Élections québécoises de 1936

 
17 août 1936

La fin d'une époque


Maurice Duplessis, premier ministre du Québec
Après avoir été ébranlé par les résultats des élections de novembre 1935, le gouvernement libéral voit sa crédibilité minée par les assauts d'une opposition agressive qui se manifeste avec vigueur lors des séances du Comité des comptes publics. Impuissant à faire adopter son budget, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau dénoue l'impasse le 11 juin. Il annonce sa démission ainsi qu'un retour aux urnes le samedi 15 août, date qui sera repoussée au lundi 17 août afin de permettre à l'électorat juif de participer au scrutin.

Résumant la situation chaotique qui règne au Parlement, le chef de l'opposition, Maurice Duplessis, déclare : « qu'avec un régime aussi dissolu, la dissolution s'imposait ». (11 juin 1936, p. 3) Il s'agit d'ailleurs de la plus courte session tenue à l'Assemblée législative depuis la Confédération.

Godbout-Duplessis : premier acte

Pour redresser la situation, le Parti libéral mise sur un nouveau chef. C'est le ministre de l'Agriculture, Adélard Godbout, qui succède à Taschereau. Âgé de seulement 44 ans, celui-ci tente de redorer l'image du gouvernement en formant un nouveau cabinet le 27 juin. On y compte plusieurs nouveaux ministres, certains hors de la députation, dont le mandat sera évidemment de courte durée puisque la campagne électorale se met en branle le 10 juillet.

L'opposition fourbit elle aussi ses armes. Après avoir fait cause commune en 1935, le leader du Parti conservateur, Maurice Duplessis, et celui de l'Action libérale nationale, Paul Gouin, ne sont toutefois plus sur la même longueur d'onde. Le bras de fer entre les deux hommes se solde par une victoire de Duplessis. Le député de Trois-Rivières réussit à s'imposer comme le meneur de l'Union nationale et à rallier autour de lui la grande majorité des députés d'opposition.

L'impact d'une dissension à grande échelle, qui aurait pu s'avérer ruineuse pour les unionistes, n'échappe à personne. Des rumeurs circulent un moment sur la formation d'un nouveau parti dirigé par l'ex-chef conservateur Camillien Houde, un adversaire notoire de Duplessis. Elles resteront lettre morte. Pour sa part, Gouin annonce le 16 juillet qu'il n'aura pas de candidats.

Retour au bipartisme

Les forces en présence s'expriment lors des premiers grands ralliements de la campagne, le 13 juillet. Des dizaines de milliers de libéraux se réunissent à Saint-Hyacinthe, alors que les unionistes font de même à Baie-du-Febvre, dans la région de Nicolet. Les orateurs, dont les deux chefs, mettent de l'avant les principaux thèmes qui seront au coeur de la bataille à venir.

Surfant sur la vague de mécontentement et les révélations du Comité des comptes publics, les unionistes se font forts de restaurer l'intégrité du gouvernement. Ils dénoncent le gaspillage des fonds publics qui a profité aux libéraux et à leurs « amis », insistant sur les liens qui demeurent entre l'administration Taschereau et celle de Godbout ainsi que sur leur favoritisme à l'endroit des trusts. Cette charge revient à répétition dans les discours des Bleus qui parlent aussi de colonisation, d'électrification rurale et d'amélioration de la situation des familles.

Godbout cherche à contrer cette stratégie en promettant la tenue d'une Commission d'enquête qui fera la lumière sur les accusations portées contre le gouvernement. Il tente également de mettre Duplessis sur la défensive en l'associant aux conservateurs de Richard Bennett, défaits à plates coutures lors des élections fédérales du 14 octobre 1935 : « M. Duplessis, c'est un bleu, un tory, un castor ! » (20 juillet 1936, p. 7) Au centre du programme libéral, on retrouve un ensemble de mesures touchant l'agriculture et la colonisation, priorités que l'on présente comme une solution à la crise économique persistante : « Nous voulons « rééquilibrer » notre population, faire de notre province une province essentiellement rurale. » (20 juillet 1936, p. 7)

Godbout peut compter sur l'appui des libéraux fédéraux qui font campagne avec lui. Mais l'espoir de rallier Paul Gouin ne se matérialise pas. À la fin de juillet, celui-ci dénonce l'attitude de Duplessis face à l'entente du 7 novembre 1935, qu'il rend publique. Évitant de choisir un camp, il se contente toutefois de dresser une liste de ceux qu'il considère comme les « meilleurs hommes » et incite la population à voter pour eux.

L'élan des unionistes se confirme lors de grands rassemblements publics auxquels assistent des dizaines de milliers de personnes. C'est le cas au Manège militaire de Québec, le 10 août, ainsi qu'au stade Delorimier, à Montréal, le 12. Selon les journaux, une atmosphère de kermesse flotte sur ces manifestations qui laissent pressentir ce qui n'est pas survenu au Québec depuis la fin du XIXe siècle : un changement de régime.

Malgré cela, le balayage qui se confirme aux urnes le 17 août constitue une surprise. Après avoir dominé la vie politique québécoise pendant quatre décennies, le Parti libéral doit se contenter d'une récolte de 14 sièges dans une Assemblée législative qui en contient 90. Alors que quelques ténors du gouvernement remportent des victoires in extremis, d'autres passent carrément à la trappe. En tout, six ministres du cabinet Godbout sont battus, dont le premier ministre lui-même.

D'une envergure exceptionnelle, ce triomphe de l'Union nationale marque, sans conteste, la fin d'une époque. Une fois le choc encaissé, les observateurs ne tarderont cependant pas à s'interroger sur les chances de succès d'un gouvernement aussi jeune qui ne compte en son sein aucun ministre d'expérience.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

André Bernard, La législation électorale au Québec, 1790-1967, Coll. « Cahiers de Sainte-Marie », Montréal, Éditions Sainte-Marie, 1969, 197 pages.

André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages.

André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages.

Conrad Black, Duplessis : l'ascension, Montréal, Éditions de l'Homme, 1977, 487 pages.

Patricia Dirks, The Failure of L'Action libérale nationale, Montréal, McGill-Queen's University Press, 1991, 199 pages.

Pierre Drouilly, Statistiques électorales du Québec, 1867-1981, Québec, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1982, 687 pages.

René Durocher, Paul-André Linteau, François Ricard, Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986, 739 pages.

Jean-Guy Genest, Godbout, Sillery, Septentrion, 1996, 390 pages.

Jean Hamelin, Marcel Hamelin, Les moeurs électorales dans le Québec de 1791 à nos jours, Montréal, Édition du Jour, 1962, 124 pages.

Jean Hamelin, Jean Letarte et Marcel Hamelin, « Les élections provinciales dans le Québec 1867-1956 », Numéro spécial des Cahiers de géographie de Québec, 4, 7 (octobre 1959 - mars 1960).

Vincent Lemieux, Le quotient politique vrai. Le vote provincial et fédéral au Québec, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, 274 pages.

Vincent Lemieux, dir., Personnel et partis politiques au Québec, Montréal, Boréal Express, 1982, 347 pages.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.

Herbert F. Quinn, The Union Nationale, a Study of Quebec Nationalism, Toronto, Toronto University Press, 1963, 249 pages.

Jean-Louis Roy, Les programmes électoraux du Québec : un siècle de programmes politiques québécois, tome II, 1931-1966, Coll. « Québécana », Ottawa, Leméac, 1971, 236 pages.

Bernard Vigod, Taschereau, Sillery, Septentrion, 1996, 392 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Union nationale (UN)7684,44
Parti libéral du Québec (PLQ)1415,56
Total90100.00

Répartition des votes
PartiN%
Union nationale (UN)323 81256,88
Parti libéral du Québec (PLQ)227 86040,02
Libéral indépendant (LII)9 7461,71
Union nationale indépendant (UNI)2 5220,44
Communistes (COM)1 8490,32
Commonwealth coopératif (CCF)1 4690,26
Parti conservateur (CON)1 0660,19
Candidat du peuple (CDP)4700,08
Indépendant (IND)4520,08
Ouvrier (OUV)790,01
Total569 325100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale2 874 662
Personnes inscrites734 025
Suffrages exprimés574 255
Suffrages valides569 325


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite25,53
% de participation78,23
% des suffrages valides99,14
% de la population s'étant exprimée19,98


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges90
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats205
Nombre de candidates0
Nombre de femmes élues0


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines0,00
% des femmes à l'assemblée0,00
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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