Élections québécoises de 1966 dans les médias

 
«...La réalité bien en face, M. Lesage, à qui il faut concéder qu'il est un excellent politicien, à la façon des Taschereau et des Duplessis (il ne lui manque qu'un peu de sens de l'humour pour savoir éviter la tension coléreuse qui conduit fatalement à la perte du sens politique et aux gaffes), M. Lesage l'a regardée quand il a confié à je ne sais trop qui que c'était la politique de l'éducation qui avait fait battre son gouvernement. Telle me paraît bien la vérité, car c'est là surtout qu'étaient toutes les zones de mécontentement croissant, dans les commissions scolaires, chez les maîtres laïques, comme dans les institutions privées religieuses ou laïques, et chez une multitude de parents. Toutes les conversations sincères en témoignaient hautement, en dépit des courbettes de trop d'organismes officiels qui craignaient avant tout de perdre la galette en osant contredire le gouvernement. Il est clair que M. Lesage eût été beaucoup plus sage et plus inspiré de s'en tenir à sa promesse que, jamais, sous son régime on ne verrait le ministère de l'Éducation...»

Le directeur, « La « surprise » des élections de 1966 », L'Action nationale, septembre 1966, p. 3-4.


«...On est justifié de croire que le Québec n'a pas voté pour un retour à un duplessisme, qui n'est d'ailleurs plus possible. Si conservateurs qu'ils soient, les Québécois ont pris goût, plus qu'ils ne le pensent, au dynamisme administratif. À défaut de la majorité des sièges, la majorité des voix, (soit celles des libéraux et du RIN) s'est prononcée en faveur de la poursuite de la révolution tranquille. Mais sur le plan de sièges, elle a plutôt voté en faveur d'une pause. Peut-être qu'il est vrai que Québec veut reprendre son souffle. En tout cas, intentionnellement ou pas, il a confié le pouvoir à une équipe qui, après six années dans l'opposition, pourrait bien vouloir profiter de son retour au pouvoir pour se réhabiliter aux yeux de plusieurs. On ne peut toutefois pas s'attendre à des miracles de ce côté, même si depuis quelques années, le parti a fait des efforts pour se renouveler. Il y a encore plus « d'archanges » du côté de l'Union nationale que du côté libéral. Il reste que la grande leçon du 5 juin semble être la suivante : c'est effectivement la Métropole qui tire le reste du Québec dans le sens de l'avancement et du progrès. Mais pour s'acquitter de cette tâche, elle doit constamment tenir compte de ce reste. Quand la Métropole oublie que le Québec provincial et rural existe aussi, ce dernier se venge durement. C'est ce qu'il vient de faire. »

Jean Pellerin, « Une drôle d'élection », Cité libre, juillet-août 1966, p. 7.


«...À quoi attribuer ce revirement de l'opinion ? Sans doute à l'effet créé par le visage rajeuni qu'a su présenter l'Union nationale. Mais d'abord à deux causes plus profondes. La première cause tient à la nature de la cause entreprise par le gouvernement Lesage. Une réforme aussi exigeante ne saurait, même en étant menée avec perfection, se faire sans créer en cours de route des milliers de mécontents, sans susciter des inquiétudes profondes dans de larges secteurs de la population. Ces réactions pendant la première phase de la révolution tranquille étaient demeurées relativement silencieuses. Elles n'étaient toutefois pas éteintes. Elles ont même repris depuis quelques mois du poil de la bête dans à peu près tous les secteurs qui ont été touchés par les changements des dernières années. Mais cela n'aurait pas suffi à renverser le gouvernement Lesage si celui-ci n'avait pas, par une série d'erreurs inutiles et présomptueuses, avivé le sentiment d'opposition qui se faisait jour dans divers milieux. Le moment choisi pour déclencher l'élection était inopportun. La manière dont on prépara en Floride l'échéance fatidique était également mauvaise. Non moins mauvais furent le ton et le style que M. Lesage imprima à sa campagne. »

Claude Ryan, « Défaits par eux-même d'abord... », Le Devoir, 6 juin 1966, p. 1.


«...Dans l'histoire politique du Québec, l'élection du 5 juin demeurera longtemps une page mystérieuse. Au lendemain de la soirée d'hier, il est impossible de découvrir les raisons profondes qui ont divisé le corps électoral en deux campas pour offrir une majorité précaire à l'Union nationale. Un mot vient quand même à l'esprit : mécontentement ! Rien de plus vague et pourtant force nous est de reconnaître que dans divers secteurs de la population le climat était inconfortable. Instabilité, irritation, malaise, des conflits ouvriers à répétition et des grèves à n'en plus finir, il n'en fallait guère plus pour jeter les gens dans le désarroi. Là où on aurait voulu une main ferme...c'était l'indécision. Là où il aurait fallu des gestes positifs...c'était des atermoiements. Peut-être aussi trop de fers au feu et une pression trop vive auprès d'une population, sans doute désireuse de bénéficier des avantages d'une politique d'envergue mais décontenancée par l'ampleur de ses exigences. »

Roger Champoux, « Vers de noires querelles », La Presse, 6 juin 1966, p. 4.


«...L'erreur des libéraux a été de minimiser le mécontentement provoqué par la mise en oeuvre de grandes réformes qui s'imposaient et qu'ils ont menées à vive allure. Ils n'ont pas tenu suffisamment compte des problèmes locaux qui surgissaient sous leur pas dans leur progrès vers des objectifs d'ensemble. Pendant que les éléments les plus faibles du parti libéral subissaient rapidement l'usure du pouvoir, l'Union nationale profitait de son séjour dans l'opposition - surtout les deux dernières années - pour rompre avec l'autoritarisme et le monolithisme du passé et se faire un nouveau visage démocratique. Avec une persévérance de tous les instants, elle a remonté une longue côte. Si elle parvient à s'installer au pouvoir, quelle sera son attitude devant la nouvelle orientation imprimée à la province dans divers domaines depuis six ans ? Mettra-t-elle un frein à la Révolution tranquille ? C'est l'interrogation qui vient aujourd'hui à l'esprit de beaucoup de gens au lendemain d'une élection qui remet en question beaucoup de choses qui semblaient acquises. On le constate maintenant, pour une bonne partie de la population, elles ne l'étaient pas. C'est pourquoi, vraisemblablement, nous entrons dans une nouvelle ère d'incertitude, de confusion et de « révisions déchirantes ». »

Cyrille Felteau, « Bilan sommaire du 5 juin », La Presse, 6 juin 1966, p. 4.


«...Le parti libéral a subi une défaite plus qu'honorable. Journalistes, sociologues, politicologues, analystes de toutes sortes en ont déjà indiqué les principales causes. Signalons, au passage, la répartition si peu démocratique des comtés dans la nouvelle carte électorale, la montée rapide des taxes et surtout le chambardement inutilement radical du système d'éducation. En ce dernier domaine, on a voulu à tout prix faire du neuf comme si rien de bon n'existait auparavant et monter du gigantesque comme si tout le reste était indigne d'une politique de grandeur. Quand Jean Lesage, au lendemain des élections, confiait à un journaliste : « C'est l'éducation qui nous a fait battre », il exprimait un avis qu'un très grand nombre partagent. Sur ce terrain plus que sur tout autre, des erreurs graves et coûteuses ont été commises, engendrant des craintes et du mécontentement dans la population. On ne peut que regretter le départ de certains ministres du poste qu'ils occupaient avec tant de compétence et de dynamisme. Dommage vraiment que notre système de partis les condamne à poser un geste qui prive la province des nombreux services qu'ils pouvaient rendre. »

S.A., « Après le 5 juin... », Relations, juillet 1966, p. 198.


«...Une seule chose est certaine dans le moment, c'est que le Québec traverse sa crise politique la plus grave en cent années de Confédération, à cause de la présence des tiers-partis qui ont réussi, comme ils l'ont fait à Ottawa, à installer l'instabilité politique dans le milieu québécois. La présence des tiers-partis est responsable que nous n'ayons pas eu un résultat décisif, car dans plusieurs comtés, le nombre des votes qu'ils ont obtenus est supérieur à la majorité de l'élu. Ils ont surtout grugé les majorités libérales des élections de 1962 et l'on peut s'expliquer ainsi la défaite de plusieurs des membres de la dernière Assemblée législative. Ils sont en grande partie responsables de la déroute du parti libéral, même si ce dernier a recueilli le plus fort pourcentage des votes, 47,4 pour cent comparativement à 40 pour cent pour l'Union nationale. Sans l'île de Montréal, qui, en dépit de quelques défections, a gardé sa confiance en l'équipe libérale, la défaite de celle-ci aurait été complète. (...) La présence des tiers-partis ne s'est cependant pas manifestée de la façon qu'on prévoyait. Ainsi le RN, qu'on considérait comme une menace à cause de son aspect créditiste, n'a obtenu que 3.2 pour cent des votes, tandis que le RIN en obtenait 5.5 pour cent, même s'il n'avait des candidats que dans 73 comtés. »

S.A., « Au pays de la confusion », Le Soleil, 6 juin 1966, p. 4.


«...three factors seemed to have determined the final result. The Liberal organization, so effective four years ago, appears to have gone soft; second, the half-hearted attempt at retribution left a rural vote still worth far more than its urban counterpart and it was the country which went National Union; and perhaps most important of all, the price of reform appears to have been too high for many voters. The last is understandable but tragic nonetheless. Few tangible signs of the very significant reforms initiated by the Lesage government are visible. We are still very much in the upset stage of the Quiet Revolution. In almost every area of government, we are feeling the growing pains without enjoying the advantages of change. This is true of education, of industrialization, of the new attitude towards labor; even of the new roads and the glowing results of urban renewal. For many voters, all they knew of reform was the size of the tax bill with which they have been confronted. For those in the country, too long with low taxes and no amenities, the change so far has been high taxes, the long ride to school and the prospects of a better life sometime in the future. This is not the stuff of which enthusiastic supporters are made, unfortunately. »

« A Clear Victory for Daniel Johnson », The Montreal Star, 6 juin 1966, p. 10.


«...Behind the Union Nationale's powerful comeback was a long struggle to shed its Duplessisist skin. Starting with a broken, discredited party, Johnson and a handful of lieutenants stripped the old guard of power, democratized the party's policy machinery, and actively sought bright, young candidates - younger, over-all, than those of the Liberals. « An opposition never beats a government, » Johnson is fond of saying, « a government always beats itself. » When the election was called, he was ready with an appropriate strategy : « We will win riding by riding. » Working from the grass roots up, the UN sought to coalesce voter discontent over high taxes, education reforms that sharply curtailed the church's role, neglected country roads - and an ill-defined feeling in rural Quebec that the revolution had simply gone too far, too fast. In the crunch, however, Johnson - a suave, slick politician who was Duplessis' minister of hydraulic resources - waffled. On the one hand he appealed for separatist support, vowed to win « sovereignty » for Quebec; on the other, he promised to « restore » investor confidence - leaving the impression that he did not know what he would do. Somehow the schizoid approach won votes. »

« Blue Sunday in Quebec », Time (édition canadienne), 10 juin 1966, p. 15.


«...A curious sort of arrogance both personal and public seems, indeed, to have cut the ground from under Mr. Lesage. His Liberal Government had a bill of goods it ought to have been able to sell. There can be little doubt that Quebec progressed more rapidly under his Administration than under any other in its history. There can be no doubt that he surrounded himself with capable ministers - Rene Levesque, Eric Kierans, Claude Wagner, Paul Gerin-Lajoie, these and others added more lustre to Quebec front benches than can be boasted by other provinces. But Mr. Lesage forgot that high principles and lofty goals are not enough to ensure election unless the people can be convinced that these principles and goals are theirs. Especially when they are costly. He forgot that the age-old political adage - what's in it for me ? - is still operative. Revolution, even quiet revolution, is always the work of the few; in a democracy where the military cannot be used to keep the people in line, the people must be sold on the idea that the revolution belongs to them. Mr. Lesage forgot to sell. »

« An Election Needlessly Lost », The Globe and Mail, 6 juin 1966, p. 6.


«...M. Johnson avait misé sur deux tableaux. Flattant les tendances séparatistes des Canadiens français, il s'était prononcé en faveur d'une plus grande autonomie vis-à-vis du gouvernement fédéral d'Ottawa. Et il avait dénoncé la « révolution tranquille » de M. Lesage, qui obligeait les fermiers à payer de lourdes taxes pour financer l'équipement, la scolarisation et les services sociaux dont profitaient surtout les villes. C'est d'ailleurs grâce aux campagnes, encore très marquées par les vingt ans de règne du très intégriste M. Duplessis, que son successeur à la tête du Parti d'Union Nationale a obtenu la majorité. À Ottawa, on craint une poussée de fièvre séparatiste et l'on sait désormais que M. Lesage, après cet échec cuisant où cinq de ses ministres ont été battus, ne pourra plus succéder à M. Lester Pearson au poste de Premier ministre fédéral du Canada. Cette solution paraissait pourtant le meilleur remède aux tentations autonomistes du Québec. »

S.A., « La révolution n'est plus tranquille », L'Express (France), 13 au 19 juin 1966, p. 61.



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