Élections québécoises de 1985

 
2 décembre 1985

L'étonnant retour de Robert Bourassa


Victoire de Robert Bourassa lors des élections provinciales de 1985
À la fin du long deuxième mandat du Parti québécois - plus de 4 ans et demi - , le rapatriement de la Constitution au Canada et, surtout, la crise économique de 1981-1982 ont laissé de profondes cicatrices. Elles sont encore visibles lorsque la campagne électorale est déclenchée, le 23 octobre 1985.

La décision du premier ministre René Lévesque de mettre l'option indépendantiste en veilleuse, à la suite de la victoire des progressistes-conservateurs de Brian Mulroney à Ottawa en septembre 1984 - « le beau risque » - , a également entraîné des dissensions internes. Elles ont atteint leur paroxysme le 22 novembre 1984 avec la démission de cinq ministres, dont Jacques Parizeau et Camille Laurin.

Johnson vs Bourassa

Le Parti libéral du Québec a également connu sa part de remises en question. La défaite d'avril 1981 a ébranlé le leadership du chef, Claude Ryan, qui a quitté son poste le 10 août 1982. Pour lui succéder, les libéraux ont élu l'ex-premier ministre Robert Bourassa par une confortable majorité le 15 octobre 1983.

De retour en politique active après une absence de quelques années, celui-ci met sur pied une équipe de candidats. Elle est composée de vétérans - Ryan, Gérard D. Lévesque - et de nouveaux venus dont plusieurs, comme Paul Gobeil, Pierre Macdonald et André Vallerand, viennent du milieu des affaires. L'économie est toujours une priorité de Bourassa qui a publié, plus tôt en 1985, le livre « L'énergie du Nord : la force du Québec ». Il y rappelle l'urgence d'accentuer rapidement le développement hydroélectrique de la province.

L'hypothèse d'une quatrième élection opposant Bourassa et Lévesque s'estompe le 20 juin 1985, lorsque ce dernier annonce qu'il quittera ses fonctions à l'automne. Un scrutin au suffrage universel des membres, une première québécoise, couronne Pierre Marc Johnson pour lui succéder. Les péquistes comptent beaucoup sur lui pour redorer leur image. Bien qu'il ait été ministre à plusieurs reprises dans le cabinet Lévesque, le fils de l'ex-premier ministre Daniel Johnson n'est âgé que de 39 ans. De plus, selon les sondages, il est plus populaire que Bourassa, inspirant le slogan : « Avec Johnson ».

La situation est moins rose pour son parti qui ne compte plus que 61 sièges à l'Assemblée nationale, contre 81 en 1981, conséquence de nombreuses démissions. Vaincu lors des 26 élections partielles qui se sont déroulées depuis son arrivée au pouvoir, en 1976, le Parti québécois a également mauvaise mine dans les sondages. Ses appuis auraient chuté à un creux de 19% au printemps 1983. Cela s'explique en grande partie par la grogne liée à la crise économique, particulièrement celle des chômeurs et des employés de l'État dont les conditions de travail ont été imposées par décrets l'année précédente.

Incarner la nouveauté

Le défi de Bourassa et de Johnson consiste à répondre au désir de changement qui habite l'électorat québécois après ces années difficiles. D'autres partis sont sur les rangs, comme le Parti indépendantiste de Denis Monière ou le NPD-Québec de Jean-Paul Harney qui propose une « nouvelle voix ». Mais ni eux ni l'Union nationale moribonde d'André Léveillé ne parviennent à canaliser le mécontentement.

Comme il l'avait fait lors des élections précédentes, Robert Bourassa mise sur l'économie pour rallier l'électorat. Ses projets hydroélectriques occupent une grande place. Constatant que « le virage technologique que propose le gouvernement actuel a été raté » (9 novembre, p. 4), il définit l'approche qu'il compte préconiser dans ce domaine dans un ouvrage, « Le défi technologique », lancé le 8 novembre. Le courant vers la droite observé depuis quelques années dans le monde occidental influence également le Parti libéral. Celui-ci souhaite une redéfinition du rôle de l'État dans certains secteurs, de même que la réduction du fardeau fiscal des citoyens.

À un autre niveau, les libéraux veulent consacrer 1% des dépenses à la culture, faire une plus grande place aux enjeux environnementaux et conserver la Loi 101, mais en faisant disparaître ses « irritants inutiles ». Bourassa attaque aussi le Parti québécois et sa stratégie référendaire qui aurait affaibli le Québec. Il tend même une perche aux nationalistes, dénonçant le parti au pouvoir « qui se considère fédéraliste, mais qui reparlera d'indépendance après les élections ». (7 novembre, p. 4)

Le chef libéral fait ici allusion aux propos de Pierre Marc Johnson qui défend le concept de l'« affirmation nationale ». Ce dernier argue que si le principe d'autodétermination demeure ses concitoyens ont, pour le moment, d'autres préoccupations que l'indépendance. Johnson opte aussi pour un discours prudent sur le plan économique. Il prend acte « une fois pour toutes, que la révolution tranquille est finie » (20 novembre, p. 7) et que « L'État ne devra plus, ne pourra plus faire tout, tout seul. » (24 octobre, p. 1)

Un intérêt mitigé

L'absence « d'enjeux collectifs » et de thèmes mobilisateurs est soulignée par plusieurs observateurs, dont Paul-André Comeau du Devoir qui constate que : « Les enjeux politiques sont devenus plus simples, moins émotivement chargés. » (9 novembre, p. 5) De fait, la « question nationale » écartée, aucun des autres sujets à l'agenda - création d'emplois, amélioration du réseau d'éducation et des soins de santé, etc. - ne parvient à donner vie à cette campagne qui reste sans âme.

Le 22 novembre, un débat radiophonique entre les chefs ne permet pas de faire de gagnant. Puis, dans le dernier droit, le gouvernement annonce que Hyundai, un constructeur automobile coréen, s'établira à Bromont, dans les Cantons-de-l'Est. Il s'agit d'une belle prise pour le Parti québécois qui fait miroiter un investissement de 300 millions de dollars et 2 800 emplois directs et indirects, en plus de réaliser une percée attendue depuis longtemps dans le secteur de l'automobile.

Cette nouvelle, conjuguée au resserrement observé en milieu de campagne, laisse présager une lutte plus chaude que prévue. Un dernier sondage, rendu public dans les jours précédant le vote, vient toutefois remettre les pendules à l'heure. La tendance initiale se confirme : plus grande popularité de Johnson, avance décisive des libéraux.

Neuf ans après avoir été chassé du pouvoir, Robert Bourassa réussit un retour étonnant le 2 décembre 1985. Avec 56% des voix, un résultat supérieur à leur victoire éclatante de 1973, les libéraux font élire 99 de leurs 122 candidats. Il s'agit d'un succès retentissant qui n'est obscurci que par la défaite du chef dans sa circonscription de Bertrand, aux mains de Jean-Guy Parent. Les gros canons du parti sont cependant élus et l'impair de Bertrand sera réglé peu de temps après, avec la victoire de Bourassa dans la partielle de Saint-Laurent (20 janvier 1986).

Pierre Marc Johnson est le seul chef de parti à triompher dans sa circonscription. Mais le Parti québécois est sévèrement bousculé. Avec 23 sièges et 38,7% des voix, il forme une opposition amoindrie. Plusieurs ministres sortants ont d'ailleurs été défaits - Bernard Landry, Pauline Marois, Marcel Léger, Rodrigue Biron, etc. - et quelques forteresses péquistes ont changé de camp.

Enfin, la polarisation du vote laisse peu de place aux autres formations qui, collectivement, ne récoltent qu'environ 5% des votes, avec aucun élu. Plutôt bas à 75,7%, le taux de participation est le moins élevé depuis 1966, ce qui tend à démontrer le faible intérêt suscité par cette campagne.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages.

André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages.

Édouard Cloutier, Jean-H. Guay, Daniel Latouche, Le virage : l'évolution de l'opinion publique au Québec depuis 1960, ou comment le Québec est devenu souverainiste, Montréal, Québec/aMérique, 1992, 181 pages.

René Durocher, Paul-André Linteau, François Ricard, Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986, 739 pages.

Guy Lachapelle, Robert Comeau et al., Robert Bourassa : un bâtisseur tranquille, Coll. Prisme, Québec, Presses de l'Université Laval, 2003, 406 pages.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.

Ian MacDonald, De Bourassa à Bourassa, Montréal, Primeur Sand, 1985, 267 pages.

Denis Monière, Votez pour moi : une histoire politique du Québec moderne à travers la publicité électorale, Montréal, Fides, 1998, 246 pages.

Michel Vastel, Bourassa, Toronto, Macmillan Canada, 1991, 244 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)9981,15
Parti québécois (PQ)2318,85
Total122100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)1 910 30755,99
Parti québécois (PQ)1 320 00838,69
Nouveau Parti démocratique du Québec (NPD)82 5882,42
Parti progressiste conservateur (PPC)35 2101,03
Parti indépendantiste (PIND)15 4230,45
Socialisme chrétien (SOC)11 7120,34
Indépendant (IND)9 3800,27
Union nationale (UN)7 7590,23
Sans désignation (SD)5 0240,15
Parti Vert (VER)4 6130,14
Parti humaniste (PHU)3 0500,09
République du Canada (RDC)2 2400,07
Mouvement socialiste (MSO)1 8090,05
Crédit social uni (CSU)1 6500,05
Parti communiste (PCO)8340,02
Total3 411 607100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale6 665 802
Personnes inscrites4 579 921
Suffrages exprimés3 464 232
Suffrages valides3 411 607


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite68,71
% de participation75,64
% des suffrages valides98,48
% de la population s'étant exprimée51,97


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges122
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats666
Nombre de candidates134
Nombre de femmes élues18


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines20,12
% des femmes à l'assemblée14,75
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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