Manifeste de l'Union nationale (1935)

 

REMARQUES GÉNÉRALES

1 .- Quelle est la première loi imposée aux hommes à l'égard de la vie en société ?

2.- Quels sont les principaux droits qui appartiennent à tout citoyen?

3.- Quelle est l'étendue de la liberté dont nous jouissons!

4.- En quoi consiste le droit de propriété?

 

5.- De quels droits jouissent, en particulier, les habitants de la Province de Québec?

 

DE QUELQUES DEVOIRS DES CITOYENS

 

6.- Si les citoyens ont des droits, ont-ils des devoirs à remplir?

7.- Comment pouvons-nous exercer la censure sur les actes du gouvernement?

 

8.-  Et quels sont ces moyens?

Ces moyens, le juge Blackstone les définit ainsi dans ses commentaires sur les lois d'Angleterre:

"Pour la défense de ces droits, quand ils sont violés ou attaqués, les sujets britanniques sont entitrés:

  • à l'administration et au libre cours de la justice dans les tribunaux de la loi;

  • au droit de présenter des pétitions au Roi et au parlement;

  • enfin d'avoir et d'employer des armes pour leur défense."

  • 9.-  Quand pouvons-nous recourir à ce dernier moyen?

    Ce dernier moyen ne s'emploie que lorsque les gouvernements s'affranchissant de tout lien et se jetant hors de la constitution, ne respectent plus ni la propriété ni la personne du citoyen et veulent régner dans le parlement ou le forcer de souscrire à leurs volontés. Avant d'en venir à cette extrémité, il faut épuiser tous les moyens légaux pour renverser un tel pouvoir qui agit contre l'intérêt de la société.

     

    DU GOUVERNEMENT ET DE LA CONSTITUTION

    10.- Donnez une définition générale du gouvernement?

    11.- Qu'appelle-t-on gouvernement constitutionnel?

    On appelle ordinairement gouvernement constitutionnel celui où le peuple ou ses représentants ont le pouvoir de proposer les lois et d'accorder ou refuser les subsides.

    12.- Quels doivent être les divisions de tout pouvoir constitué?

    Dans tout pouvoir bien constitué, il existe trois puissances principales, savoir: la puissance législative, la puissance exécutive et la puissance judiciaire. La première fait les lois, la seconde les fait exécuter, la troisième décide le cas où elles ont été enfreintes et la peine dont ces infractions doivent être punies.

    13.- Sur quoi repose notre constitution?

    Notre constitution repose jusqu'à un certain point, au moins dans la pratique, sur la même base que la constitution d'Angleterre en ce que le parlement seul est investi de la puissance législative c'est-à-dire du pouvoir d'établir les lois, de les abroger, de les changer, de les expliquer. C'est là le grand principe auquel tiennent tous les autres.

    14.- Le pouvoir législatif domine-t-il l'exécutif?

    Le pouvoir législatif a la prépondérance sur le pouvoir exécutif. Il n'a d'autres limites que la constitution. Il peut changer et renverser à son gré les ministres. Aucun ministère ne peut fonctionner s'il n'a l'appui de la puissance législative; ces deux pouvoirs doivent toujours être en harmonie.

    15.- En qui repose la puissance de faire les lois de la province?

    La puissance de faire les lois dans notre province repose sur trois branches qui sont:

    1. l'Assemblée législative

    2. le Conseil législatif

    3. le lieutenant-gouverneur agissant au nom du Souverain.

    Ces lois passées par l'assemblée et le conseil législatif et sanctionnées par l'autorité royale sont en force et obligatoires.

     

    DES DEVOIRS DU GOUVERNEMENT

    16.- Quels sont les devoirs du gouvernement en général?

    Le gouvernement a pour devoir de garantir la sûreté, la liberté, la propriété de chaque membre de la société, de conserver l'union, la paix et réprimer les crimes, donner un appui au faible contre l'injustice, la violence, la trahison, l'arbitraire, protéger la religion, rédiger, promulguer, faire observer la religion, rédiger, promulguer, faire observer les lois, civiles et pénales, encourager l'agriculture, le commerce, les sciences et les arts, ouvrir et entretenir des communications, fixer et répartir les impôts, etc ...

     

    DES ÉLECTIONS PROVINCIALES

    17.- Quand doivent avoir lieu les élections provinciales?

    Les élections provinciales doivent avoir lieu tous les cinq ans. Elles peuvent, en outre, avoir lieu dans le cas où le gouverneur dissoudrait le parlement, ce qu'il a le droit de faire en tout temps.

    18.- Quelles sont les qualifications requises pour être candidat au provincial?

    Pour pouvoir être candidat au provincial, il faut avoir 21 ans accomplis, n'être pas sous le coup d'une condamnation judiciaire, déposer deux cents dollars à l'officier-rapporteur ainsi qu'une liste d'électeurs du comté qui demandent, sous leur signature, que le candidat se présente.

    19.- Y a-t-il des cas particuliers qui empêchent une personne d'être éligible?

    Il y a certains emplois sous le gouvernement, qui empêchent une personne de pouvoir être élue. Dans le cas d'acceptation d'une place rétribuée, le siège de la personne qui a accepté cette place devient vacant, mais elle peut être réélue si la place n'est pas une de celles qui disqualifient.

     

    QUELQUES ABUS DU RÉGIME TASCHEREAU

    20.- Le gouvernement Taschereau qui dirige la province est-il libre?

    Non, le gouvernement de la province n'est pas libre.

    21.- Pourquoi le gouvernement de la province n'est-il pas libre?

    Parce qu'il est sous la domination des puissances d'argente.

     

    DES PUISSANCES D'ARGENT

    22.- Qu'est-ce que les puissances d'argent ?

    Ce sont certains dirigeants de banque, de finance, de haute industrie et de grand commerce qui s'entendent en vue d'avancer, de défendre, de protéger leurs intérêts au détriment de l'intérêt public.

    23.- De quelle manière les puissances d'argent s'y prennent-elles pour dominer le gouvernement de la province?

    Elles s'y prennent en associant à leurs affaires des ministres, des sous-ministres, et des parents de ministres.

    24.- Comment les puissances d'argent associent-elles les gouvernements de la province à leurs affaires?

    En nommant des ministres, des conseillers législatifs et des députés influents, ou leurs proches parents, aux conseils d'administration de certaines compagnies.

    25.- Les serviteurs du peuple sont-ils payés par ces compagnies?

    Oui, les serviteurs du peuple sont payés par ces compagnies: premièrement - par des jetons de présence, qui leur sont versés à chaque réunion des directeurs; deuxièmement - par des salaires annuels; troisièmement - en les nommant avocats de ces compagnies, ou en leur confiant certains secrets qui leur permettent de s'enrichir.

    26.- Le Premier Ministre imite-t-il les principaux hommes politiques du monde entier qui ne voulant pas risquer d'avoir à être pris entre leur intérêt privé et l'intérêt public, refusent d'être directeurs des grosses compagnies?

    Non, puisque le premier ministre, M. Taschereau est directeur de la Barclay's Bank, bien qu'il ne soit pas banquier; il est directeur de la Sun Life, de la Metropolitan Life, de la North American Life, bien qu'il ne soit pas un homme d'assurances; il est directeur du Crédit foncier, bien qu'il ne soit pas prêteur sur immeubles; il est du reste directeur de huit autres compagnies.

    27 .- Pourquoi ces compagnies nomment-elles des créatures du Régime à leur conseil d'administration?

    Ces compagnies nomment des politiciens à leur conseil d'administration pour pouvoir fonctionner en paix, jouir de faveurs spéciales et compter sur la protection du gouvernement de la province quand elles en ont besoin.

     

    DE LA PRÉVARICATION

    28.- Y a-t-il des cas précis et récents où le Régime Taschereau ait pris la part de l'une de ces compagnies qui le payent quand il aurait dû prendre la part du peuple?

    Oui, il y en a plusieurs et pour n'en citer qu'un seul: dans le cas d'un citoyen, qui accusait la Sun Life de mal administrer l'argent des assurés.

    29.- Que fit alors le Régime Taschereau?

    Le régime Taschereau, donna la préférence à une puissante compagnie et fit mettre en prison un citoyen honorable pour étouffer des révélations qui ennuyaient la dite grosse compagnie.

    30.- Comment s'appelle un acte de cette sorte?

    Un acte de cette sorte s'appelle une prévarication. La prévarication est l'acte de celui qui trahit un devoir qui lui est imposé en vertu d'un mandat public.

    31.- Quelle conclusion tirez-vous de cet exemple précis?

    Je tire de cet exemple précis la conclusion que le Régime Taschereau, pris entre son devoir public et son intérêt et celui de ses associés de finance a choisi de sauver d'abord ses amis.

    32.- Donnez un autre exemple?

    Je donnerai celui-ci: la vraie raison pour laquelle le Régime Taschereau s'est toujours opposé jusqu'ici à donner les pensions de vieillesse lui est dictée par les compagnies d'assurance, qui verraient immédiatement tomber leurs polices de dotation.

     

    DES TRUSTS

    33.- Donnez la définition d'un trust?

    Un trust, c'est le résultat pratique d'une entente entre des financiers ou des marchands pour accaparer une marchandise et pour la vendre à un prix fixé par eux.

    34.- Un trust est-il dangereux?

    Oui, un trust est dangereux, pour la raison première qu'il fonctionne toujours en vue de l'intérêt particulier et jamais en vue de l'intérêt public.

    35.- Y a-t-il des trusts dans la province de Québec?

    Oui, il y a des trusts dans la province de Québec.

    36.- Nommez-en quelques-uns?

    Par exemple, le trust de l'électricité, celui de la gazoline, celui du charbon, celui du pain, celui du lait, celui de la pulpe, etc., etc.

    37.- Le gouvernement de M. Taschereau combat-il ces trusts?

    Non, le gouvernement de M. Taschereau ne combat pas ces trusts, mais au contraire il les favorise, les protège, reçoit d'eux des faveurs et leur permet d'exploiter le peuple à l'abri de lois qu'il fait voter expressément pour eux.

    38.- Pouvez-vous donner quelques détails?

    Oui. D'abord, le cas de la Canada Power and Paper, compagnie dans laquelle des favoris du Régime Taschereau étaient intéressés. La compagnie fit une faillite de plus de trente millions et ne fut pas inquiétée. Elle avait pour président l'un des grands piliers du Régime Taschereau, Sir Herbert Holt, ancien président de la Montreal Light and Power, du Montreal Trust, de la Banque Royale. Ensuite, je citerai le cas du trust de l'électricité, dans ses diverses ramifications: Shawinigan Water and Power, Montreal Light Heat and Power, Quebec Power, Quebec Railway, Montreal Tramways, etc., dans lesquelles plusieurs membres de la famille Taschereau sont intéressés. Ces compagnies ont toujours joui et jouissent encore de la protection constante du gouvernement, qui les exempte de taxes, leur accorde des monopoles et des chartes injustifiables, les défend contre la volonté de ceux qui veulent leur faire baisser les taux ou municipaliser les services électriques et leur donne mille faveurs. En troisième lieu, ce qui s'est passé depuis deux sessions pour protéger le trust du lait, au détriment du producteur et du consommateur est encore trop frais à la mémoire pour qu'il soit nécessaire d'y insister beaucoup.

     

    D'UN CAS GIGANTESQUE ET PARTICULIÈREMENT PERNICIEUX

    39.- Quel a été jusqu'ici le plus pernicieux des trusts, dans la province de Québec?

    Le plus pernicieux des trusts, dans la province de Québec, a été jusqu'ici le trust de l'électricité.

    40.- Pouvez-vous donner quelques détails?

    On appelle trust de l'électricité les quatre ou cinq grandes compagnies (mergers) amies et solidaires qui détiennent en leurs mains les pouvoirs hydro-électriques de la province, obtenus d'habitude à prix dérisoire; qui tirent de ces pouvoirs une électricité qu'elles vendent à des prix de fantaisie; qui contrôlent les services de tramways; qui ne permettent pas de concurrence; qui jouissent de privilèges exorbitants concédés par le Régime Taschereau; qui ont à leur conseil d'administration des parents ou des amis du Régime Taschereau; qui souscrivent généreusement aux fonds électoraux du Régime Taschereau; qui tiennent la majorité des journaux dans le silence à coups d'annonces formidables et qui gavent leurs directeurs d'opulents dividendes que seul a pu rendre possibles un honteux mouillage des stocks originels.

    41.- Pourquoi dites-vous que le Régime Taschereau protège ce trust plus que les autres?

    Parce que ses principaux favoris y jouent un rôle actif, parce que les parents du Régime Taschereau reçoivent de l'argent pour services professionnels de ce trust, parce que les journaux à la solde du Régime Taschereau attaquent avec férocité quiconque demande des explications, parce que le premier ministre lui-même est l'adversaire déterminé de la municipalisation des services électriques.

    42.- Mais le Régime Taschereau n'a-t-il pas nommé la commission Lapointe pour enquêter sur le sujet?

    Oui, il a nommé la commission Lapointe, mais il n'a donné suite à aucune de ses recommandations. Mieux encore, il a enlevé à certaines municipalités le droit qu'elles avaient de municipaliser leurs services électriques pour rendre de droit sujet à l'approbation d'une commission nouvelle.

    43.- Quelles sont les principales compagnies qui constituent le trust de l'électricité?

    Les principales compagnies qui constituent le trust de l'électricité dans la province sont: Shawinigan Water and Power, Montreal Light, Heat and Power, Montreal Tramways, Québec Railway, Light & Power, Québec Power, Southern Canada Power, etc., etc.

    44.- Ces compagnies sont sans doute canadiennes-françaises?

    Non aucune compagnie d'utilité publique, sous le Régime Taschereau, n'est canadienne-française. Les compagnies comptent tous des directeurs américains et fonctionnent d'accord avec le trust américain de l'électricité, actuellement pris à partie par le gouvernement des États-Unis pour ses extractions et ses abus.

    45.- Pouvez-vous dire le nom du magnat de l'électricité en Amérique du nord?

    Oui, c'est Samuel Insull, dont la banqueroute de plusieurs centaines de millions a ruiné d'innombrables épargnants. Jusqu'à ce qu'il eût été forcé de fuir son pays, c'était le dieu de l'électricité sur ce continent. Il incarnait le trust.

     

    DU DANGER MORTEL DES TRUSTS

    46.- La prédominance des trusts est-elle déplorable?

    Elle est non seulement déplorable mais scandaleuse et mortellement dangereuse puisqu'elle est d'abord et avant tout contraire au bien public et à la morale chrétienne.

    47.- Quelle en est la conséquence politique?

    La principale conséquence politique en est que les puissances d'argent, ayant ainsi dans leurs mains le Régime Taschereau, trompent et exploitent le peuple avec la protection des gouvernements, financent le Régime Taschereau pour lui permettre de revenir au pouvoir, et s'assurent de la sorte une mainmise durable sur la province, son peuple et ses ressources.

    48.- Cela nuit-il à la démocratie?

    Cela détruit complètement toute démocratie, puisque l'esprit de nos institutions est faussé, qu'une puissance cachée gouverne et que les mandataires du peuple, financés par les puissances d'argent sont trop souvent attachés et vendus d'avance.

     

    DU GRAND REMÈDE À CE GRAND MAL

    49.- Quel est donc le moyen de se débarrasser à la fois des puissances d'argent, des trusts, de leur influence et des politiciens qui leur sont asservis?

    Le seul moyen de se débarrasser à la fois des puissances d'argent, des trusts, de leur influence et des politiciens qui leur sont asservis est de renverser le Régime Taschereau.

    50.- Comment renverser le régime Taschereau?

    En votant à cette élection provinciale pour les candidats de l'Union Nationale qui groupe tous les libéraux libres, les conservateurs libres et tous les indépendants et tous les véritables patriotes de la Province en un parti populaire semblable à celui qui porta autrefois Mercier au pouvoir.

     

    DE L'ADMINISTRATION DE LA JUSTICE

    5 I.- La conduite de la justice est-elle à l'abri de tout blâme, dans le présent régime provincial?

    Loin d'être à l'abri de tout blâme, la conduite de la justice dans notre province est soumise aux abus les plus criants: frais exorbitants pour le justiciable, immixtion du département du procureur général dans certaines causes, nominations purement politiques de personnages qui ne sont pas au-dessus de tout soupçon, suppression du grand jury, différence de traitement des accusés selon qu'ils sont des amis ou des adversaires du gouvernement, et cela en vertu de prérogatives que le procureur général s'est fait attribuer, etc.

    52.- Pouvez-vous donner quelques exemples de ces abus?

    Oui, j'en puis donner: le cas des distillateurs Bronfman, gros souscripteurs au Régime Taschereau, qui furent acquittés à l'enquête préliminaire tandis que leurs comparses plus modestes étaient envoyés immédiatement, sans enquête préliminaire, devant les assises. Le ministère de la Justice, à Ottawa, avait pourtant demandé au procureur général d'envoyer directement en cour criminelle les Bronfman. Le blâme adressé par le grand jury de Québec aux bureaux du procureur général, pris en flagrant délit de subordination et de corruption de témoins, en est un autre exemple. Pour punir les grands jurés d'avoir dénoncé de sales manigances, le Régime Taschereau a supprimé l'institution du grand jury, l'une des pièces essentielles du mécanisme de la justice en pays britannique. Enfin, dans les causes prises en vertu de la loi des liqueurs, le gouvernement a supprimé un certain nombre de garanties qui assurent au citoyen le respect de ses droits et la protection de ses libertés.

     

    DES TERRES ET FORÊTS

    53.- Le Régime Taschereau administre-t-il de façon satisfaisante nos terres et forêts?

    Non, le Régime Taschereau n'administre pas de façon satisfaisante nos terres et forêts.

    54.- Qu'entendez-vous par ces paroles?

    J'entends par ces paroles que le Régime Taschereau n'a jamais pratiqué honnêtement la séparation du domaine de la colonisation de celui des terres à bois; qu'il réserve toutes ses faveurs aux pulperies et aux grands marchands de bois ; qu'il ne livre à la colonisation que des domaines dépouillés de leur bois marchand; qu'il n'hésite pas à faire peser sur notre domaine forestier une hypothèque de 400 millions de dollars; qu'il a aliéné et qu'il aliène notre droit à des entreprises qui, trop souvent, ne sont pas véritablement canadiennes; qu'il fait à ces compagnies la faveur de les dispenser d'acquitter les droits de coupe payables à la province; qu'il laisse, en pratique, les grandes compagnies, dans lesquelles il compte des associés d'affaires, se comporter dans notre domaine forestier comme en pays conquis.

     

    DE LA COLONISATION

    55.- Le Régime Taschereau n'a-t-il pas, à la dernière session fait voter un crédit de dix millions à la colonisation?

    Oui, le Régime Taschereau a fait voter ce crédit. Mais nous savons que le gouvernement a mis tellement d'embarras et laissé subsister tellement de patronage que cette somme n'a encore produit aucun résultat. Les colons continuent d'être exploités comme ils l'ont toujours été, à ce point qu'ils meurent de faim sous les yeux indifférents des fonctionnaires et que ceux qui le peuvent abandonnent leur établissement pour revenir à leur ancien domicile.

    56 .- Etes-vous d'avis que le gouvernement Taschereau maltraite le colon?

    Oui, je suis d'avis que le gouvernement Taschereau maltraite le colon; 1 - en le faisant travailler sur les routes à des salaires humiliants; 2- en retardant habituellement de lui verser ses indemnités et primes; 3- en le payant avec des pitons dépréciés; 4- en confiant l'administration des octrois de colonisation, en bien des cas, à des employés malhonnêtes qui n'hésitent pas à spéculer sur la misère et à menacer ceux qui font signe de vouloir se plaindre.

     

    DE LA LIBERTÉ DANS CETTE PROVINCE

    57.- La liberté d'opinion existe-t-elle en cette province?

    Non, la liberté d'opinion n'existe pas en cette province.

    58.- Pourquoi dites-vous que la liberté d'opinion n'existe pas en cette province?

    Je dis que la liberté d'opinion n'existe pas en cette province, 1 - parce que le Régime Taschereau s'est assuré le contrôle de la quasi-totalité des journaux en leur versant des subsides directs et indirects à même le Trésor public; 2- parce qu'il étreint le peuple de la province dans les mailles extrêmement serrées d'une dictature qui s'étend à tous les domaines: secrétariat de municipalités, commissions scolaires, fabriques paroissiales, agronomes provinciaux, unités sanitaires, innombrables commissions, police provinciale, espions de la commission des liqueurs, officiers de justice, boursiers du gouvernement et leur famille, cultivateurs primés, colons subventionnés et employés civils de toutes catégories; 3- parce que le Régime se venge par l'injure, la persécution et l'intimidation de tous ceux qui non seulement lui sont hostiles mais qui lui portent ombrage.

     

    DES DANGERS DE LA DICTATURE

    59.- Quels abus peuvent résulter de ce contrôle, de cette véritable dictature sur l'opinion?

    Les abus qui peuvent résulter de ce contrôle de l'opinion sont nombreux. Par le fait que la presse est réduite au silence, le gouvernement peut se permettre les abus de pouvoir les plus iniques sans que la population soit alertée ou simplement mise en éveil, faute d'être exactement renseignée.

    60.- Pouvez-vous donner des exemples?

    Oui, je puis donner des exemples: notamment les excès auxquels se livre la police provinciale en temps d'élection, ensuite l'abominable loi Dillon, faite tout exprès pour justifier une fraude électorale gigantesque, couvrir les coupables, réduire à rien l'autorité ordinaire des tribunaux, valider des élections contestées et faire des accusés leurs propres juges.

    61.- Le Régime Taschereau emploie-t-il d'autres méthodes pour empêcher l'opinion de se manifester, notamment le jour du scrutin?

    Oui, le Régime Taschereau emploie d'autres méthodes, 1 - en supprimant des listes les noms d'adversaires connus; 2- en paquetant ces mêmes listes de noms fictifs; 3- en achetant ouvertement les consciences; 4- en saoûlant certains électeurs; 5- en utilisant un bulletin sans talon qui est le plus grand encouragement à la fraude; 6- en fixant les élections à une date qui prive de leur droit de vote des milliers de bûcherons; 7- en entreprenant des travaux de voirie coûteux et trop souvent inutiles à la veille même des élections.

     

    DE LA LÉGISLATION SOCIALE

    62.- Au point de vue de la législation sociale, la province de Québec est-elle avancée?

    Au point de vue de la législation sociale, la province de Québec n'est pas avancée.

    63.- Pourquoi ne l'est-elle pas?

    Parce que le Régime Taschereau a toujours été hostile à toute réforme.

    64.- N'a-t-il pas, il y a quelques années, nommé une commission des assurances sociales?

    Oui, il l'a nommé, mais il s'est bien gardé de faire des lois pour donner suite aux recommandations de cette commission.

    65.- Quelles sont les principales réformes sociales en vigueur dans la plupart des pays civilisés?

    Les pensions de vieillesse, les indemnités de chômage, les allocations aux mères nécessiteuses, le juste salaire familial, les primes de natalité, l'assistance maternelle aux frais de l'État, la suppression des taudis et leur remplacement par des logements salubres, etc.

    66.- N'avons-nous pas, toutefois, une loi des accidents du travail?

    Oui, nous avons un[sic] loi des accidents du travail. Mais elle a été mal faite dès le début et c'est en vain qu'on la retape chaque année. Notre loi des accidents coûte plus cher au patron que l'ancien système, donne moins de protection à l'accidenté et le prive du choix de son médecin et de l'assistance de son avocat.

    67.- Mais la pension de vieillesse n'est-elle pas en vigueur dans tout le pays?

    Oui, la pension de vieillesse est en vigueur dans tous le pays sauf dans la province de Québec.

    68.- Contribuons-nous aux frais généraux de cette pension?

    Oui, nous payons pour les vieillards de toutes les autres provinces, mais le Régime Taschereau aime mieux que notre argent se gaspille ainsi que de le voir profiter aux vieillards de notre propre province.

    69.- Pourquoi le Régime Taschereau agit-il ainsi?

    Le Régime Taschereau agit ainsi parce qu'il est intéressé dans plusieurs compagnies d'assurance et que ces compagnies ne veulent pas de la pension aux vieillards, qu'elles jugent préjudiciable à leurs affaires.

    70.- Le contrat collectif, tel que mis en vigueur par le régime provincial doit-il figurer parmi les réformes sociales?

    Oui, le contrat collectif doit figurer parmi les réformes sociales, mais tel qu'il est appliqué dans la province de Québec, il constitue une prime à la malhonnêteté patronale et l'un des plus grands obstacles à la reprise de certaines industries, notamment à celle du bâtiment.

    71 .- Pourquoi affirmez-vous ces choses?

    J'affirme ces choses, premièrement: parce que la mollesse dont le gouvernement fait preuve dans l'application des sanctions encourage les patrons sans scrupule à violer la loi et à faire, de la sorte, une concurrence déloyale aux patrons honnêtes et respectueux de la loi, qui en observent à la lettre; deuxièmement: parce que dans l'industrie du bâtiment le relèvement trop rapide des salaires, en pleine crise, a paralysé la construction, retardé les travaux de réparation, et, troisièmement, maintenu ou jeté en chômage une foule d'ouvriers et d'artisans qu'une réglementation plus sensée eût mieux protégés.

     

    DES TAXES ET DES "TAXEUX"

    72.- Qu'est-ce qu'une taxe?

    Une taxe est une contribution pécuniaire exigée des citoyens pour le maintien et le bon fonctionnement des choses publiques.

    73.- Quelles limites la taxe ne doit-elle pas dépasser?

    La taxe ne doit pas dépasser les capacités de paiement du citoyen ni les besoins réels du gouvernement.

    74.- Est-ce un abus de taxer au lieu de pratiquer l'économie?

    C'est un abus criant de taxer au lieu de pratiquer l'économie, comme cela se fait dans la province de Québec où l'on entretient des rouages superflus, des fonctionnaires inutiles, des organismes désuets dont la suppression permettrait de réduire le nombre et la rigueur des taxes.

    75.- La province de Québec est-elle lourdement taxée?

    Mon Dieu! oui, car c'est de toutes les provinces canadiennes, celle où les taxes de tout genre sont le plus nombreuses. On a catalogué 111 taxes purement provinciales, sans parler des taxes fédérales et municipales.

    76.- Ces taxes sont-elles toutes également justifiées, toutes impartialement perçues?

    Non, ces taxes ne sont pas toutes justifiées, par exemple la taxe sur les repas, qu'un jugement des tribunaux de la Colombie britannique a déclaré illégale; la taxe sur les spectacles, qui devrait être une taxe municipale; les taxes et timbres sur l'alcool, qui sont du domaine fédéral. Elles ne sont pas, non plus, toutes impartialement perçues, par exemple la taxe sur les successions, avec laquelle les amis du régime s'arrangent aisément; la taxe sur la coupe du bois, dont M. Taschereau dispense à son caprice certaines compagnies forestières. Mieux encore, il fait voter par la majorité des exemptions de taxes municipales à des entreprises internationales qui ont le moyen de payer et qui, en ne payant pas, réduisent souvent à la ruine des municipalités qui seraient prospères sans cette ingérence.

    77.- Le Régime Taschereau borne-t-il son ingérence à exempter?

    Non, le Régime Taschereau ne se borne pas à exempter. Il s'empare des revenus de certaines municipalités pour les verser à la caisse provinciale. Il opère dans les deux sens, en empêchant les municipalités de percevoir et en s'annexant ce qu'il leur laisse percevoir. Ainsi en va-t-il dans les villes, et à Montréal en particulier, ce qui a pour résultat de mettre les municipalités ainsi dépouillées en d'immenses embarras.

    78.- Cette attitude est-elle justifiable?

    Non, cette attitude du Régime Taschereau n'est justifiable d'aucune manière. En 1897, son parti s'était fait élire en protestant contre les taxes du régime précédent. Aujourd'hui, à la fin du régime Taschereau, les taxes ont été multipliées à l'infini et il n'est presque plus rien que le droit de respirer qui ne tombe pas indirectement sous le coup d'une taxe provinciale.

     

    DES VILLES ET DES MUNICIPALITÉS

    79.- Le Régime Taschereau a-t-il rempli son devoir à l'égard des municipalités?

    Non, le Régime Taschereau n'a pas rempli son devoir à l'égard des municipalités.

    80.- Comment le Régime Taschereau a-t-il manqué à son devoir?

    Le gouvernement provincial a manqué à son devoir en empiétant sans cesse sur l'autonomie municipale.

    81.- Pouvez-vous donner des exemples?

    Oui je peux donner de nombreux exemples. Ainsi, dans la plus grande ville de la Province, pour servir de couverture au trust du tramway, lequel est une filiale du trust de l'électricité, il a nommé, il y a quelques années, une commission des tramways dans la ville de Montréal. Cette commission des tramways, est composée de créatures du Régime et sert, dans la réalité, de tampon entre la population et la compagnie. Les pouvoirs que le conseil municipal devrait exercer normalement sont transportés à la commission des tramways et cette commission au lieu de se composer de représentants élus se compose de créatures du gouvernement provincial.

    82.- Pouvez-vous donner d'autres exemples des empiètements du gouvernement Taschereau?

    Un autre exemple de ces empiètements c'est la commission métropolitaine de Montréal. Elle a été constituée pour sauver de la banqueroute trois municipalités déficitaires. Le déficit annuel est désormais soldé par une contribution des municipalités qui forment partie de la commission métropolitaine au prorata de leur évaluation municipale. La ville de Montréal paie la plus grosse partie, soit les quatre cinquièmes ou en chiffre absolu un demi million environ par an.

    83.- La ville de Montréal et les autres municipalités qui forment la commission métropolitaine et soldent le déficit des municipalités en tutelle avaient-elles eu quelque part à l'endettement de ces municipalités?

    La ville de Montréal et les autres municipalités qui forment la commission Métropolitaine n'avaient eu aucune part à l'endettement des municipalités en tutelle. Au contraire, elles avaient sans cesse protesté au comité des bals privés de la législature contre les autorisations d'emprunts accordés imprudemment à ces municipalités, avec l'approbation du gouvernement de Québec qui avait le devoir de les surveiller et de les restreindre?

    84.- Quel est l'effet de cette contribution forcée des municipalités envers la commission métropolitaine?

    Elle les prive de ressources dont elles ont le plus grand besoin surtout depuis la crise. On a calculé notamment que la ville de Montréal aurait pu solder l'intérêt et l'amortissement d'un emprunt égal à son déficit de l'an dernier, le plus fort de son histoire économique avec les cinq cent mille dollars quelle verse annuellement à la commission métropolitaine.

    85.- En résumé, de quoi accusez-vous le gouvernement provincial dans cette affaire de la commission métropolitaine?

    J'accuse le gouvernement provincial d'avoir:

    1. négligé d'exercer son devoir de surveillance envers les municipalités déficitaires;

    2. d'avoir contraint des municipalités qui n'avaient aucune part dans la mauvaise gestion des municipalités déficitaires et dont les affaires étaient au contraire en excellent état, de contribuer à réparer des fautes dont le gouvernement, tenu à la surveillance de toutes les municipalités de la province, était seul coupable.

     

    DE QUELQUES AUTRES EMPIÈTEMENTS DU RÉGIME

    86.- Existe-t-il d'autres exemples des empiètements du gouvernement dans d'autres domaines que le domaine municipal?

    Oui, notamment dans le domaine scolaire et dans le domaine des institutions de charité et de bienfaisance.

    87.- Pouvez-vous donner quelques précisions?

    Oui, dans le domaine scolaire, le gouvernement provincial contrôle à toutes fins pratiques la Commission des écoles catholiques de Montréal. Le président investi de pouvoirs dictatoriaux est nommé par le gouvernement de Québec. Ainsi est perpétré un grave abus, puisque le contrôle des affaires scolaires est entièrement enlevé aux parents et aux contribuables pour être remis entre les mains de l'État et accaparé par son représentant déléguée.

    88.- Pouvez-vous donner des précisions sur les accaparements du gouvernement dans le domaine de l'assistance publique et des oeuvres de bienfaisance?

    Oui, le gouvernement contrôle, en refusant ou en accordant ses octrois à volonté, les finances de ces institutions. C'est un fait connu que les emprunts qui ne sont pas confiés à certaines maisons ou des parents ou favoris du Régime par les communautés qui désirent se procurer de l'argent ne sont pas garantis par le gouvernement de la province. On a même cité un cas à Montréal où un hôpital se voyant obligé de passer par une maison de finance spécialement protégée par le Régime Taschereau, la maison a dû subir un emprunt. Mais cette institution ne pouvait, sans cette condition, obtenir le concours gouvernemental.

    89.- Y a-t-il d'autres exemples encore de cette ingérence indue?

    Oui, dans les contrats de construction. Toute institution de bienfaisance ou maison 'hospitalisation qui reçoit un octroi du gouvernement doit accorder le contrat à un entrepreneur qui souscrit aux élections. Cet entrepreneur est ordinairement désigné par un émissaire du Régime.

    90.- Pouvez-vous dire, en résumé, en quoi les accaparements du Régime Taschereau sont préjudiciables à l'administration des institutions de bienfaisance et d'hospitalisation?

    Les accaparements du Régime Taschereau introduisent la plaie hideuse et malfaisante du patronage dans des institutions qui étaient jusque là respectables et soustraites à l'ingérence politique.

    91 .- Rappelez la parole d'un saint évêque à ce sujet?

    Un saint évêque disait au lendemain de l'adoption de la loi de l'assistance publique: le gouvernement vient de passer une loi pour tenter de nous acheter tous... Le Régime Taschereau s'applique par tous les moyens à réaliser ce résultat. S'il ne l'obtient pas entièrement, c'est à cause de la conscience des autorités religieuses qui lui ont résisté jusqu'ici.

     

    DE LA COMMISSION DES LIQUEURS

    92.- M. Taschereau natal pas aboli le trust des marchands de vin et d'alcool?

    Ce n'était pas un trust, mais un commerce légitime et libre tel qu'il se pratique encore dans la plupart des pays civilisés.

    93.- Les Canadiens français étaient-ils intéressés à ce commerce?

    Oui, les Canadiens français étaient intéressés à ce commerce, en gros et en détail.

    94.- Quelles ont été les conséquences de la suppression du libre commerce des vins et alcools?

    Les conséquences principales de la suppression de ce commerce ont été: premièrement, la ruine de l'épicerie en gros, notre principal atout commercial; deuxièmement, l'affaiblissement de l'épicerie de détail, qui languit depuis lors; troisièmement, la hausse des prix, qui ont quadruplé depuis la création du monopole; quatrièmement, l'invasion de la province par les boissons de contrebande, la distillation clandestine, les bouges de nuit; cinquièmement, la baisse de qualité de la boisson régulière; sixièmement, la concentration des pourcentages, commissions et courtages aux mains d'un petit nombre de favoris qui souscrivent à la caisse électorale.

    95.- Quand M. Taschereau dit qu'il a aboli le trust des marchands de vin, peut-il être crû?

    Non, puisque c'est lui qui a constitué un trust d'état, lequel a immédiatement fait monter les prix en supprimant toute concurrence. Le trust tend par définition à maintenir des prix élevés. Conséquemment peut-on appeler trust un régime sous lequel les prix étaient infiniment plus bas que ceux de la commission des liqueurs de Québec. En réalité, la C.L.Q. constitue le monopole le plus absolu, le plus hypocrite et le plus nuisible à la santé publique qui se puisse concevoir.

     

    DES TAXES, ENCORE DES TAXES ET TOUJOURS DES TAXES!

    96.- Pourquoi revenez-vous sur le sujet des taxes?

    Parce que c'est un sujet si important qu'il ne saurait être développé dans un seul court chapitre.

    97.- Le Régime Taschereau, fidèle à ses promesses, a-t-il diminué les taxes qui existaient à son arrivée et qu'il s'était engagé à réduire?

    En dehors de ces fallacieuses promesses et des nombreuses taxes fédérales, municipales, scolaires, et autres, il existe, sous le Régime Taschereau, les taxes provinciales suivantes qui, pour la plus grande part, ont été soit augmentées, soit créées et mises au monde par le Régime Taschereau et c'est, à savoir:

    1. La taxe sur les Contrats

    2. La taxe sur les Successions

    3. La Taxe d'Enregistrement

    4. La Taxe sur le Renouvellement des Hypothèques

    5. La Taxe sur les Bills Privés

    6. La Taxe sur les Lettres Patentes

    7. La Taxe sur les Officiers Publics

    8. La Taxe sur les Mutations de Propriété

    9. La Taxe sur les Courtiers

    10. La Taxe sur les Transferts de Licences

    11. La Taxe sur les Assurances

    12. La Taxe sur les Sociétés de Secours Mutuel

    13. La Taxe sur les Compagnies et Corporations

    14. La Taxe sur les Compagnies de Transport

    15. La Taxe sur les Bureaux de Prêts

    16. La Taxe sur les Prêteurs sur Gages

    17. La Taxe sur les Hôtels

    18. La Taxe sur les Clubs licenciés

    19. La Taxe sur les Buffets de chemins de fer licenciés

    20. La Taxe sur les Bateaux licenciés

    21. La Taxe sur les Épiceries licenciées

    22. La Taxe sur les Restaurants

    23. La Taxe sur les Restaurants licenciés

    24. La Taxe sur les Magasins

    25. La Taxe sur les Vendeurs de produits

    26. La Taxe sur les Voyageurs

    27. La Taxe sur les Encanteurs

    28. La Taxe sur les Assistants-encanteurs

    29. La Taxe sur les Ventes par Encan

    30. La Taxe sur les Colporteurs

    31. La Taxe sur les Traversiers

    32. La Taxe sur les Halles ou Marchés

    33. La Taxe sur les Mineurs

    34. La Taxe sur la Pêche

    35. La Taxe sur la Chasse

    36. La Taxe sur les Lieux d'Amusement

    37. La Taxe sur les Tables de Billard et Jeux de Quilles

    38. La Taxe sur les Amusements Temporaires

    39. La Taxe sur les Exhibitions

    40. La Taxe sur les Cirques

    41. La Taxe sur les Terrains de Jeux

    42. La Taxe sur les Salles de Jeux

    43. La Taxe sur les Colons (lettres patentes)

    44. La Taxe sur la Coupe de Bois par les Colons

    45. La Taxe sur les Municipalités pour l'entretien des asiles d'aliénés

    46. La Taxe sur les Municipalités pour l'entretien des Écoles Industrielles

    47. La Taxe sur les Municipalités pour l'entretien des Écoles de Réforme

    48. La Taxe sur les Municipalités pour certains chemins de fer

    49. La Taxe sur les Agents de courtiers étrangers

    50. La Taxe sur les Primes

    51. La Taxe sur les Transferts d'actions

    52. La Taxe sur les Assurances de paroisses

    53. La Taxe sur les Agents d'assurances

    54. La Taxe sur les Entrepreneurs de pompes funèbres

    55. La Taxe sur les Bureaux de placements

    56. La Taxe sur les Compagnies fidéicommis

    57. La Taxe sur les Distributeurs automatiques

    58. La Taxe sur les Films

    59. La Taxe sur l'inspection des hôtels

    60. La Taxe sur l'inspection des restaurants

    61. La Taxe sur les Hôtels de tempérance

    62. La Taxe sur les Tavernes

    63. La Taxe sur les Banquets licenciés

    64. La Taxe sur les Maisons de logements

    65. La Taxe sur les Chambres

    66. La Taxe sur les Repas

    67. La Taxe sur les Ingénieurs stationnaires

    68. La Taxe sur les Mécaniciens de machines fixes

    69. La Taxe sur les Détectives particuliers

    70. La Taxe sur les Véhicules de colporteurs

    71. La Taxe sur les Buanderies

    72. La Taxe sur les Mines, concessions minières et permis d'exploitation

    73. La Taxe sur les Clubs de pèche

    74. La Taxe sur les Clubs de Chasse

    75. La Taxe sur les Trappeurs

    76. La Taxe sur les Prêts

    77. La Taxe sur les Fourrures

    78. La Taxe sur le Commerce de la Fourrure

    79. La Taxe sur la Prévention des incendies

    80. La Taxe sur les Candidats aux examens d'électricien

    81. La Taxe sur les Installations électriques

    82. La Taxe sur les Électriciens

    83. La Taxe sur les Plombiers

    84. La Taxe sur les Mesureurs de bois

    85. La Taxe sur les Candidats aux examens de mesureur de bois

    86. La Taxe sur les Théâtres

    87. La Taxe sur les Salles de concert

    88. La Taxe sur les Entrées aux champs de courses

    89. La Taxe sur les Paris mutuels

    90. La Taxe sur les Appareils d'enregistrement

    91. La Taxe sur les Patinoires

    92. La Taxe sur les Clubs de récréation

    93. La Taxe sur les Liqueurs alcooliques

    94. La Taxe sur le Chômage (timbre)

    95. La Taxe sur les Tavernes

    96. La Taxe sur les Épiceries (non licenciées)

    97. La Taxe sur les Clubs réguliers

    98. La Taxe sur les Corporations municipales pour la voirie

    99. La Taxe sur les Corporations municipales et scolaires pour concentrer leurs emprunts

    100. La Taxe sur les Municipalités pour les écoles techniques

    101. La Taxe sur les Municipalités pour les unités sanitaires

    102. La Taxe pour les Ponts de péage

    103. La Taxe pour les Hospices

    104. La Taxe sur les Paratonnerres

    105. La Taxe sur les Automobiles, camions et autobus

    106. La Taxe sur les Commerçants d'automobiles

    107. La Taxe sur les Chauffeurs d'automobiles

    108. La Taxe sur les Garages

    109. La Taxe sur la Gazoline

    110. La Taxe sur les Postes de gazoline

    111. La Taxe sur les Vendeurs de gazoline

    112. La Taxe sur les Regrattiers

     

    DE QUELQUES ENDROITS OÙ SONT DÉVERSÉES UNE PARTIE DE NOS TAXES

    98.- Où va donc le produit de ces taxes?

    Quand les privilégiés, les créatures, les favoris et les états-majors du Régime Taschereau ont été servis, et même bien servis, ce qui reste du profit des taxes est généralement octroyé à quelques journaux.

    99.- Pouvez-vous nommer quelques journaux qui vivent de l'argent public, et pouvez-vous donner une idée de ce qu'ils reçoivent?

    Oui, voici une liste de journaux favorisés par le gouvernement Taschereau, d'après une très récente copie des comptes publics (cette liste est incomplète):

    Le Soleil (Jacob Nicol) $ 37,061.50

    Le Canada 34,006.96

    Cie de Publicité de Lévis 33,480.87

    L'Événement 26,417.12

    La Tribune (Jacob Nicol) 15,776.53

    L'Éclaireur (Le Mégantic) 6,388.19

    L'Imprimerie d'Arthabaska 2,159.93

    Perreault Printing 10,231.24

    100.- Les journaux "emplissent"-ils le peuple ?

    Les journaux "emplissent" le peuple. Et c’est pénible d’avoir à l’avouer mais c'est avec l'argent du peuple que le peuple se fait "emplir".

    101.- Voudriez-vous insinuer que le peuple est bête?

    Le peuple ne peut être bête puisque c'est du peuple même que sont sortis les plus grands hommes, les savants les plus illustres, les citoyens les plus grands par la force, le courage et le caractère. Mais il ne faut pas oublier que livré uniquement à soi-même, tout peuple, toute foule, se laisse facilement conduire par les apparences trompeuses. Un peuple ne peut rien sans guide ou sans chef.

    102.- Que devons-nous penser de l'Union Nationale telle qu'établie et irrévocablement fondée par Duplessis et Gouin?

    Nous devons accorder toute notre confiance à l'Union Nationale parce qu'elle veut détruire chez les Canadiens cet esprit de parti qui nous aveugle. Duplessis et Gouin se sont rencontrés et se sont loyalement tendu la main afin de réunir les forces vives de notre peuple pour le bien commun.

    103.- Que vous rappelle ce geste?

    Ce geste rappelle l'Union de Papineau et de Mackenzie en 1837. Il rappelle le geste de Lafontaine et de Baldwin, de Cartier et de Macdonald, de Mercier et des conservateurs et des libéraux qui le portèrent au pouvoir avec une force irrésistible. Tous ces Illustres disparus appartenant à des races, à des religions, ou même, au sein de la nation, à des familles d'esprit nettement opposées se sont joints, dans un élan commun. Tous, Ils ont dû refouler certains préjugés, certaines traditions. Ils ont consenti de forts sacrifices personnels. Ne devons-nous pas admettre que "cet exemple dépasse tous les discours?"

     

    DE QUELQUES PETITES QUESTIONS SANS IMPORTANCE

    104.-En dehors de l'odieux et pénible régime auquel son nom reste attaché, l'honorable Alexandre Taschereau a-t-il personnellement profité de sa situation pour placer ou faire placer directement ou indirectement, des membres de sa famille?

    Aucune preuve écrite n'existe, à notre humble connaissance, sur cette question délicates.

    105- Et comment s'appellerait le geste qui consiste, dès lors que l'on est revêtu d'un mandat public, à protéger les siens d'une façon extravagante et exagérée?

    Cela s'appelle, selon le bon sens et le dictionnaire, du népotisme (en anglais: "family compact") ou en notre simple langage populaire et imagé: mettre les siens à la crèche.

    106.-Y aurait-il, par hasard, des parents ou alliés de l'honorable Alexandre Taschereau qui vivent à la même crèche?

    Sans compter les femmes il y a une quarantaine d'individus qui, parents ou alliés de M. Taschereau, vivent directement ou indirectement à la crèche. Il s'agit évidemment d'une pure coïncidence!

    107.- Depuis quand y a-t-il des Taschereau qui vivent aux dépens du public?

    Depuis 1736.

    108.-Pouvez-vous énumérer quelques noms, parmi les parents ou alliés du premier ministre, qui tirent leur pain et leur vie du fonctionnarisme, de la magistrature, ou des situations plus ou moins tributaires des gouvernements?

    Je crois qu'il n'est point nécessaire de les citer tous, donnons, quand même, les quelques noms et chiffres suivants:

    1. Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre et président du conseil: $16,500 par année, dont $14,000 comme premier ministre et $2,500 comme député de Montmorency (sans compter ce qu'il retire des " trusts").

    2. Antoine Taschereau, frère du premier ministre, comptable de l'Assemblée législative et secrétaire de la Commission Scolaire de Québec: $6,500 par année.

    3. Robert Taschereau, fils du premier ministre, $2,500 par année comme député de Bellechasse et quelque $10,000 par année comme avocat des compagnies ayant besoin des faveurs et privilèges du gouvernement.

    4. Paul Taschereau, fils du premier ministre; quelque $ 10,000 comme avocat de plusieurs compagnies amies du gouvernement, et spécialement de Quebec Power, de la Banque Canadienne de Commerce, et al.

    5. Charles-Edmond Taschereau, frère du premier ministre, notaire public et notaire de différents départements du gouvernement: quelque $ 1 0,000 par année des compagnies ayant besoin des faveurs du gouvernement. Obtention de contrats pour The Eastern Canada Steel dont il est un des principaux directeurs pour la construction du pont de l'Ile d'Orléans, et autres contrats divers. Il est le "financier" de la famille. Ex-secrétaire de la Corporation des obligations municipales, qui finit par la banqueroute et le désastre.

    6. Claude Taschereau, notaire public, neveu du premier ministre; quelque $10,000 par année comme notaire du gouvernement pour les contrats d'achat de terrains et autres achats, montant payé par le gouvernement et les compagnies, etc.

    7. Robert Taschereau, c.r., jadis de Montréal, cousin du premier ministre, président de la Commission des accidents de travail, $ 10,000 par année.

    8. André Taschereau, avocat, neveu du premier ministre, de l'étude St-Laurent, Devlin, Gagné, avocats: nombreux honoraires pour services professionnels; il émerge constamment au budget.

    9. R.H. Taschereau, ingénieur au service des Mines de la province de Québec: $3,000 par année.

    10. Louis Gélinas, gendre de M. Taschereau, associé de la Maison Savard et Gélinas qui négocie la plupart des emprunts des institutions subventionnées par le gouvernement.

    11. Louis Taschereau, commis général au département du Revenu provincial: $1,200 par année.

    12. Christophe Taschereau, commis général surnuméraire de l'Assemblée Législative: $66.50

    13. J. Cyrille Taschereau, département des Chemins: $223.79.

    14. Rémi Taschereau, département des Terres et Forêts: $550.00 par année.

    15. Gustave Taschereau, au service de l'ordonnance d'Ottawa: quelque $3,000 par année.

    16. F.G. de Montarville Taschereau, pensionnaire de l'État: quelque $3,000 par année.

    17. C.E. de Montarvdle Taschereau cousin du premier ministre, employé au ministère de la Défense Nationale: quelque $3,000 par année.

    18. Auguste Taschereau, au ministère des Postes, quelque $2,500 par année.

    19. JI. Taschereau, au ministère des Postes, quelque $2,000 par année.

    20. Cortiand Fages, gendre du premier ministre, agent d'assurance du gouvernement: $1 0,000 par année au moins en commission sur primes reçues du gouvernement et des diverses compagnies d'assurances.

    21. RA. Benoît, neveu du premier ministre, greffier du Conseil législatif: $6,000 par année.

    22. Frédéric H. Hecker, neveu du premier ministre et secrétaire privé du premier ministre payé par la province $3,250 par année.

    23. Louis-Eugène Des Rivières, neveu du premier ministre, recorder de la ville de Québec, nommé par le gouvernement provincial, $5,000 par année.

    24. Arthur Fitzpatrick, cousin du premier ministre, juge de la Cour des Sessions de la paix et magistrat de police: $6,000 par année.

    25. J.O. Fitzpatrick, frère d'un oncle du premier ministre, commis à la bibliothèque de la Législature provinciale: $1,500 par année.

    26. Sir Charles Fitspatrick, oncle du premier ministre, ex-juge en chef, ex-lieutenant-gouverneur, pensionnaire de l'État: quelque $ 10,000 par année.

    27. J. Hugues Fortier, cousin du premier ministre, juge en chef des Sessions de la paix et magistrat de police: $6,000 par année.

    28. Dr. Massue Fortier, cousin du premier ministre, greffier des bills privés: $2,000 par année.

    29. L.-Arthur Cannon, cousin du premier ministre, commissaire de la refonte des statuts généraux de la province de Québec: $2,000, et juge de la Cour Suprême du Canada: $12,000 par année.

    30. L.-Arthur Cannon, cousin du premier ministre, commissaire de la refonte des statuts généraux de la province de Québec: $2,000, et juge de la Cour Suprême du Canada: $12,000 par année.Lucien Cannon, l'un des avocats du gouvernement provincial et spécialement avocat de ce gouvernement dans l'enquête de la Beauharnois, et député: quelque $15,000 par année.

    31. Jacques Dumoulin, interprète à la Cour: $840.00.

    32. Sir Eugène Fiset, cousin du premier ministre, pensionnaire de l'État et député au fédéral: $4,000 par année au moins.

    33. Leatare Roy, beau-frère de Lucien Cannon, juge de la Cour des Sessions au salaire de $6,000 par année.

    34. Dr. J.-D. Brousseau, beau-frère d'Edmond Taschereau, médecin de la prison de Québec: $2,000 par année de salaire.

    35. Paul Lemieux, neveu d'Edmond Taschereau, à la Commission des liqueurs de Québec : quelque $1,500 par année.

    36. Léon Taschereau Des Rivières, neveu du premier ministre, courtier du gouvernement, commissions sur achats de débentures au montant de $1,156.30.

    37. Henri Des Rivières, neveu du premier ministre, gérant de la Banque Canadienne Nationale, à laquelle le gouvernement provincial a prêté $15 millions à même les deniers publics, pour se reconstituer.

    38. E.W. Pope, cousin, employé au ministère de la Défense Nationale, quelque $2,000 par année.

    39. Charles Burroughs, cousin du premier ministre, employé au Pied-du-Courant, $2,000 par année.

    40. M.A. Pope, cousin, employé au ministère de la Défense Nationale, quelque $2,000 par année.

    41. H.WD. Pope, cousin, employé au ministère des Pensions et de Rétablissement civil, quelque $2,500 par année.

    42. L.P. Pacaud, beau-frère de Lucien Cannon, messager au bureau du lieutenant-gouverneur: $1,000 par année.

    43. L. Pacaud, officier spécial au département du procureur général: $2,400 par année.

    44. Jos. Pacaud, commis intermédiaire du département du procureur-général.$1,400 par année.

    45. Édouard Taschereau, avocat de la Commission des Liqueurs: au moins $3,000 par année.

    Et ce n'est pas complet, car nous n'avons cité que les parents et alliés masculins du premier ministre.

     

    D'UNE GROSSE QUESTION

    109.-M. Taschereau a-t-il bien protégé sa famille depuis qu'il est au pouvoir?

    Oui. A-t-il protégé la vôtre? Que le 25 novembre prochain, votre choix réponde pour vous!

     

    DE LA CRISE ACTUELLE ET DE SES REMÈDES

    110.- À quoi attribuez-vous, en grande partie, la crise actuelle?

    La crise actuelle, en grande partie, je l'attribue à la mauvaise distribution dans le domaine économique, à l'avidité de la haute finance et aux abus de toutes sortes qui se sont glissés dans l'application du régime démocratique. Cet état de chose a créé un déséquilibre ruineux, inquiétant dans la Province de Québec.

    111.- Et quand croyez-vous que l'équilibre se rétablira?

    Il est inutile d'espérer que l'équilibre se rétablira de lui-même et sans l'aide d'une d’une formule d’action pratique, énergique et bien définie.

    112.- Seriez-vous en faveur d'une révolution?

    Non, car seuls peuvent avoir recours à la révolution ceux dont on empêche l'évolution normale et raisonnable.

    113.-La nécessité d'une évolution est-elle évidente?

    Oui, la nécessité d'une évolution politique, accompagnée d'une évolution économique, est évidente puisqu'elle saute aux yeux de tout citoyen qui peut se dire en vérité un voteur libre, conscient et éclairé.

    114.-Le besoin de cette double évolution politique et économique se fait-il sentir ailleurs que chez-nous?

    Oui, partout, en Europe, aux États-Unis, dans tous les pays démocratiques qui ont échappé au bolchevisme ou aux dictatures, on tend actuellement vers cette double transformation. Au Canada et dans la province de Québec, nous en sommes encore aux théories. Nos gouvernants n'ont pas encore pris attitude sur les réformes d'ordre politique, économique et social, préconisées par nos chefs spirituels et moraux, par nos savants, nos juristes, nos écrivains, enfin par nos esprits les plus avertis.

    115.- Et d'où vient ce retard à soulager nos maux?

    Le conflit de juridiction entre les pouvoirs municipal, provincial et fédéral (raison qui devient facilement un simple prétexte), la confiance aveugle que certains de nos dirigeants placent encore en des formules dont la crise a démontré le danger, l'influence néfaste de la caisse électorale alimentée par les "trusts", l'absence de collaboration entre nos hommes politiques et nos économistes, l'inorganisation de l'opinion publique retardent indéfiniment l'exécution des mesures les plus importantes et nous privent du plan d'ensemble qui seul nous permettra de remédier intelligemment à la situation.

    116.-L'Union Nationale est née de la nécessité d'une évolution politique et économique dans notre province.

    117.- De qui se compose l'Union Nationale?

    L'Union Nationale se compose de citoyens qui, mettant de côté toute partisannerie mesquine, ont reconnu le besoin pressant d'une action politique vivante et constructive pour venir en aide à tous les habitants de la province.

    118 .- L'Union Nationale renie-t-elle le passé?

    Non, mais tout en sachant reconnaître la valeur de certaines oeuvres antérieures et le mérite de leurs auteurs elle se préoccupe avant tout du présent et de l'avenir.

    119- Qui peut faire partie de l'Union Nationale?

    Tout voteur éclairé, patriote et consciencieux peut et même se doit à lui-même, à sa famille et à son pays d'entrer résolument sous les drapeaux de l'Union Nationale.

    120.- L'électeur éclairé doit-il faire passer l'intérêt du pays avant celui du parti?

    Oui, tout électeur digne de ce nom doit faire passer l'intérêt du pays avant celui du parti et suivre le noble exemple des libéraux, conservateurs et indépendants qui n'ont pas hésité à unir leurs forces contre l'ennemi commun.

    121.- Quels remèdes offre l'Union Nationale pour guérir les maux dont souffrent les habitants de la Province de Québec?

    L'Union Nationale, par la voix de ses deux chefs autorisés, MM - Maurice Duplessis et Paul Gouin offre le plan d'ensemble suivant qui, tend vers cette double évolution politique et économique, seul vrai moyen d'assurer une meilleure répartition des richesses, et, par conséquent, seul vrai moyen d'enrayer le chômage et de mettre fin à la crise.

    122.- Comment se divise le plan d'ensemble qu'offre l'Union Nationale?

    Le plan d'ensemble de l'Union Nationale embrasse les principaux domaines de l'actualité nationale. Il s'occupe d'abord des réformes agricoles et ouvrières, industrielles et commerciales. Il pourvoit ensuite aux réformes économiques et financières, politiques et administratives; l'esprit de prévoyance qui a présidé à ce plan va jusqu'à préconiser des réformes électorales, fiscales et judiciaires.

    123.-Et s'il ne lit pas ce plan ou ce programme, le citoyen, habitant de la province de Québec, peut-il prétendre qu'à la prochaine élection, il va voter en toute Connaissance de cause?

    Non, car il est impossible à l'homme de juger sainement d'une affaire s'il n'en connaît qu'une partie.

    124.- Quel est le programme de l'Union Nationale?

    Voici le programme de l'Union Nationale.

     

    RÉFORMES AGRICOLES

    L'Union Nationale Duplessis-Gouin croit d'abord que l'oeuvre de restauration économique se ramène principalement à une oeuvre de restauration rurale basée sur l'agriculture familiale et la coopération . C'est pourquoi nous plaçons à la base de notre plan, les réformes agricoles.

    Ces réformes se ramènent à neuf articles principaux qui doivent être réalisés simultanément. Ce sont:

    1- Préparation et exécution d'un vaste plan de colonisation;

    2- Redressement de notre agriculture par la conquête des marchés locaux et étrangers, ainsi que par l'électrification des campagnes et, à ces fins, augmentation des subsides;

    3- Organisation de l'industrie complémentaire et moyenne;

    4- Organisation professionnelle des agriculteurs;

    5- Établissement d'un crédit agricole provincial, afin de remédier aux lacunes du crédit agricole actuel;

    6- Protection de l'ouvrier et du journalier rural et du bûcheron en particulier;

    7- Collaboration avec le Conseil de l'instruction publique pour assurer la ruralisation de l'école de rang;

    8- Organisation de l'enseignement agronomique supérieur et réforme de l'enseignement agricole à tous les degrés.

    La restauration rurale dont nous donnons ci-dessus les grandes lignes, comporte une étude préalable approfondie suivie de l'élaboration d'un plan d'ensemble et de la coordination des différents ministères et services intéressés: Terres et Forêts, Agriculture, Colonisation, Voirie, Trésorerie et secrétariat provincial. Cette étude et ce plan d'ensemble, cette coordination, il suffit d'étudier la question, même superficiellement, pour s'en convaincre, ne peuvent être menés à bonne fin par un seul homme. Il faut le concours désintéressé de toutes les compétences. C'est pourquoi nous préconisons la création d'une Commission d'Agriculture et de Colonisation, composée de spécialistes indépendants et de fonctionnaires.

     

    RÉFORMES OUVRIÈRES

    1- Loi sur le contrat de travail et codification en un seul volume de toutes nos lois ouvrières (Code du travail);

     

    2- Application du rapport de la Commission des Assurances Sociales: a) dans les mesures qu'il préconise pour la protection de l'enfance et l'extension de l'hygiène industrielle; b) par la création d'une assurance-maladie invalidité propre à répartir sur le plus grand nombre les charges d'hospitalisation, de façon à libérer le budget provincial; c) par l'institution d'allocations aux mères nécessiteuses et de pensions de vieillesse avec la collaboration du fédéral;

    3- Revision de la Loi des Accidents du Travail;

    4- Règlementation de la vente à tempérament;

    5- Disparition des taudis par l'encouragement à la construction de logements ouvriers;

    6- Extension de la réglementation des heures de travail;

    7- Rémunération équitable pour le travail de l'ouvrier à l'effet de lui faciliter l'accès à la propriété;

    8- Révision et extension de la Loi du salaire minimum;

    9- Primauté du salaire sur les dividendes;

    10- Application rigoureuse de la Loi de l'Observance du Dimanche.

     

    RÉFORMES INDUSTRIELLES ET COMMERCIALES

    1- Création d'un vrai ministère du commerce, (et non pas du faux-semblant qui existe aujourd'hui) aux fins suivantes: a) recherche de nouveaux débouchés à l'étranger pour nos produits agricoles et industriels; b) nomination de nouveaux agents commerciaux dans plusieurs pays étrangers sauf la Russie! pour stimuler le commerce de la province avec ces pays; c) création d'un laboratoire de recherche afin de trouver de nouveaux emplois pour nos ressources naturelles; d) création d'un office de renseignements pour nos commerçants et nos industriels; e) coopération avec les industriels pour améliorer l'industrie; f) inventaire de nos ressources naturelles pour tâcher d'intéresser les propriétaires de capitaux à créer de nouvelles industries; g) coopération avec les industriels pour essayer d'obtenir plus d'emplois pour les chômeurs; h) coopération avec les industriels pour faire valoir leurs droits auprès du Gouvernement fédéral, relativement à l'abaissement et au relèvement des tarifs;

    2- Changements dans l'administration de la Commission des Liqueurs de Québec;

    a) abolition des achats par intermédiaires;

    b) diminution du nombre des commissaires;

    c) vente des liqueurs par les épiciers licenciés sous un contrôle sévère et efficace.

     

    RÉFORMES ÉCONOMIQUES

     

    1- Briser, par tous les moyens possibles, l'emprise qu'ont sur la province et les municipalités, les grandes institutions financières, le trust de l'électricité et celui de l'industrie du papier.

    2- Afin d'obtenir la baisse des taux de l'électricité, l'aménagement par la province au fur et à mesure des besoins, des pouvoirs d'eau non encore concédés ainsi que ceux concédés, mais non encore exploités; de plus, enquête immédiate, par commission indépendante, spécialement nommée dans ce but et possédant tous les pouvoirs nécessaires afin de déterminer s'il est dans l'intérêt de la province d'acquérir graduellement, à un coût permettant de baisser substantiellement les taux actuels tout en amortissant le prix d'achat, les compagnies produisant ou distribuant l'électricité dans la province.

    3- Combattre les " trusts" du charbon, de la gazoline, du pain, et, en leur faisant une concurrence d'État si nécessaire.

    4- Combattre le trust du lait en réunissant dans une association fermée tous les producteurs de lait de la province de Québec.

    5- Enquête complète sur la structure et les méthodes financières des compagnies d'utilité publique et assainissement de leur capitalisation.

    6- Aggravation et application sévère de la loi des Combines.

    7- Politique d'électrification rurale, progressive, selon un plan déterminé, inspiré du système ontarien (ceci faisant partie, d'ailleurs, du plan de restauration rurale).

     

    RÉFORMES FINANCIÈRES

    1- Revision de la loi des Compagnies, à fond social, afin de prévenir l'exploitation du petit épargnant et d'assurer la protection de l'actionnaire et du porteur de débentures;

    2- Uniformisation de la dite loi dans tout le Canada;

    3- Création par la Province de Québec d'un organisme spécial pour assurer l'application compétente et rigoureuse de la dite loi.

     

    RÉFORMES POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES

    1. Économie et honnêteté dans l'administration de la chose publique;

    2. Interdiction aux ministres d'être actionnaires ou intéressés d'une manière quelconque dans une compagnie obtenant des contrats du gouvernement;
    3. Interdiction aux ministres d'être directeurs d'une banque, d'une compagnie de fiducie, d'une compagnie d'utilité publique, d'une compagnie d'assurance ou d'une compagnie de chemin de fer;
    4. Transformation du Conseil législatif en un Conseil économique;

    5. Remise des fonctions et pouvoirs du Lieutenant-Gouverneur entre les mains du Juge en chef de la Cour d'Appel;

    6. Coordination des ministres fédéraux et provinciaux afin de prévenir les doubles emplois, ladite coordination devant s'exercer plus particulièrement dans le cas des Pêcheries maritimes, afin d'assurer l'élaboration et l'application d'un système efficace et de faire bénéficier nos pêcheurs des subsides fédéraux.

     

    RÉFORMES ÉLECTORALES

    1. Bulletins avec talons, comme autrefois;

    2. Vote obligatoire, (mesure sujette à plébiscite);

    3. Élection partielle dans les trois mois qui suivent la date de la vacance;

    4. Cartes d'identité dans les villes de plus de 10,000 âmes;

    5. Diminution des dépenses d'élection;

    6. Règlementation des souscriptions aux fonds électoraux faites par les compagnies à responsabilité limitée;
    7. Limitation des souscriptions électorales individuelles;

    8- Supposition de personne punissable par un an de prison au moins, et même sanction contre tous ceux qui ont employé, payé ou aidé toute personne se rendant coupable de cette infraction.

     

    RÉFORMES FISCALES

    1- Loi temporaire donnant le droit de rachat à celui qui est dépossédé de ses propriétés par vente du shérif sur prêts hypothécaires, le dit droit de rachat devant s'exercer dans les deux ans de la vente sur remboursement du capital, des intérêts et des frais, le taux d'intérêt après la vente devant être le même que celui mentionné dans l'hypothèque;

    2- Rajustement du taux d'intérêt sur prêts hypothécaires;

    4- Conversion de la dette provinciale au meilleur taux possible;

    5- Redistribution des impôts tant fédéraux que provinciaux et municipaux, afin que les sociétés commerciales et certaines classes d'individus qui souvent jouissent d'exemptions ou d'évaluations injustes, contribuent aux charges publiques de façon équitable.

     

    RÉFORMES JUDICIAIRES

    1- Réorganisation complète de la police provinciale sous la direction d'un seul chef dont les pouvoirs s'étendraient à toute la province et à l'application de toutes les lois;

    2- Réorganisation des tribunaux relevant du gouvernement provincial de façon à assurer la distribution équitable du travail et afin de diminuer les dépenses.

    3- Revision des tarifs de frais judiciaires, de façon à assurer aux contribuables un recours moins coûteux.

    Ainsi qu'on pourra le constater, certains articles de ce plan d'ensemble appellent des précisions. L'Union Nationale est toujours prête à fournir, sur demande, les détails, et les explications qui s'imposent.

    Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit plus haut, l'Union Nationale n'a pas la prétention de croire que la formule que nous soumettons à l'opinion publique soit, dans son ensemble, définitive et parfaite. Elle est suffisamment élaborée, cependant, pour permettre à tous les citoyens de bonne volonté de rechercher les adhésions et les collaborations dont elle a besoin pour parfaire son oeuvre et la mener à bonne fin.

    Les suggestions que l'on voudra bien lui faire seront accueillies avec plaisir par l'Union Nationale et recevront toute son attention.

    Il ne saurait évidemment y avoir de compromis sur les principes qui sont à la base même du mouvement de l'Union Nationale mais elle n'hésitera pas à apporter à son plan d'ensemble les modifications dont la nécessité lui sera démontrée par une saine critique. C'est pourquoi l'Union Nationale invite, encore une fois, tous ceux qui croient sincèrement à la nécessité d'une évolution politique et économique à communiquer avec elle.

     

    Source: Le catéchisme des électeurs, Éditions Albert Martin, 1974, pp. 5-18 tiré dans Daniel Latouche et Diane Poliquin-Bourassa, Le manuel de la parole, manifestes québécois, Tome 2 1900 à 1959, Montréal, Éditions du Boréal Express, 1978, pp. 167-191.

    Numérisé par Igor Tchoukarine, Université de Sherbrooke