Déclaration, le 13 décembre 1979
Les partis d'opposition ont décidé de bouleverser les affaires de l'État.
Ce n'est pas nous qui l'avons décidé; ce que nous voulions, c'était vous
servir en gouvernant le pays.
Mais la décision a été rendue par les libéraux et le NPD. Naturellement,
je me dois de l'accepter. Je vais me rendre chez le gouverneur général
demain matin.
Il y a à peine six mois, les Canadiens ont changé de gouvernement
parce qu'ils voulaient changer l'orientation de notre pays. Par leur geste
ce soir, les partis de l'opposition disent qu'ils rejettent la décision des
Canadiens.
Le budget présenté mardi soir par le ministre des Finances et rejeté ce
soir par les libéraux et le NPD reflétait la décision des Canadiens. Il
offrait un changement fondamental dans l'orientation tant de la politique
économique que de la politique énergétique du Canada.
Les Canadiens sont tous au courant du fouillis économique dont nous
avons hérité du déficit budgétaire le plus élevé de notre histoire et du
pire déficit au chapitre des échanges internationaux parmi les nations
occidentales. Le budget s'attaquait précisément et honnêtement à ces
problèmes. La litanie des déficits très élevés engendrés par le
gouvernement Trudeau a mené à des taux d'inflation et de chômage plus
élevés. Notre budget visait à réduire le déficit afin d'abaisser les taux
d'intérêt, libérer des fonds pour que le secteur privé puisse créer des
emplois et mettre fin à la croyance que le gouvernement national pouvait
continuellement dépenser plus d'argent sans une augmentation de ses
revenus.
Notre budget offrait de nouveaux avantages fiscaux importants pour les
Canadiens à revenu modeste et moyen, aux épouses qui travaillent, aux
agriculteurs, aux pêcheurs, aux petites entreprises et aux régions moins
développées de notre pays. Il est maintenant évident qu'il n'est plus
possible de donner à ces avantages force de loi. Il n'est pas non plus
possible de permettre aux trois millions et demi de ménages canadiens
qui possèdent des maisons et aux milliers d'autres Canadiens qui
voudraient être propriétaires de pouvoir bénéficier de notre déduction
pour l'intérêt hypothécaire et l'impôt foncier.
Nous avons hérité d'une situation énergétique en vertu de laquelle de
plus en plus de Canadiens dépendaient de plus en plus du pétrole
provenant des sources étrangères pour alimenter leur automobile et
chauffer leur maison. Et ça, dans un pays dont le potentiel énergétique
est pratiquement le plus enviable du monde. Nous avions la ferme
intention de changer cette situation en offrant, pour la première fois, une
politique énergétique nationale globale pour le Canada. Notre but était
de faire du Canada un pays auto-suffisant en énergie au cours de la
prochaine décennie pour assurer que d'ici dix ans, chaque Canadien
pourra se fier à des ressources canadiennes pour satisfaire ses besoins
en énergie. Cette politique est la bonne; les Canadiens n'ont qu'à
regarder la télévision tous les soirs pour voir jusqu'à quel point il est
dangereux et imprudent de se fier aux sources de pétrole étrangères sur
lesquelles nous n'avons aucun contrôle. Notre effort en vue de
concrétiser cette politique essentielle pour le Canada est maintenant
bloqué pour des raisons partisanes.
Il en va de même dans le cas de notre effort pour renouveler notre
régime fédéral. Depuis que nous formons le gouvernement, nous avons
posé des gestes concrets pour montrer aux Québécois, et de fait à tous
les Canadiens, qu'il existe un choix véritable entre le status quo qui est
inacceptable et les options inacceptables comme la
souveraineté-association. A cause du geste posé ce soir par les
libéraux et les néo-démocrates, nous n'avons pas le choix, nous devons
annuler la conférence des premiers ministres de la semaine prochaine,
la conférence nationale du mois prochain concernant le développement
économique et d'autres projets que nous avions fait afin de montrer qu'il
y a mieux que le fédéralisme "à coup de menaces".
Mes collègues et moi souhaitions vraiment que ce trente-et-unième
Parlement serve les Canadiens. Un des premiers gestes que nous
avons posé était de présenter d'autres propositions en vue d'une
réforme parlementaire, y compris un projet de loi sur l'accès à
l'information, de sorte que les députés de tous les partis de la Chambre
puissent mieux vous servir.
Malheureusement, dès le premier jour, les partis d'opposition se sont
montrès nullement intéressés à faire fonctionner le Parlement. En fait, il
se sont systématiquement opposés à la bonne marche des travaux.
Aujourd'hui, ils les ont complètement interrompus.
Les partis d'opposition refusent de permettre à ce Parlement minoritaire
de fonctionner. J'ai toujours la ferme intention de remplir le mandat que
les Canadiens nous ont donné en mai dernier. Je veux consacrer mes
énergies à gouverner le Canada.
Source : Clark, Charles Joseph. Déclaration du très Honorable Joe Clark,
Premier ministre. Ottawa : Cabinet du Premier ministre, 1979. 4 p.