L'Apostolat laïque

Devoir de l'Apostolat

L’apostolat laïque est une des gloires de notre siècle.

En notre pays surtout, grâce à un concours particulier de circonstances, nombreux sont les hommes et les jeunes gens qui, depuis quelques années, s'y livrent avec une généreuse ardeur.

Il faut se réjouir de ce fait. Et il est à souhaiter que la troupe de ces vaillants grossisse de jour en jour.

Car l'apostolat laïque est une nécessité. L'amour de Dieu, le bien des âmes, nos propres intérêts le commandent.

Est-il nécessaire de définir ce qu'on entend par apostolat ?

Être apôtre c'est se dévouer au service d'une cause. Être apôtre catholique ce sera donc se dévouer à la gloire de Dieu et au salut du prochain: ne pas se contenter d'accomplir de son mieux ses devoirs de religion, mais s'efforcer d'entraîner dans la même voie le plus d'âmes possible, travailler à étendre autour de soi le règne de Notre-Seigneur, lutter pour faire reconnaître et triompher ses droits.

Cet apostolat s'impose à tous. On ne saurait le négliger et être bon chrétien. Donnons-en quelques preuves.

Aimer le bon Dieu n'est-il pas pour chacun un devoir? " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement . "

Mais comment aimer Dieu et rester indifférent à son honneur et à ses prérogatives? Que dirait-on d'un enfant qui honorerait et respecterait son père mais le laisserait insulter par le premier venu, souffrirait qu'on le dépouillât de ses biens, qu'on foulât aux pieds ses droits ? Ce fils ne serait certainement pas animé d'un sincère amour filial.

Ainsi des catholiques, insouciants de ce qui se passe autour d'eux. Que le bien ou le mal triomphe, que leurs concitoyens servent ou ne servent pas Notre-Seigneur, peu leur importe pourvu qu'ils pratiquent, eux, leur religion. Mais le bon Dieu a droit aux hommages de tous les hommes. Le mal commis sur la terre le blesse. C'est une révolte contre sa loi. Celui donc que ces offenses n'émeuvent pas, qui ne tente rien pour les faire cesser, n'a pas la vraie piété filiale. Il n'aime pas le bon Dieu comme le demande le premier précepte du décalogue. Il n'est pas bon catholique.

" Ah! s'écriait Clovis, en entendant le récit de la Passion de Notre-Seigneur, si j'avais été là avec mes Francs, je l'aurais bien vengé! " Et saint François d'Assise, en parcourant la campagne romaine, le cœur gonflé de tristesse devant l'indifférence des hommes: " L'Amour, l'Amour n'est pas aimé. "

Comme ils comprenaient bien, l'un et l'autre, les exigences de l'amour divin. Tels, aussi, tous ces militants de l'action catholique dont les nobles figures ont illustré notre âge, un Godefroy Kurth, par exemple, le grand historien belge, qui suspend ses travaux littéraires et " descend dans la rue " prendre part aux luttes que livrent ses compatriotes pour la défense de leur foi, ou un Jules-Paul Tardivel dont la plume vaillante, dédaigneuse de besognes plus lucratives mais moins nobles, batailla durant vingt-cinq ans au service de la vérité.

A côté de ce premier commandement s'en dresse un autre qui constitue avec lui les bases mêmes de la religion: l'amour du prochain. " Le second lui est semblable: Tu aimeras le prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattachent toute la Loi et les prophètes . "

Mais aimer quelqu'un c'est lui vouloir et surtout lui faire du bien. L'amour se prouve par des actes. Il ne saurait se contenter de sentiments ou de paroles.

Cette solidarité qui nous lie ainsi les uns aux autres, nous la comprenons et la pratiquons assez facilement lorsqu'il s'agit de choses matérielles. Qui refuserait de donner un coup de main à un ami, à un compagnon de travail, voire à un inconnu, dans l'embarras? Le feu se déclare chez votre voisin: vous accourez spontanément lui porter secours. Un malheur est imminent, que votre intervention peut prévenir: sans hésiter vous agissez. Voici un mendiant à votre porte. Il est exténué. Il défaille de faim. Allez-vous le laisser mourir ainsi sur votre seuil? Mais non! Personne n'oserait avoir cette cruauté. Et si quelqu'un s'y laissait aller, il sentirait bien qu'il manque à son devoir, qu'il commet une faute.

Or, cette solidarité n'est pas restreinte à l'ordre temporel. Au contraire, lorsque Notre-Seigneur nous ordonne de faire du bien aux autres, il a surtout en vue le bien spirituel, le bien de l'âme. Mandavit illis unicuique de proximo suo, lisons-nous dans l'Écriture sainte. Le bon Dieu a confié à chacun le soin de son prochain. Non, évidemment, que chacun doive porter la responsabilité de tout ce qui se fait autour de lui. Mais tous nous exerçons sur certaines âmes quelque influence. De nos actes dépendent en grande partie les leurs.

Et de même que l'amour du prochain nous obligeait à le secourir dans ses embarras matériels, à lui faire éviter tel malheur, à l'empêcher de mourir de faim, ainsi, et à plus forte raison, nous oblige-t-il à lui venir en aide dans ses difficultés morales, à écarter de son âme tel danger menaçant, à l'empêcher surtout de succomber spirituellement.

Mais tout ceci qu'est-ce autre chose que l'apostolat laïque, celui qu'ont pratiqué les Ozanam, les Féron-Vrau, les Léon Harrnel, et ici, au Canada, les Painchaud, les Derome, les Charles Langlois?

Un industriel montréalais bien connu, décédé il y a quelques années, M. Théophile Galipault, fut frappé de cette doctrine lorsqu'on la lui exposa à la Villa Saint-Martin. " Je m'occupe du bien-être matériel de mes employés, se dit-il, mais leur bien-être spirituel, je n'y ai jamais songé. Que pourrais-je faire pour leur âme? " Et après avoir réfléchi et consulté, il opta pour la retraite fermée. Il voulut cependant que chacun y allât de lui-même, conscient de l'acte qu'il posait et désireux d'en profiter. L'exemple de leur patron et les facilités qu'il leur accorda entraînèrent peu à peu tout son personnel. Quelle joie pour cet industriel chrétien le jour où il put dire: Ils y sont tous passés!

Ils venaient en groupe à l'époque où l'industrie de la chaussure permettait le plus facilement leur absence. Et M. Galipault, qui faisait sa retraite avec les voyageurs, ne manquait pas de se rendre à la conférence du dernier jour et de leur donner de sages conseils.

Bel exemple d'amour du prochain, de véritable apostolat laïque.

A ces préceptes fondamentaux viennent se joindre nos propres intérêts.

Ne serons-nous pas les premiers, nous et nos enfants, à bénéficier de cet apostolat salutaire? Si nous moralisons en effet le milieu que nous habitons, si nous le rendons foncièrement sain, honnête, catholique, il nous sera plus facile d'y pratiquer la vertu, d'y accomplir nos devoirs religieux. L'ambiance exerce une si profonde influence sur les âmes. Combien, tièdes dans un milieu indifférent, seront fervents dans une paroisse pieuse.

En outre, à propager sa foi, on l'affermit en soi-même. C'est un de ces trésors dont parle saint Augustin qui, loin de diminuer par le don qu'on en fait aux autres, augmente, au contraire, en raison même de notre générosité.

Sa simple conservation d'ailleurs postule cet apostolat. On ne garde sûrement ici-bas que les richesses qu'on protège. Laissez traîner vos billets de banque, vos titres, votre or, on vous les volera. Trésor précieux entre tous, la foi n'échappe pas à cette loi. Vous voulez la conserver intacte, la transmettre dans toute sa pureté à vos enfants, ne la laissez pas languir dans l'ornière de l'inaction, proie facile de l'indifférence, mais placez-la comme une lumière au centre de votre vie, entourez-la de pratiques vivantes, généreuses, apostoliques. Aucune main sacrilège n'y pourra toucher.

A tous ces arguments ajoutons celui d'autorité. Cet apostolat, les Souverains Pontifes n'ont cessé de le recommander. Plus pressante, à certaines époques, à cause du besoin des temps, leur parole cependant a toujours exprimé le même mot d'ordre.

Léon XIII, par exemple, disait un jour: " Qu'est-ce que Jésus-Christ est venu faire en ce monde? Il est venu sauver les âmes, sauver les nations. Qu'est-ce que son Vicaire doit faire? La même chose. Tous les chrétiens doivent travailler à la même œuvre. " Et Pie X: " Nous savons que Dieu a recommandé à chacun le soin de son prochain. Ce ne sont donc pas seulement les hommes revêtus du sacerdoce qui doivent se dévouer aux intérêts de Dieu et des âmes, mais tous sans exception . "

Commentant cette parole, Sa Grandeur Mgr Paul Eugène Roy, évêque auxiliaire de Québec, écrivait en 1911: " À la cohorte nombreuse et si fortement disciplinée que mène Satan, il faut opposer les soldats de Jésus-Christ. L'heure est grave. C'est un devoir pour tous les enfants de l'Église de se rallier autour du drapeau qu'elle arbore, et de prendre rang dans les armées qu’elle forme. Ce devoir s'impose même en notre pays. Sans doute la haine antireligieuse ne se dresse pas encore, ici, triomphante sur les ruines de la foi. Mais elle est à l’œuvre, habile, insidieuse, souvent masquée, toujours active. Elle sait tracer son programme, concerter ses entreprises, grouper ses adeptes. Elle a des audaces et des courages qui étonnent et devraient nous instruire; elle remporte des succès qui devraient nous inquiéter. Le temps est donc venu pour les catholiques de chez nous de bien entendre le solennel avertissement du Pape, et de s'engager dans une action sérieuse et pratique. il nous faut des apôtres! L'Église le demande et Dieu le veut!"

Mais ce qui importe surtout pour nous ce sont, évidemment, les directives du Pape actuel, du Chef vénéré sous lequel la Providence nous a placés. Or personne ne peut ignorer combien elles sont précises et vigoureuses.

Dès sa première encyclique Ubi Arcano, Pie XI fait aux évêques cette recommandation: " Rappelez par ailleurs à l'attention des fidèles que c'est en travaillant à des œuvres d'apostolat privé ou public, sous votre direction et celle de votre clergé, à développer la connaissance de Jésus-Christ et à faire régner son amour qu'ils mériteront le titre magnifique de race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple racheté (I Pet. Il, 9). "

Cette pensée le Pape l'a reprise et développée dans ses lettres sur l'Action catholique. Nous y reviendrons quand nous traiterons spécialement de ce mode d'apostolat. Reproduisons simplement un autre passage tiré de la Lettre au cardinal-archevêque de Tolède, en date du 6 novembre 1929: " Il est absolument nécessaire qu'à notre époque tous soient apôtres; il est absolument nécessaire que les gens du siècle ne mènent pas une vie oisive mais qu'ils soient prêts à obéir aux volontés de l'Église et lui offrent leurs services de manière que par leurs prières, leurs sacrifices et leur collaboration active, ils contribuent puissamment à l'accroissement de la foi catholique et à l'amendement chrétien des moeurs. " Peut-on désirer direction plus nette et plus ferme? Elle éclaire notre religion. Elle en précise les obligations. Un prélat belge, Mgr Picard, s'en faisait l'écho lorsqu'il disait dans une conférence au jeune Barreau liégeois: " Le catholicisme est une générosité, un dévouement, une donation de soi, un service. "

Modes d'apostolat

Mais comment va s'exercer cet apostolat? Imposé à tous les chrétiens, il doit être à la portée de chacun. Autrement le bon Dieu exigerait de quelques-uns une chose impossible.

Les moyens d'être apôtre sont, en effet, des plus variés, et s'il en est d'exécution assez difficile, d'autres, par contre, s'offrent à tous, quels que soient leur âge, leur fortune, leur situation sociale, leur degré d'instruction, leur état de santé.

LA PRIERE

Ainsi, le premier, la prière. Pie XI, nous avons dû le remarquer, la mentionne avant tout autre moyen dans sa Lettre au cardinal Segura: " Il est absolument nécessaire qu'à notre époque tous soient apôtres... de manière que par leurs prières... ils contribuent puissamment à l'accroissement de la foi catholique et à l'amendement chrétien des mœurs. " Et à chaque occasion, qu'il parle aux pèlerins canadiens, ou aux membres de l'Association catholique de la Jeunesse française, ou aux congréganistes de la Sainte-Vierge, le Pape met la prière au premier plan de l'apostolat.

Aucune arme, de fait, n'est aussi puissante. Elle agit directement sur le cœur de Dieu. Plus efficacement que les moyens humains les plus réputés, que les richesses, les armées, l'influence, elle peut changer le cours des événements, adoucir les cœurs endurcis, éclairer les esprits aveuglés.

Un philosophe, Donoso Cortès, a écrit: " je crois que ceux qui prient font plus pour le monde que ceux qui combattent. Si nous pouvions pénétrer dans les secrets de Dieu et de 1'histoire, je tiens pour certain que nous serions saisis d'admiration devant les prodigieux effets de la prière, même dans les choses humaines. " Et Victor Hugo:

Deux mains jointes font plus d'ouvrage sur la terre

Que tout le roulement des machines de guerre.

L'Écriture sainte contient maintes preuves de l'incomparable puissance de la prière: les épisodes d'Abraham, de Moïse, de Josué... Il en est ainsi de l'histoire du monde moderne.

Or qui ne peut prier? L'enfant comme le vieillard, le pauvre comme le riche, l'ignorant comme le savant, le malade comme celui qui jouit d'une bonne santé, l'homme occupé comme l'ouvrier sans travail, la religieuse dans son couvent comme le soldat sur le champ de bataille.

Arme apostolique trop négligée. Sans doute rares sont les catholiques qui ne prient pas. Mais pour qui prient-ils? Pour eux-mêmes d'abord, puis pour leurs proches, leurs amis. Et dans quel but? Presque toujours pour obtenir quelques faveurs temporelles, pour éviter un malheur imminent: une maladie, un désastre financier, l'échec d'une entreprise... Mais " l'accroissement de la foi catholique et l'amendement chrétien des mœurs ", combien y songent? combien s'en préoccupent dans leurs prières?

Et cependant tel est bien, pour tous, le grand moyen d'être apôtre. N'est-ce pas parce qu'un si grand nombre le négligent qu'il existe sur la terre tant d'impies, d'hérétiques, d'infidèles?

Des statistiques religieuses ont été publiées récemment. On ne peut les lire sans un profond sentiment de tristesse. Sur 1,700 millions d'habitants qui peuplent aujourd'hui l'univers, les deux-tiers environ – mahornétans, païens, juifs – ne connaissent pas Notre-Seigneur.

Et de l'autre tiers, 304 millions seulement sont catholiques. Et sur ces 304 millions combient (sic) vivent actuellement en état de grâce? Combien, s'ils étaient assignés soudain au tribunal de Dieu, y trouveraient miséricorde ?

Mais n'est-ce pas pour sauver tous les hommes que Notre-Seigneur est venu sur la terre, qu'il a souffert et répandu son sang? Son œuvre a-t-elle donc failli? Aurait-elle été une immense banqueroute?

La juger ainsi serait sacrilège. Pour la bien comprendre il faut connaître le plan divin. Dieu a voulu, dans sa sagesse infinie, que les hommes participent au salut de leurs semblables. Le sang du Christ ne suffit pas en quelque sorte. Ou, pour mieux dire, son action est liée à la nôtre. Ses mérites demeurent comme suspendus au-dessus des âmes. Pour qu'elles en profitent, la coopération des membres de son Église est requise. Prières et œuvres des fidèles deviennent nécessaires. Chacun, dans ce sens, est un corédempteur.

Beaucoup d'âmes peuvent donc être sauvées par nous. Elles attendent notre intervention. Prier pour elles leur obtiendra des grâces de conversion. Comment leur refuser cette aide ?

A nos prières de chaque jour donnons donc cette orientation nouvelle. Il suffit, à la rigueur, de former son intention une fois pour toutes. Non révoquée, elle persiste. Il est bon cependant, si nous le pouvons, de la renouveler de temps en temps. Il est même excellent, pour rendre nos oraisons plus ferventes, d'en déterminer de mois en mois, comme fait l'Apostolat de la Prière, le but précis. On priera en janvier pour une mission, en février pour une autre, et ainsi de suite. On peut faire davantage encore: varier chaque jour ses intentions. Le calendrier Mes Missions, publié depuis une couple d'années, nous en facilitera la tache.

Nous avons insisté sur la prière missionnaire. Cet apostolat – est-il besoin de le faire remarquer? – n'est pas réservé aux infidèles. Il doit s'exercer aussi en faveur des autres hommes, de ceux en particulier avec lesquels nous vivons, qui nous touchent de près. Il leur aidera à se maintenir dans la voie droite ou, s'ils s'en sont écartés, à y revenir. Qui ne connaît des faits comme celui de sainte Monique obtenant par ses larmes et ses prières la conversion de son fils Augustin? De telles merveilles s'accomplissent encore de nos jours.

Voici le récit que publiait, en juin dernier, le Messager français du Sacré Cœur.- " Je suis de bonne famille; mais cela n'a pas empêché mon fils G. A.... vingt-trois ans, de faire de mauvaises connaissances, de quitter l'armée où il devait faire sa situation, pour aller à Paris se perdre dans les pires milieux. Longtemps, j'ai suivi sa trace car cette vie a duré une quinzaine de mois. De temps en temps il venait me demander de l'argent sous la menace. Je ne saurais dire mon désespoir. Je faisais tout pour ramener mon enfant à de meilleurs sentiments mais sans résultat. Que faire encore? J'ai prié, fait prier, j'offrais mes misères à Dieu pour lui. je me décourageais pourtant; je ne savais plus parfois si j'avais confiance. Oui, j'avais encore confiance puisque je continuais à prier même sans rien obtenir. Bien plus, à la fin de l'année 1928 j'ignorais ce qu'il était devenu, j'avais complètement perdu sa trace.

" En novembre 1928, ne sachant que devenir, je suis partie auprès de mon autre fils. Pendant mon séjour dans la petite ville où il habite, j'ai lu la vie du saint patron de l'endroit. Il avait lui aussi quitté sa famille, mais pour aller vivre en ermite. Et je pensais à mon fils qui m'avait quittée, hélas! pour mal faire! Cette lecture m'avait frappée. J'ai eu l'idée de faire neuf visites à saint M.... à l'église où son tombeau et sa statue sont exposés. Le neuvième jour, après une courte prière à mon saint, je suis allée m'agenouiller devant la chapelle du Sacré Cœur, près de la Table sainte. Étant à genoux, je lui ai adressé cette prière: " Bon Sauveur, vous n'allez pas laisser votre enfant dans le bourbier; sortez-le je vous le demande; saint M... vous le demande pour moi; exaucez-nous. " Au même instant, une voix intérieure aussi distincte que ma véritable parole répond par deux fois: " Il sortira! " je ne peux exprimer la beauté de cette voix. C'était le mardi, 18 décembre 1928. Le même mardi mon enfant était sauvé. Le 21, trois jours après, il m'écrivait une lettre me demandant si je voulais le recevoir. Depuis cette date, sa vie est régulière et il s'occupe de refaire sa situation. Il a repris du service dans l'armée et, pour cela, consenti à être rétrogradé, ce qui est, certes, bien méritoire.

"Je ne puis douter de l'intervention du Sacré Cœur: la conversion s'est faite au moment même où je priais. J'ai pu m'en assurer par cette confidence de mon fils. En février 1929, alors qu'il était à la maison près de moi, il m'a dit en présence d'une voisine: " Oui, je m'en souviendrai toujours: un mardi soir, je rentrais encore de passer une journée déplorable quand tout à coup je me suis dit: " Toi, tu ne sortiras plus pour de telle besogne et je ne suis plus sorti! "

" Un mardi soir! le même jour où, à 500 kilomètres de Paris, je demandais au Sacré Cœur, de me rendre mon enfant! "

Ne nous étonnons pas d'une telle intervention. Si nous avons vraiment la foi, nous la trouverons naturelle. Ainsi pensait cet universitaire italien, ami de Pie XI, dont le procès de canonisation a été récemment introduit, Contardo Ferrini: " Lorsqu'un frère, écrit-il, vient à tomber, notre cœur, à l'exemple de saint Paul, qui à la vue du scandale sentait en lui le feu du zèle de la gloire de Dieu le dévorer, notre cœur, dis-je, semble se briser. Eh! bien, soyons convaincus que le Cœur de jésus est encore bien plus affecté et que notre prière, accompagnée de quelque occulte holocauste, ne sera point repoussée par ce divin Cœur. "

L'EXEMPLE

Aux Canadiens accourus à Rome pour assister à la canonisation de nos Martyrs, Pie XI recommanda d'être apôtres, apôtres par la prière d'abord, puis, ajouta-t-il, par le bon exemple et la parole.

De tous les moyens humains, le bon exemple est, sans contredit, le plus puissant pour atteindre les âmes. " On agit plus, a écrit Ollé-Laprune, par ce qu'on est que par ce qu'on dit ou ce qu'on fait. " Saint Jean Chrysostome va même jusqu'à affirmer que l'exemple est plus puissant pour convertir les hommes que la résurrection d'un mort.

En outre, comme la prière, il est à la portée de tous. Chacun dans le milieu où il vit peut, par sa seule conduite, entraîner les autres vers le bien.

Plus élevée, sans doute, sera notre situation sociale, plus profonde la répercussion de nos actes. Ainsi un membre des professions libérales, avocat, médecin, notaire, exercera habituellement plus d'influence qu'un simple cultivateur ou un ouvrier. " C'est par elles, disait au Congrès eucharistique de Chicago, M. Antonio Perrault, en parlant des classes dirigeantes, que la foi catholique devrait se répandre et imposer son influence. " Et Mgr Comtois, évêque auxiliaire des Trois-Rivières: " Ce serait ravaler beaucoup les professions libérales que de les considérer uniquement comme des moyens de s'enrichir, oubliant que les membres de ces professions étant généralement plus instruits et plus influents que la masse de leurs concitoyens, ils doivent à Dieu, à l'Église et à eux-mêmes de se servir de leur science et de leur influence pour le bien. Noblesse oblige. "

Mais même si nous n'occupons qu'une humble position, nos actes ont un rayonnement que subit presque toujours, de façon consciente ou non, quelqu'un de notre entourage. La vie de la plupart des hommes s'oriente vers le bien ou vers le mal par l'exemple des autres. Et ce ne sera pas l'un de nos moindres étonnements, au jugement dernier, de constater que nous aurons contribué au salut ou à la damnation de personnes qui nous sont à peine connues, à qui peut-être même nous n'avons jamais parlé. Seule notre manière d'agir les a influencées.

Un soldat français avouait qu'il avait été amené à la religion catholique par le simple geste d'un de ses compagnons d'armes, l'écrivain Ernest Psichari. De voir cet homme qu'il estimait, se recueillir chaque soir et réciter pieusement sa prière, lui donna une idée favorable du catholicisme. Ce fut le premier pas vers sa conversion. D'où l'importance d'une élite dans le monde. Pie X le faisait remarquer un jour: " Ce dont la société a le plus besoin à l'heure actuelle, c'est un noyau de catholiques exemplaires, convaincus, agissants. "

Qu'il y en ait quelques-uns dans chacune de nos paroisses, s'imposant par leur valeur professionnelle et la droiture de leur vie, ils remueront profondément la masse, ils agiront en elle comme le ferment dans la pâte. Cet apostolat du bon exemple comment un laïque l'exercera-t-il? Premièrement en étant un homme de devoir, c'est-à-dire en remplissant aussi fidèlement que possible les différentes obligations auxquelles il est tenu.

Devoirs religieux d'abord. Ce sont les principaux. Et il ne s'agit pas ici des seuls devoirs qui obligent sous peine de faute grave. Un vrai catholique fait davantage. Il s'efforce – et nous allons insister sur ce point car c'est par là surtout que son exemple rayonnera – de modeler sa vie sur l'idéal que lui présente l'Église, de l'imprégner des pratiques salutaires queue nous conseille. Énumérons-en quelques-unes.

La prière en commun dans les familles. – Si chacun doit aider son prochain à servir Dieu, ne convient-il pas de s'occuper d'abord de ceux qui nous touchent de près, qui sont nos " proches ", au sens strict du mot? Or peu d'exercices seront aussi bienfaisants au foyer familial que la prière en commun.

A voir leurs parents, leur père surtout, s'agenouiller tous les soirs au pied du crucifix ou devant l'image du Sacré Cœur, les enfants apprennent, mieux que par tout autre enseignement, l'importance du culte divin. Les actes touchent plus que les paroles. Un tel geste, répété quotidiennement, laisse sur de jeunes âmes une empreinte ineffaçable. Combien lui ont dû leur fidélité à Dieu ou leur retour après des égarements passagers.

Cette pratique de la prière commune, héritée de nos ancêtres, était générale autrefois parmi nous. Un bon nombre, remarque Mgr Pâquet dans un article récent, la conservent encore. Ils y restent attachés même hors de leurs foyers. " Elle suit les chrétiens fidèles dans toutes les situations où le mouvement de la vie les porte, les marins sur leurs vaisseaux, les bûcherons dans leurs chantiers, les pâtres sur leurs montagnes, les explorateurs dans leurs plus lointaines pérégrinations. "

Le curé du Saint-Coeur de Marie à Québec en donna, en chaire, il y a quelques années, un exemple édifiant. Il venait d'annoncer la mort du premier marguillier de la paroisse, le commandeur P.-T. Légaré, fondateur de l'importante maison qui porte ce nom. Et il rappela que dans le camp où il passait l'été et recevait beaucoup d'amis, M. Légaré avait fait construire une chapelle. Or, chaque soir, quel que fût le nombre de ses hôtes et quelles que fussent leurs idées, tout le monde était invité à se rendre au pied de l'autel pour la prière en commun.

La communion fréquente. - A qui veut vivre en état de grâce, malgré les tentations que le monde multiplie de plus en plus, l'Église appuyée sur la parole de son divin Fondateur indique cette source incomparable. On ne saurait trop la recommander.

Mais se trouva-t-il quelque bon catholique qui croirait pouvoir, grâce à une longue pratique de la vertu, s'en dispenser sans trop d'inconvénients, il faudrait encore la lui conseiller à titre d'exemple. Car nombreux sont ceux qui en ont réellement besoin et cependant s'en privent, parce qu'ils n'ont pas été habitués à ce régime dès leur jeunesse ou qu'ils craignent de se singulariser. De voir des hommes en qui ils ont confiance s'y adonner, les gagnerait. Et bientôt là où la Table sainte était déserte, elle s'ornerait d'un beau groupe. Quel catholique, aimant vraiment le bon Dieu et les âmes, ne voudrait, même si cette pratique lui impose d'assez lourds sacrifices, contribuer à ce résultat ?

Un excellent curé me racontait qu'il avait prêché durant plusieurs années sur la communion fréquente sans effet appréciable. Ses paroissiens, hommes de foi d'ailleurs, avaient reçu jeunes une autre formation. Impossible de changer leur mentalité. Mais un jour, le plus influent d'entre eux, un notaire, va faire une retraite fermée. La grâce agit en lui. Et il se décide enfin à pratiquer ce que son pasteur lui recommande depuis si longtemps. De retour chez lui on le voir s'approcher tous les matins de la sainte Table. Trois mois plus tard, un bon nombre d'hommes et de jeunes gens l'imitaient. Il avait fallu son exemple, concluait le curé, pour leur faire suivre mes conseils.

La vie paroissiale. – Elle est l'armature de notre catholicisme. Elle lui fournit ses meilleurs étais. Là où il ne s'appuie pas sur elle, il risque de s'effondrer. Mais combien la négligent! Combien la réduisent à une simple messe dominicale, la plus courte, celle où il n'y a ni sermon, ni prône! Aucune autre visite à l'église. Aucun contact avec leur curé. Aucune participation aux œuvres et mouvements de la paroisse.

Telle ne saurait être la conduite d'un vrai catholique. L'église paroissiale c'est sa demeure. Il doit y aller le plus souvent possible, y entendre la grand'messe et le sermon, assister aux cérémonies plus solennelles des jours de fête, aux exercices de piété que ramènent certains mois, à la retraite qui rassemble hommes et jeunes gens, – même s'il est allé retremper son âme dans la solitude, – faire partie de quelque congrégation ou société, fréquenter régulièrement son curé.

Ainsi il fortifiera sa propre vie religieuse. Ainsi il donnera à ses enfants, à ses voisins, à tous ses coparoissiens un exemple dont ils profiteront. Ozanam entre, un jour, dans une église de Paris. Il n'a que dix-huit ans, mais son âme est travaillée par le doute. Il ne sait plus prier. Quelle sera l'issue de cette crise? Soudain que voit-il dans un banc tout près de lui ? Un vieillard qui récite pieusement son chapelet. Et en cet humble croyant il reconnaît son illustre maître, Ampère. Du coup, le voile se déchire, les doutes disparaissent, la vérité resplendit. Et à deux genoux, Ozanam remercie Dieu de ce grand bienfait. " Le chapelet d'Ampère, disait-il, a plus fait pour moi que tous les livres et tous les sermons. "

A côté des devoirs religieux, les devoirs professionnels. Leur importance saute aux yeux. Ils accaparent presque toute notre vie puisque la profession ou le métier que nous exerçons nous occupe du matin au soir. Et c'est surtout dans l'accomplissement de cette besogne quotidienne que le prochain nous voit, qu'il nous juge, qu'il est porté à nous imiter. Excellente occasion de faire du bien, de montrer la supériorité du catholicisme pleinement vécu, d'entraîner les autres à l'estimer puis à le pratiquer.

Quel malheur, en vérité, si le contraire se produisait, si la manière d'agir des catholiques dans l'exercice de leur profession, dans leurs relations de commerce et d'affaires, dans leurs rapports avec leurs patrons ou leurs employés, prêtait flanc à la critique, scandalisait.

Sans doute le catholique, coupable d'une telle conduite, négligerait alors les enseignements de sa religion, il n'agirait plus en catholique, mais si on le sait pratiquant, si on le voit accomplir ses devoirs religieux, comment ne pas le juger comme tel? comment ne pas être porté à dire: Les catholiques ne sont pas meilleurs que les autres?

En réalité cela n'arrive-t-il pas trop souvent ? L'appât du gain, hélas! aveugle les âmes. Il les conduit à de honteuses forfaitures. Procès injustes, opérations illicites, contrats malhonnêtes : que d'avocats, de médecins, de notaires, consentent à ces défaillances, malgré les réclamations de leur conscience, parce que ça les paie. Et l'industriel qui ne rétribue pas suffisamment ses employés ou leur impose des conditions de travail néfastes? Et l'ouvrier qui vole à son patron des heures gaspill6e en flâneries? Et le marchand qui trompe sur le poids ou la qualité? Et le voyageur de commerce qui majore ses dépenses? Et l'employé de chemin de fer ou de tramway qui favorise ses parents et ses amis?

De ces fautes beaucoup de catholiques ne sont pas exempts. Illogisme flagrant. Faiblesse aux répercussions profondes. Quelle influence bienfaisante, au contraire, ils pourraient exercer si la droiture, l'honnêteté, la conscience professionnelle devenaient comme leur marque caractéristique, le signe auquel on les reconnaît entre tous.

Lisons ces lignes écrites sur un grand catholique français, Léon Ollé-Laprune: " Il serait bon d'entrer plus avant dans les dispositions profondément méditées qui soutenaient son apologétique en action et traduisaient, en conformité avec les doctrines et la pratique de son père, l'argument décisif que, après le cardinal Deschamps, le concile du Vatican a, si l'on peut dire, canonisé: le chrétien, comme l'Église elle-même, doit être la propre preuve de sa foi et comme une présence réelle. N'est-ce point le secret de sa conduite intime, le secret de son influence qu'il nous révèle en ce mot d'ordre donné à celle qui allait partager sa vie et son œuvre de diplomate: "Dans ce monde où l'on peut rarement parler de Dieu, il faut le faire rayonner par l'intensité avec laquelle on le porte en soi. Rendons-le présent rien qu'en existant. Il doit être tellement en nous que nous le manifestions ainsi mieux infiniment que par des paroles. " De cette perfection divine, il trouvait l'élément et l'expression dans la perfection humaine avec laquelle il s'acquittait des plus humbles devoirs, dans l'amour tendre et sincère avec lequel il se donnait de toute son âme. " Et cette belle réflexion du P. Lenoir, s. j., un des plus vaillants aumôniers de la grande guerre, inscrite dans son journal de retraite: " Ô jésus, si je pouvais vous ressembler si bien que ma seule manière de faire vous fît connaître et aimer de tous ceux qui m'entourent!"

C'est ainsi d'ailleurs que les premiers chrétiens ont converti tant de païens. Ni grands discours, ni longues controverses. Mais une fidélité inaltérable à tous leurs devoirs. Et ceux-ci ne pouvaient s'empêcher de dire: Il faut bien que cette religion nouvelle l'emporte sur la nôtre puisqu'elle donne de meilleurs fruits. Voyez quels citoyens exemplaires sont ces disciples de Jésus.

Nous qui venons en contact au Canada avec beaucoup de protestants, n'en convertirions-nous pas un plus grand nombre si nous mettions davantage notre conduite d'accord avec nos principes; si nous pratiquions mieux ce que nous professons? La même règle s'applique aux devoirs publics et sociaux. Le catholicisme est un principe de vie qui doit animer et élever tous nos actes, ceux qui se produisent au grand jour, comme ceux que garde l'obscurité du foyer.

Quel que soit, par conséquent, le poste qu'un catholique occupe : marguillier, commissaire d'écoles, échevin, maire, député, ministre..., catholique d'abord, il est tenu, d'abord et avant tout, d'agir en catholique. Pas de cloison étanche entre la vie privée et la vie publique! Pas de double conscience!

Sans doute, mandataire du peuple, il doit prendre soin des intérêts matériels qui lui sont confiés. La justice l'exige. C'est pour cela qu'il a reçu son mandat. Mais il lui est possible de le remplir sans que ses actes viennent en opposition avec les enseignements de l'Église. Toute son attitude doit, au contraire, s'inspirer de son esprit et de ses règles.

Il y a quelques mois mourait en France le chef d'une grande firme commerciale, le comte Chandon-Moët. Longtemps il fut maire de la ville d'Epernay. Situation délicate pour un catholique, mais celui-ci était de taille à la maîtriser. Voici le bel éloge qu'il reçut de son évêque, Mgr Tissier, à la cérémonie de ses obsèques: " Où il excellait – il m'appartient de le dire à sa louange – c'est dans ce que j'ose appeler la magistrature de sa foi. Homme et chef sans doute au premier rang de ceux qui, dans la société, ont un relief viril et un patriotique pavois, il le fut; mais chrétien avant tout – avec des convictions profondes qui, de son adolescence à sa maturité – car il y tenait comme à un patrimoine, – n'ont fait que s'affermir, et des pratiques religieuses qu'en toute occasion, sans prétention, il affirmait hautement, comme un soldat qui porte avec fierté son drapeau. Ah! Messieurs, les hommes aujourd'hui ne manquent pas, qui, intérieurement fidèles aux croyances de leur baptême, pensent que la vie publique n'en permet pas la manifestation vaillante. Au milieu de vous M. Chandon, avec sa piété connue de tous, si franche et pourtant si discrète, se dressait comme un doux reproche aux craintes trop communes et comme un encouragement officiel à de plus libres audaces.

" Cet homme chargé d'immenses affaires, ce maire d'une grande ville n'avait pas peur, lui, en sortant de la messe qu'au besoin il savait servir – comme un enfant d'aube qu'il tint à honneur, pour l'exemple, de rester si longtemps – de briguer vos suffrages, et vous ne trembliez pas, vous – c'est votre gloire – de mettre à votre tête un catholique assez ami de la liberté dont il faisait à chacun sa part, pour en revendiquer jusqu'à l'école fermement l'usage, et pour permettre à ses concitoyens croyants leurs traditionnelles et pacifiques processions. " A l'accomplissement intégral de ses devoirs doit s'ajouter chez le laïque qui veut exercer l'apostolat du bon exemple, une soumission franche et entière aux directives ecclésiastiques.

Cette soumission peut être considérée comme la pierre de touche du vrai catholique. Elle ne va pas sans renoncement. Parfois ce sont des idées chères qu'il faut sacrifier. Mais comment hésiter quand on est homme de foi? Comment ne pas faire pleine confiance à ceux qui ont reçu mission de nous guider?

Et qu'on ne prétende pas qu'une telle soumission est irraisonnable. Les matières dans lesquelles intervient l'autorité religieuse relèvent de sa compétence. Qu'y a-t-il alors d'humiliant pour la raison à accepter ses vues?

N'est-ce pas ainsi que nous agissons dans la plupart des autres domaines? Lorsque le médecin, à qui est confié l'état sanitaire d'une ville, déclare l'existence d'une épidémie et décrète des précautions à prendre, chacun s'y soumet, quelque gênantes qu'elles soient. Et si mon avocat m'affirme que tel acte, que je croyais parfaitement légitime, est illégal et pourrait m'occasionner des frais coûteux, j'y renonce sans hésiter. De même j'accepte les affirmations du savant sur le nombre des étoiles, la distance de la terre au soleil, la rotation du globe terrestre, bien qu'elles puissent me paraître étranges.

Est-ce que dans ces ras variés j'abaisse ma raison? Nullement, car médecin, avocat, savant, parlent de choses qu’ils connaissent mieux que moi, sur lesquelles ils possèdent une compétence spéciale. Ils ont droit à mon adhésion, tout comme les autorités ecclésiastiques lorsque la vérité ou la morale sont en cause.

Or nous traversons des temps difficiles. L'erreur et le mal multiplient leurs audaces. La route où marche le catholique est semée d'embûches. Ses chefs ne peuvent rester indifférents à ces dangers. Leur devoir est de les signaler et d'indiquer les mesures de salut qui s'imposent.

C'est pourquoi nos évêques ont dû élever souvent la voix dans ces dernières années. Ils ont dénoncé les clubs neutres, la presse à nouvelles scandaleuses, les théâtres et les cinémas corrupteurs, les toilettes et les danses immodestes... Ils ont fortement recommandé le bon journal, le syndicalisme catholique, la sanctification intégrale du dimanche.

Un vrai fils de l'Église ne peut négliger ces directives. Il ne donnera véritablement le bon exemple que s'il les accepte pleinement, ouvertement, joyeusement.

LA PAROLE

Avec la prière et le bon exemple, le Pape recommanda aux pèlerins canadiens l'apostolat de la parole.

Cet apostolat – quelques-uns s'en étonneront peut-être à première vue – est presque aussi facile que les deux précédents. Il s'exerce en effet, lui aussi, de différentes manières. Tous, sans doute, ne pourraient mener à fond une discussion apologétique; mais une simple conversation, quelques mots discrets, un bon conseil, qui n'en est capable?

Or cela suffit souvent soit pour rectifier une erreur, soit pour soutenir une âme faible ou la ramener dans le droit chemin. Sur les lèvres d'un laïque, de telles paroles seront parfois plus efficaces que dans la bouche d'un prêtre. On écoute volontiers la voix d'un ami, d'un compagnon de travail, d'un homme placé dans la même situation, exposé aux mêmes tentations.

Cet apostolat, les voyageurs de commerce canadiens-français s'y adonnent actuellement avec un zèle admirable. Ils ont commencé – il est juste de le dire – par l'exemple. Un de nos prélats les plus distingués leur en a rendu naguère un magnifique témoignage public. " Depuis quelques années, messieurs les voyageurs de commerce, leur disait Mgr Pâquet, vous avez greffé sur vos devoirs professionnels qui vous portent vers tous les milieux, cet apostolat laïque dont les Papes, vous l'avez vu, disent tant de bien.

" Vous profitez de vos voyages et de vos rencontres pour répandre autour de vous le bon exemple, pour propager l'idée des œuvres religieuses les plus salutaires, notamment de ces retraites fermées dont vous connaissez par expérience l'effet vivifiant et régénérateur. Tout en prônant et en étalant la variété de vos marchandises, vous célébrez les titres et les richesses de votre foi. Tout en jetant vos filets sur la bourse de l'acheteur, vous visez à capter son âme."

" Vous faites une guerre à mort au blasphème dont l'injure grossière monte vers Dieu comme un défi. Foulant aux pieds le respect humain, vous combattez non moins énergiquement le vice de l'intempérance; et vous vous élevez avec vigueur contre le travail du dimanche qui s'est abattu comme un fléau, surtout par le fait d'influences étrangères, sur notre catholique province. "

Non contents en effet de prêcher par le rayonnement de leur vie, les voyageurs de commerce ont voulu mettre au service de Dieu cette parole fertile en ressources qu'exige leur profession et qui jusqu'ici n'avait servi que leurs intérêts matériels. Nombreux sont les traits édifiants que nous pourrions raconter. Le livre Nos Voyageurs en a recueilli plusieurs.

Voici, dans un train, un groupe d'hommes de chantier, quelque peu éméchés, qui sacrent et jurent à pleine gorge. Un voyageur de commerce s'approche d'eux et posément, sans éclat, mais d'un ton ferme, leur montre l'inconvenance de leur action; " Vous me paraissez de bons Canadiens. Pourquoi insultez-vous ainsi le bon Dieu? Quel profit y trouvez-vous? " L'un des interpellés, plus échauffé que les autres, va pour répondre, mais son voisin l'arrête: " Il a raison. C'est une mauvaise habitude. Il faut corriger çà. " Et chacun de se taire.

Intervention opportune, véritable apostolat de la parole, où ni grande facilité de langage. ni connaissances spéciales ne sont requises. Seuls du courage, de la crânerie. Qui n'est capable d'un tel acte? Il n'y a que le respect humain pour y mettre obstacle.

Autre fait. Dans un hôtel de village, une douzaine d'hommes causent. Ils parlent du curé de la paroisse. Ah! un bon prêtre, oui, mais pas administrateur pour deux sous. Ce qu'il en fait des dépenses inutiles! Ce qu'il lui en faut de l'argent pour ceci et cela! jamais les paroissiens ne pourront tenir à ce régime. Ça prendrait des millionnaires, etc., etc. La conversation, conduite par la mauvaise tête du village, ne plaît guère à quelques voyageurs de commerce qui viennent d'entrer. Mais peu au courant de la situation, comment pourraient-ils réfuter ces affirmations, si exagérées qu'elles leur paraissent? Une idée vient à l'un d'eux. Sans en avoir l'air, il passe du curé dont on parle et qui lui est inconnu, à son propre curé à lui, qu'il connaît bien et dont il vante le zèle, l'esprit de détachement, l'inépuisable charité. Un de ses compagnons renchérit avec autre prêtre, et voici que bientôt, dans le groupe, c'est à qui racontera les histoires les plus édifiantes de curés, bons, dévoués, généreux!

Ici encore, quel homme ne peut agir de même? Démontrer la fausseté d'une critique contre le clergé, les communautés religieuses, l'Église, n'est pas toujours facile; mais souvent on peut répondre de façon indirecte, à la manière de ces voyageurs habiles, par quelques exemples qui contredisent les faits racontés et leur enlèvent au moins leur portée générale.

Il est des cas, évidemment, plus difficiles. Nous ne pouvons le nier : la foi du Canadien français, si ferme jadis, s'est laissée entamer. Maintes causes : lectures imprudentes, contact avec des étrangers qui ne partagent pas nos croyances, et surtout peut-être, vie morale trop libre, ont ébranlé les convictions religieuses de plusieurs des nôtres. La classe dirigeante souffre particulièrement de ce mal. Et dans les salons, les clubs, les bureaux, on ne se gêne pas pour attaquer la religion, pour mettre en doute ou railler tel ou tel dogme.

Il ne peut plus être question ici de diversion. Un catholique instruit devrait être capable de défendre sa foi, au moins quant aux vérités fondamentales. Les objections courantes, d'ailleurs, celles qui circulent dans nos milieux, ne sont pas nombreuses. Elles tournent presque toutes dans le même cercle. Pour les réfuter, il suffit de connaître son credo. Souvent une simple mise au point suffira. Si elle ne modifie pas les opinions de l'esprit fort qui a déclenché l'attaque, elle les empêche au moins de faire des adeptes autour de lui, de devenir une semence de doute.

Malheureusement l'ignorance religieuse chez les laïques constitue une des plaies de notre époque. Elle n'est pas particulière au Canada. Un collaborateur des Études de Paris signalait naguère la disproportion entre la culture intellectuelle de plus en plus sérieuse, acquise par les jeunes catholiques au cours de leur stage d'étudiants, et la formation rudimentaire dont, en matière religieuse, ils se contentent habituellement: " Il y a alors en eux, concluait-il, un homme et un enfant, un homme pour la culture humaine, les sciences, le droit, la médecine, les affaires; un enfant pour la science divine. "

Et l'abbé Lionel Groulx, dans un discours prononcé à la réouverture des cours de l'Université de Montréal, en 1915, faisait une constatation identique: " A quoi tient la faiblesse trop visible que les meilleurs esprits sont quelquefois obligés de s'avouer à eux-mêmes? Il semble qu'ils souffrent d'un manque d'équilibre dans leur formation intellectuelle. Le fondement n'y est pas. Bien loin d'avoir eu sa part, qui est la première, la vérité religieuse a dû attendre son tour après toutes les autres connaissances humaines. Et pendant que l'on était soucieux de pousser un peu plus loin chaque jour sa culture professionnelle, le temps achevait d'effacer sur des esprits à surface de sable les notions religieuses de la première jeunesse. D'où, chez nous et un peu partout, ces intelligences quelques fois hautes et cultivées, mais qui n'ont comme certains astres, qu'une face lumineuse; d'où ces incohérences dans les idées, ces fluctuations de doctrine, ces imprécisions, ces incertitudes qui trahissent un déséquilibre profond. "

Situation, on ne saurait trop le répéter, anormale, et non seulement nuisible à tout apostolat intellectuel, mais encore dangereuse pour soi-même, pour la sécurité de sa foi. Aussi disons-le fermement. une connaissance plus approfondie de leur religion s'impose à la plupart de nos catholiques des classes dirigeantes. Que cette obligation, cependant, ne leur paraisse pas trop lourde. L'étude à laquelle ils sont conviés n'est ni longue ni difficile. Encore un coup, il S'agit des dogmes fondamentaux, de l'ensemble des vérités professées.

La lecture – lecture sérieuse, méthodique, suivie d'un bon cours de religion peut suffire. Or, de tels livres sont nombreux. Chacun en a étudié un durant ses années de collège. L'esprit, encore jeune alors, distrait, léger, ne s'est presque rien assimilé. Certaines questions le dépassaient; d'autres lui paraissaient de peu d'importance. Bref, il n'en a pas retiré le profit qu'il aurait dû. Qu'on reprenne ce manuel s'il n'a pas trop vieilli, surtout si une nouvelle édition l'a mis à date; qu'on le relise lentement, à petites doses, sinon tous les jours, ainsi que le conseillait jadis M. Louis Arnould aux étudiants de l'Université de Montréal, – ce qui n'est pas facile pour un homme pris par ses occupations quotidiennes, – du moins tous les dimanches. Ces pages, jugées autrefois obscures, ternes, fades, s'éclaireront de toute l'expérience, de tout le développement intellectuel, de tout le besoin de connaissances religieuses que la vie a mis en nous. Nous leur trouverons goût, saveur, clarté. Nous y prendrons intérêt et plaisir. Nous enrichirons nos intelligences de leur moelle substantielle.

A ce manuel on pourra joindre quelque volume d'apologétique: Les Objections de Mgr Gibier, La Foi de nos Pères du cardinal Gibbons, le Causons du P. Louis Lalande; un dictionnaire peut-être: le Dictionnaire apologétique de la Foi catholique du P. d'Alès, – une vraie mine et combien riche –; une revue enfin, comme les Études, de Paris, qui étudie tous les problèmes actuels à la lumière de la doctrine catholique.

Simples indications. Nous ne pouvons établir ici un catalogue. La littérature française est si riche en ouvrages doctrinaux. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les cerveaux, pour toutes les bourses. Une fois entré dans ce jardin, on sera étonné et ravi des fruits savoureux qu'on y peut cueillir. L'essentiel, toutefois, nous le répétons, c'est la lecture d'un exposé complet de la religion.

Il y a quelques années un cours d'apologétique fut donné aux catholiques de Montréal par le regretté P. Loiseau, s. j. Il obtint un succès remarquable. La maladie du conférencier l'empêcha de poursuivre sa louable initiative. Combien souhaitent qu'elle soit reprise! Elle répond à un véritable besoin. Plusieurs sont incapables d'étudier seuls de tels sujets. Il leur faut une explication orale, vivante, communicative. D'autres le pourraient qui cependant ne le feront pas. Insouciance, négligence, peur de l'effort intellectuel. Mais ils suivront le courant. Ils se laisseront porter par lui. Ils iront entendre un conférencier.

Les cercles d'études ont aussi leur utilité. On en a fondé récemment quelques-uns à Ottawa qui groupent une élite d'hommes et produisent d'excellents fruits. Ces réunions sont cependant plutôt destinées aux jeunes. A cet âge le travail en commun est plus facile et plus attrayant. C'est un des rouages essentiels de l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française. Qu'on y fasse une large part à l'étude de la religion.

Ne pourrait-elle trouver place encore dans les assemblées périodiques d'autres associations: Ligue du Sacré-Cœur, Tiers-Ordre, Cercles catholiques des Voyageurs de commerce, Société des Artisans, Chevaliers de Colomb, Syndicats ouvriers, Union des Cultivateurs, etc., etc. L'aumônier consacrerait quelques minutes de chaque séance à un bref exposé du dogme. C'est ce qu'a fait durant plusieurs années un curé de Montréal. Il commença avec les membres de son comité paroissial. Et ceux-ci furent si intéressés qu'ils obtinrent d'ouvrir toutes grandes leurs portes. Les paroissiens y vinrent nombreux.

Ajoutons, puisque nous parlons d'étude, que la connaissance de la doctrine sociale de l'Église s'impose aussi au catholique instruit. De plus en plus les problèmes sociaux se dressent dans notre pays. Il faut leur apporter des solutions justes. Elles ne s'improvisent pas. La plupart de ces problèmes touchent à la morale. Vouloir les résoudre sans elle, sans ses règles, c'est s'acheminer à des catastrophes.

Pourquoi tant de conflits, parfois sanglants, s'élèvent-ils ailleurs entre patrons et ouvriers ? Parce que les uns et les autres ne consultent, la plupart du temps, que leurs propres intérêts, ne voient dans l'entreprise qui les réunit qu'une source de bénéfices personnels, ne cherchent qu'à en retirer les plus gros profits, fût-ce au détriment de leurs associés.

L'Église prêche une autre doctrine. Le salaire, le contrat de travail, l'organisation professionnelle... autant de questions où la justice a son mot à dire, où le droit du plus fort ne saurait être la règle suprême, où des principes nettement établis doivent guider les deux parties en cause.

Ces principes, la théologie les enseigne. Les Papes les ont exposés dans des documents mémorables. Des conférences, publiées ensuite en volumes revêtus de l'approbation ecclésiastique, ont mis la pensée pontificale à la portée de tous, l'ont appliquée à tel ou tel pays déterminé.

Voilà la source où chacun doit aller puiser. L'encyclique Rerum novarum ne peut être ignorée d'un catholique, – Pie XI la recommandait encore dernièrement, et l'encyclique Graves de Communi du même Pontife, l'encyclique Singulari Quadam de Pie X, la lettre de la Sacrée Congrégation du Concile au cardinal Liénart, etc.

Les comptes rendus des Semaines sociales du Canada, dont le but est de diffuser l'enseignement de Rome, contribueront aussi grandement à éclairer les esprits sur les problèmes sociaux qui se posent chez nous et les solutions que leur apporte l'Église. S. Ém. le cardinal Gasparri, Secrétaire d'État de Sa Sainteté Pie XI, écrivait le 31 juillet 1927: " Le Saint-Père a pour très agréable la constance avec laquelle la Commission générale des Semaines sociales du Canada poursuit en votre pays le développement méthodique de cette très utile institution. C'est pratiquer en effet une forme excellente d'apostolat que d'approfondir ainsi et d'exposer sur des points capitaux – tel l'Autorité, sujet que traitera cette année, en votre septième session, un corps professionnel d'élite – la doctrine sociale de l'Église. Les catholiques de votre Canada fidèle discerneront ainsi plus nettement encore les principes qui sont au cœur de leurs nobles traditions; leurs convictions religieuses en seront plus inébranlablement enracinées; ils en deviendront, de toutes façons, d'autant plus aptes à servir le bien public. "

Et l'évêque de Chicoutimi, où se tint la dernière Semaine sociale, Sa Grandeur Mgr Lamarche, joignant sa voix à celles des autres évêques canadiens, disait: " Rester silencieux en face de tous ces problèmes nouveaux comme si le catholique n'avait rien à dire sur le sujet, serait prendre une attitude pitoyable, ressemblant à la lâcheté, à l'ignorance, à la trahison, à la capitulation. Quand on a l'honneur de représenter au milieu de tant de ténèbres la pure doctrine du royaume de Dieu sur la terre, ne faut-il pas apporter les remèdes positifs et négatifs aux maux de la société dont la foi catholique doit être la lumière, le sel vivifiant, le levain qui soulève toute la masse. Bénies soient les Semaines sociales qui nous représentent et combattent pour nous aux avant postes . "

Formé à cette école, un laïque peut exercer une saine influence par ses conseils discrets, son intervention ferme dans les discussions, l'exposé clair de la vraie doctrine lorsque des clients ou des amis le consultent.

Il lui sera même possible alors d'aborder le dernier stade de l'apostolat par la parole, la conférence publique. Tous évidemment ne sont pas appelés à remplir ce rôle; quelques-uns, par contre, y sont tenus : leurs talents, leur culture, la situation sociale qu'ils occupent, leur en font un devoir dans certaines circonstances.

Une parole de laïque, franche et fière, est si prenante, si efficace. Un beau livre vient de le rappeler. C'est la vie du grand avocat français, Charles jacquier, décédé à Lyon, en 1928. Orateur puissant, Jacquier alimentait sa parole à deux sources: l'Église et la patrie. Pour l'une et l'autre son verbe éloquent a retenti par toute la France. Que ce fut au barreau, ou dans des séances académiques, ou devant des foules nombreuses, sa foi profonde savait trouver des accents qui émouvaient et convainquaient. Que de causes saintes il a plaidées et gagnées! Il est tombé à quatre-vingt-trois ans, alors qu'il préparait une conférence sur les missions africaines.

Plusieurs hommes et jeunes gens de chez nous sont heureusement entrés dans cette voie. Aux congrès eucharistiques, aux Semaines sociales, aux réunions de retraitants, des voix de catholiques convaincus et agissants se font entendre aujourd'hui fréquemment. Elles prêchent, sans respect humain, l'esprit de foi, l'amour du bon Dieu, l'attachement à l'Église, la pratique des exercices spirituels, l'apostolat sous toutes ses formes. Combien de tels discours agissent profondément sur les âmes! Cette action bienfaisante, il nous a été donné de la constater maintes fois. Nous en avons encore recueilli récemment de précieux témoignages.

Après la Semaine sociale de Chicoutimi, en août 1929, où quelques laïques, deux juges surtout, avalent tenu un langage vraiment élevé; et au soir de la Journée catholique de Shawinigan, en mai dernier, alors que notaire et avocats traitèrent de sujets religieux avec un profond esprit de foi, plusieurs nous ont répété: " Ce qui nous a surtout frappés c'est le langage si catholique de ces hommes distingués. Vous ne sauriez croire comme cela fait du bien de les entendre! "

Grâces en soient rendues au ciel! Trop longtemps l'action politique a été le seul domaine ouvert aux activités oratoires des nôtres, en particulier de la jeunesse. Une élite existe maintenant, dont la parole imprégnée de foi et de piété sait rappeler les droits de Dieu et entraîner vers le bien. Puisse-t-elle ne pas déserter cette arène et y livrer toujours le bon combat sous la direction de ses chefs spirituels!

L'ACTION CATHOLIQUE

Abordons enfin un dernier moyen, celui dont on parle le plus de nos jours, parce que Rome le recommande entre tous : l'action catholique. Dès les débuts de son pontificat, dans sa première encyclique Ubi Arcano, Pie XI loue cet apostolat et y convie les laïques.

Citons ses paroles: " C'est à ce courant de piété que nous attribuons l'accroissement fort notable de l'esprit apostolique, nous voulons dire ce zèle très ardent qui, d'abord par la prière assidue et une vie exemplaire, puis par la voix féconde de la parole et de la presse et les autres moyens, y compris les œuvres de charité, tend à faire rendre au Cœur de Jésus, par les individus, par la famille et par la société, l'amour, le culte et les hommages dus à sa divine royauté. C'est le même but que poursuit ce bon combat " pour l'autel et le foyer ", cette lutte qu'il faut engager sur de multiples fronts en faveur des droits que la société religieuse qu'est l'Église et la société domestique qu'est la famille, tiennent de Dieu et de la nature pour l'éducation des enfants. À cet apostolat se rattache enfin tout cet ensemble d'organisations, de programmes et d’œuvres qui, par l'appellation sous laquelle on les réunit, constitue l'action catholique, qui nous est très particulièrement chère.

" Toutes ces œuvres et les autres institutions de même nature qu'il serait trop long d'énumérer, il importe de les maintenir avec énergie; bien plus, on doit les développer avec une ardeur chaque jour croissante en les enrichissant de perfectionnements nouveaux que réclament les circonstances de choses et de personnes. Cette tache peut paraître ardue et difficile aux pasteurs et aux fidèles; elle n'en est pas moins évidemment nécessaire, et il faut la ranger parmi les devoirs primordiaux du ministère pastoral et de la vie chrétienne. "

Cette tache qu'il juge si importante, le Souverain Pontife y est revenu souvent dans la suite. Et chaque fois il s'est efforcé, ainsi qu'il l'avoue lui-même, d'en définir " avec toujours plus de soin la nature et les buts ". Son dessein apparaît évident de la séparer, de la distinguer nettement de toute autre forme d'apostolat.

Qu'est-ce donc au juste que l'action catholique, telle que l'entend et la désire le Chef actuel de l'Église? Personne mieux que lui ne peut nous le dire. Entendons le nous répondre: " C'est la participation des laïques à l'apostolat hiérarchique ". Et il continue: " L'action catholique, en effet, ne consiste pas seulement à poursuivre pour chacun sa propre perfection chrétienne, bien que ce soit là le premier et le principal but; elle est encore un véritable apostolat auquel participent les catholiques de toutes les classes sociales, en venant s'unir par la pensée et par l'action aux centres de saine doctrine et de multiple activité sociale, centres légitimement constitués et recevant par conséquent l'assistance et l'appui de l'autorité des évêques. "

Cette définition, Pie XI va la reprendre et la préciser encore. Dans une lettre adressée à la présidente de l'Union internationale des Associations féminines catholiques, à ces mots: " Participation des laïques catholiques à l'apostolat hiérarchique ", le Pape ajoute: " Pour la défense des principes religieux et moraux, pour le développement d'une saine et bienfaisante action sociale, sous la conduite de la hiérarchie ecclésiastique, en dehors et au-dessus de tous les partis politiques afin d'instaurer la vie catholique dans la famille et dans la société. "

Ces textes sont décisifs. Ils nous donnent de l'action catholique – chose en soi assez complexe – une idée aussi exacte que possible. Essayons d'en fixer les grandes lignes.

But. - Le but de l'action catholique est clair. En deux mots : aider le clergé à instaurer la vie catholique dans la famille et la société. Aussi pour parler avec les philosophes, faut-il lui assigner une double finalité. La finalité suprême, c'est " l'instauration de la vie catholique, le développement toujours croissant du règne de Dieu sur la terre par l'Église de Jésus-Christ ". Le Pape le dit clairement: " Elle a pour but de propager le règne du Christ. " La finalité Prochaine, c'est de fournir des suppléances à l'insuffisance du clergé.

Cette nécessité d'aider le clergé s'est toujours fait sentir dans l'Église. Et le laïcat y a constamment répondu. Une belle page de Mgr Desranleau nous le rappelle: " L'action catholique ou l'apostolat des laïques n'est pas nouveau, il est vieux au moins comme l'Église. Si bien que Pie X a pu écrire: " Il est toujours venu en aide à l'Église et l'Église l'a toujours accueilli favorablement. " Jésus-Christ l'a inauguré, quand il se faisait aider par les soixante-dix disciples et les saintes Femmes de l'Évangile. Saint Paul, qui sentait et pensait en tout comme le Christ, a appelé à son secours, pour accomplir son grand œuvre de régénération, les bons fidèles de son temps : Aquila et Prisque, les fabricants de toile; Carpos, chez qui il se retirait; Phébée, sa porteuse de lettres; Amplias, Stachys et Tryphose, tous laïques dont l'Apôtre fait l'éloge en disant : qui mecum laboraverunt in Evangelio, toutes gens qui ont travaillé avec moi pour répandre l'Évangile. Cette action catholique, cet apostolat des laïques se retrouve tout le long de l'histoire de l'Église: c'est saint Chrysante et sainte Darie, dont on fait la fête, le 25 octobre, qui, au troisième siècle, à Rome, convertirent à la foi chrétienne un nombre incalculable d'hommes et de femmes: c'étaient deux laïques, de fortune modeste, qui, avant de verser leur sang pour le Christ, accomplirent au jour le jour un efficace travail d'apôtres. Mlle Mance, Mme de la Peltrie, la duchesse d'Aiguillon, les bienheureux Goupil et de la Lande, sont les précurseurs de l'action catholique dans notre pays. L'admirable et trop peu connu docteur Painchaud, de Québec, qui après avoir introduit au Canada les Conférences de Saint-Vincent de Paul, consacre sa vie aux missions de Mgr Demers, sur l'île Vancouver, et meurt, par un insondable dessein de Dieu, sans atteindre son poste, absolument isolé, près de Tonila, au Mexique, en 1855; et, plus près de nous, le pieux M. Derome, de Montréal, l'instaurateur de l'Adoration nocturne au pays; voilà dans notre province de Québec, des modèles parfaits d'apôtres laïques. "

Le Pape d'ailleurs vient de signaler lui-même, dans une audience aux membres de la Fédération nationale catholique de France, cet aspect de l'action catholique: " Elle est la rénovation, la continuation, de ce qui s'est vérifié aux jours de la première propagation de la vérité catholique. Il suffit, pour en avoir la preuve, de relire non seulement les premiers écrivains ecclésiastiques, mais aussi les lettres mêmes des apôtres, pour y trouver mention de ceux qui furent les premiers collaborateurs des apôtres eux-mêmes. Vous connaissez d'autres noms très illustres, comme Sébastien, Agnès, Tiburce, Cécile, Tarcisius, Nérée, Achillée, et d'autres encore, sans nombre, qui n'étaient que des magistrats, des soldats, des hommes, des femmes, des enfants parfois, et qui ont aidé les apôtres, les évêques des premiers siècles, multipliant leur activité, leur donnant le moyen d'arriver partout, de faire pénétrer leur œuvre d'évangélisation dans tous les milieux, dans les masses comme dans les palais des Césars. Voilà l’œuvre dont se souvient l'Apotre (sic) lui-même dans sa lettre, quand il demande de saluer de sa part, un tel ou une telle, parce qu'ils ont travaillé avec lui pour l'Évangile. "

Mais cette collaboration s'impose davantage à notre époque. " De nos jours surtout, – c'est encore Pie XI qui parle, – alors que l'intégrité de la foi et des mœurs est chaque jour plus gravement menacée et que les prêtres, en raison de leur petit nombre, sont absolument impuissants à satisfaire aux besoins des âmes, c'est le moment de faire appel à l'action catholique qui aidera à combler les vides dans les rangs du clergé en multipliant ses collaborateurs parmi les laïques. "

Objet. - "Ne différant pas de la divine mission confiée à l'Église et à son apostolat hiérarchique, cette action catholique n'est pas d'ordre temporel mais spirituel, ni d'ordre terrestre mais divin, ni d'ordre politique mais religieux. "

Ces lignes, extraites de la lettre Quae Nobis, écartent du domaine de l'action catholique certaines initiatives purement matérielles et la distinguent de l'action sociale considérée surtout comme action économique . Elles ne la limitent pas toutefois aux oeuvres strictement religieuses. Participation à l'apostolat hiérarchique, l'action catholique aura comme lui un double objet: le premier, direct, c'est le domaine religieux; le second, indirect, c'est tout ce qui a quelque rapport avec la religion.

Si l'Église, en effet, n'a pas à intervenir dans les choses purement sociales, politiques, économiques, qui sont temporelles, elle a le droit de s'en occuper lorsque des intérêts spirituels s'y trouvent liés. Et en fait c'est ce qui se produit presque toujours.

Aussi Pie X a-t-il pu écrire: " Immense est le champ de l'action catholique; par elle-même, elle n'exclut absolument rien de ce qui d'une manière quelconque, directement ou indirectement, appartient à la divine mission de l'Église " (Encyl. Il fermo Proposito). Et Pie XI: " L'action catholique devra être une action qui embrasse tout l'homme dans la vie privée comme dans la vie publique. "

Se confond-elle cependant avec l'action religieuse proprement dite? Non, répond l'abbé Guerry: " Par là, (défense des principes) – bien que l'action catholique doive avoir pour un de ses premiers buts le perfectionnement individuel de ses membres et ne puisse être séparée de l'action religieuse, – apparaît tout de suite une distinction entre l'action catholique et l'action religieuse proprement dite. Celle-ci a pour fin immédiate la gloire de Dieu et la sanctification des âmes, l'entretien et le développement de la vie chrétienne et surnaturelle par l'enseignement de la doctrine et les sacrements. Elle s'exerce, sous la conduite totale du clergé, par des œuvres de piété, d'apostolat, de charité.

" L'action catholique se distingue de toutes ces œuvres. Elle a une fin plus vaste. Elle cherche à pénétrer au sein d'une société, soustraite à l'influence du Christ par le laïcisme, pour y répandre les principes chrétiens. Elle se dresse en face de toutes les forces de déchristianisation. Elle s'exerce sur le terrain public. Si l'action religieuse est une manifestation de la vie intérieure de l'Église, l'action catholique est une fonction de sa vie externe et sociale. "

Organisation de la bonne presse, défense des droits des parents en matière d'éducation, moralisation des théâtres et des cinémas, lutte pour le respect du dimanche, efforts pour enrayer la diffusion des revues et des livres pervers, propagande anticommuniste: autant d'œuvres qui tombent dans le domaine de l'action catholique. Nous n'avons pas à craindre qu'elle ait à chômer chez nous !

Le danger n'est-il pas ailleurs? Devant la multiplicité des tâches ne serait-elle pas exposée à se disperser, à trop entreprendre, voire à négliger le principal pour l'accessoire. Car là, comme en d'autres domaines, il y a un choix à faire, une hiérarchie à respecter. Tout n'a pas la même importance dans les luttes à livrer ici-bas pour la sauvegarde de la vie chrétienne, pour " la défense des principes religieux et moraux ".

Et comment, aussi, délimiter exactement le champ de ses activités? Telle œuvre, un peu imprécise, tombe-t-elle sous sa juridiction? Relève-t-elle de sa compétence?

Direction. – Rappelons, pour répondre à cette difficulté, que Pie XI place l'action catholique " sous la conduite de la hiérarchie ecclésiastique ". Les laïques, nous le verrons mieux dans un instant, ne s'y livrent pas isolément, séparément, mais par groupes. Ils y agissent, peut-on dire, en service commandé. Le chef est l'évêque. De lui doivent venir les directions, les mots d'ordre, l'orientation générale. A lui, par conséquent, ou à ses représentants, de diriger les activités de l'action catholique vers les œuvres les plus pressantes, les plus vitales – ce qui varie évidemment suivant les milieux, parfois même dans des milieux semblables suivant les circonstances et de déterminer à l'occasion si telle initiative est de son ressort.

Le Pape a souvent insisté sur ce point. Encore récemment dans une lettre au président général de l'Action catholique italienne (30 mars 1930), le Secrétaire d'État, Son Éminence le cardinal Pacelli, disait en son nom: " Il ne faut pas oublier que l'action catholique étant, par sa nature, coordonnée et subordonnée à la hiérarchie, reçoit de celle-ci mandat et directives. "

Organisation. – Nous touchons ici, semble-t-il, à la principale caractéristique de l'action catholique, telle que la conçoit Pie XI, à ce qui la distingue de l'idée qu'on s'en faisait autrefois. On pouvait, en effet, considérer jadis tout effort isolé, accompli en vue d'étendre le règne de Dieu, comme relevant de l'action catholique. Pour mériter maintenant ce nom, ces efforts doivent être collectifs. Il faut qu'ils s'intègrent dans une organisation diocésaine, qu'ils se rattachent à des " centres de saine doctrine et de multiple activité sociale (sic), centres légitimement constitués et recevant par conséquent l'assistance et l'appui de l'autorité des évêques ". Telle est la direction très nette du Pape.

En quoi consisteront ces centres? Pie XI ne le dit pas expressément. Dans sa lettre au cardinal Segura, il écrit simplement: " Comme l'action catholique a sa nature propre et ses propres buts, elle doit avoir une propre organisation unique, disciplinée, et qui coordonne toutes les forces catholiques. "

Mais nous avons sur ce sujet, une déclaration quasi officielle. C'est l’important discours prononcé par l'assistant-directeur général de l'Action catholique italienne, Sa Grandeur Mgr Pizzardo, collaborateur immédiat du Souverain Pontife. Voici ce qu'il disait au Congrès international de l'Union des Ligues catholiques féminines tenu à Rome, le 22 mai dernier.

" L'action catholique se distingue des associations qui ont purement un but de formation intérieure spirituelle, comme les confréries, les organisations qui tendent soit à une plus intense culture ascétique, soit aux pratiques de piété et de religion et particulièrement à l'apostolat de la prière: organisations auxquelles il manque en partie l'élément spécifique: l'apostolat organisé et hiérarchique. "

Ces associations, remarque Sa Grandeur, sont considérées par le Pape, non comme des centres, mais des " auxiliaires de l'action catholique ". Et il continue: " D'autre part l'action catholique, au sens propre, se distingue des associations qui poursuivent directement des fins sociales, économiques, professionnelles, agricoles, ouvrières, conformément aux besoins de leurs membres et de la classe à laquelle ils appartiennent. "

Donc non seulement les confréries pieuses, mais aussi les associations dont le but est purement professionnel, économique ou social ne sauraient constituer les centres d'action catholique tels que les entend le Pape. Aux premières cependant il a assigné le rôle d'auxiliaires; que fera-t-il des secondes? Déjà dans sa lettre au cardinal-archevêque de Tolède, Pie XI avait écrit: " L'autorité ecclésiastique ne peut se désintéresser de ces organisations, mais doit leur faire sentir son influence bienfaisante, et agir en sorte qu'elles s'inspirent des principes chrétiens et des enseignements de l'Église. Ainsi, l'action catholique, en bénéficiant elle-même des avantages de ces associations, les aide à son tour et les favorise de son mieux. " Et Mgr Pizzardo, citant ces paroles, ajoute: " Mais ce n'est là qu'un premier pas, c'est-à-dire obtenir que les associations économiques ou autres se conforment à la loi morale. Ne pourrait-on pas aller plus loin? Ne pourrait-on pas pénétrer jusqu'à l'intérieur de ces associations? "

Et il propose ce moyen: mettre à leur tête, leur donner comme chefs, des membres de l'action catholique. " Alors, sans délaisser leurs fins particulières, ces organisations ne se borneront pas à observer la loi morale, mais tout en conservant leurs responsabilités et leur autonomie, quant à la partie matérielle proprement dite, elles pourront coopérer au but même de l'action catholique, c'est-à-dire le bien des âmes et l'extension du règne de Jésus-Christ. " Le rôle de ces divers groupements ainsi déterminé, restent ceux qui répondent pleinement à la pensée de Pie XI, c'est-à-dire qui ont pour but direct d'aider la hiérarchie à étendre le règne de Notre-Seigneur. Tels, sont, au Canada, l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française, l'Action sociale catholique, les Associations d'Éducation, les Ligues du Sacré-Cœur, les Ligues de Retraitants, l'Association catholique des Voyageurs de commerce, les Comités paroissiaux, etc.

Ces organisations devraient être groupées sous une direction unique. " Naturellement, dit encore Mgr Pizzardo, il peut y avoir des diversités dans la réalisation de cette unité selon les circonstances de lieu et de temps et aussi en fonction des éléments déjà existants. " Et il cite comme type idéal celui de quatre organisations fondamentales: jeunes gens, jeunes filles, hommes catholiques, femmes catholiques.

Le président de la Fédération Nationale Catholique de France, le général de Castelnau, insistait sur cette unité à son retour de Rome, l'hiver dernier: " Il n'y a pas d'action catholique, écrivait-il, sans une organisation coordinatrice de toutes les forces catholiques, sans un chef diocésain désigné par l'évêque, sans un chef paroissial choisi par le curé, l'ensemble des activités diocésaines étant coordonné, unifié par un centre national... Nous rappellerons à tous ce qui nous a été dit par le Saint-Père lui-même, pour la France: " C'est l'union qui fait la force et c'est la discipline qui fait l'union... Surtout, avant tout, à tout prix, soyez unis, parce que c'est la condition de la force et du succès. Ce n'est pas la parole d'un homme seulement que vous entendez, fût-il le Pape, mais celle de Dieu. C'est l'une des divines paroles du Cœur de Jésus, dans la sublime émotion et élévation des dernières paroles. Il dit : Soyez unis. "

On peut considérer comme modèle d'organisation l'Action catholique italienne qui fonctionne d'après les directions et sous les yeux mêmes du Saint-Père. À la base, des conseils paroissiaux, constitués par les représentants des associations catholiques établies dans la paroisse. Au centre, des comités diocésains qu'alimentent et dont relèvent ces conseils. Puis, à la tête, le comité central, moteur suprême.

Il ne sera pas inutile de reproduire ici un extrait des statuts de l'A.C.I., le titre premier. Nous prendrons ainsi une meilleure idée de sa nature.

Art. 1er – L'union des forces catholiques organisée pour l'affirmation, la diffusion, l'application et la défense des principes catholiques dans la vie individuelle, familiale et sociale, constitue l'Action catholique italienne. Elle est consacrée au Sacré Cœur de Jésus et a choisi comme patron spécial saint François d'Assise.

Art. 2. – L'Action catholique italienne comprend toutes les organisations qui poursuivent cette fin en Italie, suivant les enseignements de l'Église, les directives du Saint-Siège, et sous la dépendance de l'autorité ecclésiastique compétente.

Art. 3. – L'Action catholique italienne entend arriver à la réalisation de ses fins en recueillant, préparant et formant les catholiques italiens au moyen de leurs organisations propres, pour les employer dans l'exercice de son activité, conformément à des prescriptions et à des directives communes et en coordonnant toutes les œuvres et institutions qui exercent des fonctions lui appartenant d'après ses propres fins.

Art. 4. – Sont organes de l'Action catholique:

a) Le Comité central de l'Action catholique, de qui dépendent directement les comités diocésains et, par l'intermédiaire de ceux-ci, les Conseils paroissiaux;

b) Les organisations nationales avec leurs centres diocésains et paroissiaux respectifs.

Art. 5. – Le Comité central est l'organe directif et coordonnateur de toute l'Action : il en examine les problèmes généraux, en étudie la solution et donne des instructions aux organisations afin qu'elles veillent à leur exécution; il contrôle le fonctionnement de toutes les institutions qui travaillent dans le rayon de l'Action catholique; s'occupe de coordonner leur activité en vue de la meilleure obtention des fins communes; il propage l'Action catholique là où il faut et comme il faut; il représente la collectivité des catholiques italiens organisés. L'autorité du Comité central est représentée dans les diocèses et dans les paroisses par les comités diocésains et les conseils paroissiaux, de la manière et dans les limites déterminées ci-après:

Art. 6. – Les catholiques italiens participent à l'Action catholique italienne en s'enrôlant suivant leurs caractéristiques individuelles et sociales respectives dans une des organisations nationales suivantes:

  1. Dans la Fédération italienne des hommes catholiques;

  2. Dans l'Association de la Jeunesse catholique italienne;

  3. Dans la Fédération universitaire catholique italienne;

  4. Dans l'Union féminine catholique italienne, subdivisée en trois sections:

Ces organisations fonctionnent suivant leurs statuts et règlements respectifs, en pleine autonomie et sous la direction et responsabilité de leurs organes statutaires en ce qui concerne la poursuite de leurs fins spécifiques et principalement la formation, l'entraînement et l'application des associés à l'exercice des devoirs de l'Action catholique.

Leur concours dans la poursuite des buts généraux de l'Action elle-même et leur collaboration s'effectuent sous la direction supérieure du Comité central de l'Action catholique italienne.

Ces derniers points sont importants. Grâce à eux tombe une objection qui a pu naître dans l'esprit de quelques lecteurs. Ils indiquent en effet que, malgré cette coordination des groupements, chacun poursuit, librement et sous sa propre responsabilité, la fin pour laquelle il a été fondé. Cette fédération n'entrave donc en rien leurs activités spécifiques.

Le terrain pour une telle organisation est-il préparé chez nous? Il semble bien que nos paroisses si fortes, si disciplinées, si riches en dévouements, offrent les cadres nécessaires. Faire partie d'une œuvre paroissiale catholique, serait donc la première initiative qui s'impose au laïque désireux de suivre les directions de Rome sur ce point.

Le jour où ces œuvres seront groupées en conseils ou comités, comme cela existe déjà dans quelques paroisses, – celles d'Hochelaga, par exemple, et de l'Immaculée-Conception, à Montréal, – nous aurons les bases mêmes de l'action catholique. Il sera facile alors à l'ordinaire de fédérer ces conseils en comités diocésains. Puis un comité central, dirigé par un ecclésiastique nommé par l'épiscopat et relevant directement de lui, assumera la haute direction de tout le mouvement.

Puisse une telle organisation s'établir bientôt! C'est le souhait qu'exprimait Son Éminence le cardinal Rouleau, le 19 mars dernier, à la célébration de la fête de saint Joseph. Après avoir rappelé la sagesse des consignes pontificales, il ajoutait: " Lorsqu'elles demandent aux fils de l'Église d'organiser partout l'action catholique, elles enseignent le remède aux maux qui désolent l'univers à l'heure présente. Que les fidèles se groupent sous la direction des évêques en associations catholiques pour faire régner le Christ dans les âmes sans doute, mais spécialement dans la société tout entière. "

Et que de fois, en ces dernières années, à propos de luttes à entreprendre, par exemple contre la violation du dimanche, l'immoralité des spectacles, les scandales de la presse, Sa Grandeur Mgr Gauthier a fait appel aux forces catholiques. Et c'est habituellement dans les paroisses, au cours de sa visite pastorale ou à l'occasion d'une cérémonie solennelle qu'il a lancé ces mots d'ordre, comme s'il voulait bien faire comprendre que c'est avant tout sur les groupements paroissiaux, unis à leur curé et par leur curé à leur évêque, qu'il comptait pour ce grand mouvement d'action catholique.

CONCLUSION

Vaste, on le voit, est le champ qui s'ouvre à l'apostolat laïque.

Effort individuel par la prière, l'exemple, la parole. Effort collectif surtout, puisque c'est celui-là que l'Église juge le plus nécessaire à l'heure actuelle et que, en outre, des hommes unis l'emportent toujours en puissance sur des hommes dispersés, leur fussent-ils inférieurs en nombre.

Les catholiques canadiens ne reculeront pas devant cette tâche. Ils y sont sollicités par toutes leurs ascendances, par cet atavisme bienfaisant dont leur âme est chargée. N'est-ce pas l'esprit d'apostolat qui conduisit sur ce sol nos premiers ancêtres ? " Ces bretons, ces normands, ces angevins, ces charentais qui cinglèrent vers nos solitudes primitives portaient dans leurs veines un sang de conquérants ". Et notre race n'est-elle pas née de leur zèle? Combien significatives sont ces paroles de Champlain: " La prise des forteresses, ni le gain des batailles, ni la conquête du pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes, et la conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume. "

C'est aussi le seul moyen de rester nous-mêmes au milieu de tant d'influences étrangères, de garder nos traditions, de jouer le rôle qui nous est dévolu sur ce continent.

Mais cet apostolat, si nous le voulons efficace, doit être généreux, discipliné, surnaturel. Alimentons-le de vie intérieure.

Trempons-le dans les exercices féconds de la retraite fermée.

Mettons-le sous la protection de nos saints Martyrs. Deux d'entre eux étaient des laques qui se donnèrent à la Compagnie de Jésus afin d'aider les missionnaires dans leur ministère. Quel bel exemple d'action catholique nous fournit leur vie? Ils nous apprennent à apporter au clergé le secours dont il a besoin pour faire régner Notre-Seigneur. Ils nous enseignent les vertus dont cet apostolat doit être orné.

Saint René Goupil, saint Jean de la Lande, nos modèles et nos protecteurs, obtenez à vos frères par le sang de marcher sur vos traces, d'être sur cette terre bénie du Canada les apôtres inconfusibles de Jésus-Christ!

Source : R. P. ARCHAMBAULT, L’Apostolat laïque, Publication mensuelle de l’École sociale populaire, 1930, no202-203, 53 p.

Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais, Université de Sherbrooke