Le Sommet de Kananaskis

 

Notes pour une allocution

de Robert R. Fowler,
Représentant personnel du premier ministre pour le
Sommet du G8

devant l'Institut canadien des Affaires internationales

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, c’est un véritable plaisir que d’être parmi vous, ici, ce soir.

J’apprécie l’intérêt que vous me portez en m’invitant ici, ce soir. Nous nous rencontrons à une époque intéressante. Il s’agit d’une période excitante pour les personnes qui s’intéressent à l’Afrique. Le nouveau cycle de négociations commerciales qui vient d’être amorcé devrait donner un nouvel élan aux espoirs et aux aspirations des Africains, tout comme, je l’espère vivement, la réunion du G20 de cette fin de semaine et les institutions de Breton Woods viendront redonner de la vigueur à un objectif auquel nous visons tous.

Ce soir, j’ai décidé de vous parler de ces diverses fonctions et non pas de mon poste d’ambassadeur du Canada en Italie. Je vais plutôt vous parler des préparatifs, à huit mois du sommet qui aura lieu du 26 au 28 juin, à Kananaskis, en Alberta. Je vous parlerai de ces préparatifs, en termes généraux, puis je me concentrerai rapidement sur l’Afrique et sur le défi très précis lancé au Canada pour donner un sens et un élan véritable à un engagement envers l’Afrique, un engagement qui n’a peut-être jamais été aussi ciblé, tant ici, dans ce pays, qu’au sein du G8. Brièvement, je vous expliquerai ensuite pourquoi le G8 a décidé, l’été dernier, à Gênes, de s’engager à établir un nouveau partenariat avec l’Afrique et, ce, plus précisément à partir d’un excellent document qui, après avoir été intitulé la Nouvelle initiative africaine, porte désormais le titre suivant : « le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique ». Je tenterai d’expliquer en quelle mesure ce document représente une différente sorte de défi, un défi que le G8 a décidé de relever avec un certain enthousiasme.

Le Plan de Gênes pour l’Afrique n’a pas été, pour ceux et celles d’entre vous qui ont participé à des sommets — et vous êtes un certain nombre dans cette salle à y avoir pris part — est un plan qui n’a pas été préparé pendant des mois avant le Sommet. La Nouvelle initiative africaine a été dévoilée à peine quelques semaines avant la réunion de Gênes. Les dirigeants ont été informés de sa nature et ont immédiatement formulé une déclaration relativement spontanée en sa faveur, une déclaration qui, entre autres choses, annonçait la nomination de représentants spéciaux pour l’Afrique, ce qui, je crois encore, est une première dans l’histoire du sommet.

Le sommet du G8 ou du G7 existe maintenant depuis deux fois moins de temps que l’ONU. Et il est désormais bien ancré, avec des racines solides. Il a également attiré des parasites assez tenaces, dont il sera important de nous débarrasser avant Kananaskis.

J’ai commencé à travailler à Ottawa le 10 septembre, et j’allais mettre en œuvre le programme que j’avais élaboré, mais les choses ont changé le 11 septembre au matin, comme elles ont changé pour d’autres personnes, et nous essayons encore d’évaluer l’ensemble des retombées des événements du 11 septembre pour notre réunion de l’an prochain et pour notre programme. Toutefois, je suis extrêmement heureux de vous dire et de vous rappeler que le premier ministre Chrétien, tout comme le président Chirac, le président Bush et le premier ministre Blair, n’a pas manqué, à maintes reprises, de déclarer publiquement et avec véhémence son engagement pour faire en sorte que l’Afrique conserve une place importante dans le programme de Kananaskis, en dépit de ce qui s’est passé le 11 septembre et en dépit de tout ce qui s’est produit depuis, en Afghanistan, et de tout ce qui va vraisemblablement se produire, au cours des prochains mois. Nombreux sont ceux qui préconisent une démarche diamétralement opposée et je suis fort aise de voir — extrêmement satisfait de voir que notre premier ministre et de nombreux autres membres du groupe du sommet s’engagent constamment et régulièrement à suivre la voie qui avait été établie bien avant ces événements.

Aux yeux des dirigeants du G8, on ne pouvait tout simplement pas faire abstraction de la Nouvelle initiative africaine. Ils ont adopté tant les détails du plan que l’idée d’une nouvelle forme de partenariat, un partenariat qui était foncièrement différent de celui qui a caractérisé notre relation avec les nations africaines indépendantes, au cours des cinquante dernières années. Les dirigeants du G8 ont donc entrepris d’élaborer un plan d’action précis et concret servant à étayer le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. Il s’agit d’un plan d’action que mes sherpas africains et moi-même sommes chargés d’élaborer et de présenter aux dirigeants du Sommet, à Kananaskis, en juin.

Il ne fait aucun doute que le Sommet aura lieu l’été prochain. J’ai passé la semaine dernière à Calgary et à Kananaskis et, au risque de répéter ce que j’ai dit là-bas, dans un de mes discours, permettez-moi de réitérer le fait que tous les participants au Sommet, par l’intermédiaire de leurs représentants personnels, m’ont indiqué, au cours des dernières semaines, être profondément convaincus du fait que le Sommet était maintenant plus important que jamais, que de telles réunions doivent avoir lieu et que le mandat de ces réunions reste primordial.

Je pense que l’Afrique désire profondément recevoir une attention spéciale et prioritaire, en dépit de la conjoncture incertaine qui règne actuellement. Je sais que bon nombre d’entre vous et plus particulièrement nos amis africains qui sont présents, ce soir, connaissent fort bien les faits relatifs à la situation en Afrique, mais si vous me le permettez, je vais en réitérer quelques-uns car je pense qu’il est important de les garder à l’esprit.

L’Afrique est le seul continent où la pauvreté connaît une poussée vertigineuse. En Afrique subsaharienne, qui ne constitue qu’une partie du continent — une partie importante, mais le G8 et le Nouveau partenariat pour l’Afrique abordera le continent tout entier et l’ensemble des 54 nations qui le composent — mais en Afrique subsaharienne, quelque 40 % de la population vit avec moins d’un dollar américain par jour. La part africaine du commerce international a chuté fortement et, dans le cas de l’Afrique subsaharienne, elle se chiffre à moins de 2 %. Plus de 140 millions de jeunes en Afrique sont analphabètes et l’Afrique est la seule région du globe où le nombre d’enfants qui ne sont pas scolarisés est à la hausse. C’est en Afrique que l’espérance de vie est la plus basse au monde et, avec des taux d’incidence du VIH/sida dépassant 25 % dans certains pays, elle est en train de chuter encore davantage. En fait, l’espérance de vie en Afrique subsaharienne est inférieure aujourd’hui à ce qu’elle était en 1990. Au cours des dix dernières années, elle a diminué de trois ans, passant de 50 à 47 ans, ce qui, je crois, représente 15 ans de moins que l’espérance de vie la plus basse dans le reste du monde. Plus de 200 millions d’Africains n’ont absolument aucun accès à des services de santé et plus de 250 millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable saine. Un Africain sur cinq est touché par un conflit armé et le nombre de civils victimes de la guerre dépasse de beaucoup celui des victimes dans tous les autres pays du monde.

Par conséquent, l’Afrique connaît de graves problèmes. Les défis que cela représente pour les Africains et les non-Africains sont certes énormes, mais je ne suis pas pessimiste au sujet de l’Afrique et je n’accepte pas la notion voulant que l’Afrique soit un continent ayant sombré dans le désespoir. Toutefois, les obstacles à surmonter sont effectivement formidables et méritent que l’on s’y attelle. Le Nouveau partenariat pour l’Afrique constitue une réponse de taille pour remédier à ces indicateurs sociaux pour le moins dramatiques et il est le fruit du travail et de la réflexion des dirigeants africains les plus progressistes et les plus imaginatifs qui soient.

Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique est effectivement quelque chose de nouveau. Il est nouveau, de par son réalisme. Il est nouveau, de par l’accent qu’il met sur la propriété et sur le leadership africain et de par le fait qu’il reconnaît que ce sont les Africains eux-mêmes qui jouent le premier rôle pour déterminer le destin de leur continent. Il est nouveau de par le fait qu’il reconnaît que les investissements privés sont d’une importance cruciale pour la croissance économique en Afrique et, par conséquent, pour la réduction de la pauvreté et le développement durable. Il est également nouveau de par le fait qu’il admet que l’APD ne peut pas, à elle seule, mettre un terme à la marginalisation économique de l’Afrique. Enfin et surtout, il est nouveau de par le fait qu’il met l’accent sur la bonne conduite des affaires publiques, sur l’examen politique et financier par les pairs et sur la prévention de conflits, en soulignant qu’il s’agit de conditions préalables pour les investissements privés, tant africains qu’étrangers. Les statistiques officielles indiquent que 40 % des fonds d’épargne africains sont envoyés à l’étranger. Les chiffres réels sont certainement beaucoup plus élevés que cela. Par conséquent, même les Africains n’investissent pas en Afrique, à l’heure actuelle, et ils se sont rendu compte qu’il fallait renverser cette tendance.

En effet, cette initiative, ce nouveau partenariat — que j’appellerai, si vous me le permettez, le NPDA. Le NPDA reconnaît que la démarche actuelle en matière de développement en Afrique s’est tout simplement soldée par un échec et que les milliards de dollars et les dizaines d’années investis dans l’aide au développement n’ont pas donné de résultats assez probants. Je crois également que les auteurs de la Nouvelle initiative africaine ont bien compris qu’ils devaient faire quelque chose pour y remédier et qu’ils devaient procéder rapidement, car la tolérance, en Afrique et ailleurs, face à cette demande constante — qui n’a débouché sur rien et qui perdure, sans grande chance de succès — était un paradigme qui n’avait plus lieu d’être. Par conséquent, le NPDA offre une différente sorte de paradigme. Il offre la possibilité de concentrer l’engagement sur les pays qui sont prêts à prendre les décisions politiques et économiques qui s’imposent pour que ce nouveau plan fonctionne. Il offre également la possibilité de renforcer les succès remportés au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud, au Mozambique, au Mali, au Ghana et au Sénégal, pour ne citer que quelques pays.

Le processus d’élaboration du plan du G8 pour l’Afrique a débuté il y a quelques semaines seulement, à Londres, lors de la première réunion du groupe des représentants personnels pour l’Afrique que je préside. Encore une fois, ceux d’entre vous qui connaissent les rouages du Sommet savent que la présidence du Sommet change tous les ans et que les Italiens président toujours les séances régulières du G8. Toutefois, les dirigeants ont décidé de faire exception à la règle à Gênes et le Canada s’est vu confier le mandat immédiatement après la réunion. Nous assumons donc la présidence de ce groupe de sherpas africains et je dirais que nous sommes sur la bonne voie. L’ensemble des neuf membres du G8 — vous savez sûrement que la Commission européenne participe également à ces réunions, un peu comme les 134 membres du Groupe des 77... les choses sont ainsi faites.

Par conséquent, ce groupe de sherpas africains est très éclectique, ce qui en fait un groupe très intéressant. La Commission européenne y est représentée par Jojo Bonechi qui est directeur du programme d’aide de l’UE. La France est représentée par Michel Camdessu, ancien directeur général du Fonds monétaire international. L’Allemagne, par un ministre en second des Affaires étrangères, Ushe Aide. L’Italie, par Roberto Michelini, membre du parti de Silvio Berlusconi, Forte Italia. Le Japon, par l’ambassadeur Novotaki Odano. La fédération de Russie avait un représentant intérimaire, mais dans deux semaines, elle sera représentée à Addis-Abeba par un universitaire. Le Royaume-Uni est représenté par la baronne Valerie Amos, qui est ministre en second du Foreign Office pour l’Afrique. Enfin, les États-Unis sont représentés par le secrétaire adjoint chargé de l’Afrique, Walter Kansteiner.

Il s’agit donc d’un groupe varié, dont les membres proviennent d’horizons différents, mais notre réunion a été remarquable. Le courant est bien passé. Nous avions une vision claire et commune de nos objectifs et je crois qu’il s’agit d’un groupe de personnes qui travailleront très bien ensemble, au cours des prochains mois.

Nous avons également eu un entretien productif avec les représentants du secrétariat de soutien du NPDA. Pour ce qui est de la structure du NPDA, il s’agit d’un programme auquel ont adhéré tous les pays de l’Union africaine, laquelle est en quelque sorte la descendante de l’OUA. Le groupe directeur se compose de cinq nations. Le président de ce processus est le président Obasanjo du Nigéria et le responsable en est le président Mbeki de l’Afrique du Sud. Le secrétariat est dirigé par le professeur Wiseman Ncouchelou qui est le conseiller économique du président Mbeki et les autres membres du groupe directeur, mis à part le Nigéria et l’Afrique du Sud, sont l’Égypte, l’Algérie et le Sénégal. En outre, il y a seulement deux semaines de cela, l’Union africaine a approuvé la nomination de 15 membres d’un comité de mise en œuvre qui participera également aux délibérations, dans le cadre de cette initiative.

Je devrais souligner le fait que nous, à savoir les représentants personnels pour l’Afrique, sommes chargés de préparer une réponse face à cette initiative. Nous ne négocions pas cette réponse avec les Africains. Ces derniers ont déjà présenté leur plan, ils nous ont invité à participer et nous déterminerons comment nous pourrons faire de notre mieux pour y parvenir. Nous rencontrerons les Africains dans le cadre de chacune de nos réunions préparatoires. Qui plus est, je voyagerai beaucoup en Afrique et ailleurs et je rencontrerai les autres représentants personnels. Ensemble, nous tirerons nos propres conclusions quant à la meilleure façon de répondre, mais nous ne nous sommes aucunement engagés à entamer d’autres négociations avec l’Afrique sur ce que nous dirons. Nous déciderons de notre réponse, puis nous nous efforcerons de faire en sorte que les choses fonctionnent. Je pense cependant qu’il serait juste de dire que l’initiative africaine constitue un document énorme, impressionnant et très exhaustif, et qu’un de nos plus gros défis consistera à décider à laquelle de ces tâches nous devrions nous atteler, tout du moins dans l’immédiat. Il est fort possible que nous décidions, au fur et à mesure que les choses évolueront, d’élargir notre démarche pour nous concentrer également sur d’autres domaines. Toutefois, nous souhaitons bien faire certaines choses et démontrer que ce paradigme peut être modifié.

Les prochaines réunions que nous avons planifiées pour l’avenir sont les suivantes : nous serons à Addis-Abeba au début du mois de décembre, à Prétoria à la mi-février, à Dakar à la mi-avril, à Oputo à la mi-mai et, enfin, notre dernière réunion aura lieu à Kananaskis, au début du mois de juin. Cette dernière réunion viendra mettre un terme au processus régulier des sherpas. Bien évidemment, nous travaillons également en étroite collaboration avec les Nations Unies et avec des partenaires en développement qui ne font pas partie du G8. Pour vous dire franchement, bon nombre de ces partenaires se sont montrés bien plus généreux envers l’Afrique que la plupart des pays du G8 et ont fait preuve d’un engagement plus poussé en matière de soutien. À titre d’exemple, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Danemark sont certainement membres de ce qu’un ministre nordique a baptisé lors d’une réunion, l’autre jour, avec moi, le « G point 7 ».

Par conséquent, les représentants personnels ont convenu du fait que le plan pour l’Afrique doit venir compléter et miser sur d’autres initiatives pertinentes du G8.

Bon nombre d’entre vous savent que nous menons des initiatives continues dans les domaines de l’éducation, de la santé et des technologies de l’information et des communications. En plus, elles devraient miser sur les processus qui sont en cours, ailleurs. En d’autres termes, nous n’allons pas essayer de réinventer des choses qui nous conviennent déjà très bien. Nous n’allons pas non plus fermer les yeux sur l’excellent travail qui se fait ailleurs, notamment au sein de la Banque et du Fonds, et dans un certain nombre de fonds et de programmes onusiens.

Nous avons également convenu du fait que le plan d’action du G8 pour l’Afrique doit être à la fois ciblé et cohérent et qu’il doit s’éloigner du modèle de sommet qui ressemble à un sapin de Noël sur lequel on accroche toutes sortes d’initiatives disparates. En d’autres termes, il devrait refléter les domaines où le G8, en soi, peut apporter un réel plus, en vue de résoudre les problèmes systémiques auxquels l’Afrique est confrontée.

Un consensus s’est dégagé au sein de notre groupe, lors de la première réunion, un consensus autour de la nécessité de se concentrer bien évidemment sur les objectifs de développement international dont nous avons convenu. Bon nombre d’entre vous savent qu’au cours des dix dernières années, nous avons organisé un certain nombre de grosses conférences qui ont proposé l’adoption d’objectifs radicaux et pour le moins ambitieux — mais néanmoins très importants — et qui se sont soldées par des engagements exécutoires de notre part à tous, des engagements qui visaient à procéder à certains changements sociaux dans le monde, en se fixant des échéanciers précis. Par exemple, nous nous sommes tous engagés à réduire de moitié, d’ici 2015, le nombre de personnes visant en situation d’extrême pauvreté. Nous avons convenu d’instaurer l’éducation pour tous — l’accès universel à l’éducation primaire d’ici 2015 également. Nous nous sommes entendus pour éliminer les disparités entre les sexes pour l’inscription aux écoles primaires et secondaires d’ici 2005, c’est-à-dire à peine quatre ans. Nous avons convenu de réduire de deux tiers les taux de mortalité infantile d’ici 2015, de réduire de trois quarts les taux de mortalité maternelle d’ici 2015, d’offrir un accès universel aux services de santé reproductive d’ici 2015 et de mettre en œuvre des stratégies en matière de développement durable d’ici la même année. Ces objectifs feront bel et bien partie de la toile de fond sur laquelle nous formulerons notre réponse face à la Nouvelle initiative africaine.

Nous avons donc commencé par identifier les éléments du nouveau partenariat sur lesquels nous pourrions nous concentrer. Nous avons décidé pour l’instant de ne pas poursuivre cette étude. Comme je l’ai mentionné, il est clair que nous ne pouvons pas tout faire et que la solution consiste à décider entre nous, à décider avec nos partenaires multilatéraux, à décider avec d’autres donateurs qui ne font pas partie du G8 de la meilleure façon de procéder, à l’échelle collective et individuelle, pour canaliser cette attention.

Comme je l’ai dit, l’éventail des questions du NPDA est vaste. Il s’agit d’un document de 200 paragraphes qui fait 40 pages et que je recommande à ceux et celles d’entre vous qui s’intéressent à cette question.

Cela étant dit, j’invite tous ceux et celles qui veulent comprendre en quoi consiste ce nouveau paradigme à consulter ce document. Ce dernier aborde les questions de l’éducation, de la santé, de la bonne conduite des affaires publiques, de la lutte contre la corruption, des technologies de l’information et des communications, de l’accès aux marchés et du renforcement des capacités commerciales, de l’allégement de la dette, de l’APD, de la sécurité alimentaire, de la prévention des conflits et bien d’autres sujets encore.

Il se peut que la référence à l’APD ne saute pas immédiatement aux yeux de ceux et celles d’entre vous qui ne sont pas de la partie. Nous, à savoir les donateurs, causons énormément de dégâts en Afrique de par nos demandes croissantes en matière de vérification, d’évaluation, de contrôle et de visites. Je crois que quelqu’un a calculé que sept — enfin, que tout au long de l’année, le gouvernement tanzanien a reçu sept missions de vérifications distinctes de notre part, de la part des pays donateurs, et que ces missions couvraient très souvent les mêmes domaines, qu’elles visaient très souvent à vérifier les mêmes programmes et que, bien entendu, elles avaient des exigences très différentes les unes des autres, en termes de formulaires à remplir et d’attestations à fournir, ce qui constitue un fardeau écrasant pour des bureaucraties qui sont souvent extrêmement petites et déjà soumises à un énorme surmenage.

Le processus qui consiste à déterminer les priorités se poursuivra à Addis-Abeba, comme je l’ai mentionné. Pour ce qui est de faire notre travail, nous mènerons de vastes consultations. Je consulterai la population canadienne. Mes homologues, dans d’autres pays, feront la même chose de leur côté. J’espère vraiment que les sherpas africains rencontreront à plusieurs reprises les intervenants, tant au Canada qu’ailleurs, dans d’autres pays, et plus précisément en Afrique.

Je suis enthousiaste à propos de cette nouvelle initiative, j’espère que c’est clair, mais j’ai cependant certaines préoccupations et j’aimerais ce soir en partager quelques-unes avec vous. Premièrement, en ce qui a trait aux commentaires que j’ai entendus à plusieurs reprises et qui prétendent que ce Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique équivaut à un autre plan Marshal. Cela revient à dire que, pour le G8, le résultat final se résumera à un gros chèque, ni plus, ni moins. Le mandat qui nous a été confié à Gênes consiste à élaborer un plan d’action concret. L’ajout du mot « concret » précise très clairement que nous prévoyons de véritables ressources et que nous ne nous contenterons pas uniquement de paroles. De la même manière, l’accent qui est mis sur le plan d’action souligne le fait que notre objectif ne se limite pas simplement à soutenir financièrement les initiatives des autres.

Deuxièmement, ce qui me préoccupe, c’est que l’idée de collaboration soit mal comprise. Certains ont l’impression ou, plutôt, s’attendent à ce que le plan d’action du G8 pour l’Afrique soit, comme je l’ai dit il y a quelques instants, négocié. Nous mènerons de vastes consultations, en Afrique et ailleurs, mais il s’agira en bout de ligne du plan du G8 et ce sera donc le G8 qui en déterminera le contenu.

Troisièmement, ce qui me préoccupe, c’est que les gens, en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe, ne connaissent pas assez cette Nouvelle initiative africaine et qu’ils ne lui manifestent pas suffisamment leur appui. Le NPDA est un document remarquable, dont les pays africains qui en sont les auteurs — l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Sénégal, l’Algérie et l’Égypte — et les autres qui ont contribué à son élaboration peuvent être fiers. Toutefois, l’initiative mérite d’être mieux connue et d’être mieux comprise à l’échelle du continent africain. Et je me réjouis à l’idée d’œuvrer avec les Africains pour faire en sorte que cela se réalise. Si l’on veut que ce plan se solde par un succès, il faut absolument qu’il suscite le ralliement des masses, à l’échelle du continent africain, ce qui n’est certainement pas le cas pour l’instant. Je crois pouvoir dire que vous êtes nombreux et nombreuses, dans cette salle, à pouvoir contribuer au processus visant à mieux faire comprendre et à mieux faire connaître le NPDA. Il ne fait aucun doute que les médias ont un rôle à jouer dans cette entreprise et je serais fort aise de collaborer avec les journalistes pour que la population canadienne puisse mieux comprendre cette initiative et qu’elle puisse comprendre les défis que nous devons relever et que doivent assurément relever l’Afrique et les Africains. Il est évident également que les parlementaires ont un rôle important à jouer pour sensibiliser les gens. Il en va de même pour les gens d’affaires et, bien entendu, pour la société civile. Je suis donc particulièrement heureux d’avoir ainsi l’occasion de m’adresser à vous, ce soir.

Quatrièmement, l’initiative repose sur trois piliers, à savoir la propriété, le leadership et le partenariat. Ce qui me préoccupe, c’est que les deux premiers, la propriété et le leadership, qui sont probablement les plus importants en termes de priorité, risquent d’être sous-estimés. Plus précisément, je crois qu’il est important de continuer à mettre l’accent sur les politiques et sur les idées qui sous-tendent cette initiative. Il ne faut pas se contenter de passer à la partie du partenariat qui représente la partie financière. Nous avons besoin de nouvelles ressources, j’espère être clair là-dessus, mais nous ne pouvons pas uniquement nous concentrer sur cet aspect de la question. Sinon, il n’y aurait rien de nouveau et nous nous contenterions de retourner au paradigme précédent, c’est-à-dire à un paradigme qui, comme je l’ai souligné, n’a tout simplement pas bien fonctionné par le passé.

Cinquièmement, ce qui me préoccupe, c’est le fait que les dispositions clés de cette initiative, notamment le processus d’examen par les pairs et les lignes directrices en matière de bonne conduite des affaires publiques, n’ont toujours pas été définies, même s’il est vrai, je vous le concède, que le comité de mise en œuvre s’est engagé à faire avancer les choses à ces chapitres, avant sa prochaine réunion, en début d’année prochaine. Les dispositions du NPDA concernant la conduite des affaires politiques et économiques sont absolument cruciales, comme le document lui-même le souligne et le précise très clairement.

Sixièmement, il faut s’employer davantage à faire participer la société civile aux discussions et à susciter son appui, pas uniquement pour que les gens comprennent le plan, mais aussi parce que la société civile jouera un rôle prépondérant dans son élaboration, dans son adoption. Ainsi, le plan d’action du G8 pour l’Afrique sera, je l’espère, une initiative entre les sociétés et pas uniquement un plan élaboré entre les gouvernements. La société civile, le monde des affaires, le monde universitaire, les partenaires qui ne font pas partie du G8, les organisations internationales : toutes ces entités, je l’espère, prendront part à cette nouvelle initiative.

Pour ce qui est des prochaines étapes, le Canada s’est vu confier la présidence, comme je l’ai indiqué, à Gênes. Nous nous faisons un plaisir à l’idée de collaborer avec bon nombre d’entre vous dans le cadre de ce projet du G8 élargi qui portera également sur l’Afrique, mais cette partie du projet au sens large ne commencera qu’en janvier. Il s’agira donc d’un sommet différent, pas simplement d’une façon différente de procéder. Cet événement aura lieu dans un endroit relativement isolé, au milieu des montagnes, dans un endroit où il n'y a pas beaucoups de chambres, tandis qu’à Gênes, il y avait plus de 600 délégués. Il s’agira donc d’une réunion foncièrement différente. À Gênes, il y avait environ 6 000 journalistes. Bien évidemment on ne prévoit rien de la sorte dans la vallée de Kananaskis. En d’autres termes, nous espérons qu’il s’agira d’un sommet qui favorisera un retour aux sources, un sommet où les dirigeants pourront effectivement aborder les questions qui revêtent une importance cruciale — pas uniquement l’Afrique, mais également l’économie, le terrorisme et d’autres questions d’actualités primordiales. Nous espérons qu’ils parviendront à tirer d’importantes conclusions et qu’ils ne se contenteront pas de défiler dans leurs grosses voitures noires, d’assister à des réceptions et à des galas et de faire d’autres choses qui ne valent pas la peine d’organiser une telle conférence au sommet. Bien entendu, il s’agira d’un événement bien différent, de par le véritable accent qui sera, je l’espère, mis sur les relations entre le G8 et le monde en voie de développement, notamment l’Afrique. Il s’agira d’un événement pour le moins excitant. Je vous remercie beaucoup.