Élogie prononcé lors de l'inhumation du très Honorable Premier Ministre John George Diefenbaker à Saskatoon

(Saskatchewan), le 22 août 1979   John Diefenbaker rentre au foyer - à la fin d'une vie qui a commencé à une autre époque et qui a embrassé la majeure partie de l'histoire de notre Canada. Lorsqu'il est arrivé dans l'Ouest, cette contrée était encore jeune et sauvage, c'était l'année où la Saskatchewan devenait une province. Enfant, il a parlé aux chasseurs de bisons. Homme, il a dirigé son pays et dominé son parlement. En cours de route, il a touché la vie de ses compatriotes comme plus personne ne pourra le faire. Il est plus facile de changer les lois que les vies. John Diefenbaker a changé les deux. Sa Déclaration des droits, ses programmes sociaux, ses politiques sur les ressources et le développement régional ont changé pour toujours les lois du Canada. Mais, ce qui est encore plus fondamental, c'est qu'il a changé notre vue de notre pays. Il nous a exposé son potentiel et nous a fait voir nos possibilités. Il est approprié que son dernier travail, duquel la mort l'a séparé, était de rédiger un discours en prévision de l'ouverture de la Dempster, son autoroute menant à notre mer du Nord.

Nous ne sommes pas ici pour juger John Diefenbaker. Nous sommes ici pour rendre hommage à la force, digne des pionniers, et à l'esprit de cet homme indomptable, issu d'un groupe minoritaire, élevé dans une région minoritaire, chef d'un parti minoritaire, qui a changé le cours même de l'histoire de son pays - et qui l'a changé pour toujours. Quand un homme meurt, après presque 84 années bien remplies, il laisse une foule de souvenirs. Dans le cas de cet homme, on saura que la grandeur, la réputation et la fierté de ce pays ont bénéficié de son passage. En politique canadienne, il fut l'homme le plus près du peuple. John Diefenbaker a fait participer au régime politique de notre pays ceux qui avaient été oubliés. Il a fait connaître la politique à ceux pour qui elle n'était qu'un vague concept. Il a éclairci un processus qui, pendant trop longtemps, fut entouré de mystères.

Il était un homme passionné. Quelle que soit la question, quelle que soit la personne, il avait ses idées-arrêtées avec fermeté - présentées avec force-défendues avec vigueur. John Diefenbaker a laissé sa marque dans la vie publique du Canada et, à cette passion qu'il offrait à ses compatriotes, les Canadiens ont répondu avec passion. John Diefenbaker a suscité toute la gamme des réactions à son endroit sauf une, l'indifférence. C'était un patriote. Pour John Diefenbaker, le patriotisme n'a jamais perdu son attrait; c'était l'essence même de sa vie. Les Canadiens ne partageaient pas tous sa vision du Canada, mais tous la connaissaient et tous étaient touchés par la conviction avec laquelle il la défendait. Toutes ses autres croyances prenaient leur source dans sa foi. Sa foi dans le Canada en tant que pays offrant l'égalité des chances à tous ses citoyens se reflète dans sa Déclaration des droits de l'homme. Et ce pays, il le connaissait à fond; c'est pourquoi il a encouragé la mise en valeur du Nord et favorisé le développement des régions. Son engagement profond à l'égard de la justice sociale et de la dignité humaine se retrouve dans le régime de soins de santé qu'il a institué et dans les programmes en faveur des déshérités qu'il a parrainés. Il était beaucoup plus qu'un homme d'État. Les hommes d'État sont des étrangers alors que John Diefenbaker était connu de la plupart des habitants du Canada. Pendant toute sa vie, il a recherché les contacts personnels. Et au cours des derniers jours, ceux qui se sont alignés tout au long du parcours du train, qui sont venus à minuit lui dire adieu, qui ont chanté et applaudi à son départ, ils ne se rappelaient pas une Déclaration des droits, ou un débat du Parlement ou une cause ou un parti en particulier. Ils venaient rendre hommage à un homme extraordinaire, un homme qui est entré dans nos vies et qui les a enrichies, un homme que nous voulions voir rentrer chez lui. Sa vie était véritablement le Canada. Pendant plus de huit décennies, il a fait partie de notre histoire, depuis le charrette dans les Prairies jusqu'aux satellites dans l'espace. Il a façonné une bonne partie de cette histoire; et celle-ci toute entière l'a, à son tour, faconné, lui. Maintenant, sa vie, cette étape de notre histoire est terminée. Et nous sommes ici aujourd'hui pour accompagner John Diefenbaker à sa dernière demeure.

Et c'est juste que ce soit ici. Car John Diefenbaker avait beau représenter tout le Canada, il était par-dessus tout un homme des Prairies. C'est ici dans ce pays aux grands espaces que son attachement au peuple avait pris racine. Sa grande compassion pour autrui lui avait été inspirée par ce qu'il avait vu et senti durant les années de la dépression. Le barrage du sud de la Saskatchewan, qui est l'une de ses oeuvres, atteste de sa détermination de faire en sorte que les agriculteurs de la région n'aient plus jamais la poussière comme lot là où l'herbe doit pousser. C'est de Prince Albert qu'il a regardé vers le Nord et que lui est venue la vision avec laquelle il a fait vibrer le coeur de chacun de nous. Nous confions donc ses restes au sol des Prairies, au campus qui l'a vu étudiant puis chancelier et qui surplombe la voie fluviale empruntée par nos premiers pionniers se dirigeant vers l'Ouest, à la province qui l'a formé. Il a montré ce qu'un homme pouvait faire dans un pays comme le Canada. En confiant son corps à la terre qu'il aimait, nous confions son âme au Créateur qu'il a toujours voulu servir -- et nous gardons dans nos coeurs le souvenir d'un homme qui consacra sa vie à son pays. Donnez-lui le repos éternel, Seigneur, et que la lumière brille à jamais sur lui.

Que le Seigneur bénisse et protège John Diefenbaker.  

Source: Traduction de : Clark, Charles Joseph. Text of the eulogy delivered by Prime Minister Joe Clark at the burial service of the Right Honourable John G. Diefenbaker, Saskatoon, Saskatchewan. Ottawa : Office of the Prime Minister, 1979. 3 p.