LA RESPONSABILITÉ LAÏQUE : MYTHE OU RÉALITÉ

Qu'est-ce donc au juste que la responsabilité laïque? On m'objectera avec raison qu'il n'appartient pas aux laïques de la définir. Ne peuvent-ils pas toutefois y réfléchir pour leur part, à la lumière d'une doctrine clairement énoncée par les papes et d'un commencement de tradition établie par l'Action catholique elle-même?

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Comme il est faux le ton de certains ouvrages, publiés ici même en notre province, et qui arrangent à toutes les sauces locales la dignité de cette mission. Inventaires de l'Action catholique à travers le monde, définition des objectifs à poursuivre, citations sur citations. Et l’on garde l'impression que l'Action catholique est une vaste entreprise de théologiens et d'organisateurs religieux, dont jamais les laïques ne se sont mêlés. jamais il n'est question d'eux, de leur vie, de ce qu'ils pensent ou disent, de la façon dont ils considèrent cette participation qui les concerne en tout premier lieu. La responsabilité laïque? Oui, sans doute. Mais l’important pour le moment est de savoir ce que le père Untel en pense et comment l’abbé Chose y a adapté ses œuvres déjà existantes. Le principal est escamoté...

Pour eux, la responsabilité laïque se ramène à une simple technique, j'oserais dire un camouflage. Tout l'appareil extérieur en est respecté: silence [des aumôniers] dans les réunions, tout faire par l'intermédiaire des dirigeants, ne jamais apparaître en scène. Mais n'allez pas proposer quelque plan imprévu, quelques modifications à l'élan déjà donné; vous rencontreriez une résistance opiniâtre...

Ai-je besoin d'ajouter ce que tout le monde sait, que pour nombre de gens la responsabilité laïque se borne à la cuisine de l'action? Paperasse, achats et ventes, campagnes, tralala, voilà la part des dirigeants. Qu'ils la prennent, qu'ils inventent des trucs, qu'ils publient des journaux, qu'ils tiennent des assemblées, à la bonne heure. Mais on admet moins facilement qu'ils pensent personnellement

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Cette responsabilité n'est donc ni un piège, ni un terme de cuisine, encore moins une figure littéraire. C'est une responsabilité réelle, extrêmement grave, qui implique des obligations sérieuses et des droits correspondants. L'Action catholique sera intégralement l'affaire des laïcs ou elle ne sera pas. Sans doute appartient-il à l’Église de fixer les limites, ce sont les laïques qui pensent, les laïques qui agissent et qui décident. En cette façon et de cette façon seulement, sera formée un génération de chrétiens émancipés, autonomes, capables de marcher sur leurs propres jambes et de ne pas compter toujours sur le prêtre pour penser, concevoir et agir à leur place.

(Gérard Pelletier, président général de la J.E.C., Cahiers d'action catholique, avril 1944, p. 345-350.)

Source: Jean HAMELIN, Histoire du catholicisme québécois. Le XXe siècle t. 2 " De 1940 à nos jours ". Montréal, Boréal, 1984, p. 81-82.
Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais