L'OUVERTURE DES RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC LE VANTICAN

 

Excellence Révérendissime,

La Délégation Apostolique s'empresse de communiquer que prochainement, probablement mercredi, 15, ou jeudi, 16 octobre courant, le Gouvernement du Canada annoncera l'établissement de relations diplomatiques avec le Saint-Siège.

On se souvient que, déjà le 17 janvier 1969, le Premier Ministre Pierre Elliott Trudeau avait soumis personnellement ce projet à Notre Saint-Père le Pape Paul VI.

La démarche définitive fut formulée à Rome par le Gouvernement canadien, le 27 mai 1969.

Le 29 juillet suivant, la Délégation Apostolique répondait au Gouvernement que le Saint-Siège désirait quil examine prudemment auprès des divers secteurs du Pays, catholiques et non-catholiques, si ces relations diplomatiques seraient bien acceptées et si elles seraient vraiment utiles à l'harmonie du Canada.

Le 14 août, le premier Ministre communiquait personnellement que les sondages faits auprès de l'opinion publique et dans les différents secteurs représentatifs de la Nation avaient été positifs; que les relations diplomatiques avec le Saint-Siège étaient demandées à l'initiative du Gouvernement canadien, pour le bien des citoyens et en vue de collaborer avec le Saint-Siège à la défense des droits de l'homme et au maintien de la paix dans le monde; et qu'il sollicitait avec insistance l'établissement de ces relations au plus tôt possible.

Le 17 septembre, le Secrétaire d'État aux Affaires Extérieures du Canada, monsieur Mitchell Sharp, insistait à son tour vigoureusement pour recevoir sans délai une réponse du Saint-Siège.

Le 3 octobre, le même Ministre, par l'intermédiaire de Monsieur Marcel Cadieux, Sous-Secrétaire d'État aux Affaires Extérieures, faisait savoir que le Gouvernement désirait une réponse du Saint-Siège, dans quelques jours.

En conséquence, le 10 octobre, le Saint-Siège chargeait Son Excellence Monseigneur Alexander Carter, Évêque de Sault-Sainte-Marie et Président de la Conférence catholique canadienne, qui est à Rome pour le Synode des Évêques, de donner une réponse favorable à l'Ambassade du Canada en Italie, et demandait en même temps à cette Délégation Apostolique de fournir pareille réponse directement au Gouvernement canadien.

Déjà, le 3 septembre dernier, le Délégué Apostolique, au cours d'une réunion régulière à la Délégation, avait fait part aux Excellentissimes Membres de l'Exécutif de la Conférence catholique canadienne des démarches faites par le Gouvernement du Canada.

Enfin, tout récemment, le 30 septembre, la Délégation Apostolique qui, à la demande du Saint-Siège avait fait l'an passé (juin 1968) un sondage parmi les Membres de l'Épiscopat, entreprenait une autre consultation, mais plus large cette fois, auprès des mêmes.

On a raison de penser que, ces jours derniers, le Secrétaire d'État de Sa Sainteté, Son Éminence le Cardinal Jean Villot, a pu obtenir directement sur ce sujet l'opinion positive de l'Excellentissime Président de la Conférence épiscopale et des autres Membres de l'Épiscopat actuellement à Rome.

L'annonce de l'établissement des relations diplomatiques sera faite publiquement, en même temps que la nomination d'un Ambassadeur par le Saint-Siège et que celle d'un pro-Nonce Apostolique à Ottawa.

Cette nouvelle demeure confidentielle jusqu'au moment de sa publication, conjointement par le Gouvernement canadien, à Ottawa, et par le Saint-Siège, à Rome.

La Délégation Apostolique reste à l'entière disposition de tous les Excellentissimes Membres de la Hiérarchie pour fournir les renseignements qui pourraient être désirés et qu'eux seraient à même de donner.

Veuillez agréer, Excellence Révérendissime, l'expression de mon entier dévouement en Notre-Seigneur.

(Le délégué apostolique aux évêques, 12 octobre 1969.)

 

Source: Jean HAMELIN, Histoire du catholicisme québécois. Le XXe siècle t. 2 " De 1940 à nos jours ". Montréal, Boréal, 1984, p. 346-347.

Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais, Université de Sherbrooke