Appel lancé à la population du Canada pour le service national à Ottawa, le 23 octobre 1916

  Lalutte mondiale à laquelle notre Empire participe pour défendre ses droits, ses libertés et son existence même se poursuit depuis plus de deux ans. Tout ce qui peut être honorablement fait de notre part pour éviter la guerre a été fait avec la meilleure volonté qui soit et la plus grande sincérité. Il n’y avait aucun moyen de nous soustraire au combat sans déshonneur, ni sans éviter un ultime désastre. La phénoménale ampleur et la rigueur de la préparation minutieuse de l’ennemi avaient été mal comprises au départ, et l’amplitude de la lutte a dépassé toutes les prévisions. Au premier corps expéditionnaire de la Grande-Bretagne se sont ajoutés vingt fois plus d’hommes et même davantage, et à celui du Canada au-delà de douze fois plus. La guerre approche rapidement de son point culminant. La dernière centaine de milliers d’hommes que le Canada pourra envoyer au combat pourrait être le facteur déterminant d’une lutte dont l’issue tracera la destinée de notre Dominion, de notre Empire et du monde entier.

L’éloge le plus éloquent ne saurait dire l’honneur des jeunes Canadiens qui sont déjà partis avec un splendide courage sous les drapeaux et dont la valeur héroïque et les glorieuses réalisations ont auréolé notre Dominion d’une distinction impérissable aux yeux du reste du monde. En nous remémorant le sacrifice qui nous a valu cette distinction, nous nous rappelons avec une fierté solennelle la mémoire de ceux qui sont tombés au champ d’honneur. Tout peuple peut avoir un jour, par le service et le dévouement, à relever un défi lancé à l’esprit de ses citoyens pour que la nation puisse jouir de la paix dans le futur. Les événements de cette guerre posent à nouveau ce défi aux hommes du Canada.

Depuis le début de la guerre, plus de trois cent soixante-dix mille hommes de notre Dominion se sont enrôlés. Deux cent cinquante-huit mille d’entre eux ont traversé l’océan et parmi ceux-ci, plus de cent mille sont actuellement au front. Au cours des dix premiers mois de cette année, le nombre d’hommes qui seront envoyés au front augmentera à cent quarante et un mille. Du 1er janvier au 15 avril, cette année, près de mille hommes s’enrôlaient chaque jour. Jusqu’à présent, nos forces se sont constituées et organisées plus rapidement que ne pouvaient être préparés, en Grande-Bretagne, les installations, le transport et l’hébergement. Depuis quatre mois, on a pu constater une forte chute du recrutement et, en prévision des besoins à venir, le temps est venu de lancer le présent appel. Sans égard au succès des forces alliées sur divers fronts au cours de l’été dernier, il y a lieu de croire que l’ennemi est toujours fort et déterminé. Il faudra, pour assurer une victoire définitive, fournir un effort plus grand. Cette guerre doit avoir une fin si décisive qu’une paix durable puisse être assurée. Nous nous battons non pas en vue d’une trêve, mais bien de la victoire.

En ce qui concerne tous les appareils mécaniques qui ont joué un si grand rôle dans cette guerre, les nations alliées ont presque, sinon tout à fait dépassé l’ennemi en matière de préparation. La conclusion dépendra donc de l’ampleur de l’armée des nations alliées. Le Canada doit se montrer fort et résolu dans cette grande entreprise. Notre force serait utilisée avec plus d’efficacité dans ce conflit si nous affections à nos activités nationales de soutien de la stabilité agricole, industrielle et commerciale tous ceux dont l’âge ou l’état de santé empêchent d’aller au front, afin que nous puissions faire participer à la bataille le plus grand nombre possible d’hommes aptes au service militaire. C’est dans cet esprit que le gouvernement a demandé au directeur général et au directeur du service national d’entreprendre des tâches de la plus haute importance et de la plus grande urgence. Il est impératif que les hommes et les femmes du Canada, chacun de leur côté et par le truchement de divers organismes, servent la nation de la façon dont ils sont le plus utiles. Ainsi, il incombe expressément au peuple canadien de collaborer avec le gouvernement pour rassembler la pleine puissance de la nation sur le plan de l’énergie humaine. En vertu des responsabilités dont je suis investi et au nom de l’État que nous devons tous servir, il est de mon devoir de lancer un appel, et j’en appelle maintenant de tout mon coeur au peuple du Canada pour qu’il aide le gouvernement et le directeur du service national et collabore avec eux à l’atteinte de cet objectif.

Je fais appel à tous les hommes en âge de servir et leur demande de se mettre au service de l’État aux fins de fonctions militaires. À tous les autres je fais appel pour qu’ils se mettent de leur plein gré à la disposition du pays pour rendre les services pour lesquels ils sont jugés les plus qualifiés. Aux femmes du Canada, qui ont fait preuve d’un moral splendide et stimulant en cette heure de dévouement et de sacrifice, je rends grâce à Dieu pour la variété d’œuvres de bienfaisance dans lesquelles elles sont maintenant engagées, et je les prie de faire encore plus dans tous les champs du service national dans lesquels elles se sentent quelques compétences. N’oublions jamais la vérité solennelle selon laquelle la nation ne se compose pas seulement d’êtres vivants. Elle englobe tous ceux qui sont défunts et ceux à naître. Cette immense responsabilité nous échoit en tant qu’héritiers du passé et gardiens de l’avenir. Cependant, avec cette responsabilité vient quelque chose d’encore plus grand, soit l’occasion favorable que nous avons de nous en montrer dignes. Je prie Dieu pour que cela ne soit pas perdu.  

Source: Traduction de : Borden, Robert Laird. The appeal for national service.[Ottawa? : Cabinet du Premier ministre?], 1916.