DES MÈRES DE FAMILLE QUI NE VEULENT PLUS RETOURNER À L'ÉPOQUE DE LA LAMPE À PÉTROLE

" J'ai lu et relu le texte de l'encyclique. Je n'arrive pas à croire que Paul VI ait pu rédiger un message qui ne respecte pas la maturité, la conscience personnelle des catholiques, en matière de régulation des naissances. C'est pour moi un véritable cauchemar ", nous dit Mme Simone Chartrand, mère de sept enfants, très active dans différents mouvements syndicaux et familiaux du Québec.

" Je revois toute l'angoisse des femmes devant l'incertitude d'une méthode comme Ogino, leurs frustrations, l'incompréhension des hommes, le dialogue de sourd entre clergé et couple, le retour à une vie spirituelle axée sur le péché à ne pas faire ou à s'accuser d'avoir fait, etc. " " Cette époque ", nous dit encore Mme Chartrand, " était pour moi, complètement révolue et j'ai basé toute ma pédagogie familiale sur la responsabilité que doit assumer chaque enfant, chaque adulte, devant les actes qu'ils posent. Comment voulez-vous qu'aujourd'hui, j'enseigne à mes grands enfants ce retour à l'obéissance aveugle d'un principe énoncé par un homme qui a préféré se laisser guider par l'aile conservatrice de l'Église plutôt que d'accepter l'évolution? "

Ce qui est le plus inquiétant dans ce message c'est qu'il coupe des liens qui existaient encore entre une certaine jeunesse et l'Église tout en ne faisant pas un pas vers un rapprochement des Églises. En effet, " pourquoi les catholiques seraient-ils plus respectueux de la morale naturelle que ceux des autres Églises qui pourtant admettent de laisser ce problème à la conscience personnelle des époux ", nous dit Mme Chartrand.

Au terme " paternité responsable ", poursuit cette mère de famille, j'aurais bien préféré " parenté responsable ". " Il y a belle lurette que nous avons appris que dans le couple, les deux sont également responsables de la naissance et de l'éducation des enfants. "

(Le Devoir, 6 août 1968, p. 11.)

 

UNE ÈRE RÉVOLUE

Une autre mère de famille, Mme Claire Guillemette de Montréal, nous communique sa déception à la suite de la publication de l'encyclique. Elle le fait sous forme de lettre que nous avons dû raccourcir, faute d'espace.

" Comment au 20e siècle croire encore à l'extase et aux miracles? La société est à l'âge adulte et aucune religion ne peut plus se prévaloir de droits de paternité, d'autorité et d'infaillibilité. Il est malheureux que le Pape Paul VI n'ait pas été mieux inspiré et ait commis, publiquement, une erreur de jugement, mais cela, me semble-t-il, ne peut engager toute la chrétienté à le suivre. " Pour Mme Guilmette, surtout au Québec, les années de la grande noirceur sont terminées. Les temps sont révolus où les catholiques agissaient par la crainte, la peur ou l'ignorance. Depuis plusieurs années, le climat chrétien était à la grande détente et nos cadres religieux avaient réussi à établir avec nous un dialogue de confiance.

Pour cette mère de famille il n'y a plus de retour possible... les femmes ne retourneront pas à Ogino, pas plus qu'elles ne retourneront à la lampe à pétrole. Dans leur esprit, " 1'amour conjugal " ne sera plus jamais synonyme de " péché " quels que soient les moyens employés pour planifier les naissances.

(Le Devoir, 6 août 1968, p. 11.)

 

Source: Jean HAMELIN, Histoire du catholicisme québécois. Le XXe siècle t. 2 " De 1940 à nos jours ". Montréal, Boréal, 1984, p. 331-332.

Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais