Élections québécoises de 1989

 
25 septembre 1989

Tourmente linguistique et casse-tête constitutionnel


Victoire de Robert Bourassa lors des élections provinciales de 1985
Lorsque la campagne électorale est déclenchée, le 9 août 1989, les sondages tendent généralement à démontrer que le Parti libéral du premier ministre Robert Bourassa est dans une position très favorable. Celui-ci fait d'ailleurs un bilan très positif du mandat qui se termine, se réjouissant du progrès économique accompli. Progrès qui, selon lui, « est garant de l'avenir culturel, social et démographique » du Québec. (10 août, p. 1)

Le Parti québécois, au pouvoir de 1976 à 1985, connaît pour sa part une période de perturbations avec la démission de son chef, Pierre Marc Johnson, le 10 novembre 1987. Après une transition, l'ancien ministre des Finances Jacques Parizeau accède à la présidence du parti en mars 1988. Il consacre ses efforts à la reconstruction de sa formation, décidant de ne pas siéger à l'Assemblée nationale avant la tenue des prochaines élections générales prévues pour 1989.

Pommes de discorde

Plusieurs dossiers meublent cette année électorale, dont celui de l'environnement. Il est ravivé par un débat sur l'entreposage des BPC après une explosion qui a secoué Saint-Basile en août 1988. La question constitutionnelle est également dans l'actualité puisque l'accord du lac Meech, visant à permettre au Québec d'adhérer à la Constitution avec « honneur et enthousiasme », est menacé par les réticences de quelques provinces. Signé en 1987, cet accord doit être ratifié par les législatures provinciales avant juin 1990, une échéance qui, à mesure qu'elle approche, accentue la pression sur les gouvernements concernés.

Mais la polémique la plus houleuse au Québec est la décision prise par le gouvernement libéral en 1988 de recourir à la clause dérogatoire, prévue par la Constitution, pour maintenir l'affichage unilingue français à l'extérieur des commerces (Loi 178). Ce geste suscite une forte réprobation dans les milieux nationalistes, qui veulent le retour à la Loi 101, ainsi que dans le reste du pays où l'on souhaite une plus grande ouverture aux autres langues.

Il déchire également les libéraux puisque des anglophones mécontents décident de former deux autres partis afin de faire connaître leurs doléances. Il s'agit du Parti Égalité, fondé le 22 mars 1989, et du Parti Unité. Les deux s'entendent pour présenter des candidats lors des élections, le premier sur l'île de Montréal et le second ailleurs en province. Ils réclament, entre autres, le bilinguisme dans l'affichage, dans les secteurs public et parapublic, ainsi que le libre choix de la langue d'enseignement des enfants.

Plusieurs observateurs pensent que ces nouveaux venus pourraient brouiller les cartes dans des circonscriptions à majorité anglophone. On s'attend cependant à peu de choses des autres partis en lice, comme le NPD-Québec ou le Parti indépendantiste. Il en va de même du Parti citron, pendant moderne du Parti rhinocéros qui mise sur la dérision.

Une bataille d'économistes

Fidèle à sa philosophie politique, Robert Bourassa met de l'avant son bilan et son programme économique. Les libéraux défendent aussi leurs priorités sociales et culturelles dans un document, « Un Québec plus juste et plus humain », déposé le 15 août par le ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Science, Claude Ryan. Le premier ministre n'a pas de grands projets ou de promesses rutilantes pour les électeurs, s'en tenant essentiellement à des engagements ciblés. Par ailleurs, il ne se gêne pas pour multiplier les attaques contre le Parti québécois : « Le PQ au pouvoir, ça voudrait dire trois choses : des taxes, des référendums, de l'instabilité. » (1er septembre, p. 8)

À sa première campagne à la tête du Parti québécois, l'économiste Jacques Parizeau surprend agréablement les analystes. Il propose d'accroître les budgets en culture et en éducation, en plus de défendre l'idée d'une taxe de 1% aux entreprises pour la recherche et le développement. Les engagements de Parizeau s'élèvent selon lui à environ 3,3 milliards sur 4 ans, une somme qu'il croit pouvoir obtenir sans hausser les impôts et les taxes des particuliers.

La principale différence entre péquistes et libéraux est évidemment sur le plan constitutionnel. Sous son nouveau leader, le Parti québécois promet d'être souverainiste « avant, pendant et après les élections ». (11 août, p. 1) Parizeau propose de tenir des référendums sectoriels afin de rapatrier au Québec des pouvoirs exercés à Ottawa, tout en entreprenant des travaux de mise au point d'une Constitution québécoise avant la tenue d'une consultation sur la souveraineté. Une approche qu'il résume comme « la mise en place d'un vrai gouvernement mais aussi d'un vrai pays ». (14 août, p. 1)

La stratégie péquiste semble porter des fruits. Selon les sondages, la marge observée en début de campagne se rétrécit et les libéraux n'auraient plus qu'une avance de 7 à 10 points. Le gouvernement doit aussi composer, le 5 septembre, avec une grève illégale de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec. La situation se détériore la semaine suivante alors que plus de 200 000 travailleurs des secteurs public et parapublic quittent l'ouvrage à leur tour. Il s'agit de la plus importante mobilisation syndicale au Québec depuis plusieurs années.

Une impression de déjà-vu

Ce contexte bouillonnant, conjugué à la fronde des Partis Égalité et Unité, influence à la baisse le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement. Malgré cela, les derniers sondages démontrent que les libéraux sortent peu affectés de l'épreuve et qu'ils devraient triompher avec une marge confortable.

C'est ce qui se produit le 25 septembre. Seulement 75% des électeurs éligibles se présentent aux urnes, un creux depuis 1966 qui illustre l'intérêt mitigé suscité par les enjeux de la campagne. Le Parti libéral conserve néanmoins l'essentiel de ses appuis. En dépit d'une baisse des intentions de vote par rapport à 1985 - 50% contre 56% - , il obtient 92 des 125 sièges en jeu. Avec le retour de ses principaux hommes de confiance, le premier ministre Bourassa peut compter sur une équipe aguerrie avec laquelle il entreprendra son quatrième mandat à la tête du gouvernement québécois, un sommet depuis Maurice Duplessis.

Le Parti québécois semble aussi satisfait des résultats. Bien que son score soit à peu près le même qu'en 1985 en pourcentage de voix, il fait élire 6 candidats de plus, dont le chef Jacques Parizeau. Celui-ci effectuera un retour à l'Assemblée nationale après 5 ans d'absence. Il sera entouré de quelques vétérans du parti qui siégeront, eux aussi, sur les banquettes de l'opposition : Denis Lazure, Jacques Léonard, Pauline Marois, etc.

Le coup d'éclat de la soirée reste le succès du Parti Égalité. Avec seulement 19 candidats, celui-ci obtient 3,7% des voix et fait élire 4 députés, tous dans des circonscriptions de l'ouest de Montréal. Un de ceux-là est le chef Robert Libman, un architecte de 27 ans qui en est à sa première expérience en politique active.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages.

André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages.

Édouard Cloutier, Jean-H. Guay, Daniel Latouche, Le virage : l'évolution de l'opinion publique au Québec depuis 1960, ou comment le Québec est devenu souverainiste, Montréal, Québec/aMérique, 1992, 181 pages.

Pierre Duchesne, Jacques Parizeau : Le Régent (1985-1995), Montréal, Québec/Amérique, 2004, 604 pages.

Guy Lachapelle, Robert Comeau et al., Robert Bourassa : un bâtisseur tranquille, Coll. Prisme, Québec, Presses de l'Université Laval, 2003, 406 pages.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.

Denis Monière, Votez pour moi : une histoire politique du Québec moderne à travers la publicité électorale, Montréal, Fides, 1998, 246 pages.

Michel Vastel, Bourassa, Toronto, Macmillan Canada, 1991, 244 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)9273,60
Parti québécois (PQ)2923,20
Parti Égalité (PE)43,20
Total125100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)1 702 80849,95
Parti québécois (PQ)1 369 06740,16
Parti Égalité (PE)125 7263,69
Parti Vert (VER)67 6751,99
Nouveau Parti démocratique du Québec (NPD)41 5041,22
Parti Unité (PU)33 8620,99
Indépendant (IND)29 7970,87
Parti Citron (PCI)7 5500,22
Travailleurs (TRA)5 4970,16
Parti progressiste conservateur (PPC)4 7500,14
Parti indépendantiste (PIND)4 6070,14
Parti marxiste-léniniste (PML)4 2450,12
Parti 51 (P51)3 8460,11
Crédit social uni (CSU)2 9730,09
Mouvement socialiste (MSO)2 2030,06
République du Canada (RDC)1 7990,05
Parti communiste (PCO)8080,02
Libertarien (LIB)1920,01
Total3 408 909100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale6 925 128
Personnes inscrites4 670 690
Suffrages exprimés3 501 068
Suffrages valides3 408 909


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite67,45
% de participation74,96
% des suffrages valides97,37
% de la population s'étant exprimée50,56


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges125
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats557
Nombre de candidates121
Nombre de femmes élues23


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines21,72
% des femmes à l'assemblée18,40
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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