Allocution du Centre Paul Sauvé, Montréal (Québec), le 14 mai 1980

  Monsieur le Président,

(Applaudissements)

Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup.

(Applaudissements)

NON, MERCI BEAUCOUP

Monsieur le Président, mes chers amis canadiens.

(Applaudissements)

Je voudrais tout d'abord vous dire merci pour cette façon de m'accueillir. Je crois qu'il est évident, dans cette assemblée immense,-il est évident, que nous vivons des journées historiques.

Il y a très peu de cas, dans l'histoire des démocraties, où une partie de pays a choisi de décider pour elle-même si elle voulait, OUI ou NON, appartenir au pays auquel elle a toujours appartenu. Il y a très peu de moments où cela s'est vu dans l'histoire des démocraties. Et je pense que tous ceux qui sont ici ce soir, tous ceux qui ont milité pour le NON, depuis plus d'un mois, dans cette province, seront fiers de dire, lorsque…

(Applaudissements)

… lorsque nos enfants, et peut-être si nous avons de la chance, nos petits-enfants, nous demanderont, dans vingt, dans trente ans: Vous étiez là, vous autres, en mai 1980. Vous étiez là au moment où le peuple québécois a été invité à se prononcer librement sur son avenir. Vous étiez là au moment où le Québec pouvait exercer l'option de rester dans le Canada ou d'en sortir. Qu'est-ce que nous avez fait en mai 1980?-NON, c'est ça qu'on a répondu.

(Applaudissements)

Je voudrais, ce soir, vous inviter à réfléchir sur la question qui nous est posée et sur les conséquences des réponses que nous pouvons donner à ces questions. Laissez-moi, peut-être une dernière fois avant d'entrer dans l'isoloir,-laissez-moi relira le gros de la question. Il y a deux choses dans cette question :

La première, c'est la Souveraineté du Québec, et ça se définit dans la question même comme: le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir des impôts, et d'établir des relations extérieures…

(Dans la salle : NON)

… ce qui est la Souveraineté.

(Dans la salle : NON)

Et si, dans cette salle, nous répondons NON, il y a, dans d'autres salles, dans d'autres parties de la province, des gens qui répondent : OUI; qui veulent vraiment, honnêtement la Souveraineté.

(Dans la salle : SH00)

Je suis de votre avis: c'est une option erronée, c'est une option qui veut, comme le disait Jean Chrétien, que nous n'envoyions plus de députée québécois pour nous gouverner, dans le Canada : c'est une option qui veut dire : l'indépendance; une option qui veut dire: la séparation du Québec du reste du pays. A cela notre réponse est NON.

(Dans la salle : NON).

Mais ce n'est pas à ceux qui sont pour ou contre la Souveraineté que je voudrais m'adresser ce soir. Après le référendum, j'espère que nous continuerons de nous respecter dans notre divergence; que nous respecterons l'option qui aura été exprimée librement par ceux qui sont pour ou contre l'indépendance du Québec.

(Applaudissements)

Donc, dans cette question, il y a la Souveraineté et il y a tout le reste. Le reste, c'est une nouvelle entente. C'est l'égalité des peuples. C'est en même temps une association économique. C'est une même monnaie. C'est un changement par un autre référendum. C'est un mandat de négocier. Et on sait bien ce qu'ils font, les regrattiers de OUI. Ils s'en vont chercher tous ceux qui vont dire OUI à une nouvelle entente. OUI à l'égalité des peuples. OUI en même temps à une association. OUI en même temps à une même monnaie. OUI à un deuxième référendum. OUI à un simple mandat de négocier. C'est à ces OUI par fierté, à ces OUI par incompréhension de la question, c'est à ces OUI pour augmenter le pouvoir de négociation, c'est à ces indécis qui titubent sur le bord du OUI que je m'adresse ici ce soir, parce qu'il faut se demander : qu'est-ce qui va arriver dans le cas d'un OUI, comme dans le cas d'un NON? Et, c'est à ces indécis, à ces OUI par fierté, c'est à ces OUI fatigués et tannés qu'il faut, dans ces derniers jours, s'adresser.

Alors, voyons ça. Le gouvernement du Canada, le gouvernement de toutes les provinces se sont déjà exprimés clairement. Si la réponse à la question référendaire est NON, nous avons tous dit que ce NON sera interprété comme un mandat pour changer la Constitution, pour renouveler le fédéralisme.

(Applaudissements)

Ce n'est pas moi qui le dis tout seul. Ce n'est pas monsieur Clarke. Ce n'est pas monsieur Broadbent. Ce n'est pas seulement les neuf premiers ministres des autres provinces. Ce sont les soixante-quinze députés élus par cette province pour aller les représenter à Ottawa…

(Applaudissements)

…qui disent : un NON, ça veut dire du changement. Et je sais parce que je leur en ai parlé ce matin à ces députés, je sais que je peux prendre l'engagement le plus solennel qu'à la suite d'un NON, nous allons mettre en marche immédiatement le mécanisme de renouvellement de la Constitution et nous n'arrêterons pas avant que ça soit fait.

(Applaudissements)

Si je m'adresse solennellement à tous les Canadiens des autres provinces, nous mettons notre tête en jeu, nous, députés québécois, parce que nous le disons aux Québécois de voter NON, et nous vous disons à vous des autres provinces que nous n'accepterons pas ensuite que ce NON soit interprété par vous comme une indication que tout va bien puis que tout peut rester comme c'était auparavant. Nous voulons du changement, nous mettons nos sièges en jeu pour avoir du changement.

(Applaudissements)

Voilà donc notre attitude dans le cas du NON. Mais, monsieur Lévesque m'a demandé : Mais, quelle sera votre attitude dans le cas où la population québécoise répond majoritairement OUI? Je l'ai déjà donnée cette réponse. Je l'ai donnée au Parlement. Je l'ai donnée ici à Montréal, à Québec. Je la répète ce soir : Si la réponse au référendum était OUI, j'ai dit carrément en Chambre, à la Chambre des communes, monsieur Lévesque sera bienvenu de venir à Ottawa, où je le recevrai poliment comme il m'a toujours reçu d'ailleurs à Québec, et je lui dirait : il y a deux (2) portes. Si vous frappez à la porte de la Souveraineté-Association, il n'y a pas de négociation possible.

(Applaudissements)

Il n'y a pas de négociation, parce que voyez-vous, monsieur Lévesque, l'Association, ça prend au moins une autre personne pour s'associer. Puis, on sait que toutes les autres provinces, que tout le reste du Canada, que tous les partis à la Chambre de communes ont dit : NON à l'Association.

(Applaudissements)

Monsieur Lévesque continue de répéter : Puis la démocratie, qu'est-ce que vous en faites si le peuple québécois votait majoritairement OUI? Est-ce que vous ne seriez pas obligés par les lois de la démocratie de négocier?

(Dans la salle : NON)

Mais non!

C'est comme si je disais à monsieur Lévesque : La population de Terre-Neuve vient de voter à 100 pour 100 de renégocier le contrat d'électricité avec le Québec. Vous êtes bien obligés, au nom de la démocratie, de respecter la volonté de Terre-Neuve, NON? C'est clair que ça ne marche pas ce raisonnement-là,

(Applaudissements)

La démocratie peut exprimer le vœu des Québécois, mais ça ne peut pas lier les autres à vouloir faire, ceux qui n'ont pas voté dans les autres provinces, à vouloir faire ce que le Québécois décide. Alors, ce raisonnement, monsieur Lévesque, il n'y aura pas d'Association. Maintenant, si vous voulez parler, si vous voulez parler de Souveraineté, laissez-moi vous dire que vous n'avez pas de mandat pour négocier la Souveraineté, parce que vous n'avez pas demandé, purement et simplement, aux Québécois s'ils voulaient la Souveraineté. Vous avez dit : Voulez-vous la Souveraineté à condition d'avoir en même temps l'Association?

Comme il n'y a pas d'Association, vous n'avez pas de mandat pour faire la Souveraineté, vous n'avez pas la clef pour ouvrir cette porte, puis moi non plus.

(Applaudissements)

Moi non plus, je n'ai pas de mandat, parce que, voyez-vous, nous venons d'être élus le 18 février, il n'y a pas deux mois de ça, nous venons d'être élus en force par la province de Québec, précisément pour faire des lois pour la province de Québec.

Alors, demandez-moi pas de ne pas en faire, demandez-moi pas de donner plein pouvoir au Québec.

(Applaudissements)

Par contre, si monsieur Lévesque, par miracle, c'est le cas de le dire, frappait à l'autre porte et disait : J'ai un mandat pour négocier, je voudrais négocier un fédéralisme renouvelé, la porte serait grande ouverte. Je lui dirai : Ce n'était pas la peine de tenir un référendum pour ça, mais puisque vous voulez ça, c'est ça que vous voulez négocier, entrez. Voyons si vraiment c'est possible que monsieur Lévesque dise ça, parce que, qu'est-ce que les tenants du OUI disent? Les tenants du OUI disent,-et je l'ai demandé à monsieur Lévesque il y a une quinzaine de jours : Qu'est-ce que vous ferez si la population vote majoritairement NON? Qu'est-ce que vous direz à ce moment-là? Est-ce que vous respecterez la volonté populaire ou est-ce que vous allez prétendre qu'un NON n'a pas la même valeur qu'un OUI et qu'un NON ne compte pas pour le moment mais qu'on fera d'autre référendum pour voir?

J'ai demandé ça à monsieur Lévesque et voici ce qu'il a répondu : Nous ne sommes pas pour refuser des graines d'autonomie pour le Québec, mais nous continuerons à tourner en rond. Monsieur Lévesque, même si la population du Québec votre NON, comme je pense qu'elle va voter NON…

(Applaudissements)

…n'allez-vous pas dire que c'est votre devoir puisque le peuple a rejeté la Souveraineté et l'Association, n'est-il pas de votre devoir d'être un bon gouvernement et d'empêcher le statu quo que vous blâmez tant et de vous joindre à nous pour changer cette Constitution. Monsieur Lévesque nous a dit : On va continuer de tourner en rond. Eh bien, ça, ça devrait éclairer tous les OUI pour augmenter le bargaining power, tous les OUI par fierté, tous les OUI parce qu'ils sont tannés.

Si monsieur Lévesque ne veut pas de fédéralisme renouvelé, même quand le peuple vote NON, c'est clair que si le peuple vote OUI, il va dire : Pas question de fédéralisme renouvelé.

Et moi, je dirai : Pas question de Souveraineté-Association.

(Applaudissements)

Ce qui veut dire que nous sommes dans une impasse et que ceux qui votent OUI doivent le savoir dès maintenant que le OUI va conduire soit à l'indépendance pure et simple, soit au statu quo, c'est ça l'option du OUI : l'indépendance du Québec, la séparation du Québec, ou alors le statu quo, pas de changement, parce que monsieur Lévesque refuse de négocier.

C'est ça qu'il faut dire aux tenants du OUI : si vous voulez l'indépendance, si vous votez OUI, vous n'aurez pas l'indépendance parce que vous l'avez faite conditionnelle à l'Association, conditionnelle à faire en même temps l'Association.

Si vous voulez l'Association, votre OUI ne signifie rien, parce qu'il ne lie pas les autres provinces qui refusent à s'associer avec vous. Et si vous votez OUI, pour le renouvellement de la fédération, votre OUI sera perdu également, parce que monsieur Lévesque va continuer de tourner en rond.

Alors, c'est ça, voyez-vous, c'est ça l'impasse où cette question ambiguë, cette question équivoque nous a plongés, et c'est ça que les gens qui vont dire OUI par fierté, c'est à ça qu'ils doivent penser. OUI par fierté veut dire qu'on soumet à son avenir à la volonté des autres qui vont dire NON, pas d'association, et puis notre OUI fier, on va être obligé de le ravaler.

Et puis ceux qui disent OUI pour en finir, OUI pour sortir, OUI pour débloquer les négociations, ils se font dire dans la question même qu'il y aura un deuxième référendum, et puis peut-être un troisième, et puis peut-être un quatrième. Et c'est ça mes amis, c'est ça que nous reprochons surtout au gouvernement Péquiste, ce n'est pas d'avoir voulu l'indépendance, c'est une option que nous rejetons et que nous combattons franchement.

Mais ce que nous reprochons au gouvernement Péquiste, c'est de ne pas avoir eu le courage de poser la question : OUI OU NON, L'INDEPENDANCE?

(Applaudissements)

OUI OU NON?

(Applaudissements)

Vous le savez, vous, les militants du NON, vous savez les divisions que cause cette période référendaire. Vous le savez le partage à l'intérieur d'une même famille. Vous savez les haines entre voisins que cela crée. Vous savez l'écartèlement que ça produit entre les générations. Vous savez cette longue méfiance qui durera longtemps entre les tenants du OUI et les tenants du NON.

Vous savez ce que c'est que l'épreuve référendaire. Eh bien, vous vous faites dire par le gouvernement Péquiste qu'il y en aura d'autres référendums et que cette haine, cet écartèlement, ce gaspillage immense d'énergies de la province de Québec, ça va continuer avec cette question. Eh bien, nous disons NON à cela. NON, ça ne va pas continuer.

(Applaudissements)

Voici un parti qui était autrefois séparatiste, qui était autrefois indépendantiste, qui est ensuite devenu seulement souverainiste et ensuite pour la Souveraineté-Association, puis ensuite même par la Souveraineté-Association, ce n'est rien que pour négocier. Voici un parti qui, au nom de la fierté, a dit aux Québécois : "Tenez-vous debout, nous allons avancer sur la scène du monde pour nous affirmer".

Et voici que ce parti, au moment de s'avancer sur la scène du monde, il a le trac et puis il reste dans les coulisses. C'est ça la fierté? C'est ça un parti qui nous dit que ça va recommencer si la réponse est OUI, qu'il y aura un autre référendum?

Eh bien, c'est ça que nous reprochons au parti Québécois : c'est de ne pas avoir eu le courage de poser une question claire, une question à laquelle un peuple mûr aurait pu répondre, la question bien simple: VOULEZ-VOUS SORTIR DU CANADA, OUI OU NON?

NON!

(Applaudissements)

Eh bien, c'est parce qu'il savait, le parti Québécois, que la réponse de la grande majorité des Québécois à la question : VOULEZ-VOUS CESSER D'ÊTRE CANADIENS ? La réponse aurait été NON, et c'est pour cela qu'il a raté son entrée sur la scène du monde. Eh bien, nous le savons, il y a une réponse claire, il y a une réponse non ambiguë et cette réponse, c'est : NON. Cette réponse, c'est NON à ceux qui veulent, comme le disait, je pense, Camil Samson, nous enlever notre héritage et l'enlever à nos enfants.

C'est NON à ceux qui prêchent la séparation plutôt que le partage, à ceux qui prêchent l'isolement plutôt que la fraternité, à ceux qui prêchent, au fond, l'orgueil plutôt que l'amour est fait de défis et d'unions et d'aller rechercher les autres et de travailler avec eux pour bâtir un monde meilleur.

(Applaudissements)

Alors, il faut dire, indépendant même de toute cette question alambiquée il faut dire NON à l'ambiguïté. Il faut dire NON aux subterfuges. Il faut dire NON au mépris, parce que c'est là qu'ils en sont rendus. On me disait que monsieur Lévesque, pas plus tard qu'il y a deux (2) jours disait que dans mon nom il y a Elliott et puis Elliott, c'est le côté anglais et ça s'explique que je suis pour le NON, parce que, au fond, voyez-vous, je ne suis pas un Québécois comme ceux qui vont voter OUI. Eh bien, c'est ça, le mépris, mes chers amis, c'est de dire qu'il y a différentes sortes de Québécois, c'est dire que les Québécois du NON ne sont pas d'aussi bons Québécois et puis ont peut-être un petit peu de sang étranger, alors que les gens du OUI ont du sang pur dans les veines. C'est ça le mépris et c'est ça la division qui se crée chez un peuple et c'est ça à quoi nous disons NON…

(Applaudissements)

Bien sûr, mon nom est Pierre Elliott Trudeau. Oui, Elliott, c'était le nom de ma mère, voyez-vous. C'était le nom des Elliott qui sont venus au Canada il y a plus de deux cents ans. C'est le nom des Elliott qui se sont installés à Saint-Gabriel de Brandon où vous pouvez encore voir leurs tombes au cimetière, il y a plus de cent (100) ans, c'est ça les Elliott. Et puis mon nom est québécois, mon nom est canadien aussi, et puis c'est ça mon nom.

(Applaudissements)

Laissez-moi vous dire le ridicule dans lequel cette sorte d'argumentation méprisante de monsieur Lévesque tombe, puisqu'il choisit de qualifier mon nom.

Monsieur Pierre-Marc Johnson, c'est pourtant un ministre. Johnson, c'est-tu un nom anglais ou un nom français? Et puis Louis O'Neil, son ancien ministre, et puis Robert Burns, et puis Daniel Johnson, c'étaient-tu des Québécois, oui ou non? Et puis si vous regardez aux noms, je voyais dans le journal d'hier, que le président des Inuits québécois, les Esquimaux, ils vont voter NON eux autres. Bien, savez-vous son nom? C'est Charlie Watt. Ce n'est pas un Québécois? Ils sont là depuis l'âge de pierre, ils sont là depuis l'âge de la pierre. Ce n'est pas un Québécois, monsieur Watt?

(Applaudissements)

Et puis d'après le journal d'hier, le chef de la bande des Micmacs, à Restigouche, quinze cents (1500) Indiens, son nom à lui : Ron Maloney. Ce n'est pas un Québécois ? Ca fait rien que deux mille (2,000) ans qu'ils sont là, les Indiens. Ce n'est pas un Québécois?

Mes chers amis, Laurier disait quelque chose en 1889, il y a presque cent (100) ans, qu'il vaut la peine de lire, ces quatre (4) lignes:

Nos compatriotes, disait Laurier, ne sont pas seulement ceux dans les veines de qui coule le sang de la France. Ce sont tous ceux, quelle que soit leur race ou leur langue, tous ceux que le sort de la guerre, les accidents de la fortune, ou leur propre choix ont amenés parmi nous.

Tous les Québécois ont le droit de voter OUI ou NON comme le disait madame De Santis. Et tous ces NON sont aussi valables que n'importe lequel OUI, peu importe la couleur de la peau ou le nom de celui qui vote.

(Applaudissements)

Mes chers amis, les Péquistes nous disent souvent : Le monde nous regarde, sachons nous tenir debout; le monde nous regarde, le monde entier surveille ce qui se passe dans notre démocratie; montrons-leur notre fierté.

Et bien, je viens de recevoir le dernier dépliant, paraît-il, qui viendra du comité du OUI. Vous irez le chercher en quelque part. Je vous le conseille. C'est un document historique.

(Rires)

C'est un document historique parce que dans tout ce dépliant, on trouve des expressions comme : NEGOCIER SERIEUSEMENT - UN PROJET QUEBECOIS - UN MEILLEUR CONTRAT AVEC LE RESTE DU Canada - UNE ASSOCIATION D'EGAL A EGAL - LES NEGOCIATIONS - UN AUTRE REFERENDUM. On ne trouve pas une seule fois - non seulement on ne trouve pas le mot : SEPARATISTE; on ne trouve pas le mot : INDEPENDANTISTE; on ne trouve pas le mot : SOUVERAINISTE; on ne trouve même pas une seule fois : LA SOUVERAINETE-ASSOCIATION. Ca, c'est la fierté! Ca, c'est tromper le peuple. Et je ne sais pas ce que l'histoire dira de ceux qui ont manqué de courage devant ce tournant historique, mais je sais qu'ils seront sévères pour ceux qui ont voulu tromper le peuple et qui disent, en ce dernier dépliant,-qui disent ceci : Certains veulent faire croire que la question porte sur la séparation. C'est faux. C'est faux. Votre question parle de SOUVERAINETE. Branchez-vous, les gens du péquisme. Dites-nous le donc vos vraies couleurs : êtes-vous pour l'indépendance?

(Dans la salle : NON)

NON. Nous sommes contre l'indépendance. Le monde nous regarde, bien sûr. Le monde va nous regarder un peu étonné, je vous l'avons-because in today's world…

(Applause)

…you see, things are unstable, to say the least. The parameters are changing, to use a big word. And that means that there is fire and blood in the Middle-East, in Afghanistan, in Iran, in Vietnam; that means that there is inflation which is crippling the free economy; that means that there is division in the world; that means that there is perhaps a third of the human race which goes to bed hungry every night, because there is not enough food and not enough medicine to keep the children in good health.

And that world is looking at Canada, the second largest country in the world, one of the richest, perhaps the second richest country in the world…

(Applause)

…a country which is composed of the meeting of the two most outstanding cultures of the western world: the French and the English, added too by all the other cultures coming from every corner of Europe and every corner of the world. And this is what the world is looking at with astonishment, saying: These people think they might split up today when the whole world is interdependent? When Europe is trying to seek some kind of political union? These people in Québec and in Canada want to split it up?

(Dans la salle : NON)

They want to take it away from their children?…

(Dans la salle : NON)

…they want to break it down? NO. That's what I am answering.

(Applaudissements -NON, NON, NON)

I quoted Laurier, and let me quote a father of Confederation who was an illustrious Quebecer: Thomas D'Arcy McGee: The new nationality-he was saying-is thoughtful and true; nationalist preferences, but universal in its sympathies; a nationality of the spirit, for there is a new duty which especially belongs to Canada to create a state and to originate a history which the world will not willingtly let die. Well, we won't let it die. Our answer is: NO, to those who would kill it.

(Applaudissements)

Il y a un devoir disait D'Arcy McGee, un devoir qui incombe spécialement aux Canadiens de faire survivre un état et de produire une histoire que l'humanité ne voudra pas facilement laisser mourir. Et bien nous ne laisserons pas mourir ce pays, ce Canada, cette Terre de nos Aïeux, ce Canada qui est véritablement, comme le dit notre hymne national : la terre de nos aïeux. Nous allons dire à ceux qui veulent nous faire cesser d'être Canadiens, nous allons dire immensément NON.

(NON-Applaudissements)

 

Source : Trudeau, Pierre Elliott. Transcription de l'allocution du très honorable Pierre Elliott Trudeau du Centre Paul Sauvé, Montréal, Québec, le 14 mai 1980. [Ottawa] : Cabinet du Premier ministre, 1980. 25 p.