Élections québécoises de 1948 dans les médias

 
«...Le vote massif donné à l'honorable Duplessis, à ses candidats et à M. René Chaloult signifie que l'électorat désire ardemment la sauvegarde de l'autonomie provinciale contre les tentatives centralisatrices du pouvoir fédéral. Et qui pourrait reprocher à Québec de s'opposer à tout morcellement de son autonomie quand cent raisons impérieuses lui en font un devoir ? (...) Avec un mandat aussi impératif, l'Union nationale se doit de rester autonomiste, de prendre les mesures nécessaires pour protéger plus efficacement encore notre autonomie. Même s'il devait y consacrer des millions, le nouveau gouvernement doit précéder le Fédéral dans les divers champs qu'il cherche à envahir, par une législation sociale encore plus progressive, audacieuse même. »

Louis-Philippe Roy, « Une victoire autonomiste », L'Action catholique, 29 juillet 1948, p. 1.


«...Administration corrompue dans les millions qu'elle a engloutis dans la construction scandaleuse de la route de Chicoutimi, dans la cession de nos richesses naturelles en Ungava pour une bouchée de pain, dans l'exploitation ignominieuse de grills infâmants, de boites de nuit et de tripots où les échauffourées sont fréquentes ; dans sa brutale répression policière, à coups de garcette, de centaines de grévistes canadiens-français, dans l'arbitraire dont elle fait usage contre les représentants du peuple à l'Assemblée législative, dans l'octroi de contrats sans soumissions, dans le trafic des permis de vendre les liqueurs, etc., etc. Voilà l'Union nationale ! M. Duplessis s'est présenté aux électeurs sans programme, sans énoncé de politique. Les libéraux, M. Godbout en tête, lui ont parlé de politique provinciale, il a répondu par une série de mythes électoraux, retentissants parfois, mais mythes tout de même. Et ces mythes ont pu être, à l'occasion, assez retentissants pour que des esprits naïfs, qui avaient contribué à dénoncer ces mythes, finissent par y croire. Mais dans la démocratie canadienne et québécoise, fortifiée par la dernière guerre, la naïveté n'a plus sa place. »

« Pourquoi le parti libéral vous demande un vote en sa faveur », Le Canada, 28 juillet 1948, p. 4.


«...C'est un fait que l'état général des affaires au Canada et dans la province de Québec est très prospère, par la suite de notre participation à la guerre et au triomphe des démocraties. Les contrats des pays étrangers affluent chez nous, notre commerce extérieur est florissant, le revenu national est à son plus haut, de même que l'embauchage. C'est de cette situation qu'ont bénéficié, au scrutin d'hier, les partisans de l'union nationale. Leur victoire est décisive sur leurs adversaires libéraux qui ont été durement éprouvés dans plusieurs des comtés qu'ils pensaient retenir ou reconquérir. (...) L'événement marque une époque dans l'histoire politique de notre province. Il est même de nature à modifier de façon appréciable les destinées politiques du pays tout entier si l'on en croit les thèmes principaux de la campagne de l'union nationale, en matière de relations fédérales-provinciales. »

« Le scrutin décisif d'hier », Le Canada, 29 juillet 1948, p. 4.


«...Les questions d'administration ont passé au second plan. Les scandales, vrais ou faux, qui sont la monnaie courant des campagnes électorales, n'ont pas retenu pour la peine l'attention de l'électorat ; c'est d'ailleurs un truc qui ne prend plus. Mais la question essentielle, celle autour de laquelle ont tourné tous les discours, c'est l'autonomie des provinces. Le gouvernement fédéral, en l'occurrence le parti libéral, reçoit une rebuffade presque comparable au plébiscite. (...) M. Godbout a laissé entendre hier soir que Québec avait voté contre la sécurité sociale. C'est faux. Québec veut des mesures de sécurité sociale. Ce qu'il a repoussé hier c'est un programme de sécurité conçu et administré par Ottawa, ce sont des institutions comme l'assurance-chômage et les allocations familiales nullement adaptées aux besoins de la famille canadienne-française et à la direction desquelles on ne trouve que peu ou pas de Canadiens français. Le renversement du vote dans les centres ouvriers canadiens-français n'a pas d'autre signification. La population ouvrière du Québec veut des logements, de l'assurance-santé, de l'assurance-chômage, des allocations familiales, et d'autres mesures d'assurance ou d'assistance sociale, mais elle en a assez de se faire traiter comme un vil bétail par les ronds-de-cuir unilingues d'Ottawa et cela jusque dans les bureaux de Montréal. »

Gérard Filion, « Les centralisateurs sont écrasés », Le Devoir, 29 juillet 1948, p. 1.


«...Le résultat de l'élection provinciale apporte une conclusion extraordinaire à une campagne électorale qui avait été elle aussi à maints égards extraordinaire : par sa fièvre, par le nombre de candidats qui y ont participé, par le déploiement de l'arsenal publicitaire, par le caractère tranché de la question principale qui était posée à la population. Le verdict populaire n'est marqué d'aucune ambiguïté et exprime un mouvement massif d'opinion qui s'est manifesté dans toutes les régions de notre immense province. (...) La décimation des forces parlementaires de l'opposition ne doit pas faire oublier le fait que les candidats libéraux ont recueilli, dans toute la province, sur un total de 1,250,000, tout près de 500,000 votes. Ce chiffre est manifestement disproportionné par rapport à la force numérique qu'aura l'opposition à l'Assemblée législative, mais ainsi le veut notre régime électoral, dont la majorité de notre population, éprise de stabilité, se trouve satisfaite. »

« Le résultat de l'élection », La Patrie, 29 juillet 1948, p. 8.


«...À la suite d'une élection menée à vive allure par les deux camps mais, dans l'ensemble avec modération et dignité, le premier ministre, M. Duplessis, se trouve réinstallé au pouvoir avec tous les membres de son cabinet. Bien plus, il disposera dans la prochaine Législature d'une majorité parlementaires très accrue au point de rendre l'Opposition presque nulle numériquement. Le fait qui ressort principalement de la votation d'hier c'est le désir exprimé par la province de favoriser des mesures propres à maintenir l'autonomie du Québec et de lui assurer la liberté de conduire lui-même les affaires provinciales. Un autre aspect du scrutin qu'il faut souligner est assurément l'échec général et décisif des groupes qui, en marge des deux partis traditionnels, représentaient les doctrines créditistes ou les vues du CCF. La province de Québec a témoigné de façon péremptoire, tant dans les campagnes que dans les villes, dans les milieux ouvriers comme dans les districts dits capitalistes, qu'elle ne prisait aucunement ces idéologies. »

« L'Union nationale victorieuse », La Presse, 28 juillet 1948, p. 6.


«...Est-ce une illusion ? Il semble que l'élection du 28 juillet nous permet de croire à un affaiblissement de l'esprit de parti chez nos gens. Cette année la lutte ne se faisait pas sur des appellations, ni même uniquement sur des personnes; on a écrasé le tout-puissant parti libéral parce qu'on était mécontent de sa doctrine et de sa conduite. C'est ainsi qu'on a renvoyé dans la vie privée des députés dont les talents et l'expérience étaient utiles au bon gouvernement de la province. Ils sont victimes de l'attitude de leur parti. La lutte engagée par M. Henri Bourassa il y a un demi-siècle semble porter ses fruits : « Le pays avant le parti », clamait le chef du groupe nationaliste. On put croire qu'il criait dans le désert, mais aujourd'hui son voeu paraît se réaliser : notre peuple juge les hommes et les choses avec plus de sérénité - avec plus de bon sens. On ne vote plus nécessairement comme son père et son grand-père, on ne craint pas de virer capot. Malheureusement l'intérêt particulier l'emporte encore trop souvent sur le bien général. Souhaitons qu'on porte ses regards au delà de sa propre personne et de sa localité. »

« Un mandat explicite », Relations, septembre 1948, p. 249.


«...Though the C.C.F. Party has had a serious check in its efforts to gain a bridgehead in the province, the most serious blow is to the provincial Liberal Party, which has been reduced to so small a following in the province in which it once held an almost undisputed sway. But the federal Liberal Party would also appear to have had a decided setback. It is particularly notable that in Quebec City where both Rt. Hon. Louis St. Laurent and Hon. C. G. Power had their own federal seats, and where they sought to exercise their influence, the National Union carried all the seats. The result, both in Quebec City and in the province, generally, will undoubtedly have some influence upon the political fortunes of Mr. St. Laurent. It has certainly not been a promising beginning for a prospective Liberal leader, whose prestige at the Liberal convention will rest largely upon his influence in his own province. »

« Duplessis Party Sweeps the Province », The Gazette, 29 juillet 1948, p. 8.


«...In the eyes of his fellow-citizens, Mr. Duplessis appeared as the champion of Quebec's right to run its own affairs. The voters have approved his stand. Mr. Duplessis undoubtedly pushes the doctrine of Provincial autonomy too far to suit many Canadians in other Provinces. His party has naturally attracted the support of those French-Canadians who wish to emphasize Quebec's differences from the rest of the country - in civil law, social set-up and language - and to symbolize this separateness by such means as the new Quebec flag. These expressions of Quebec nationalism are sometimes disturbing to the rest of the country. At the heart of them, however, is the sound conception that Canada must be federal and cannot stay united if there is undue centralization of taxing and legislative power at Ottawa. It is this political idea that Quebec voters have endorsed, as Ontario voters did last month. The two central Provinces with three-fifths of Canada's people - sometimes accused by the others of blocking progressive national measures - have together reaffirmed a political doctrine vital to Canada's existence : that there must be a proper balance of local and central authority if our federation is to live and prosper. »

« Mr. Duplessis' Landslide », The Globe and Mail, 30 juillet 1948, p. 8.



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