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Bilan du siècle
Site encyclopédique sur l'histoire du Québec depuis 1900
L'histoire électorale du Québec de 1867 à 2017
Analyses, carnets électoraux, tableaux
500 pages documentées et référencées
Jean-Herman Guay (politologue) et Serge Gaudreau (historien)

Disponible aux Presses de l'Université Laval
Disponible sur Amazon
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L'Union nationale (UN) est un parti nationaliste et conservateur qui s'impose rapidement sur la scène politique québécoise à partir de sa fondation, en 1936. Toutefois, l'UN voit d'abord le jour en novembre 1935, en pleine campagne électorale, sous la forme d'une coalition entre l'Action libérale nationale (ALN) et le Parti conservateur du Québec (PC) qui ébranle le Parti libéral. Bien que l'ALN de Paul Gouin émerge de ce scrutin avec plus de députés que le PC de Maurice Duplessis - 30% des votes contre 18%, 26 sièges contre 16 - , ce dernier impose son leadership et devient le premier chef de l'UN lorsqu'elle devient un parti, en juin 1936.

Les contrecoups de la crise et les scandales révélés par le Comité des comptes publics pavent la voie à la victoire historique de 1936, après presque 40 ans de règne libéral. Les candidats unionistes remportent alors 57% des votes et 76 des 90 sièges de l'Assemblée législative.

Mais le mandat unioniste s'avère décevant, particulièrement pour les progressistes qui se sentent floués par les politiques du gouvernement Duplessis. Les libéraux d'Adélard Godbout profitent de cette insatisfaction et du contexte de la guerre pour reprendre le pouvoir. Ils exercent un mandat avant que la grogne liée à la conscription et les différends avec Ottawa ne favorisent le retour des unionistes en 1944, malgré un total de voix inférieur à celui des libéraux.

Le nationalisme traditionnel de l'UN est à la base de sa victoire de 1944 ainsi que de sa longévité politique. Proche de l'Église catholique, vantant les mérites de la vie rurale alors que le Québec s'urbanise, l'UN tient tête au gouvernement fédéral sur la question des impôts ou des accords fiscaux. C'est sous son gouvernement que le fleurdelisé devient le drapeau national en 1948 et que l'impôt provincial est adopté en 1954.

Pendant les années cinquante, les unionistes privilégient un État peu interventionniste. Alors qu'ailleurs les gouvernements multiplient les politiques publiques dans le domaine de la santé, de l'éducation et de l'économie, Maurice Duplessis maintient une approche conservatrice, préférant laisser à l'Église catholique le soin de gérer les hôpitaux et une large portion du système éducatif.

L'UN opte également pour une approche nettement antisyndicale. En opposition au mouvement ouvrier qui réclame des améliorations au chapitre des conditions de travail et des salaires, le gouvernement Duplessis n'hésite pas à utiliser des moyens répressifs. Trois grandes grèves marquent particulièrement cette période; celles d'Asbestos (1949) et de Murdochville (1957) dans le secteur des mines et celle de Louiseville (1952) dans le textile.

Ces politiques de droite suscitent une vive opposition chez les syndicats québécois, mais aussi auprès des intellectuels et de la jeunesse de l'après-guerre. Les opposants au duplessisme regroupent à la fois des journalistes, notamment du Devoir, des intellectuels comme Pierre Trudeau ou le groupe des automatistes, associé au Manifeste du Refus global de 1948. C'est grâce au vote rural, à une carte électorale qui défavorise les villes et à un système étendu de patronage et de corruption que l'UN parvient à gagner aisément les élections de 1948, 1952 et 1956. L'électrification des campagnes constitue à cet égard un atout important.

La mort de Duplessis, en 1959, met un terme à ce que ses opposants ont défini comme la «grande noirceur». Un vent de changement commence à souffler à travers les initiatives de son successeur, Paul Sauvé. Pendant une période d'environ «cent jours», soit jusqu'à la mort de Sauvé en janvier 1960, des initiatives interventionnistes sont lancées en éducation et en santé. Antonio Barrette, qui prend la relève, ne parvient cependant pas à incarner la volonté de changement qui porte les libéraux de Jean Lesage au pouvoir en juin 1960.

L'UN sort divisée de cette défaite, tout comme de la course au leadership de 1961 remportée par Daniel Johnson contre Jean-Jacques Bertrand qui se présente comme un réformiste. Cela n'empêche pas Johnson de poursuivre dans l'élan de la Révolution tranquille lorsque l'UN reprend le pouvoir, en 1966, en grande partie grâce au déséquilibre de la carte électorale.

Après le décès de Johnson, en 1968, le gouvernement de Jean-Jacques Bertrand attise la grogne des nationalistes en se prononçant pour le libre choix de la langue d'enseignement (Loi 63). L'UN perd le pouvoir en 1970 au profit des libéraux de Robert Bourassa.

Par la suite, la polarisation entre le Parti libéral (PLQ) fédéraliste et le Parti québécois (PQ) souverainiste laisse peu de place à l'UN - rebaptisée Unité-Québec entre 1971 et 1973 - , impuissante à faire élire un seul député en 1973 sous Gabriel Loubier. Commence alors pour elle un long déclin qui n'est ralenti qu'aux élections de 1976. Profitant du mécontentement à l'endroit du gouvernement libéral, les unionistes, dirigés par Rodrigue Biron, redressent alors temporairement le cap avec 11 sièges et 18% du vote.

L'embellie est de courte durée. Le contexte pré-référendaire - marqué par le départ de Biron pour le PQ - et post-référendaire est fatal aux unionistes qui sont de nouveau rayés de la carte électorale en 1981. Criblé de dettes, le parti de Maurice Duplessis, celui qui a dominé la vie politique québécoise au milieu du XXe siècle, disparaît en 1989.

électionsvotes% des votessièges% des siegesdistorsion
1936323 81256,8876 84,4427,57
1939220 40239,1315 17,44-21,69
1944505 66138,0248 52,7514,73
1948775 74751,2482 89,1337,89
1952847 98350,5068 73,9123,42
1956956 08251,8072 77,4225,62
1960977 31846,6143 45,26-1,35
1962900 81742,1531 32,63-9,52
1966948 92840,8256 51,8511,03
1970564 54419,6517 15,74-3,91
1973146 2094,920 0,00-4,92
1976611 66618,2011 10,00-8,20
1981144 0704,000 0,00-4,00
19857 7590,230 0,00-0,23


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