| «...L'élection d'hier a été un grand succès pour le parti libéral de la province de Québec; l'honorable M. Taschereau revient en chambre avec, derrière lui, une masse homogène de partisans et, devant lui, une opposition réduite de moitié et amputée de plusieurs de ses têtes les plus vigoureuses. Il sera donc plus que jamais le maître des destinées de la province, le chef capable d'imposer facilement ses volontés à tous; nous avons confiance qu'il reprendra sans tarder la tâche commencée au sujet du respect du dimanche, et que pendant la durée de ce nouveau Parlement il la mènera enfin à bien. Le temps presse, car la plaie, - la dernière plaquette publiée par la Ligue du Dimanche en fait foi, - s'étend et se creuse. Un fait inquiétant, parce que significatif, est que le seul député libéral qui ait eu le courage de reconnaître le mal en Chambre, M. Guillemette, se trouve parmi les rares députés libéraux qui ont perdu leur siège : est-ce une victime ? »
Jules Dorion, « L'élection d'hier », L'Action catholique, 17 mai 1927, p. 3. «...Il nous est pénible de constater que « la bonne presse », du moins celle qui s'intitule ainsi tant à Québec qu'à Montréal, soit venue à la rescousse de l'opposition Sauvé. Elle partage aujourd'hui sa déconfiture. L'acharnement qu'elle a mis à exploiter certaines questions susceptibles de soulever les préjugés populaires nous fait douter du désintéressement et de l'indépendance qu'elle affiche à tout propos. (...) la leçon qui se dégage de l'élection du 16 mai, c'est que le peuple réprouve et répudie ceux qui à une vaine critique ajoutent l'injure et l'insulte. L'opposition Sauvé s'est discréditée elle-même. Les mensonges et les attaques sournoises ont poussé en elle, fleuri, grossi, se sont engendrées sans cesse les uns les autres, comme des champignons sur une couche de terre grasse et pourrie. Les braves et honnêtes gens de la province de Québec viennent de purifier l'atmosphère politique. Par leur vote du 16 mai, ils ont fait disparaître pour toujours de chez nous, nous l'espérons, les m?urs grossières de politiciens malappris. » « La leçon du 16 mai 1927 », Le Canada, 18 mai 1927, p. 1. «...L'opposition a été écrasée par les forces combinées du parti libéral provincial, du parti libéral fédéral, de la haute finance libérale et conservatrice, de l'industrialisme, indifférent à tout ce qui ne sert pas ses intérêts, de la presse de parti, de la presse « d'affaires » et de la presse vénale - c'est presque toute la grande presse - enfin, de la masse flottante, toujours entraînée par le courant, soit de l'opinion, soit des influences d'argent. Les influences d'argent étaient toutes du côté ministériel. L'opinion, un instant indécise, s'est détournée des conservateurs pour deux raisons principales : d'abord, à cause du peu de confiance qu'inspirait, dans l'ensemble, l'opposition provinciale, surtout après la retraite de M. Saint-Jacques; ensuite, et principalement, en raison de la solidarité qui a trop longtemps existé entre les conservateurs provinciaux et les conservateurs fédéraux. Ce dernier facteur est de beaucoup le plus décisif de ceux qui ont assuré la victoire libérale ou, pour mieux dire, la déroute des conservateurs. » Henri Bourassa, « Leçon dure...et méritée », Le Devoir, 18 mai 1927, p. 1. «...Nous n'hésitons pas à dire qu'une des causes de l'échec essuyé par l'opposition est le terrain qu'elle a choisi pour livrer bataille. Les trois principales questions dont elle a cherché à se faire des armes contre le gouvernement sont l'incendie du Laurier-Palace, l'achat de la Montreal Water & Power et ce qu'on a appelé la « tragédie » du lac Saint-Jean, Or, les deux premières n'étaient aucunement du ressort de l'administration provinciale. Le Laurier-Palace était régi par les ordonnances municipales, et la seule administration municipale qui pouvait être concernée en l'occurrence était le conseil municipal. Sur la question de l'achat de la Montreal Water & Power Company, l'attitude de l'opposition manquait de logique : en 1923, les oppositionnistes faisaient ici la lutte en revendiquant l'autonomie de Montréal; cette année, ils accusent le gouvernement de ne pas se substituer aux administrateurs élus par les contribuables montréalais pour rendre nulle une décision qu'ils ont prise et qui est manifestement dans les limites de leur juridiction respective. La question du lac Saint-Jean relevait, elle, de l'administration provinciale, mais l'opposition s'y battait encore sur un terrain mouvant. » « Le scrutin d'hier », La Patrie, 17 mai 1927, p. 4. «...La part prise par les ministres fédéraux au cours de la dernière campagne a aussi grandement favorisé le retour de l'île de Montréal au drapeau libéral. L'hon. Fernand Rinfret, notamment, s'est révélé comme un tribun d'envergure à ceux qui, jusqu'alors, le considéraient surtout comme un merveilleux conférencier, un orateur académique d'un rare talent. Le feu, l'énergie, la conviction apportés par le secrétaire d'État ont créé un effet marqué sur le « coeur de Montréal », s'il faut en juger par la majorité du candidat libéral dans St-Jacques. Quant au parti conservateur, il se trouve dans un état de démoralisation bien facile à comprendre : M. Sauvé lui-même a promis d'abandonner la direction de l'opposition si, après tant d'années de travail, il n'obtenait pas pour son parti la confiance de la majorité des comtés. Les conservateurs devront donc se choisir un autre chef. Y aura-t-il une convention ? La défaite ou la retraite prive l'opposition de ceux qui auraient pu prendre la place du député des Deux-Montagnes. Il faudra donc, semble-t-il, chercher ailleurs. » « Le résultat du 16 mai », Le Petit Journal, 17 mai 1927, p. 8. «...Monsieur Sauvé qui, depuis tant d'années, longtemps presque seul, a soutenu courageusement la lutte au profit du parti conservateur, découragé par la défaite ou la retraite de ses principaux lieutenants, mettra-t-il à exécution la décision qu'il avait annoncée de se démettre de sa chèfrerie (sic) au cas où la fortune le trahirait, où, cédant à ses vieux instincts de lutteur, reviendra-t-il sur sa décision ? Nous ne saurions le dire. Il ne semble pas que parmi ceux qui ont échappé hier au naufrage de la barque oppositionniste figure aucune personnalité capable d'assumer le rôle de pilote, au cas où M. Arthur Sauvé se déciderait de reprendre sa place sur le banc des rameurs. Il est vraisemblable qu'aucune décision n'interviendra à cet égard avant que le parti conservateur, dans l'ensemble du Dominion, ait fait choix de son chef définitif, ce qui pourrait fournir l'occasion d'une nouvelle réorganisation dans le parti conservateur provincial. » « Grande victoire libérale », La Presse, 17 mai 1927, p. 6. «...In all the circumstances, it would have been extremely difficult for the electors of the province to have rendered a different verdict. That the Liberal party has been very long in office is not of itself a reproach; the public, indeed, may stand to benefit from long administrative experience, provided there is no lack of administrative vitality; and a failure to conduct the affairs of the province with vigor has never been charged against the Taschereau Government. At the same time, the renewal of confidence which the people of the province expressed at the polls yesterday imposes upon the Government a new responsibility. The voters have voiced their approval of the record of things done in their name, but no Administration can afford to live in the past, and the result of the election is not only an endorsation of what has been done, but a demand upon the Government to proceed anew upon constructive lines, to be guided by well-defined domestic principles, and, in Mr. Taschereau's own words, « to complete our present achievements and to maintain our province in the high rank which it deservedly holds among the provinces of the Canadian Confederation. » « Stronger than before », The Gazette, 12 mai 1927, p. 12. |
|
