Élections québécoises de 2012

 
4 septembre 2012

Une première femme premier ministre


Pauline Marois, première ministre du Québec
Le houleux printemps 2012 est marqué par la mobilisation des étudiants qui s'opposent à la hausse des frais de scolarité universitaires adoptée par le gouvernement libéral de Jean Charest. Ce « printemps érable », clin d'oeil aux bouleversements qui ont secoué le monde arabe, atteint même la rue où la contestation s'étend à une foule de sujets, dont la Loi 78 restreignant le droit de manifester.

Une autre source de turbulences vient des allégations persistantes sur la corruption dans le monde de la construction et des liens qui existeraient entre ses auteurs et le financement des partis politiques. Une partie des revendications populaires est comblée par la mise sur pied de la Commission Charbonneau, chargée d'enquêter sur cette situation. Elle tient ses premières audiences publiques en juin.

Ce contexte alimente les rumeurs d'élections qui auraient lieu au début de septembre, soit avant la reprise des travaux de la Commission. Faisant face à un taux d'insatisfaction élevé, les libéraux demeurent malgré tout nez à nez avec le Parti québécois (PQ), une position qui pourrait permettre à leur chef de les guider vers un quatrième mandat consécutif, du jamais vu au Québec depuis l'ère duplessiste.

Une équation à plusieurs variables

La décision de convier les Québécois aux urnes le 4 septembre, en plein été, est critiquée par l'opposition. Mais la perspective d'élections étant dans l'air depuis plusieurs mois, personne n'est surpris. En tout, 892 candidats sont sur les rangs, un record pour un scrutin provincial.

D'entrée de jeu, les libéraux se présentent comme le parti de l'ordre. Faisant allusion aux manifestations et au port du carré rouge, symbole des revendications étudiantes, par la chef péquiste Pauline Marois, le premier ministre déclare que celle-ci « a abdiqué » face à la rue. Les ténors du gouvernement sortant jouent aussi la carte de la stabilité et de la continuité. Autour de mesures ciblées, ils misent sur leur performance économique pendant la crise et sur les perspectives offertes par le Plan Nord, une stratégie de développement axée sur l'exploitation des ressources naturelles. Un objectif de 250 000 emplois est fixé.

Après une année 2011 difficile, ponctuée par des divisions internes et une remise en cause du leadership de Pauline Marois, le PQ constitue la principale menace au PLQ. Pour dénouer le conflit étudiant, il propose d'annuler la hausse des frais jusqu'à la tenue d'un sommet sur le financement des universités. Le PQ veut aussi soustraire les pauvres et la classe moyenne à la contribution santé de 200$ par personne qui serait acquittée par les hauts revenus. D'autres mesures sociales figurent au programme des péquistes qui souhaitent toujours réaliser l'indépendance politique du Québec. Pauline Marois se réserve cependant le choix de tenir un référendum selon l'évaluation qu'elle fera des chances de le gagner.

Le parti qui fait le plus parler au cours de la campagne est la Coalition Avenir Québec (CAQ). Fondée en avril 2011, cette jeune formation, dirigée par l'ex-ministre péquiste François Legault, propose une série d'actions audacieuses qui provoquent des remous. La CAQ souhaite abolir les Commissions scolaires et les Agences de santé, sabrer dans les dépenses d'Hydro-Québec, trouver un médecin de famille à tous les Québécois d'ici un an, augmenter le nombre d'heures passées à l'école et diminuer significativement les impôts.

L'image du « grand ménage » est fréquemment utilisée par Legault qui se fait fort de restaurer l'intégrité du gouvernement. Dans cette optique, il frappe un grand coup le 5 août en annonçant la candidature de Jacques Duchesneau dans Saint-Jérôme. Cet ex-policier et ex-directeur de l'Unité anti-collusion, présenté comme le « Elliott Ness » du Québec et le futur vice-premier ministre de la province, se dit « grandement préoccupé de l'état avancé de détérioration de la morale et des institutions publiques ». (6 août, p. A8) La CAQ promet de présenter un projet de loi sur l'intégrité dans la vie publique qui serait sa priorité.

Les yeux dans les yeux

La candidature de Duchesneau donne de l'allant à la CAQ qui, dans les sondages, referme l'écart qui la sépare des formations de tête.

Le prochain fait saillant de la campagne survient entre le 19 et le 23 août. Les chefs participent alors à une série de débats télévisés qui sont suivis avec intérêt par une forte partie de la population. Lors du seul débat à quatre, le 19 août, la co-porte parole de Québec solidaire (QS), Françoise David, marque des points. À sa première participation à ce genre d'exercice, elle réussit à défendre le programme de gauche de sa formation tout en conservant une attitude courtoise qui séduit.

Les autres face-à-face opposent les leaders des trois formations de tête qui s'affrontent à tour de rôle. Bien que représentés à l'Assemblée nationale, QS et Option nationale (ON), un parti indépendantiste fondé en 2011 par l'ex-député péquiste Jean-Martin Aussant, sont évincés du processus, une décision qu'ils contestent en vain. Les échanges sont incisifs, mais les trois débats ne permettent pas de faire de vainqueur malgré le fait que la prestation de Legault, à sa première expérience du genre, plait aux sondés.

Le ton se raidit à l'approche du fil d'arrivée, chaque parti tentant de miner la crédibilité des autres. Si la probité du gouvernement est dans la mire des partis d'opposition, le chef de la CAQ doit pour sa part défendre le réalisme de ses promesses alors que Pauline Marois est accusée de vouloir plonger le Québec dans une série de consultations, allusion aux référendums d'initiative populaire qui figurent dans son programme.

La cote du PQ demeurant stable, l'intérêt se tourne vers la lutte entre le PLQ et la CAQ, lutte que cette dernière dominerait légèrement dans certains sondages. Même des journaux anglophones - The Gazette, The National Post - , généralement favorables aux libéraux, invitent les électeurs à se tourner vers la Coalition. Les murmures d'une chute du PLQ, même dans des circonscriptions jugées sûres, nourrissent le sentiment qu'un revirement majeur est sur le point de se produire.

Dans un mouchoir de poche

Pourtant, dès la livraison des premiers résultats il apparaît clairement que les troupes de Jean Charest ont encore du ressort. Malgré un score global de 31,2%, le pire de toute l'histoire du PLQ, celui-ci réussit à faire élire 50 candidats. Cette récolte ravit les libéraux dont le succès est cependant teinté par la défaite du premier ministre Charest dans Sherbrooke, ce qui ouvre la porte aux spéculations sur son avenir politique.

La grande majorité des ministres toujours sur les rangs sont pour leur part réélus et plusieurs circonscriptions, apparemment perdues dans les sondages, s'inscrivent dans la colonne des rouges. Les analystes attribuent ce phénomène à la « prime à l'urne » dont profitent les libéraux depuis plusieurs scrutins, c'est-à-dire la tendance qu'ont les partisans du PLQ à n'exprimer leur préférence qu'une fois dans l'isoloir.

La victoire appartient tout de même au PQ. Après avoir un moment pensé former un gouvernement majoritaire, celui-ci plafonne à 54 sièges, neuf de moins que le chiffre magique de 63, avec 31,9% des appuis. Même si l'objectif n'est pas atteint, les militants ont la satisfaction de voir leur chef, Pauline Marois, devenir la première femme premier ministre de l'histoire du Québec. Les festivités sont cependant perturbées lorsque son discours de la victoire est interrompu pour assurer sa sécurité, un homme armé ayant abattu une personne et en ayant blessé une autre à l'arrière du Métropolis, la salle où se déroule la soirée du PQ.

La CAQ obtient de son côté 27,1% des votes et 19 sièges, dont celui du chef François Legault. Cette performance suscite des réactions partagées. Bien que remarquable pour une première participation électorale, elle constitue aussi, aux yeux de plusieurs, une certaine déception à la lumière de l'élan que le parti semblait avoir pris dans les derniers sondages de la campagne.

Enfin, QS double sa députation avec la victoire de Françoise David dans Gouin et la réélection d'Amir Khadir dans Mercier. Au total des voix, les « solidaires » récoltent 6% des appuis, un sommet pour eux. Le leader de l'ON, Jean-Martin Aussant, s'incline pour sa part dans Nicolet-Bécancourt.

Le lendemain du vote, les incidents du Métropolis occupent les manchettes, les images captées à cette occasion faisant le tour des bulletins d'information à travers le monde.

Mais les réflecteurs reviennent rapidement sur la situation politique puisque, dans l'après-midi du 5 septembre, Jean Charest annonce qu'il quittera son poste de chef du PLQ. La nouvelle déclenche immédiatement un flot de rumeurs sur l'identité des principaux aspirants aptes à lui succéder.

Soulignons en terminant que l'engouement observé lors de la campagne s'est reflété aux urnes, puisque 74,5% des électeurs éligibles se sont prévalus de leur droit de vote. C'est un net progrès par rapport au scrutin de 2008 alors que la participation n'a été que de 57%.


Les réactions des médias



Répartition des sièges
PartiN%
Parti québécois (PQ)5443,20
Parti libéral du Québec (PLQ)5040,00
Coalition Avenir Québec (CAQ)1915,20
Québec solidaire (QS)21,60
Total125100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti québécois (PQ)1 393 70331,95
Parti libéral du Québec (PLQ)1 360 96831,20
Coalition Avenir Québec (CAQ)1 180 23527,05
Québec solidaire (QS)263 1116,03
Option nationale (ON)82 5391,89
Parti vert du Québec (VERQ)43 3940,99
Indépendant (IND)10 6820,24
Parti conservateur du Québec (PCOQ)7 6540,18
Coalition pour la constituante (CC)5 1970,12
Parti nul (PNUL)2 7430,06
Équipe autonomiste (EAU)2 1820,05
Union citoyenne du Québec (UCQ)2 0890,05
Parti de la classe moyenne du Québec (PCMOQ)2 0530,05
Parti marxiste-léniniste (PML)1 9690,05
Parti indépendantiste (PINDE)1 2440,03
Parti Unité nationale (PUN)1 2270,03
Bloc Pot (BPO)4200,01
Québec - Révolution démocratique (QRD)2560,01
Parti équitable (PEQU)1260,00
Total4 362 696100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale8 054 756
Personnes inscrites5 919 778
Suffrages exprimés4 416 445
Suffrages valides4 362 696


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite73,49
% de participation74,60
% des suffrages valides98,78
% de la population s'étant exprimée54,83


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges125
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats892
Nombre de candidates254
Nombre de femmes élues41


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines28,48
% des femmes à l'assemblée32,80
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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