Déclaration de Jean Chrétien sur l'Accord du lac Meech

"Si Meech n'est pas ratifié, le pays ne sera pas en voie d'éclatement"

L'humeur du pays est à l'amertume et au pessimisme. Nous ne savons pas où nous allons. Notre confiance en nous mêmes, en nos valeurs, est sérieusement ébranlée. Nous ne nous comprenons plus d'un bout à l'autre du pays. Nos leaders nationaux ont failli à leur tâche essentielle, qui est de tracer la voie de l'avenir.

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Pas un rejet du Québec

Comme Québécois et Canadien, je considère très important d'obtenir la pleine adhésion du gouvernement du Québec à la Loi constitutionnelle de 1982, ce qui doit être l'objectif visé par tous. je dois toutefois souligner que l'absence d'un accord avec le Québec en 1981 ne saurait être interprété comme un rejet du Québec par le reste du Canada. Prétendre que le Québec a été rejeté, c'est fausser la réalité historique. La réalité, c'est que le gouvernement du Parti québécois de l'époque, dont Jacques Parizeau était un ministre de premier rang, était entièrement voué à l'indépendance, et donc résolu à refuser toute entente constitutionnelle favorisant et renforçant le fédéralisme canadien.

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A mon sens, le texte actuel de l'accord ne sert pas à promouvoir les valeurs fondamentales que les Canadiens ont en commun. Et parce que certaines dispositions pourraient affaiblir les moyens d'action de nos institutions nationales, le texte actuel ne nous aiderait pas à mieux relever les défis du présent et des années 1990.

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Lorsque l'Accord du lac Meech a été adopté à la vapeur, aux petites heures du matin un jour de printemps 1987, les premiers ministres n'ont pu s'entendre pour engager des consultations publiques. Certains ont décidé de tenir des audiences, d'autres non. Parmi ceux qui ont tenu des audiences, plusieurs ont dit sans ambages qu'elles ne changeraient absolument rien à l'accord.

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Plusieurs gouvernements et premiers ministres provinciaux appuient fortement l'accord. D'autres ont de sérieuses réserves. Il n'est ni raisonnable ni juste de dire, parce que les gouvernements de Terre-Neuve, du Manitoba ou du Nouveau-Brunswick ne sont pas satisfaits du texte actuel de l'accord, que le Canada anglais a rejeté le Québec; de même qu'il n'était ni juste ni raisonnable d'affirmer en 1971 que le Québec avait rejeté le Canada anglais en changeant d'avis au sujet de la Charte de Victoria ou de la formule d'amendement Fulton-Favreau. Ayant pris acte de ces difficultés, les gouvernements de l'époque sont éventuellement retournés à la table de négociation.

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L'échéance de juin 1990 pour la ratification du texte actuel de l'Accord du lac Meech n'a rien de magique. Si l'accord n'est pas ratifié avant cette date, la terre ne cessera pas de tourner, et le pays ne sera pas en voie d'éclatement. [ ] Ce qu'il nous faut, ce sont de nouvelles négociations, pendant le temps qu'il faudra, sans date limite et sans la pression que pareille échéance engendre. Les négociations conduiront à un accord révisé, modifié et amélioré.

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