| «...Quant à M. Bourassa nous lui souhaitons bonne chance, et nous lui donnerons sa chance. Mais nous espérons qu'il ne se drapera pas dans trop d'illusions. S'il tient compte du vote anglais et du vote partisan, il devra se rendre à l'évidence, je crois, que ce n'est pas le ton de sa campagne, ni la priorité accordée aux problèmes économiques qui expliquent sa victoire. Ce n'est pas à cause du marasme économique du Québec que le vote anglais lui a été acquis. Et si la question économique avait eu l'importance qu'il prétend, ce n'est pas dans les comtés les plus populaires, dont les plus frappés par les difficultés économiques, que M. Lévesque aurait eu le plus de succès. En plus du vote des Anglophones et des partisans, en plus du vote de ceux qui sont allés à lui par peur de M. Lévesque, ce qui fait déjà beaucoup de votes sans relations claires avec la question économique, il a eu des votes de mécontents de l'Union nationale trop dans la tradition partisane pour aller ailleurs qu'au parti libéral en changeant de parti.. »
François-Albert Angers, « Les élections québécoises de 1970 », L'Action nationale, juin 1970, p. 922-923. «...Le peuple du Québec avait à se prononcer hier sur deux questions capitales : son avenir constitutionnel et la relance de l'économie. À la première question, il a répondu sans équivoque : avant de poser un geste global et irréversible, il faut explorer dans l'esprit le plus constructif possible toutes les avenues de collaboration avec le reste du Canada à l'intérieur du cadre fédéral. À la seconde question, il a apporté la réponse que lui dictait un souci fort compréhensible de sécurité immédiate, accordant sa préférence à l'équipe qui lui apportait les meilleures garanties de gestion compétente. Cette réponse est un témoignage incontestable de la confiance au nouveau chef libéral, Robert Bourassa, qui a mené presque seul une campagne d'une vigueur inattendue. Elle est aussi un défi redoutable qui ne saurait faire oublier les importantes réserves dont le corps électoral a cru devoir assortir le mandat confié au parti libéral. » Claude Ryan, « Un verdict clair mais redoutable », Le Devoir, 30 avril 1970, p. 1. «...La majorité silencieuse avait soif de sécurité. Elle voulait un gouvernement fort, majoritaire; elle demandait une ligne franchement tracée. Elle refusait l'équivoque, tant sur le plan constitutionnel que sur des problèmes du plus banal quotidien - du travail, par exemple, une mise en échec au chômage, notamment - et à cet égard le vote populaire est trop massif, trop absolu pour qu'on entretienne le moindre doute sur le sens que l'électorat a voulu donner à sa décision, en reportant au pouvoir l'équipe qui avait donné un si superbe sursaut au Québec au début de la décennie '60. (...) Ayant balayé l'Union nationale, ayant fait comprendre au Parti québécois que sa philosophie politique est intolérable, capable de contenir les extravagances des créditistes, le parti libéral, nanti d'une puissance peu commune, n'a pas le droit de décevoir. Les engagements de M. Bourassa et de ses députés sont redoutables et devront être tenus. Le Québec ne demande ni sauveur, ni magicien : il veut tout simplement que l'ordre règne, que les investisseurs nous reviennent, que l'économie générale retrouve son aplomb et que le progrès ne soit plus une vague promesse mais une réalité. » Roger Champoux, « À l'oeuvre pour de bon », La Presse, 30 avril 1970, p. 4. «...Mis à part quelques irréductibles adulateurs, les électeurs se sont prononcé selon des préférences idéologiques, mettant de côté les anciens attachements qui les liaient à une formation plutôt qu'à une autre. Ils ont généralement choisi en fonction de leurs aspirations ou des programmes proposés, et non plus tellement selon des couleurs politiques (rouge, bleu, etc.) ardemment défendues. Cette nouvelle réalité politique s'est révélée de façon manifeste par les déplacements de voix auxquels a donné lieu le dernier scrutin. Malgré un semblant de stabilité, l'électorat libéral (47% en 1966 et 45% en 1970) ne recouvre plus tout à fait la même clientèle. L'analyse des résultats électoraux, au niveau des circonscriptions, permet de croire que les libéraux ont recueilli une part importante du vote unioniste de 1966 et ont dû céder, en même temps, un nombre appréciable de voix aux péquistes. Ces derniers, de leur côté, ont aussi participé au partage des dépouilles unionistes. C'est donc dire que les déplacements de voix ont été assez nombreux; ils permettent de prévoir, si le mouvement se poursuit, une mobilité de plus en plus grande de l'électorat, les attachements de naguère tenant de moins en moins. » André-J. Bélanger, « Vers une troïka québécoise », Relations, juin 1970, p. 165. «...on ne peut pas parler d'une vague libérale avec moins de cinquante pour cent du vote. Il s'agit tout au plus d'un courant provoqué par une réaction de prudence et de sécurité d'une partie considérable de la population qui a décidé d'abord en faveur d'une relance économique et a voulu rassurer les investisseurs étrangers dont l'apport de capitaux pourra aider à créer de nouvelles sources d'emploi et à ainsi enrayer le chômage. On peut dire sur ce point que le chef du Parti libéral, M. Robert Bourassa, a réussi à sensibiliser le plus grand nombre des électeurs à cet aspect du programme de son parti, un thème sur lequel il est revenu constamment. Les Québécois ont opté dans l'immédiat pour le pain et le beurre. On aurait tort de croire que les autres options proposées au cours de la campagne électorale ont été définitivement écartées. Ce serait s'illusionner gravement, car le 22,5% des votes obtenus par le Parti québécois de René Lévesque, même si ce dernier a subi la défaite, en fait avec les libéraux la formation qui peut se réclamer d'une victoire. Les libéraux avec 44% des votes ou environ ont tout de même un pourcentage moindre de votes qu'ils n'en avaient obtenu en 1966, tandis que le Parti québécois a presque triplé les votes donnés au RIN, le seul vrai parti séparatiste cette année-là? » Raymond Dubé, « Un gouvernement libéral », Le Soleil, 30 avril 1970, p. 4. «...The mandate given to Mr. Bourassa yesterday, a testimonial to himself, his party and his program, is certainly an emphatic rejection of separatism. But there is a danger that this aspect of the returns may be misread outside the province. The rest of Canada seems to be only tenuously aware of the strength of Québec cultural aspirations and of the difficult problem of ensuring the long-term survival of the French language. Editorial comment, at times, bordered on the hysterical. Pressure was exerted on the federal government to intervene. Now that the separatist threat has been turned aside, there is the danger that there will be a relapse into the old, complacent indifference to Quebec's future. This must not be allowed to happen, for the country's sake no less than for Quebec's. » « Dramatic endorsement for Bourassa », The Gazette, 30 avril 1970, p. 6. «...As in most elections, the detailed analysis of what happened in Quebec yesterday will be tempered by the judgment of time and study. But one point is manifestly clear : the voters made their opinion, as Robert Bourassa predicted they would, on the fundamental issues of jobs and stability. In the process, they proved both to themselves, and to the rest of Canada and to the outside world, that inherently the desire for stability ranges beyond the level of economics and into the field of political life. It would be misleading to suggest that the vote was simply a vote for federalism. Yet the two features are linked : Quebec can better ensure a prosperous life for itself, and retain its self-respect, inside a confederation than outside it. That, at least, will be, in the victory words of Mr. Bourassa, « the challenge for the Liberal party in the next few years. » (...) Essentially, however, what this election tells us is that Quebec is tired of negative attitudes and wants, instead, a constructive approach to life. It gave the Liberals a deserved large majority. The Liberal program is sturdy and far-sighted. Mr. Bourassa's pledge of new jobs is not wild or unreasonable. He is a young man - our youngest premier in history - and we can look ahead with fresh confidence. » « The voters look to a stable future », The Montreal Star, 30 avril 1970, p. 12. «...The province of Quebec is alive and well and in Canada. And the rest of the country couldn't be happier that this is the case. In the last bewildering days of the election campaign, anxiety that a strong surge toward separatism would carry Quebec into political turmoil seized Canadians everywhere. The relief they knew when the results came through tells a good deal about their feelings for their country and their desire to have it in its whole. That relief has particular meaning, or we would hope it would, for the people of Quebec. Contrary to what some of their politicians have been telling them, they are wanted in this federation. We said before the elections that a strong ballot for the Parti Quebecois would have important national implications. We must say the same of the election of Robert Bourassa and the Liberals. They stood by this federalism even when members of the ruling Union Nationale turned on them and said, « No Quebecois proud of his name should support a federalist party. »» « Today this feels like a splendid country », The Globe and Mail, 30 avril 1970, p. 6. |
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