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Bilan du siècle
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«...Le peuple de la province de Québec est fatigué de la guerre, de la coercition exercée sur les mobilisés, des milliards donnés à l'Angleterre, des restrictions, du rationnement de ci et de ça. Nous ne jugeons pas ces ressentiments populaires : nous les constatons. Et nous souhaitons qu'on s'en rende compte à Ottawa. Ignorer cette situation serait faire le jeu de l'autruche. Prétendre que le gouvernement Godbout a été vaincu pour d'autres motifs serait faire table rase du caractère de la lutte qui vient de se terminer. L'Union nationale et le Bloc populaire ont attaqué leur adversaire en lui reprochant sa trop grande complaisance pour Ottawa, l'ont accusé d'avoir sacrifié l'autonomie provinciale à la guerre, d'avoir toléré trop longtemps la coercition ou conscription déguisée. Encore une fois, nous ne jugeons pas ces arguments, nous constatons qu'ils ont été employés et que l'électorat les a sanctionnés par les votes accordés à l'Union nationale, au Bloc et à M. René Chaloult. Notons bien que ce sont les campagnes qui ont voté davantage contre le gouvernement. Pourquoi ? Parce que les ruraux sont plus sensibles aux tracasseries de la guerre. »

Louis-Philippe Roy, « Le verdict de l'électorat », L'Action catholique, 9 août 1944, p. 4.


«...La lutte provinciale s'est faite dans une large mesure sur le terrain fédéral. En soi, c'est une erreur manifeste, mais à vrai dire comment pouvait-il en être autrement ? En 1939, l'opposition libérale, très décimée, très faible intellectuellement, ne jouissait que d'un prestige passablement limité et se sentait incapable de faire une lutte égale à l'Union nationale, malgré les erreurs de cette dernière. C'est alors que M. Godbout a jugé adroit d'appeler à la rescousse les ministres fédéraux de la province de Québec et de les jeter dans la mêlée. La manoeuvre s'est révélée judicieuse. Grâce à MM. Lapointe, Cardin et Power, M. Godbout s'est hissé au pouvoir. Il est toutefois impossible de ne retirer que les avantages sans subir les inconvénients. Pendant les cinq années de la guerre, le gouvernement fédéral a agi de façon à indisposer la grande majorité de la province de Québec. M. Godbout, qui s'était présenté comme l'ami fidèle des fédéraux, ne pouvait pas ne pas en recevoir tous les contrecoups. À la dernière minute, il a bien essayé de se désolidariser, mais c'était vraiment trop tard, et l'on avait l'impression très nette d'une reculade stratégique. »

Jean Nicolet, « Les élections provinciales », L'Action nationale, août-septembre 1944, p. 38-39.


«...Il est clair que notre système électoral manifeste des déficiences graves. Comment justifier par exemple que le parti au pouvoir ait obtenu moins de votes (...) que le principal parti d'opposition et que le Bloc Populaire aidé par 175,000 hommes libres et patriotes, n'obtienne que quatre députés alors qu'il devrait normalement compter sur au moins quatorze ou quinze ? Il reste que 175,000 électeurs et électrices ont rompu avec les vieilles formations partisanes dans un geste splendide de désintéressement patriotique et qu'une telle élite va se multiplier constamment pour conduire le Bloc au pouvoir lors des prochaines élections. Ceux qui ont entendu, hier soir, à la radio, l'allocution du chef provincial du Bloc, André Laurendeau, ont compris que « le Bloc n'est pas une aventure électorale mais une institution politique permanente. » Ils ont compris qu'avec la venue à Québec d'un homme comme Laurendeau, le ton de l'Assemblée s'élèvera vers les hauteurs de l'intérêt national, au-dessus des querelles stériles de l'électoralisme et de la vulgarité partisannerie. »

Victor Trépanier, « Un départ magnifique », Le Bloc, 12 août 1944, p. 2.


«...C'est un réconfort pour les libéraux et M. Godbout de penser qu'ils restent non seulement le parti le plus cohésif de la province, mais aussi le plus nombreux. Et c'est une simple aberration du jeu électoral qui fait que l'Union Nationale, inférieure en nombre dans l'opinion publique, aura la prépondérance des voix à l'Assemblée législative. L'Union Nationale serait mal avisée de tirer vanité de ce succès de pur hasard, et surtout de fonder sur lui ses calculs d'avenir. Ce serait bâtir sur du sable mouvant. Au fait, on peut se demander si l'Union Nationale a le droit moral de gouverner la province quand, avec la prépondérance des voix à l'Assemblée législative, prépondérance de pur hasard, elle n'a pas pour soi la faveur de l'opinion prépondérante. Se peut-il que la province de Québec, à l'instar de certaines provinces canadiennes, soit sur le point d'entrer dans une ère d'instabilité politique, conséquence d'un flottement et d'un fractionnement de l'opinion ? À Dieu ne plaise. Mais si cela devait être, il conviendrait de corriger les règles du jeu électoral à la lueur de la sagesse démocratique et de l'expérience. »

« À travers la fumée », Le Canada, 10 août 1944, p. 4.


«...Le résultat dément toutes les prophéties. Mais cela est secondaire. Ce qui paraît certain, c'est que le régime Godbout sera bientôt chose du passé. (...) Nous sommes entrés dans une période d'évidente instabilité. Nos gens n'ont pas habituellement le goût de courir de nouvelles aventures électorales, les habitudes et les cadres anciens sont fort puissants. En dépit de cela cependant, et de campagnes aux trois quarts improvisées, le Bloc parait avoir recueilli près de 175,000 suffrages, le CCF près de 35,000. Il n'y a pas jusqu'aux candidats du Crédit social, dont personne n'imaginait qu'ils avaient où que ce soit la moindre chance de succès électoral, qui n'aient obtenu un certain nombre de suffrages. Tout cela témoigne d'un mécontentement considérable, non seulement contre le gouvernement Godbout, mais contre tout l'ancien régime politique. »

Omer Héroux, « Lendemain de campagne », Le Devoir, 9 août 1944, p. 1.


«...Les vainqueurs d'aujourd'hui ont remporté une victoire mesurée et les vaincus ont subi une défaite qui n'a rien d'humiliant. Le nouveau gouvernement de l'Union nationale disposera d'une majorité parlementaire qui lui permettra d'administrer la province sans à-coups, mais dont le nombre restreint demeure un rappel constant du désir de la population de voir les affaires de la province scrutées par une opposition vigilante. (...) On ne peut ignorer que la campagne électorale a porté, dans une mesure plus marquée que ne le voulait la logique, sur des questions fédérales et sur l'attitude du gouvernement Godbout à leur égard. L'insuccès relatif du Bloc Populaire Canadien démontre que la population du Québec n'est ni séparatiste, ni isolationniste, en ce qui concerne la politique nationale du Canada, ni antiparticipationniste par rapport à la guerre, bien qu'elle demeure anticonscriptionniste comme l'a démontré le vote unanime de l'Assemblée législative lors de la dernière session. Le nombre des votes recueillis par le parti libéral prouve indiscutablement que le sentiment populaire ne répudie pas tout ce qui a été fait, depuis cinq ans, pour orienter le rôle de notre province dans la Confédération. »

« Le verdict du peuple », La Patrie, 9 août 1944, p. 8.


«...M. Duplessis avait choisi l'autonomie provinciale comme principal cheval de bataille et le résultat a prouvé que c'était là une tactique habile. Le vainqueur a mérité son succès par l'ardeur qu'il a déployée tout au long de la campagne. L'hon. M. Godbout sort avec honneur du combat. Il a lutté avec un courage qui ne s'est pas démenti. Il s'incline devant la volonté du Québec et se déclare prêt à servir, comme avant et de son mieux, les meilleurs intérêts de la province. Attitude que les adversaires eux-mêmes ne peuvent s'empêcher d'admirer. (...) On doit adresser des compliments particuliers à l'électorat du Québec, hommes et femmes, pour la façon dont ils ont rempli leurs devoirs de citoyen en allant voter en grand nombre. Au vrai, le vote d'hier a plus que doublé celui de 1939. Pareil empressement est tout à l'honneur de notre population. »

« Le vote d'hier », La Presse, 9 août 1944, p. 6.


«...nous savons que, dans certains comtés, huit créditistes sur dix ont voté pour un candidat non créditiste. Il s'agissait de voter pour une idée : nombre de créditistes ont préféré voter pour le patronage possible avec un parti qui viendrait au pouvoir, impossible avec une petite poignée condamnée d'avance à être dans l'opposition. Il s'agissait de voter contre un régime financier, même sans pouvoir l'abattre par le seul fait de ce vote : nombre de créditistes ont préféré voter pour le simple choix d'administrateurs qui devront se plier aux restrictions et aux dictées de ce régime financier. Il s'agissait de voter pour des hommes de tout premier ordre, connus non seulement dans le comté mais dans presque toute la province, afin de mettre des moyens d'action au service de leur zèle et de leur compétence : nombre de créditistes ont préféré faire leur croix à côté du nom d'un embourgeoisé que le peuple ne voyait pas avant la campagne électorale et qu'il ne reverra plus maintenant qu'elle est terminée. »

« Lendemain d'élection », Vers demain, 15 août 1944, p. 8.


«...As for the Bloc Populaire Canadien, which was never Canadian, it is now apparent that it is not popular either. The people of Quebec have rejected it with a finality that should put an end to its existence as a political power. If this ultra-nationalist, separatist and subversive party cannot capitalize on the unsettled conditions that the war has created, if it cannot seize advantage of the fears and doubts that have come in its train, it must collapse and disappear. The French Canadian people have given it its quietus, and the rest of the country will note this fact with satisfaction and relief. The violence of the Bloc was too much for Quebec to swallow. It has had its day. It has made its appeal to bitter prejudice and narrow nationalism. It has been scorned and crushed in an unprecedented manifestation of the people's will. May it never rise again. »

« Duplessis wins », The Gazette, 9 août 1944, p. 8.


«...The popular vote clearly shows that the English-speaking electors voted solidly for the Godbout Government as the least of three evils. There were many who could not look with favor on the weakness of Premier Godbout, of which the dismissal of Senator Bouchard was only a symptom. But the fact remained that he was the best hope for Provincial co-operation in the postwar. It is equally clear that Premier Godbout was the victim of Quebec's disapproval of the national leadership of Prime Minister King. Mr. Godbout's efforts to confine the issues to Provincial affairs and to campaign on the « progressive » record of his Government failed completely. From his opening speech he was drawn into debating the sins of the Federal Administration, chief among them the manpower policy, which he could only defend as a « favour » to Quebec. Thus appeasement has travelled the full circle. The Federal Government subordinated the will of the majority to the demands of the minority and adopted the two-army policy. In trying to be all things to all men it has been honest with none. It has lost the respect of the majority, and it has lost the political support of Quebec, to retain which it sacrificed that respect. »

« The "Reward" of Appeasement », The Globe and Mail, 10 août 1944, p. 6.





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