Élections québécoises de 1952 dans les médias

 
«...En démocratie, l'opposition a un grand rôle à jouer. Ce rôle est plus facile et plus salutaire quand elle est plus forte. L'opposition libérale retourne en chambre avec un effectif jeune et plus nombreux. Regrettons cependant que ses membres se recrutent presque exclusivement dans les villes. Il y a là une anomalie qui peut entrainer des conséquences malheureuses. Cependant, l'hon. Premier Ministre a déclaré dès hier soir que, la fumée de la bataille dispersée, son gouvernement serait le gouvernement de toute la province et non pas seulement celui des circonscriptions où ses partisans ont été élus. Nous souhaitons que tous partagent de telles dispositions, car le bien commun l'exige. Centres urbains et centres ruraux ont des problèmes d'intérêts divergents qu'il faut harmoniser et des problèmes communs qui doivent recevoir une solution adéquate. »

Louis-Philippe Roy, « Un verdict sans équivoque », L'Action catholique, 17 juillet 1952, p. 1.


«...En dépit de ce résultat, nous conservons l'assurance que la très grande majorité des citoyens sont honnêtes et qu'ils parviendront à vaincre la puissante machine de l'«Union nationale ». Et l'on peut compter sur M. Duplessis et son pseudo-parti pour continuer à donner raison à tous ceux qui ont prétendu et croient encore que l'« Union nationale » est foncièrement corrompue. Au cours des prochains mois, des quatre prochaines années peut-être, les ouvriers seront encore brimés davantage par M. Duplessis et les cultivateurs devront s'incliner très bas devant lui s'ils veulent seulement lui présenter quelques revendications. Il va sans dire que les débits d'alcool continueront à se multiplier et que la loi des liqueurs sera plus que jamais violée. Et malgré les apparences, le peuple n'a rien voulu de tout cela. Car l'un des facteurs de la réussite de l'« Union nationale » fut le défaitisme d'un certain nombre de citoyens qui, parlant ouvertement contre le régime qui se maintient au pouvoir, concluaient cependant qu'il n'y avait rien à faire contre la machine trop bien huilée et les millions de M. Duplessis et de sa « gang ». »

« Le résultat des élections provinciales », Le Canada, 17 juillet 1952, p. 4.


«...Les libéraux ont avancé de 8 à 23 sièges et de 36.5 à 45% du vote total. 14 de leurs députés représentent des comtés urbains, et 5 autres ont été élus grâce à l'appui des centres industriels dans les comtés mixtes. Ces gains semblent donner raison aux stratèges du parti qui avaient élaboré un programme de réforme sociale de nature à capter le vote ouvrier. Mais inversement, leur libéralisme un tantinet radical réussit à ébranler la fidélité de ceux qu'effraie le mot « gauche » : les grosses légumes fédérales, par exemple; et la finance, qui coupa temporairement les vivres au parti, ne cessant de le bouder qu'à l'approche du scrutin, par crainte d'être privée des fruits d'une victoire possible. Ce parti schizophrénique groupait donc d'une part ceux qui voulaient continuer de jouer aux rouges, pour leur avantage très particulier; et d'autre part ceux qui se nommaient libéraux pour les principes idéologiques. Les premiers avaient placé M. Lapalme à la tête du parti plutôt que M. (Jean-Marie) Nadeau, parce qu'ils croyaient pouvoir le contrôler; mais M. Lapalme avait suffisamment échappé à ce contrôle pour donner courage aux seconds. »

Pierre-Elliott Trudeau, « Réflexions sur la politique au Canada français », Cité libre, décembre 1952, p. 67.


«...Les syndicats ouvriers, c'est un fait connu, avaient fait campagne contre le gouvernement. Ils avaient même indiqué quatre députés dont ils réclamaient la défaite. De ces quatre députés, trois ont mordu la poussière. S'il fallait s'en tenir strictement aux résultats d'hier, on pourrait dire que M. Duplessis a obtenu un mandat rural, mais que sa politique ouvrière a subi une rebuffade. Il l'a d'ailleurs nettement compris, puisque sa déclaration insiste sur « le grand principe que l'agriculture est le fondement indispensable de toute prospérité et de toute sécurité. » Si la carte électorale de la province avait été modelée de façon à rétablir un meilleur équilibre entre les circonscriptions urbaines et les comtés ruraux, le gouvernement n'aurait été réélu que de justesse. (...) Mais on ne peut s'en remettre à M. Duplessis pour rétablir l'équilibre. Le régime des « bourgs pourris » fait trop son affaire. (...) M. Duplessis reste fort. Il abusera de sa puissance. Quand il gouvernait avec une faible majorité de 1944 à 1948, il se conduisait d'une façon convenable. Mais après 1948, il a cru que tout lui était permis. Il serait surprenant qu'à son âge il devienne subitement sage. Malgré l'avertissement qu'il vient de recevoir, il se croira, comme le capitaine du navire, Maître après Dieu. »

Gérard Filion, « Maître après Dieu », Le Devoir, 17 juillet 1952, p. 4.


«...La bataille électorale est terminée, après une période de fièvre qui ne laissera, espérons-le, aucun mauvais souvenir dans les esprits et aucune rancoeur, de façon générale. Les écrits - certains d'une extrême gravité - qui ont marqué la journée d'hier, devraient être punis avec toute la rigueur de la loi, afin de décourager la récidive, de proclamer le respect de notre population pour la moralité publique et de dissocier les autorités de ces moeurs de gangsters. L'indulgence coutumière des lendemains d'élections pour les télégraphes, les hommes de main, les assommeurs, les briseurs de vitres ne fait que perpétuer des moeurs électorales que tous les honnêtes gens réprouvent et qui font à notre province une mauvaise réputation qu'elle ne mérite pas mais que répand à l'extérieur la tolérance dont jouissent trop souvent les prévaricateurs. Quand donc « l'organisation » électorale cessera-t-elle de s'associer avec la fraude ? »

E. Letellier de Saint-Just, « L'élection provinciale », La Patrie, 17 juillet 1952, p. 8.


«...Tous les contribuables, quels que soient leur âge ou leur condition sociale, doivent s'incliner devant les mesures que les députés voteront et en accepter loyalement l'application. Le fait qu'on peut estimer certaines d'entre elles nuisibles ou injustes n'a rien à voir avec l'obéissance aux lois. Autrement, ce serait le chaos, l'anarchie. Advenant que le gouvernement n'agisse pas toujours à votre goût, dites-vous qu'il représente l'autorité légale, librement choisie par la majorité. Vous prendrez votre revanche aux prochaines élections, s'il ne se montre pas à la hauteur de la situation. Et, surtout, oubliez les rancoeurs personnelles que la campagne a pu susciter. Une fois la fièvre électorale tombée, il ne reste plus qu'à se serrer la main. Après quoi l'on ne cherche pas à faire du tort au commerçant voisin, sous prétexte qu'il n'est pas de la même couleur politique que vous ; au contraire, l'on retrousse ses manches et l'on soutient tous ensemble la province de Québec dans sa marche vers le progrès. »

« Oublions nos rancunes », Le Petit Journal, 20 juillet 1952, p. 44.


«...Pendant un troisième mandat il (Duplessis) aura la direction des affaires publiques du Québec, entouré de presque tous les ministres qui ont secondé ses initiatives et d'un groupe de soixante-huit députés réélus ou élus sous les couleurs de l'Union Nationale. C'est dire qu'il pourra compter sur l'appui dont il a besoin pour appliquer la politique de son choix. La défaite personnelle que le chef du parti libéral provincial, M. Georges-E. Lapalme, a subie dans son comté, ne peut que lui être très sensible. Il trouve cependant une certaine compensation dans la pensée que, avec ses principaux lieutenants, MM. Marler et Mongrain, il n'a rien épargné pour décrocher la victoire dans des circonstances fort difficiles et que les libéraux, avec vingt-trois sièges au lieu de huit, seront plus en mesure de jouer leur rôle d'oppositionnistes dans la prochaine Assemblée législative. Soulignons que le scrutin a suivi le cours de la campagne électorale qui vient de se terminer. Dès le début la lutte s'est limitée presqu'entièrement aux deux partis traditionnels, de sorte que les résultats n'ont guère favorisé les espérances des groupes C.C.F., communistes et indépendants qui avaient des candidats sur les rangs. »

« L'Hon. M. Duplessis garde le pouvoir », La Presse, 17 juillet 1952, p. 6.


«...Mr. Duplessis, in this campaign as in that of 1948, spoke out against the danger of promising too much, and of putting people in a position where they might evade their own responsibility to themselves so as to lean upon others. His has been the unwavering conviction : « Today more than ever we must get back our sense of proportion. We want a charitable, active and prosperous people, not a population of pensioners. We must be on our guard against any system of premiums and inaction. » No doubt some political leaders say such things in private. But not many are ready to shout them from the hustings. Yet this unusual type of campaign in 1952 has won him support again. And it is as well that this province will face the next few years without the leadership of those (les libéraux) who were bound to the unsettling idea that Quebec might become « the Iran of tomorrow ». And it is as well that this province will not be bound in the next few years to a leader who was prepared to promise the people the moon and to commit them to paying for the struggle to reach it. »

« A renewed vote of confidence », The Gazette, 17 juillet 1952, p. 6.


«...The Liberals were strengthened by the disappearance of the Union des Électeurs which four years ago shared the anti-Duplessis vote. It is also evident they made good use of their chances, and struck effectively at the weak points of the Union Nationale' citadel. This must go the credit of the defeated Liberal leader, Mr. Lapalme, who has at least the satisfaction of restoring an effective opposition to the Legislature. This should be welcomed. No one, not even a good government, should wish to see the opposition reduced to a rump. (...) Mr. Duplessis will doubtless study the election results and their lessons with care. In spite of his own resounding and deserved victory in Three Rivers, he will note that the weakness of the Union Nationale tended to lie in the industrialized seats of the province. Losses in Montreal and Quebec, in Richmond and Shefford suggest that the labor vote swung toward the Liberal side. The strength of the Union Nationale lay, as before, chiefly in the country. In the future as industrialization proceeds, this will prove to be one of the Premier's problems. »

« Mr. Duplessis returned », The Montreal Star, 17 juillet 1952, p. 12.


«...The return of Mr. Duplessis was fully expected and the reasons for it are plain. Quebec is prosperous. Its industries are expanding; its people are fully employed. These factors told in favor of the Union Nationale, but alone would not account for its sweeping triumph. The people of Quebec obviously like Mr. Duplessis. They recognize his administrative talents, fortified by eleven years in the Premiership, and they admire his stand for Provincial rights. Some of his views and measures would be unacceptable outside Quebec, but he suits his own people down to the ground. If he has given the Province good government in the past, he should provide even better government in future because of the reduction of his majority. In the last Legislature he had eighty-two supporters against an Opposition of ten. With an advantage as topheavy as that, any regime is likely to suffer both from internal squabbles and from lack of constructive criticism. It is a healthy thing that the Liberal membership has been nearly tripled. »

« The Result in Quebec », The Globe and Mail, 18 juillet 1952, p. 6.



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