Il. - But de la Ligue

 

Tous se rappellent que la mode avait horriblement mutilé les habits féminins en 1926-27; des femmes et des filles semblaient avoir oublié qu'elles étaient chrétiennes et la vague qui emportait la pudeur était si violente que l'autorité religieuse ne parvenait pas toujours à la maîtriser.

La Ligue Catholique féminine fut fondée pour protester et réagir par l'exemple et la rééducation du sens moral. Son but est nettement indiqué dans le premier numéro du Bulletin et par S. Ém. le cardinal Rouleau et par la fondatrice. " Le travail et l'exemple, disait le Cardinal, secondant toujours les efforts du clergé, contribueront efficacement à bannir partout le scandale des modes inconvenantes et à faire régner dans les paroisses de la ville, comme de la campagne, la beauté de la vraie modestie chrétienne. " Mlle Talbot: " Touchées par les maux qui envahissent la société moderne, notamment par le laisser-aller et le paganisme des modes actuelles, nous avons voulu réagir, nous avons voulu lutter contre toutes ces folies et surtout contre l'immoralité des vêtements féminins. Pour répondre à la demande de Sa Sainteté Pie XI, nous avons voulu grouper des apôtres de la modestie chrétienne, nous avons pensé que c'était notre devoir de défendre, contre l'immoralité régnante, nos foyers, notre foi, l'âme des petits enfants. " Dans sa lettre du 27 mars 1929, en transmettant la bénédiction du Saint-Père, le cardinal Rouleau ajoutait: " Cette bénédiction du Père commun fécondera, sans nul doute, le travail des vaillantes femmes chrétiennes qui ont entrepris de combattre chez nous l'immodestie des toilettes, pour faire régner dans tous les rangs de la société, la pudeur, la dignité et le bon goût, qui seuls conviennent à des baptisés, à des disciples de Notre-Seigneur. " Dans toutes les approbations épiscopales la Ligue est saluée comme une œuvre de " régénération chrétienne ", comme " une campagne contre l'immodestie ", comme une protestation " devant la cohue criarde des effrontées ", " œuvre salvatrice " répondant pleinement aux désirs, plus que cela, aux ordres les plus formels des Souverains Pontifes.

Ce but était traduit en acte par la signature d'un bulletin d'adhésion, dont voici la teneur:

" Je, soussignée, m'engage sur mon honneur de catholique:

" 1e A prier pour que les mœurs catholiques soient tenues en honneur dans la vie individuelle, familiale et sociale;

" 2e A donner l'exemple d'une généreuse et filiale obéissance aux directives de l'Église en tout ce qui concerne les mœurs et la morale;

" 3e A contribuer, selon mes moyens, au succès des mouvements entrepris par la Ligue, pour le maintien ou le rétablissement des mœurs chrétiennes, dans la vie individuelle, familiale et sociale.

" Pour contribuer au maintien des mœurs catholiques, une ligueuse doit: 1e Observer les règles de la modestie chrétienne dans le vêtement, telles que précisées par les autorités religieuses. Or les autorités religieuses demandent : vêtements de tissus opaques couvrant décemment la poitrine, les épaules, les bras jusqu'aux coudes, et descendant à mi-jambe au moins. "

Et le bulletin dit encore:

" 2e Lutter contre le mauvais théâtre, le mauvais cinéma et autres causes d'immoralité, par ses paroles et par ses exemples. A mesure qu'une nouvelle croisade s'imposera, un nouvel item s'ajoutera. "

Donc, la Ligue Catholique féminine est " une œuvre fondée pour le respect de la modestie chrétienne ", une association de femmes et de jeunes filles chrétiennes décidées à faire triompher la pudeur, la décence, voire le bon goût.

Le but de la Ligue ne se limite cependant pas à la décence du vêtement féminin. Il est beaucoup plus vaste et cela dans la pensée des fondatrices au moment même de la fondation. Elles voulaient établir une œuvre pour la sauvegarde des mœurs chrétiennes, œuvre qui aurait pour champ d'action toutes les autres œuvres paroissiales ou sociales existantes.

Voilà comment, dès 1930, avec la franche approbation de S. Ém. le cardinal Rouleau, et sans abandonner son premier objectif, la Ligue lance une nouvelle campagne de pénétration féminine et d'éducation sociale. Il s'agit de demander aux mamans et aux jeunes filles de ne point assister aux pièces de cinéma immorales. D'autre part, la Ligue met tout en œuvre pour obtenir du bon cinéma et supprimer les affiches et magazines de mauvais cinéma. On sait la lutte qu’elle fit, de concert avec la Ligue du Bon Cinéma de Québec, pour le maintien de la loi défendant l'entrée des théâtres aux enfants. On se rappelle cette délégation qu’elle conduisit auprès de l'honorable procureur général et cette demande queue lui adressa d'user de son autorité, plus encore d'intervenir auprès de l'honorable Ryckman en vue d'obtenir la suppression de certains magazines américains ou canadiens, en vente au pays.

La Ligue livre également une guerre acharnée aux annonces et panneaux-réclames qui blessent la pudeur chrétienne, soit le long des routes, soit encore dans les journaux ou les magasins.

C'est ainsi que dans la seule ville de Québec, Mme joseph Lallier, présidente diocésaine, avec l'aide de son Comité, a fait disparaître, dans l'espace de six mois, au moins trente cinq annonces différentes répandues en grand nombre. Mme Léandre Lippens, présidente du Comité diocésain de Montréal, accomplit un travail analogue dans la métropole.

L'assainissement des plages de la province de Québec est aussi au programme de la Ligue, depuis au moins deux ans. C'est ainsi qu'en juin une lettre circulaire était adressée aux curés et aux maires de cent quatre-vingt-trois paroisses de la province de Québec leur proposant l'adoption d'un règlement pour l'assainissement de la plage de leur municipalité.

Mais, il faut le dire immédiatement, 1'œuvre de la Ligue est plutôt une œuvre constructive qu'une œuvre destructive.

Si l'on songe que, dans l'espace de six ans, la Ligue a certainement recruté soixante-dix mille membres, groupés en cent soixante-quinze groupements paroissiaux relevant de quatorze diocèses dont sept ont déjà leur comité diocésain qui sont : Chicoutimi, Montréal, Ottawa, Québec, Gravelbourg (Sask.), les Trois-Rivières et Rimouski; si l'on songe queue groupe l'élément féminin à partir des enfants de la communion solennelle jusqu'aux respectables grand-mères de quatre-vingt-dix-neuf ans inclusivement; si l'on songe que, d'autre part, par son Bulletin trimestriel, par les revues et journaux canadiens-français du pays, par ses comités diocésains et paroissiaux, par ses congrès, par ses réunions publiques annuelles, par des, démarches de toutes sortes, elle entraîne les femmes à l'apostolat, elle les instruit de leur rôle comme apôtres du bon sens, du bien et de la vérité dans le monde; si l'on songe à tout cela, nous sommes forcé de conclure que le programme de la Ligue est bien celui de l'Action catholique, qu'il déborde la modestie chrétienne et la mode inconvenante.

L'examen des paroles citées plus haut dans la déclaration de la fondatrice conduit, d'ailleurs, à la même conclusion.

Bref! toutes ces considérations révèlent clairement le but de la Ligue Catholique féminine : " Grouper les femmes et les jeunes filles en vue d'une action catholique dans la société. Cette action consistera d'abord dans l'exemple de mœurs irréprochables; mais elle aura aussi pour but de propager et de défendre, dans la société, la morale catholique intégrale sous la direction de l'autorité ecclésiastique. " La Ligue Catholique féminine est donc à la fois une phalange d'apôtres et une armée de guerrières. Comme apôtres, les ligueuses sèmeront par la parole, par l'exemple et par la plume, les principes franchement catholiques; comme soldats, elles arrêteront et refouleront toute idée, tout acte blessant les mœurs et la conscience catholique. Elles agiront individuellement et en bloc. Comme individus, elles travailleront d'âme à âme; comme bloc, elles se lèveront, à la demande de l'autorité, pour faire respecter, partout à la fois, un principe catholique ou écarter un objet de scandale.

Le programme de la Ligue est donc, à la fois, précis et indéterminé. Précis par son but général – action individuelle et d'ensemble; indéterminé dans ses détails – mouvements à entreprendre d'après les circonstances, les dangers, les appels de l'autorité. C'est ainsi qu'une armée a un but précis en partant à la conquête d'un nouveau territoire ou à la défense du sol natal, mais attend des circonstances l'occasion de déterminer le détail de ses opérations La première bataille des ligueuses fut livrée aux modes indécentes; elle fut la première réponse des femmes catholiques du Canada au Pape " pour la défense de la plus belle, de la plus chère et de la plus vulnérable des vertus ".

 

Source : Un AUMONNIER, La Ligue Catholique féminine, Montréal, Publication mensuelle de l’École sociale populaire, 1933, p.4-9.

Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais, Université de Sherbrooke