi des bons chemins - qu'il qualifie de « petits bouts de chemin » - , dénonce la politique de colonisation du gouvernement ainsi que quelques nominations injustifiées. Tellier s'en prend aussi aux coûts exagérés de la prison de Bordeaux, des écoles techniques de Québec et de Montréal ainsi que de l'école des Hautes études commerciales, inaugurée en septembre 1910. Pour faire passer leur message, les conservateurs bénéficient de plusieurs appuis dans la presse.

Les libéraux ont aussi de fidèles partisans, tant dans les journaux que dans les milieux financiers ou au sein de la députation libérale fédérale. Et en Gouin, fort de ses sept années à la tête du gouvernement québécois, un record, ils comptent sur un chef expérimenté. Celui-ci participe à plusieurs grandes assemblées, dont une, le 26 avril, au Monument National, au cours de laquelle il rappelle la philosophie prudente de son parti : « Dans l'avenir, nous ferons comme par le passé. Nous n'avons pas taxé et nous ne voulons pas taxer ; nous n'avons pas emprunté et nous ne voulons pas emprunter. » (27 avril, p. 2)

Le rouge reste à l'honneur

Plusieurs luttes intéressantes se profilent, dont celle opposant le libéral Télesphore-Damien Bouchard et le conservateur Ernest Guimont pour le siège de Bourassa dans Saint-Hyacinthe. Le nationaliste Armand La Vergne et le ministre Louis-Alexandre Taschereau s'affrontent également dans Montmorency. Ils ont l'occasion d'en découdre lors d'une assemblée contradictoire mouvementée qui se déroule à Sainte-Anne-de-Beaupré.

La défaite des libéraux fédéraux, en septembre 1911, laisse plusieurs observateurs sous l'impression que les conservateurs sont en position de faire des gains aux urnes le 15 mai. Mais leur calcul s'avère faux. Malgré l'ajout de 7 sièges à l'Assemblée législative, les Bleus doivent se contenter de 16 députés, un score comparable à celui de 1908.

Les libéraux engraissent pour leur part leur représentation, faisant même élire quelques-uns de leurs 60 députés - 62 lorsque toutes les régions auront voté - dans des circonscriptions où les conservateurs fédéraux avaient triomphé en 1911. Leurs candidats les plus en vue sont presque tous de retour alors que T.-D. Bouchard, à l'aube d'une longue carrière politique, bat Guimont sur le fil.

À l'ombre des deux grands partis, l'air demeure rare. En fait, seulement trois autres candidats réussissent à se faire élire : le nationaliste La Vergne, Joseph-Alphonse Langlois du Parti ouvrier et le libéral indépendant Jean-Benoît Prévost.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

André Bernard, La législation électorale au Québec, 1790-1967, Coll. « Cahiers de Sainte-Marie », Montréal, Éditions Sainte-Marie, 1969, 197 pages.

André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages.

André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages.

Pierre Drouilly, Statistiques électorales du Québec, 1867-1981, Québec, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1982, 687 pages.

René Durocher, Paul-André Linteau, Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal Express, 1979, 658 pages.

Jean Hamelin, Marcel Hamelin, Les moeurs électorales dans le Québec de 1791 à nos jours, Montréal, Édition du Jour, 1962, 124 pages.

Jean Hamelin, Jean Letarte et Marcel Hamelin, « Les élections provinciales dans le Québec 1867-1956 », Numéro spécial des Cahiers de géographie de Québec, 4, 7 (octobre 1959 - mars 1960).

Vincent Lemieux, Le quotient politique vrai. Le vote provincial et fédéral au Québec, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, 274 pages.

Vincent Lemieux, dir., Personnel et partis politiques au Québec, Montréal, Boréal Express, 1982, 347 pages.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.

Jean-Louis Roy, Les programmes électoraux du Québec : un siècle de programmes politiques québécois, tome I, Coll. « Québécana », Ottawa, Leméac, 1970, 236 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)6276,54
Parti conservateur (CON)1619,75
Indépendant (IND)11,23
Ouvrier (OUV)11,23
Ligue nationaliste (LNA)11,23
Total81100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)155 95853,54
Parti conservateur (CON)125 27743,01
Ouvrier (OUV)3 7511,29
Libéral indépendant (LII)2 8640,98
Ligue nationaliste (LNA)2 7030,93
Indépendant (IND)7390,25
Total291 292100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale2 005 776
Personnes inscrites479 521
Suffrages exprimés294 670
Suffrages valides291 292


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite23,91
% de participation61,45
% des suffrages valides98,85
% de la population s'étant exprimée14,69


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges81
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats169
Nombre de candidates0
Nombre de femmes élues0


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines0,00
% des femmes à l'assemblée0,00
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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