Manifeste de la Revue socialiste (1959)

 

LA SITUATION DES CANADIENS (FRANÇAIS)

  1. L'humanité est divisée par deux luttes constantes et enchevêtrées: verticalement entre peuples subjugués ou opprimés et nations impérialistes ou expansionnistes, horizontalement entre travailleurs exploités et couches sociales bourgeoises ou dirigeantes. Ces deux combats varient d'intensité selon les temps et les lieux ou se démêlent, s'éclaircissent parfois jusqu'à ne former qu'une seule bataille principale: dans un camp un peuple presque entièrement prolétarisé, dans l'autre une grande bourgeoisie en forte majorité étrangère. Tel est le cas des Canadiens (français) actuellement.

  2. Les Canadiens (français) forment un peuple colonial opprimé.

  3. De vastes secteurs de la population du Québec sont sous-développés.

  4. Le Québec est occupé économiquement par une grande bourgeoisie colonialiste de langue et de culture étrangère qui se sert d'un mercenariat politique, prostitué à ses intérêts égoïstes, pour asservir la majorité de la population.

  5. Le Québec est étranglé par l'alliance de la haute finance et du médiévalisme. Le résultat en est l'assujettissement économique et l'étouffement culturel.

  6. Les colonialistes sont les capitalistes anglais, anglo-canadiens et américains à qui le Québec fournit les matières premières et la main-d'oeuvre à rabais. Les capitalistes canadiens (français) sont subordonnés à leurs maîtres anglophones et ils en sont solidaires.

  7. Les Canadiens (français), parce que peuple asservi, sont déshérités et prolétarisés pour l'immense majorité; on leur a subtilisé jusqu'à l'usage de leur nom originel.

  8. Les Canadiens (français), comme peuple minoritaire, sont dans une situation unique en Amérique.

  9. Les causes de la stagnation des Canadiens (français) existent en eux-mêmes et à l'extérieur; non d'un seul côté, quoique cette arriération est pour la majeure partie un effet du colonialisme.

 

LE PROLÉTARIAT

10- Les prolétaires du Canada (français) sont triplement exploités: à la fois comme prolétaires, comme ouvriers sous-salariés et comme Canadiens (français).

11 - Le destin des prolétaires de langue française est indissolublement soudé au sort de la nation canadienne (française); ils n'ont pas le choix, ils doivent lutter pour leur affranchissement du capitalisme et du colonialisme à la fois comme ouvriers et comme Canadiens (français). Ils ne peuvent accéder à leur libération complète que si leur nation conquiert son indépendance économique et politique.

12- Il n'existe pas de dualisme social, politique ou économique de la personne humaine, exemple: un ouvrier canadien (français) est à la fois prolétaire et Canadien (français). Il est utopique de prétendre sauver le corps, - le prolétaire,- et ignorer l'âme, - la culture nationales. Les travailleurs canadiens (français) étant exploités par une oligarchie au double visage, monopoliste-impérialiste et colonialiste-étranger, doivent se battre sur deux fronts contre cette oppression qui en est une de classe, à la fois capitaliste et nationale, et ne pas négliger l'un des deux.

13- Il n'y a pas d'ouvriers anationaux et les besoins de la personne humaine ne sont pas uniquement économiques, quoi qu'ils priment. Le prolétaire peut changer de condition du jour au lendemain et devenir bourgeois, mais il ne pourra être autre chose de son vivant que ce que l'a fait la culture nationale dont il est imprégné. Il est irréaliste d'exiger des travailleurs canadiens (français) qu'ils se sacrifient au cosmopolitisme-apatride d'un vague internationalisme idéaliste et mystique; le résultat serait, en définitive, le servage économique et l'asphyxie culturelle nationale. L'authentique internationalisme prolétarien reconnaît le droit à l'auto-détermination de tous les peuples et l'existence des différentes patries, tout comme la solidarité fraternelle des travailleurs du monde par-dessus toutes les frontières.

 

LE CAPITALISME

14- L'investissement de capitaux étrangers, et leur prévalence, dans une région sous-développée comme le Québec prend le caractère d'une colonisation économique et culturelle, ainsi que démographique dans certaines circonstances. Cet impérialisme est un aboutissement du capitalisme; il est chimérique de la part des Canadiens (français), prolétaires ou non, ainsi que des minorités ouvrières d'autres langues du Québec, d'attendre leur délivrance sous ce système. Jamais la civilisation industrielle ne sera mise au service de la personne humaine et, toujours, il y aura primauté de l'argent.

15- Sous le capitalisme, l'industrialisation du Québec se fera au profit des colons capitalistes absentéistes étrangers et de leurs acolytes canadiens (français) qui gravitent dans leur sillage. Le double désavantage de l'ouvrier canadien (français): impréparation à la société industrielle et origine francophone ne pourra être surmontée ou que très difficilement. De plus, la politique agressive de la bourgeoisie anglophone de maintenir les travailleurs canadiens (français) dans les emplois inférieurs, d'en former un sous-prolétariat et de s'en servir comme des nègres blancs du Canada ne fera qu'aller en s'aggravant.

16- Sous le système capitaliste, le Québec sera graduellement inondé et enseveli sous les flots de la colonisation bourgeoise expansionniste-impérialiste à épine dorsale britannique, qui se fait sous la fiction de l'état fédéral bi-ethnique. Le capitalisme, c'est la submersion du peuple canadien (français) dans un avenir peu éloigné.

17- Le patronat soudoiera continuellement les politiciens afin de maintenir le conservatisme des gouvernements sous le capitalisme. Ce sera constamment la contrainte, l'insécurité et la servitude pour toute la population ouvrière du Québec et l'humiliation nationale pour les autres couches sociales, à l'exception d'une infime minorité capitaliste.

 

LA CONFÉDÉRATION OUTAOUAISE

18- La Confédération outaouaise est une création artificielle de la bourgeoisie d'origine britannique, et de ses valets canadiens (français), dans le but d'organiser une économie d'envergure transcontinentale.

19- L'état confédéral, bi-national, au bilinguisme simultané, est impraticable, d'un bout à l'autre des territoires sous la domination outaouaise, et il deviendra de plus en plus irréalisable.

20- Une confédération où l'une des parties est traitée en parent pauvre et en inférieur est une duperie. La liberté n'existe pas dans la Confédération outaouaise pour les Canadiens (français). De plus, elle favorise les colonisateurs capitalistes au Québec en ce qu'elle leur permet d'envahir de différentes façons et sous différentes formes cette région réduite à l'état de province et d'y établir un colonialisme économique et culturel.

21 - Les buts de la révolution démocratique bourgeoise n'ont été atteints que partiellement pour la majorité de la population du Québec: le contrôle des impôts, pour lequel la révolution de 1837-1838 a été faite, n'existe dans le Québec que pour le quart, les trois-quarts ont été accaparés par le gouvernement fédéral. La représentation parlementaire à Québec ne gouverne pas les champs primordiaux de la politique: affaires étrangères, marchés, douanes, participation aux guerres, immigration, etc. La délégation du Québec à Ottawa ne peut diriger la politique pan-confédérale selon les intérêts vitaux du Québec et des Canadiens (français).

22- Les Canadiens (français) ne jouissent pas des libertés proclamées par la révolution française en 1789. Les avantages de la démocratie et l'exercice du droit d'auto-détermination leur sont niés dans la Confédération outaouaise; ce droit a été refusé à plusieurs reprises au cours de l'histoire, comme par exemple, lors du plébiscite sur la conscription durant la guerre de 1939-1945. Les Canadiens (français) ont voté presque à l'unanimité contre cette mesure, la bourgeoisie anglo-saxonne l'a imposée quand même de force.

23- L'état confédéral bi-national actuel est une imposture, une utopie politique et une étape intermédiaire vers l'américanisation totale. La Confédération n'a jamais été approuvée du peuple par un référendum. Le fait des deux nations n'est pas reconnu partout au Canada; pas même par les soi-disant socialistes pan-confédéralistes.

24- L'état unitaire sous la gouverne d'Ottawa aurait pour résultat la création d'une bureaucratie monstre, plaie des grandes unités déshumanisées. La preuve est faite qu'elle détruit la démocratie par son éloignement du peuple, l'ignorance de ses besoins et la non-participation de ce dernier au gouvernement.

25- La Confédération crée l’illusion d'une tribune plus large pour les porte-paroles canadiens (français). L'expérience a démontré que ce canadianisme, cause de désorientation nationale, est un mirage qui amène d'amères déceptions. La Confédération outaouaise a été subie par le peuple canadien (français) comme un pis-aller et acceptée par certains éléments bourgeois dans l'espoir d'une chimérique revanche démographique et culturelle par la prédominance francophone et catholique; la réalité d'aujourd'hui en fait un rêve infantile et absurde.

26- La Confédération n'est qu'un camouflage sous lequel la bourgeoisie anglophone grand-canadienne a mis les Canadiens (français) en tutelle, pour continuer les effets de la conquête anglaise, et qui lui permet de travailler sans relâche à la réalisation d'un pays unitaire, britannisé, de langue anglaise, mercantiliste-monopoliste et puritain. Il importe que les Canadiens (français) se rendent compte qu'ils sont victimes d'une révolution politique anti-démocratique qui a pour but de concentrer le pouvoir entre quelques mains: celles d'une bureaucratie étatique outaouaise étrangère aux intérêts supérieurs de leur avenir et au service de la dictature capitaliste. C'est une des raisons pour lesquelles le Québec doit se détacher graduellement, par tous les moyens de la Confédération. Vis à vis les Canadiens (français) les cadres politiques confédéraux actuels sont de nature coloniale.

27- Le devoir impérieux du gouvernement du Québec, sur qui repose le sort du peuple canadien (français), est de conserver jalousement l'héritage des droits acquis et de lutter sans cesse pour la libération des populations francophones dans tous les domaines, mais, plus particulièrement, par l'accroissement de la souveraineté politique du Québec, par l'affranchissement de la sujétion confédérale, par la diminution croissante du tribut payé en impôts à la nation étrangère dominante de la confédération outaouaise et par la conservation et le développement des ressources naturelles du Québec au bénéfice exclusif de ses habitants.

28- Sous le régime confédératif, les entreprises étatisées du gouvernement outaouais pratiquent le colonialisme économique, démographique et même linguistique dans le Québec en imposant la langue de la nation anglophone grand-canadienne, qui est celle de la bourgeoisie oppressive dans cette province, renforçant de cette manière les forces colonialistes étrangères à la population de langue française. C'est pourquoi, dans l'intérêt de la majorité des habitants du Québec, ces sociétés doivent être remises à l'état québécois. Les services de l'état fédéral servent aussi d'instruments de domination entre les mains de la bourgeoisie anglo-saxonne dominante, il appartient au gouvernement du Québec d'assumer ces tâches et de lutter pour que ces domaines de l'administration publique lui soient restitués.

 

LES ÉMIGRÉS DE L’INTÉRIEUR

29- Un autre effet du colonialisme est que la Confédération bi-nationale favorise la rupture de certains éléments canadiens (français) d'avec leur milieu originel et leur permet de s'éloigner des luttes essentielles au progrès de leur peuple. En capitulant devant la réaction, ils se créent une situation d'émigrés de l'intérieur.

30- Ce refus égoïste et anti-progressiste d'assumer le destin du peuple existe depuis la cession du pays en 1760. Il a été encouragé par les réactionnaires afin d'éliminer du peuple canadien (français) les éléments progressifs et empêcher les ferments novateurs dans son sein de croître et d'appliquer les changements révolutionnaires nécessaires à son avancement. Le seul moyen pour ces personnes de se rédimera est de combattre pour l'émancipation complète de leur peuple en s'y identifiant et en épousant étroitement ses luttes.

 

LE CORPORATISME

31 - Le corporatisme ne fait pas disparaître le capitalisme et ses maux les plus intolérables: crises économiques, chômage, misère dans l'abondance et guerres impérialistes. De plus, étant anti-démocratique de nature, il n'est pas la solution aux problèmes du Québec, - région colonisée par l'étranger, - et des Canadiens (français), - peuple dépossédé.

32- Le corporatisme consacrerait d'une façon dictatoriale la mainmise des grands financiers sur les ressources naturelles et empirerait l'exploitation des masses du Québec. Il ne pourrait se réaliser que par la suppression du mouvement syndicaliste libre et deviendrait un esclavage pour le salariat en ce qu'il n'obtiendrait que le strict nécessaire à sa subsistance.

33- Les corporatistes seraient incapables d'opérer les réformes essentielles à la société canadienne (française), - à supposer qu'ils en aient le désir, - à cause du conservatisme des classes qui les favorisent et les porteraient au pouvoir. Le corporatisme aboutirait à une sacralisation du gouvernement qui le placerait au-dessus du droit de regard légitime du peuple et serait autocratique et fasciste de fait.

34 L'état corporatiste, créé par les éléments nationalistes réactionnaires persécuterait les catholiques sociaux et libéraux, de même que les minorités non-catholiques du Québec. Instauré pour sauver le médiévalisme déclinant, il étoufferait toute liberté intellectuelle et serait une geôle insupportable pour tous les esprits franc-pensants. De plus, il fossiliserait la nation canadienne (française) dans son arriération sur tous les autres peuples de race blanche et ne ferait que retarder sa disparition en accentuant la disparité de niveau de développement d'avec le reste du continent. Ce serait une calamité.

35- Le corporatisme pétrifierait le Québec en une "réserve" rétrograde, ignorante et léthargique, économiquement stagnante et culturellement stérile. Il solidifierait les privilèges des couches sociales caduques, sectaires et chauvines, ennemies de tout ordre social nouveau.

 

LE SÉPARATISME

36- Il est vain de croire au salut par le séparatisme politique immédiat à cause de la faiblesse où se trouve actuellement le peuple canadien (français). Dans les conditions capitalistes présentes, il jetterait le Québec sous la férule des monopoleurs étrangers et à la merci de la vieille bourgeoisie décadente et ultra-conservatrice. Le séparatisme actuellement, sans une période plus ou moins longue de construction socialiste intensive, qui devra être une vaste entreprise de décolonisation, n'est pas avantageux.

 

LE COOPÉRATISME

37- Le coopératisme ne peut affranchir seul les Canadiens (français) car il ne procure pas de direction politique.

 

LA RÉPUBLIQUE NATIONALE INDÉPENDANTE

38- Les Canadiens (français), prolétaires ou non, n'ont pas le choix; étant destinés à survivre comme groupe distinct, s'ils veulent progresser librement et dans la dignité, non seulement vivoter, - ils doivent se créer progressivement un état souverain. Ils doivent viser à se gouverner, non seulement par l'autonomie, mais aussi à se rendre capables d'atteindre la souveraineté intégrale et, d'étapes en étapes, à obtenir l'indépendance absolue dans un état qui donnera satisfaction aux aspirations sociales et nationales conjuguées.

39- Les Canadiens (français) doivent se fixer comme idéal et but ultime l'indépendance prolétarienne-nationale. Cet objectif sera atteint, en y accédant par degrés après une période plus ou moins longue de construction radicalement planifiée et intensifiée.

40- La révolution de 1837-1838 fut une lutte pour la liberté au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes proclamé par la révolution française de 1789; droit dont doit se prévaloir le Québec d'aujourd'hui.

41 - Les Canadiens (français) ont un droit naturel et imprescriptible à l'auto-détermination. Qui nie leur droit à disposer d'eux-mêmes, ou refuse d'appuyer les mesures en vue de l'appliquer, nie qu'ils existent comme peuple ou insinue qu'ils doivent demeurer en servage jusqu'à leur écrasement complet.

42- Si la centralisation du pouvoir économique et financier en Amérique du Nord, dirigé par la bourgeoisie des États-Unis, ne milite pas en faveur de l'annexion du Canada par ce pays, à plus forte raison, à cause de la différence de langues, de croyances et de cultures, la centralisation économique similaire qui se fait dans la Confédération outaouaise ne justifie pas la réduction du gouvernement autonome du Québec au rang d'administration cantonale. L'utopie, la lubie par excellence, ce n'est pas de croire que l'état national indépendant garantira, non seulement la survivance dans la grisaille des Canadiens (français), mais la "vivance", c'est de professer qu'ils survivront comme tels, mais surtout prospéreront sous la subordination politique d'une confédération évoluant vers l'état unitaire, et que les masses ouvrières pourront s'y libérer économiquement et nationalement à l'égal des autres prolétaires canadiens.

43- Les Canadiens (français) ne sauraient faire dépendre leur droit de libre disposition de la volonté d'une majorité nord-américaine ou pan-confédérale, prolétaire ou non, sans risquer leur perte. Le principe de l'autonomie culturelle-nationale, sans le droit à l'autodétermination, est un leurre. Il est mis de l'avant par la bourgeoisie des nations oppressives afin de pouvoir continuer l'exploitation des peuples assujettis. Des pseudogauchistes approuvent ce mot-d'ordre pour masquer leur collaboration avec la bourgeoisie, tels ceux qui préconisent la centralisation fiscale ou la remise de tous les pouvoirs à Ottawa, tout en prétendant sauvegarder l'autonomie de la culture canadienne (française) au Québec.

44- Seul l'état indépendant générateur de libération nationale, permettra à la communauté culturelle francophone de sortir de son isolement forcé, de se placer sur la carte du monde et de prendre part à la vie internationale.

45- Un état dont les caractéristiques majeures de son mode de vie ne différerait point de celles de l'américanisme mercantiliste, et dont le jansénisme ferait concurrence d'austérité au puritanisme yanqui, n'aurait aucune raison d'être. L'état national devra créer une aire de civilisation francophone, selon le génie méditerranéen, en donnant libre cours aux innéités latines du peuple canadien (français) issues de son héritage gréco-romain.

 

LE SOCIALISME

46- Seul l'établissement, par l'outil socialiste, d'une république souveraine, parce que seul le socialisme affranchit des chaînes capitalistes et de l'oppression nationale, émancipera le Québec du joug des colonialistes et de l'expansionnisme impérialiste du capital étranger.

47- Seul le socialisme, en empruntant la voie nationale, fournira les moyens d'utiliser l'autonomie pour faire évoluer les Canadiens (français) vers la souveraineté intégrale. A moins quelle ne soit imposée de l'extérieur, il ne peut y avoir de révolution socialiste au Québec sans quelle soit nationale de fait.

48- La planification ou le dirigisme économique ne suppriment pas les principales contradictions internes et irréconciliables du capitalisme qui engendrent les crises économiques et la misère, de même que l'hégémonie des cartels financiers avec le pouvoir de coercition qui l'accompagne. La seule voie possible de salut pour un peuple qui veut sortir de sa vassalité; c'est le socialisme.

49- Le socialisme, par la conscription de la richesse, rend un peuple prolétarisé capable de déployer les efforts et d'entreprendre les tâches indispensables à la création d'une économie planifiée et forte au service de ses intérêts vitaux. Par l'appropriation et la gestion collectives des moyens de production et de distribution les plus importants le socialisme restituera au peuple du Québec l'héritage de ses ressources naturelles.

50- L'état socialiste québécois, appuyé par les éléments les plus avancés de la classe ouvrière, mettra fin à l'exploitation du prolétariat par les puissances d'argent, à l'anarchie capitaliste, aux crises cycliques de surproduction artificielle, au chômage et à la participation aux guerres impérialistes. Il protégera également l'ouvrier contre l'insécurité économique.

51 - Malgré qu'il n'est pas une panacée universelle, le socialisme permettra au Québec d'entreprendre de grandes réalisations pour faire progresser la technique, la science et la culture; seul il rendra possible l'épanouissement de la personne humaine par la création d'un véritable humanisme.

52- Le socialisme démocratique ouvre des horizons sans bornes de développements extraordinaires et grandioses pour le Québec et le peuple canadien (français). L'état socialiste souverain du Québec fera se concrétiser les vieux rêves et espoirs de notre peuple de briser ses entraves et de vivre dans un pays bien à lui; rêve qui a animé la révolution démocratique de 1837-1838. Il est ridicule de demander aux Canadiens (français) d'être patriotes quand la patrie n'existe pas et qu'il faut la créer. Seul un gouvernement socialiste organisera la nation canadienne (française) dans une grande corvée pour la construction d'une véritable patrie; une république française d'Amérique où la liberté du citoyen sera respectée et où la vie sera riche et cultivée.

53 - Les Canadiens (français) ont le droit, tout comme les Anglo-Canadiens, de bénéficier du socialisme non seulement en tant qu'individus mais en tant que peuple. Si le socialisme n'est pas du fascisme, ni du nationalisme, dans d'autres pays qui en ont adopté une forme, il en sera de même au Québec. Le respect humain n'est pas du nationalisme, encore moins du chauvinisme. Seul un gouvernement socialiste au Québec rendra entière justice aux minorités de cette province, quelles soient de langue française ou autres, et, seul, il aura le pouvoir de s'ériger en défenseur des minorités dispersées de la fratrie française d'Amérique.

54- Pour ne pas sacrifier l'être humain à un socialisme mythique, au lieu d'édifier un socialisme concret, et pour que la plénitude de la vie matérielle et culturelle soit atteinte, il faut que soient créées les conditions politiques et économiques qui tiennent compte de tout l'homme et de tous les facteurs de la vie sociale. C'est pourquoi il importe que la révolution au Québec soit socialiste de contenu mais nationale de forme, afin de favoriser l'épanouissement d'une culture latine d'expression française qui pourra vaincre totalement l'envahissement d'un système où prime le profit et l'aliénation au gigantisme niveleur d'un mode de vie-mercantiliste; ennemi de la culture authentique.

55- A cause de la trahison nationale de la bourgeoisie, les travailleurs du Canada (français) doivent prendre à leur charge le destin de la nation, dont, d'ailleurs, Us forment l'ossature, le corps principal. Grâce à l'industrialisation, le rêve d'un retour à l'immobilisme paysan, à l'agriculture familiale et à la production artisanale est aboli à jamais. C'est pourquoi les socialistes doivent s'atteler à la tâche de refondre la société canadienne (française) en travaillant pour établir le socialisme démocratique au Québec.

 

LA GAUCHE PAN CANADIENNE

56- Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et le respect de la nationalité sont des principes fondamentaux du socialisme. Il n'existe pas, il ne peut exister de socialisme désincarné. Les socialistes du Québec, et du reste du Canada, pour être authentiquement socialistes internationalistes, doivent insister pour l'application du socialisme avec bénéfices égaux pour la population du Canada (français) à ceux des autres habitants de la Confédération; c'est-à-dire non seulement réclamer l'émancipation des Canadiens (français) comme prolétaires, mais, aussi, travailler à la libération du Canada (français) de l'oppression nationale. Autrement, ce serait immoler tout un peuple dans le guet-apens d'un socialisme mystique.

57- Les pseudo-socialistes pan-confédéralistes proposent l'établissement du socialisme de telle manière que seuls les Canadiens anglophones en profiteraient pleinement par leur état national gouverné d'Ottawa. Il faut que les socialistes du Québec se révoltent contre la soumission de la gauche pan-canadienne à l'idéal bourgeois d'un Canada centralisé, monolithique et uniformisé. Ils doivent lutter pour une autonomie croissante du Québec dans tous les domaines et pour son dégagement progressif de la Confédération outaouaise. C'est la seule manière d'être des socialistes internationalistes conséquents.

 

LES SOCIALISTES DU QUÉBEC

58- Les socialistes du Québec doivent tenter d'aller au-delà de l'ouvriérisme et du salairisme étroits de certaines organisations de travailleurs et se consacrer à promouvoir une pensée ouvrière qui ait une vision de l'avenir au jour le jour.

59- Les socialistes du Québec doivent se faire les champions d'une pensée politique adulte qui combattra l'attitude anti-sociale d'opposition au dirigisme de l'état, qui a son origine dans l'esprit égoïste des castes régnantes au Canada (français). Le devoir de l'état du Québec est de représenter les intérêts populaires comme de polariser les aspirations collectives du vouloir-vivre de la nation canadienne (française) toute entière, et non de groupes minoritaires ou parasitaires.

60- L'objectif prioritaire des socialistes du Canada (français) doit être la socialisation des grandes industries, des mines, des banques, de l'assurance, de l'électricité, du téléphone, de la distribution du gaz, de la fabrication des boissons alcoolisées, des transports et des communications, ainsi que des autres services publics et vitaux de la nation, par l'état du Québec uniquement. Ils doivent maintenir qu'il est aussi de son devoir d'entreprendre lui-même le développement de ses ressources naturelles et lutter pour que ces deux politiques soient mises en marche de concert en procédant par étapes, et systématiquement.

61- Malgré que les socialistes doivent réprouver cette tendance d'origine bourgeoise anglophone et colonialiste à utiliser un bouc émissaire et à blâmer uniquement le clergé et la religion catholique pour l'arriération du Canada (français), en guise d'alibi au crime d'oppression nationale combiné à l'exploitation capitaliste, ils n'en doivent pas moins proposer la promotion des couches sociales populaires par la séparation de l'Église et de l'État, et exiger la sécularisation de la société canadienne (française), ainsi que le respect de la démocratie à tous les échelons des structures sociales sans exceptions. Ils doivent travailler à ce que le Québec devienne un état moderne où l'autorité est désacralisée par la pratique de la démocratie.

62- Les membres des différents groupes socialistes doivent revendiquer l'établissement des mesures de sécurité sociale, généralement adoptées dans les pays socialistes, par le gouvernement du Québec, mais, aussi, le retour graduel de la totalité des impôts sous sa juridiction.

63- Un peuple ne peut se laisser emprisonner par des textes constitutionnels ou des structures juridiques qu'il ne s'est pas choisies librement telles que, par exemple la constitution du gouvernement d'Ottawa et la Cour suprême de la Confédération. Les socialistes du Québec doivent se rendre compte que le futur état francophone aura eu besoin pour obtenir son indépendance pleinière de conquérir la juridiction entière sur le droit criminel et d'établir sa propre cour suprême. Cette liberté d'action lui permettra de supprimer les antiques lois anglaises, moyenâgeuses et puritaines, imposées au Canada (français) à cause de la conquête de 1760.

64- Les socialistes doivent soutenir le droit au protectionnisme culturel pour le Canada (français) et mettre de l'avant différents projets qui auront leur application dans les domaines de la vie nationale: politique, économique, social et éducationnel. Il n'y a pas de peuples bilingues qui durent. Dans le contexte nord-américain, seul l'état français unilingue au Québec rend possible la vie active de la culture française dans les régions laurentiennes et alléghaniennes. Pour alléger les conséquences néfastes des méfaits du colonialisme dans le domaine culturel, les socialistes doivent réclamer le retour graduel au statut de langue officielle unique pour le français dans le Québec.

65- Pour atténuer l'infériorité où le colonialisme anglophone place le travailleur canadien (français) au Québec même, les socialistes doivent proclamer la nécessité urgente de la francisation des sources d'emploi; mesure qui doit être imposée par le gouvernement québécois et exigée par les unions syndicales.

66- Ce n'est que sous un gouvernement socialiste libéré du commercialisme nord-américain et de son publicitarisme coûteux qu'il sera possible de faire fleurir la culture et d'en faire jouir les masses du Canada (français). L'alliance du publicitarisme capitaliste et des moyens de diffusion de la culture est repoussante; le socialisme, par l'abolition de la réclame commerciale, supprimera cette dépense d'énergie inutile et fera disparaître ce concubinage grotesque. Il appartient au socialiste d'éclairer le peuple sur le coût exhorbitant qu'il paie, en définitive, pour la publicité commerciale du système capitaliste.

67- Pour combattre les vautours capitalistes, les socialistes du Canada (français) doivent demander que la lutte contre l'internationalisme bourgeois capitaliste se fasse sur plusieurs fronts, y compris celui de la réclame commerciale. Pour arriver à une décolonisation linguistique, ils doivent suggérer une réglementation sévère de l'affichage publicitaire et 1'unilinguisme français dans ce domaine. Malgré que seul l'état socialiste francophone indépendant sera en mesure de nettoyer complètement le visage toponymique du Canada (français) des éclaboussures du colonialisme, ils n'en doivent pas moins exiger aussi que cette tâche soit entreprise immédiatement.

68- Les Canadiens (français) ont le droit, tout comme les autres peuples de l'univers, de faire entendre leur voix dans les organismes internationaux. Pour forcer la bourgeoisie anglophone dominante et oppressive à la retraite, les socialistes doivent réclamer une représentation indépendante du Québec à l'étranger.

69- Dans le domaine des affaires étrangères, le Canada (français) doit se ranger du côté des nations neutralistes; c'est pourquoi les socialistes doivent se faire les champions de la neutralité croissante du Québec envers les diverses forces qui luttent pour la domination du monde.

 

LA PSEUDO-GAUCHE DU CANADA (FRANÇAIS)

70- Il n'existe pas d'automatisme évolutif des civilisations vers la liberté et le progrès matériel n'apporte pas inéluctablement aux hommes la liberté et l'égalité; même la justice économique ne garantit pas la liberté humaine. Des batailles gigantesques ont été nécessaires pour gagner la liberté; une vigilance et des luttes continuelles s'imposent, et s'imposeront toujours, pour la conserver. Le socialisme doit donc se donner comme but un progrès vers l'élargissement de la liberté de l'homme.

71 - Étant donné l'énorme influence de l'économique sur la politique et que dans une démocratie la majorité impose ses décisions à la minorité, l'on ne saurait abandonner à la majorité grand-canadienne toute planification économique centralisée sous la domination outaouaise, sans dépouiller le Canada (français) de tous ses moyens vitaux d'auto-détermination. Ce serait immoler ses intérêts à une conception fétichiste du socialisme.

72- Les Canadiens (français), prolétaires ou non, ne peuvent s'attendre à ce que la transformation socialiste de la Confédération outaouaise par les éléments centralisateurs, soi-disant de gauche, cosmopolitistes et soumis aux schèmes de pensée et aux idéaux de la bourgeoisie anglophone grand-canadienne, va leur apporter l'égalité avec les autres habitants du Canada et la liberté.

73 - La centralisation par le gouvernement d'Ottawa, telle que prônée par les partis de droite et par le parti Commonwealth Co-Operative Federation, et certains éléments de sa section du Québec, - le Parti Social-Démocratique, - ainsi que le parti totalitaire communiste, - le Labor Progressive Party, et son appendice québécois, - le Parti Ouvrier Canadien, - placerait les Canadiens (français), surtout les prolétaires, dans une situation d'infériorité pendant plusieurs générations; ceci jusqu'à leur assimilation totale au sein des masses anglophones du continent. L'émancipation intégrale du prolétariat ne serait complétée que ce jour-là.

74- L'affranchissement qu'apporterait aux prolétaires canadiens (français) la transformation socialiste du Canada par Ottawa ne serait qu'une liberté tronquée. Le prolétaire canadien (français), en voie d'assimilation, traînerait toujours son origine francophone comme un boulet. Par le seul fait que le prolétariat prendrait le pouvoir à Ottawa, il ne se transmuterait pas en des légions d'anges exemptes de préjugés nationaux. Il s'écoulera une longue période de temps avant que disparaisse cet héritage détestable du passé dont le capitalisme porte sa part de responsabilité. Ce socialisme imposé au Canada (français) de l'extérieur serait une mystification.

75- Une des formes de l'insolence de la subjugation colonialiste est la prétention à ne pas constituer une colonisation ou qu'elle existe pour le bien du peuple colonial. Le silence des travailleurs anglophones nord-américains, de même que celui de la pseudo-gauche, pan-canadienne cosmopolite, au sujet de l'oppression nationale par les capitalistes colonialistes dans le Québec en est une acceptation et un aveu de complicité. L'attitude des pseudo-socialistes pan-confédéralistes s'explique par leur acceptation des idées bourgeoises courantes de l'Anglo-Canadien et la mise en pratique de ses mots d'ordre: Canada unifié, centralisé et uniformisé et, même, de certains slogans orangistes du racisme extrémiste anglo-saxon: pays unilingue, britannisé, protestant et puritain. Ceux des pseudo-gauchistes qui nient qu'il y a oppression nationale du Canada (français) deviennent des suppôts de la grande bourgeoisie, donc des traîtres à la cause prolétarienne. Ceux qui admettent du bout des lèvres cet assujettissement, mais qui ne font rien dans la pratique pour le combattre, font aveu de lâcheté. Tous ceux qui ne condamnent pas l'exploitation colonialiste du Canada (français) par l'étranger exonèrent et blanchissent la pression nationale, s'en font ses collaborateurs, ses agents, ses complices et ses défenseurs. Toutes les formes de subjugation coloniale doivent être démasquées quelles que soient les apparences raffinées sous lesquelles elles se présentent.

76- Les Canadiens (français), ouvriers ou non, n'ont rien de bon à attendre d'un centralisme pseudo-démocratique, mis de l'avant par les éléments d'extrême gauche, comme principe d'organisation de la classe ouvrière et de l'état socialiste pan-canadien. Il s'agit de cristallisation anciennes et périmées de la pensée prolétarienne, peut-être adaptées à d'autres temps, lieux et circonstances, mais ce centralisme demeure un genre d'organisation despotique, dictatorial et totalitaire; le contraire de la démocratie. L'histoire témoigne qu'il conduit aux pires exactions.

77- Les protestations justifiées contre l'oppression des nègres et mulâtres aux États-Unis, non seulement parce qu'ils sont exploités comme prolétaires, mais, aussi, parce qu'ils souffrent de discrimination raciale et d'être traités en inférieurs, sont une manifestation de solidarité prolétarienne et humaine de bon aloi. Cependant, la situation similaire des Canadiens (français) dans la Confédération outaouaise n'éveille aucun écho parmi les opposants anglophones à l'ostracisme raciste américain. Comme le mouvement ouvrier pan-confédératif subit les influences colonialistes-assimilationnistes de la bourgeoisie anglophone grand-canadienne, et qu'il ne met pas en question les cadres politiques coloniaux qu'elle a imposés, il est donc du devoir de ses membres de prendre conscience de cette sujétion idéologique, de s'en affranchir, de lutter contre la mystique nationaliste chauvine britannique pan-canadienne, déguisée en pseudo "unité nationale ", au sein de la classe ouvrière anglophone, et d'appuyer les travailleurs canadiens (français) dans l'établissement du socialisme souverainiste au Québec ainsi que dans la préparation de l'avènement d'une république francophone indépendante.

 

LA MINORITÉ ANGLOPHONE DU QUÉBEC

78- La minorité bourgeoise anglo-saxonne du Québec, entourée de ses minorités satellites, constitue une tête de pont de l'expansionnisme anglophone grand-canadien dans cette province. Tout le peuplement anglophone du Québec est solidaire des oppresseurs capitalistes impérialistes. Même s'il y a dans la minorité anglophone du Québec des forces antagonistes, elles jouent globalement le rôle de colonialistes.

79- La minorité ouvrière anglophone du Québec est solidaire de la bourgeoisie de même langue, dans cette province, parce qu'elle profite, grandit et s'engraisse à même les rognures que lui abandonnent les bourgeois colonialistes-expansionnistes; elle se trouve dans une situation privilégiée semblable à celle de la classe ouvrière de l'Angleterre qui profitait des miettes que lui jetaient les constructeurs de l'empire britannique. Le mutisme des travailleurs anglophones du Québec, au sujet de l'oppression nationale des prolétaires canadiens (français), victimes de la cupidité, de la morgue et du complexe de race supérieure des capitalistes étrangers à leur nationalité, est révélateur de la collusion qui s'établit entre ces deux composantes du groupe de langue anglaise du Québec.

80- La minorité ouvrière de langue anglaise au Québec, par sa seule présence, se trouve à faire une concurrence inégale et déloyale aux travailleurs canadiens (français), dans leur "réserve" même, en ce qu'elle est soutenue par les bourgeois anglophones et leur capitaux, ainsi que par leur entraide raciste.

81 - L'unique moyen, pour la minorité ouvrière de langue anglaise du Québec, de lutter pour le progrès et la justice est de se dissocier du patronat et d'appuyer les travailleurs canadiens (français), non seulement dans leurs combats pour se débarrasser de la dictature économique, mais, également, dans leurs luttes constantes pour leur libération nationale en tant que peuple colonial.

 

LA SOLIDARITÉ PROLÉTARIENNE

82- Sans accepter une conception étroite et totalitaire de l'unité prolétarienne, les travailleurs canadiens (français) doivent quand même lutter pour leur émancipation en unité d'action avec les autres prolétaires du continent américain, en retour de l'aide reçue dans leur combat pour la délivrance prolétarienne-nationale du capitalisme et du colonialisme.

83- L'établissement d'un front communs pour l'affranchissement des travailleurs dans le monde, ou en Amérique en général, et au Canada en particulier, n'est possible que si le prolétariat des nations oppressives appuie de toutes ses forces les mouvements d'indépendance des groupes assujettis, tels que, par exemple, les Canadiens (français). Cette aide doit être accordée aux luttes pour l'application du droit des nations à disposer d'elles-mêmes, à se séparer de la nation dominante et à constituer un état indépendant, tout comme aux batailles contre l'exploitation capitaliste proprement dite. Nier ce droit, ou s'obstiner à ne pas collaborer aux entreprises en vue de le mettre en pratique, équivaut à soutenir les colonialistes. Sans cette collaboration réciproque, il ne peut exister de véritable unité dans les combats prolétariens.

84- Les travailleurs canadiens (français) doivent offrir leur appui également, et au même degré, à tous les prolétaires du continent, tous victimes de la même ploutocratie économique. Ils doivent pratiquer la solidarité prolétarienne avec tous les travailleurs au-dehors de la communauté canadienne (française) sans préférences particulières pour ceux vivant à l'intérieur des frontières confédérales. Les luttes ouvrières doivent être envisagées dans l'ensemble pan-américain, des deux hémisphères, nord et sud, et le mouvement ouvrier du Canada (français) n'a pas à faire de passe-droits en faveur des travailleurs organisés des autres territoires sous la domination outaouaise. Il doit éviter de renforcer les cadres politiques coloniaux imposés de force au Québec par la bourgeoisie anglophone oppressive.

85- Une grande responsabilité repose sur les épaules des ouvriers organisés du Canada (français). La pratique de la solidarité prolétarienne avec les organisations des travailleurs de la Confédération outaouaise ne doit pas leur faire perdre de vue que le mouvement ouvrier pan-canadien sert à la bourgeoisie anglo-saxonne oppressive, et qui domine au Québec, pour aider à maintenir les Canadiens (français) dans le servage en tant que prolétaires et en tant que nation. Ils doivent batailler ferme pour que sous couvert " d'unité ouvrière" le mouvement ouvrier pan-confédéraliste ne les réduise pas au rôle d'ilotes. Ils ne doivent pas oublier que le mouvement ouvrier nord-américain et pan-canadien, en particulier, agit lui-même comme force colonialisante au Canada (français). Les travailleurs doivent exprimer et manifester d'une façon particulière, cependant, leur sympathie à tous les groupes opprimés de l'Amérique tels que les Noirs des États-Unis, et les autres minorités de ce pays, ainsi qu'aux peuples exploités de l'Amérique du Sud et du monde entier, quelle que soit la nature de l'impérialisme dominant. Ils ont aussi le droit et le devoir de s'ériger en défenseurs des minorités opprimées de la Confédération: Canadiens (français) des autres provinces, Indiens, Esquimaux, etc.

 

LA JEUNESSE ET L’IMMIGRATION

86 - Le scandale permanent de la situation du peuple colonial des Canadiens (français) est l'absence de politique de placement de leur surplus de population. C'est le fait le plus honteux de la politique colonialiste bourgeoise étrangère imposée au Canada (français) que ce constant refoulement vers les réserves seigneuriales surpeuplées et l'abandon à son sort de ce surcroît d'habitants; ceci depuis la conquête jusqu'à nos jours.

87- Le problème capital des travailleurs et du monde ouvrier du Canada (français) a été, est et sera pour longtemps la création de débouchés pour le placement de la nombreuse main-d'oeuvre provenant de la croissance rapide de la population canadienne (française). Toutes les démarches politiques ou économiques des organisations ouvrières doivent être subordonnées à cet impératif catégorique d'intérêt communautaire. La négligence de ce problème politique capital, de la part des travailleurs organisés comme des Politiciens du Québec, confine à la trahison nationale et sociale.

88- Les entreprises économiques et politiques du gouvernement du Québec, ainsi que de tous les corps organisés du Canada (français), doivent être établies en fonction de cet objectif prioritaire. Le gouvernement du Québec a le devoir strict de protéger la population québécoise contre les pratiques de l'état fédéral outaouais qui ignore le problème de l'établissement de la jeunesse canadienne (française), arrivant à l'âge actif, et importe des milliers d'immigrants. an

89- La nombreuse jeunesse du Canada (français) attendra toujours en vain si elle se fie sur les organisations ouvrières pan-confédéralistes pour qu'elle lui trouve un débouché sur le marché du travail; ces associations sont cosmopolitistes et indifférentes à son sort, parce que non organisées. La négligence à établir les jeunes qui, chaque année, sont prêts au travail, est scandaleuse. Les socialistes du Canada (français) doivent promouvoir un plan de placement de la jeunesse et réprouver vigoureusement la situation actuelle où l'on importe des immigrants, au Québec même, alors que la jeunesse autochtone chôme.

90- La politique du patronat grand-canadien pour se créer un vaste marché du travail, et une main-d'oeuvre abondante et peu coûteuse, par l'immigration doit être combattue par les socialistes. Le Canada (français) n'a pas besoin d'immigrants aujourd'hui, - pas plus que dans le passé, - il a toujours exporté de ses fils à l'extérieur et il le fait encore. L'immigration au Québec est imposée par la bourgeoisie anglophone capitaliste et colonialiste. l'h

91 - Les visées assimilationnistes et anti-ouvrières de la bourgeoisie colonialiste, mises en pratique par son importation massive d'immigrants allogènes, susceptibles de se fondre dans l'Anglo-Canadie et d'empêcher l'élévation du niveau de vie des travailleurs, ne sont pas anathématisées par les pseudo-socialistes pan-confédéraux. Il appartient aux socialistes du Canada (français) d'exposer et de flétrir cette soumission à la politique colonialiste bourgeoise.

92- Afin de permettre l'établissement de la jeunesse du Canada (français), entravé par l'afflux d'une immigration mal dirigée et à buts nettement racistes et capitalistes-impérialistes, les socialistes doivent requérir l'instauration d'un permis de travail dans le Québec, avec carte d'identité, de même qu'un permis de séjour et de domicile. Ces permis ne devront être accordés qu'une fois le chômage éliminé et la jeunesse pourvue d'emplois. étonnant dans la bouche d'un

93- Il est aussi nécessaire qu'une politique, corollaire au permis de travail, d'ouverture des industries à la jeunesse soit établie, en exigeant des employeurs qu'ils s'adressent aux services de placement du gouvernement du Québec pour leurs réquisitions de main-d'oeuvre, du manoeuvre jusqu'à l'ingénieur. Cet organisme gouvernemental doit jouer le même rôle entre les employeurs et les travailleurs disponibles que celui rempli par les syndicats qui ont obtenu le droit de fournir aux patrons les employés dont ils ont besoin.

94- Les socialistes doivent dénoncer le rôle de transfuges ouvriers que fait jouer aux immigrants la bourgeoisie grand-canadienne, de même que celui de commandos colonialistes au Québec, dans sa politique d'expansionnisme conquérant, économique et démographique, et de discrimination envers les masses prolétariennes de langue française.

95- Les socialistes du Québec doivent revendiquer la création d'écoles de métiers dans les centres de tout le Canada (français) afin de préparer l'établissement du surplus permanent de la population rurale dans l'industrie.

96- Les socialistes doivent affirmer qu'il est du droit des prolétaires canadiens (français) de se protéger à la fois comme ouvriers et comme canadiens (français) contre la politique anti-ouvrière d'utilisation des immigrants pour maintenir les salaires à de bas niveaux et, aussi, contre l'usage de l'immigration en vue de les affirmer et de les noyer comme peuple.

97- Les socialistes du Canada (français) doivent désapprouver les réticences et les maigres protestations au sujet de l'aspect anti-ouvrier de l'immigration et le silence absolu sur son aspect raciste britannique des organisation ouvrières du Canada anglophone et, aussi, de certaines associations de travailleurs du Canada (français).

98- Afin de réparer les injustices colonialistes du passé, les socialistes du Canada (français) devront soutenir qu'il est du devoir du Québec de faire appel à ses fils éparpillés dans toute l'Amérique du Nord, à cause de la politique d'oppression de l'oligarchie anglophone grand-canadienne, au cas où la main-d'oeuvre ne pourrait être trouvée sur place pour le développement industriel. Ils doivent de plus exiger que les immigrants pour le Québec, s'il survenait une véritable pénurie de main-d'oeuvre, soient recrutés dans les pays de civilisation latine et, aussi, qu'ils soient payés aux mêmes salaires que les ouvriers du pays.

 

L’INSTRUCTION PUBLIQUE

99- Les socialistes du Canada (français) doivent se donner comme objectif à court terme une réorganisation du système d'instruction publique dont le besoin est pressant au Québec. Dans ce but ils doivent demander les réformes généralement proposées pour la plupart par divers groupements telles que: la transformation du système d'enseignement du Québec afin de le moderniser et de le démocratiser, la suppression des commissions scolaires et la direction de l'enseignement par un ministère de l'instruction publique, l'homogénéisation de la taxation scolaire, quelle que soit la races, la religion ou la langue du contribuable, la mise en commun de ces fonds et leur répartition égale pour tous les élèves et étudiants du Québec, l'instruction gratuite à tous les paliers et l'instruction obligatoire jusqu'à seize ans, la gratuité des livres de classes et leur uniformisation dans tout le Québec et l'augmentation des salaires des membres du personnel enseignant jusqu'au double de ce qu'ils sont actuellement dans certains cas.

100- En plus de ces revendications, les socialistes, pour contribuer à desserrer l'étau colonialiste-médiévaliste, doivent proclamer comme absolument essentiel la création d'un secteur d'enseignement non-confessionnel de langue française ainsi que l'enseignement strictement obligatoire du français dans toutes les écoles du Québec, sans exception, des premières années du cours primaire jusqu'à l'université, une bonification de l'enseignement du français dans les écoles françaises et un enseignement pratique et efficace du français dans des écoles véritablement bilingues à l'usage de la minorité de langue anglaise.

Sources: "Manifeste politique: Propositions programmatiques", dans La Revue Socialiste, 1 , 1 (1 959), pp. 13-33 tiré dans Daniel Latouche et Diane Poliquin-Bourassa, Le manuel de la parole, manifestes québécois, Tome 2 1900 à 1959, Montréal, Éditions du Boréal Express, 1978, pp. 335-347.

Numérisé par Igor Tchoukarine, Université de Sherbrooke