LA CONFÉRENCE DE KYOTO SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE :
PASSONS À LACTION
Lors de la Conférence des Nations Unies sur lenvironnement et le développement tenue à Rio de Janeiro en 1992, 154 des 161 pays participants ont signé la Convention-cadre sur le changement climatique. Le Canada a ratifié cette convention le 4 décembre 1992. Lobjectif de la convention était de " stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans latmosphère à un niveau qui élimine la possibilité dinterférences anthropiques dangereuses dans le système climatique ".
En avril 1995, les pays signataires se sont réunis à Berlin pour renforcer le libellé de la Convention-cadre, notamment en tentant de fixer un calendrier et des objectifs précis de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Bien que les pays participants naient pu en arriver à un consensus, le Canada a maintenu son engagement selon lequel il devait tenter de stabiliser ses émissions à leur niveau de 1990 dici lan 2000. En novembre 1996, le ministre canadien de lEnvironnement estimait que, sans un effort accru, les émissions du Canada en lan 2000 seraient supérieures de 8 p. 100 au niveau de 1990 et quelles continueraient vraisemblablement daugmenter par la suite.
Au début de décembre prochain, les pays signataires de la Convention-cadre sur les changements climatiques entreprendront de nouvelles négociations internationales à Kyoto, au Japon. À cette troisième Conférence des parties, les participants doivent tenter de négocier un protocole international ou un autre mécanisme de nature juridique visant la réduction des émissions après lan 2000. Plusieurs pays signataires, notamment les États-Unis, lAustralie, le Japon et la Communauté européenne, ont déjà fait connaître leur position respective en vue de la Conférence de Kyoto. Les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux de lÉnergie et de l'Environnement ont fait de même le 12 novembre 1997 alors quils étaient réunis à Regina en Saskatchewan. Ils se sont entendus pour que le Canada stabilise ses émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990 dici lan 2010.
Le Comité permanent de la Chambre des communes des ressources naturelles et des opérations gouvernementales estime que la Conférence des parties à Kyoto revêt une très grande importance tant pour le Canada que pour lensemble de la communauté internationale. Les résultats de la Conférence de Kyoto risquent davoir une portée dautant plus grande pour le Canada que ce dernier est caractérisé par une situation géo-climatique et une structure industrielle se traduisant par une forte consommation énergétique.
Le Comité a donc cru nécessaire dentendre les principaux groupes concernés par la question des changements climatiques et du contrôle des émissions de gaz à effet de serre afin de faire valoir son propre point de vue auprès du ministre fédéral des Ressources naturelles. Le Comité nen demeure pas moins conscient quil sagit dune question fort complexe et aux enjeux multiples pour le Canada. Il na certainement pas la prétention davoir cerné tous les aspects de cette question et pourrait entrevoir de revenir sur certains dentre eux après la Conférence de Kyoto, particulièrement pour explorer les avenues technologiques qui se présentent au Canada en matière de ressources naturelles et dénergie. De fait, ce rapport traite davantage des aspects de la problématique du changement climatique et des émissions de gaz à effet de serre, particulièrement en regard des engagements qui seront négociés prochainement à Kyoto, que des moyens qui seront ultérieurement pris par le Canada pour réaliser ses engagements.
Effet de serre et changement climatique
Latmosphère est la serre naturelle de la terre. Elle agit comme les vitres dune serre en retenant la chaleur du soleil près de la surface de la terre. Leffet de serre permet donc de maintenir la température moyenne de la terre à environ 15 °C, sans quoi elle serait de -18 °C, rendant ainsi notre planète inhabitable. Ce sont principalement le gaz carbonique (CO2) et la vapeur deau présents dans latmosphère, ainsi que dans une moindre mesure loxyde dazote, le méthane, les chlorofluorocarbones (CFC) et lozone, qui absorbent lénergie du rayonnement solaire et créent ce quon appelle leffet de serre. Ces gaz, dits à effet de serre, sont dorigine naturelle et artificielle. Ils ont pour source les véhicules moteurs et les usines qui brûlent des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), les produits chimiques industriels et les engrais artificiels, la matière organique et les déchets qui se décomposent, les volcans, les incendies de forêt et la respiration des plantes et des animaux.
La théorie sur les gaz à effet de serre et le changement climatique stipule essentiellement quune augmentation des émissions de GES, en grande partie accélérée suite à lactivité humaine, résulte en un réchauffement du climat à léchelle de la planète. Le CO2, dont la principale source anthropique demeure la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel, est actuellement responsable de plus de 60 p. 100 de leffet de serre accéléré. Près de la moitié du CO2 dorigine humaine est capturée par les océans et la végétation terrestre, qui agissent en quelque sorte comme des puits de carbone, mais on estime que les niveaux dans latmosphère continuent daugmenter de plus de 10 p. 100 tous les 20 ans. Le méthane (CH4) contribue actuellement pour 15 à 20 p. 100 de leffet de serre accéléré. Ce gaz est toutefois moins persistant dans latmosphère que le gaz carbonique, ce qui réduit limportance relative de sa contribution au phénomène. Loxyde dazote, les chlorofluorocarbones et lozone troposphérique participent à lautre 20 p. 100 de leffet de serre accéléré.
Les études montrent donc que les niveaux démissions globales de tous les principaux gaz à effet de serre sélèvent en conséquence de lactivité humaine. Le niveau des futures émissions dépendra des tendances démographiques, économiques, technologiques et sociales à léchelle mondiale. Différents scénarios ont été élaborés pour étudier les conséquences dhypothèses particulières sur les tendances futures. La plupart des études tendent à indiquer quun scénario de non-intervention ou de stabilisation des émissions mondiales de gaz à effet de serre se traduirait par un accroissement rapide du niveau global de GES dans latmosphère, hausse qui serait en grande partie due à la croissance démographique et économique des pays en développement. Selon les estimations, les concentrations de CO2 préindustrielles pourraient doubler ou tripler dici 2100.
Nombres détudes ont aussi été menées à léchelle internationale et au Canada pour tenter de prévoir quels pourraient être les impacts environnementaux, sociaux et économiques dun changement climatique plus ou moins rapide. Bien que la controverse persiste en cette matière, les scientifiques et, plus particulièrement, les spécialistes en climatologie craignent quun accroissement continu des gaz à effet de serre dans latmosphère ne conduise à des changements climatiques importants qui perturberaient considérablement les écosystèmes naturels et la société humaine, notamment sils se produisaient rapidement ou par étapes brusques. Les experts croient que le réchauffement de la planète pourrait et peut déjà comporter les conséquences suivantes :
Quant au degré de réchauffement climatique qui pourrait sensuivre dune augmentation continue de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre, Environnement Canada conclut dans son examen de 1997 des rapports techniques et scientifiques récents quun doublement des niveaux de CO2 entraînerait une élévation de la température mondiale moyenne dau moins 0,98 °C. On pense quau cours du siècle écoulé cette température moyenne a déjà augmenté de 0,3 à 0,6 °C.
Les études et modélisations considérées comme sérieuses sont colligées et rigoureusement examinées par le Groupe intergouvernemental sur lévaluation du climat (GIEC), groupe dexperts internationaux mis sur pied en 1988 par lOrganisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Les évaluations du GIEC sont reconnues par plusieurs comme les plus approfondies et les plus équilibrées des connaissances disponibles sur la science du système climatique, des impacts probables et des dimensions socio-économiques du changement climatique. Un des témoins entendus par le Comité des ressources naturelles et des opérations gouvernementales dans le cadre de son étude a fait part des plus récentes observations faites au Canada et des évaluations conduites par le GIEC.
Lexpert canadien, associé au GIEC, a rapporté les éléments suivants devant le Comité :
Sur la base de ces observations, les quelque 2 000 scientifiques du GIEC ont conclu dans leur dernier rapport que, malgré les incertitudes qui persistent au plan scientifique, " le faisceau déléments disponibles suggère quil y a une influence perceptible de lhomme sur le climat global ".
Les analyses à caractère économique de la question du changement climatique ont généralement trait à deux aspects précis, soit les coûts économiques associés aux impacts appréhendés dun réchauffement accéléré de la planète, soit les coûts rattachés aux mesures de contrôle des émissions de gaz à effet de serre pour une économie comme celle du Canada, très dépendante dune utilisation intensive dénergie.
Aux yeux du Groupe de travail III du GIEC, qui sest penché sur les dimensions économiques et sociales du changement climatique, il apparaît justifié au plan économique d'agir pour atténuer les effets du changement climatique. Le risque dun dommage global net, les estimations des dommages appréhendés, ainsi que les coûts déjà associés à des événements catastrophiques potentiellement reliés au phénomène du changement climatique, semblent militer en faveur dune intervention énergique pour contrôler les émissions de gaz à effet de serre. De plus, le GIEC considère les avantages non climatiques pour lensemble de la société ou du pays, notamment en ce qui a trait aux avantages pour l'environnement et la santé liés à la réduction de la pollution atmosphérique.
Pour analyser les coûts de latténuation des gaz à effet de serre, les économistes ont développé deux types de modèles, les " modèles descendants " de léconomie déchelle élargie et les " modèles ascendants " qui intègrent des études plus détaillées des coûts dingénierie. Comme le Conference Board du Canada la souligné devant le Comité, les modèles descendants tendent à montrer que les coûts dune stabilisation des émissions de gaz à effet de serre pourraient représenter une réduction de 1,5 à 2,3 p. 100 du PIB du Canada en 2010. Une telle réduction du PIB pourrait se chiffrer en une perte économique de 18 à 28 miliards de dollars à léchéance de 2010.
Comme la aussi entendu le Comité, dautres intervenants critiquent les modèles descendants en raison du fait quils négligent dintégrer les gains économiques associés au développement de nouvelles technologies et à latténuation des effets sur l'environnement et la santé, ce que font à linverse les modèles ascendants. Des études basées sur ces modèles ont conclu que lutilisation de mesures defficacité énergétique et de conservation de lénergie pourrait réduire les émissions totales de gaz à effet de serre de 10 à 30 p. 100 à un coût minime ou nul pour léconomie. Certains économistes déplorent par contre que ces études nintègrent pas aussi bien que les modèles macro-économiques les interactions économiques mondiales, ni les répercussions des changements dans le commerce et les investissements internationaux. Ils prétendent en outre que les avantages découlant du développement technologique et de latténuation des effets sur l'environnement et la santé arrivent plus tard et sont habituellement moins sûrs.
Il nen demeure pas moins, comme le concluait IInstitut indépendant de recherche, que les prévisions relatives à lincidence sur léconomie dépendent énormément des hypothèses qui sous-tendent lanalyse et des moyens daction envisagés. En second lieu, il subsiste beaucoup dincertitudes, particulièrement en ce qui concerne la réaction des consommateurs et des industries à différentes mesures incitatives. Enfin, il reste beaucoup de recherches économiques à faire, sans parler des travaux scientifiques.
Certains témoins du secteur de lindustrie ont fait savoir au Comité quil devait tenir compte de la perspective canadienne sur cette question et ont soulevé un certain nombre de points importants, notamment :
Le Comité croit nécessaire, pour arriver à une approche équilibrée, de tenir compte entre autres de ces préoccupations, et recommande par conséquent :
Que le gouvernement fédéral, de concert avec ses partenaires les provinces, lindustrie et les organismes non gouvernementaux , sefforce datteindre les objectifs du Canada en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais quil prenne, ce faisant, toutes les mesures possibles pour atténuer au maximum limpact négatif que cela est susceptible davoir sur notre économie et notre compétitivité internationale.
De plus, à la lumière de ces témoignages sur limportance et la nécessité pour le Canada et la communauté internationale de bien cerner les impacts environnementaux, sociaux et économiques du changement climatique et de bien évaluer la portée des mesures de contrôle des émissions de gaz à effet de serre, le Comité des ressources naturelles et des opérations gouvernementales recommande :
Que le gouvernement fédéral, de concert avec les provinces, lindustrie, les ONG et tous les Canadiens, poursuive et appuie les recherches nécessaires à une meilleure compréhension et analyse du phénomène des changements climatiques, de leurs effets environnementaux et socio-économiques, et des coûts et avantages des mesures envisagées pour contrôler le niveau des émissions de gaz à effet de serre.
Sur la route de Kyoto : Bref historique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
La communauté scientifique internationale a reconnu que le changement climatique constituait un problème important dès 1979, lors de la première conférence mondiale sur le climat. Cette même année, on a mis sur pied le Programme climatologique mondial afin de promouvoir et coordonner la recherche internationale sur les processus climatiques planétaires et sur les incidences de la variabilité et du changement du climat. Huit ans plus tard, 24 pays ont signé le Protocole de Montréal, visant à éliminer les chlorofluorocarbones (CFC).
En 1988, le Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat sest réuni pour évaluer létat des connaissances scientifiques sur le changement climatique. Dans la même année, 46 pays se sont rencontrés à Toronto à la Conférence mondiale sur latmosphère en évolution où, pour la première fois, ils ont proposé une réduction des émissions de CO2. La deuxième conférence mondiale sur le climat, tenue en 1990, a permis de prendre connaissance du premier rapport dévaluation du Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat. Ce rapport a confirmé scientifiquement lexistence du changement climatique et a tracé la voie à lélaboration dune convention internationale.
La Convention-cadre sur le changement climatique a été adoptée en 1992, lors du Sommet de la Terre qui sest tenu à Rio de Janeiro sous les auspices des Nations Unies. Aujourdhui, 169 pays ont signé cette convention, qui vise la stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui préviendrait linterférence entre les activités humaines et le système climatique. Les Parties à la convention devaient par la suite déterminer un niveau de stabilisation des émissions de gaz à effet de serre, fixer un échéancier, élaborer des politiques efficaces et développer des technologies appropriées.
Lorganisation suprême de la convention est la Conférence des Parties (COP). La COP, dont le rôle est de promouvoir et dexaminer la mise en uvre de la convention, comprend tous les pays qui ont ratifié cette dernière. La première conférence des Parties (COP 1) à la Convention-cadre a eu lieu en 1995, à Berlin. Les participants y ont constaté que les engagements pris étaient insuffisants et cru opportun de négocier, entre autres, un protocole devant quantifier les engagements à réduire les émissions de gaz à effet de serre pour la période au-delà de lan 2000. Lobjectif initial était de faire adopter ces nouveaux engagements en 1997, lors de la COP 3, cest-à-dire celle devant avoir lieu à Kyoto, au Japon. La COP 2, tenue en 1996 à Genève, a permis dexaminer les progrès réalisés depuis la rencontre de Berlin, de revoir le processus des communications nationales et dendosser le deuxième rapport du Groupe intergouvernemental dexperts sur lévolution du climat.
La troisième conférence des Parties aura lieu du 1er au 10 décembre 1997, à Kyoto. Elle a comme objectifs dadopter les résultats du mandat de Berlin et de réexaminer les processus de communications nationales, ainsi que lintervention internationale face au changement climatique. Elle doit également conduire à ladoption dun instrument légal engageant les pays industrialisés à limiter les émissions de gaz à effet de serre après lan 2000, ce qui aux yeux de tous représente le défi ultime des négociations entre les pays industrialisés et ceux dont léconomie est en rapide expansion.
Le bilan international et canadien en matière de contrôle des émissions de gaz à effet de serre
Cinq années se sont presque écoulées depuis la ratification de la Convention-cadre sur le changement climatique. Les pays signataires ont pu mettre en place des politiques et mesures visant à contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre. On constate aujourdhui que la majorité des pays qui sétaient engagés à stabiliser leurs émissions au niveau de 1990 dici lan 2000 nont pas réussi à atteindre cet objectif.
Le Secrétariat de la Convention-cadre sur le changement climatique estime que, parmi les pays développés, les États-Unis, le Japon et le Canada sont responsables de 85 p. 100 de laugmentation des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 1995. Durant cette même période, la Russie, lAllemagne, la Pologne, le Royaume-Uni, la République Tchèque, la Bulgarie et lEstonie ont diminué leur niveau respectif démissions, pendant que quatorze autres pays tous du continent européen ont stabilisé leurs émissions à plus ou moins 1 p. 100 du niveau de 1990. Il importe toutefois de mentionner quune bonne proportion de ces réductions dans les émissions sont intervenues dans des pays qui ont dû démanteler une grande partie de leur vieille infrastructure industrielle très polluante, par exemple dans lex-Allemagne de lEst et lex-URSS.
On rapporte par ailleurs que les pays développés signataires de lannexe 1 de la Convention, incluant le Canada, ont réussi globalement à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 p. 100 par rapport à lobjectif initial de stabilisation au niveau de 1990 dici lan 2000. Le Comité des ressources naturelles et des opérations gouvernementales reconnaît que les émissions du Canada en lan 2000 dépasseront de 8 à 13 p. 100 selon les évaluations le niveau de 1990, mais il se réjouit de la performance globale de ces pays dont fait partie le Canada. Le Comité croit que cette situation illustre la difficulté de fixer des objectifs communs et identiques à tous les pays, voire à toutes les régions (ou provinces) dun vaste pays comme le Canada. Bien quil soit nécessaire daborder la question du changement climatique avec une approche globale, il y a probablement aussi lieu de le faire dans une optique de différenciation des régions dun pays ou des pays entre eux en fonction de leurs caractéristiques respectives.
Lanalyse de la performance canadienne indique fort bien à quel point les caractéristiques géographiques et socio-économiques dun pays jouent un rôle de premier plan dans la capacité de celui-ci à stabiliser ou réduire ses émissions de gaz à effet de serre sur une période de temps relativement courte. Comme lont relevé certains témoins devant le Comité, la performance économique du Canada au cours des dernières années, couplée à la croissance démographique, ont rendu bien difficile la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990. Sans cette forte croissance et en se basant sur une autre année de référence par exemple 1988 au lieu de 1990 peut-être le Canada aurait-il réalisé ses engagements.
La récente position des ministres canadiens de lÉnergie et de l'Environnement insiste sur limportance de respecter les particularités régionales et de tenir compte de la compétitivité du Canada à léchelle internationale dans la détermination de leffort canadien. Plusieurs témoins comparaissant devant le Comité ont aussi fait valoir ce point de vue et ont insisté sur le fait que lannée de référence 1990 savérait un fort mauvais choix pour le Canada. De fait, le pays entrait à ce moment dans une très grave récession économique et affichait donc un niveau démission de gaz à effet de serre plus bas quen forte période de croissance économique, comme en 1987 et 1988 par exemple. Certains vont même jusqu'à dire que le Canada devrait profiter des négociations de Kyoto pour remettre en question le choix de 1990 comme année de référence pour la stabilisation ou la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Outre la forte croissance démographique et économique qua connue le Canada, le Comité est davis, comme plusieurs témoins quil a entendus, que les caractéristiques de léconomie et de la structure industrielle du Canada devraient être prises en compte dans lévaluation de sa capacité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Léconomie canadienne est en effet grandement dépendante des exportations et la structure industrielle demeure très intensive au plan énergétique. Plusieurs donnent lexemple des exportations canadiennes de gaz naturel à destination des États-Unis qui peuvent remplacer lutilisation du charbon et du mazout dans la production délectricité et ainsi permettre à notre partenaire commercial de réduire ses propres émissions de gaz à effet de serre.
Sur la base des témoignages quil a entendus sur ce sujet, le Comité recommande :
Que, lors des négociations de Kyoto, le gouvernement du Canada fasse valoir et reconnaître les caractéristiques particulières du Canada et de son économie basée sur lexportation qui ont un effet sur les émissions de gaz à effet de serre, et que l'on prévoie des mesures pour créditer les pays exportateurs d'énergie, comme le Canada, au titre des réductions d'émissions faites dans les pays importateurs et attribuables à leurs exportations d'énergie.
Bien dautres particularités du Canada doivent aussi être prises en considération lorsque vient le temps dévaluer sa performance et de déterminer les moyens les plus appropriés pour contrôler les émissions de gaz à effet de serre. Le Comité a été particulièrement intéressé par toute la question entourant le rôle de la vaste forêt canadienne en tant que réservoir de carbone. Outre la capacité de celle-ci à assimiler le carbone pendant la période de croissance des arbres, il ne faut pas négliger non plus le mérite des produits transformés du bois demmagasiner le carbone pendant des décennies, sinon des siècles. Le Comité a saisi toute limportance de tenir compte du cycle de vie entier dun produit lorsque vient le temps de faire des choix sur le plan énergétique, sans quoi il demeure toujours le risque quune mesure déconomie ou defficience énergétique soit aussitôt annihilée par une dépense dénergie dans le même secteur dactivité ou dans un secteur voisin. À cet égard, la façon dont le Canada utilise et gère ses immenses ressources forestières constitue un élément fondamental dune analyse holistique de toute la question du changement climatique dans une perspective canadienne.
De plus, après avoir entendu de nombreux témoins du secteur canadien de lénergie, le Comité est convaincu de limportance pour le Canada de se ménager toute la marge de manoeuvre nécessaire pour conserver son approvisionnement énergétique diversifié. Il recommande donc :
Que toutes les négociations soient menées par le gouvernement fédéral avec l'objectif global de ménager au Canada la marge de manoeuvre dont il a besoin pour sassurer à long terme un approvisionnement énergétique diversifié dans un cadre équilibré et garantir que toutes ses ressources naturelles feront lobjet dune utilisation continue et judicieuse.
Lengagement du Canada : lavant et laprès Kyoto
Malgré les divergences de vue sur lampleur du phénomène des changements climatiques et sur limportance des contributions anthropiques, certaines associations industrielles ont affirmé quil demeurait souhaitable que la communauté mondiale agisse plus tôt que trop tard pour contrôler les émissions de gaz à effet de serre. Le Comité a tendance à être daccord avec un tel point de vue et à se ranger du côté des principes de précaution et de prévention au lieu dattendre à plus tard pour réagir à un problème dont on peut difficilement juger de la réversibilité.
Le Comité interprète la position récente des ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux de lÉnergie et de lEnvironnement, intervenue à Régina le 12 novembre dernier, dans le sens de la nécessité dagir dans le domaine des émissions de gaz à effet de serre. Le Comité croit aussi que le changement climatique représente un problème réel auquel toute la communauté internationale doit sattaquer de façon diligente et urgente.
Quels que soient la position du Canada et les résultats des négociations lors de la conférence de Kyoto, le Comité croit fermement que ce dernier doit tout mettre en uvre pour encourager et soutenir les mesures susceptibles de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre dici 2010, dans le sens de lentente intervenue entre les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux de lÉnergie et de lEnvironnement. Autrement, le Comité craint que le Canada manque de belles opportunités de développement technologique et, par le fait même, économique. Les efforts du Canada doivent porter particulièrement sur lefficience énergétique dans tous les secteurs dactivité et de développement.
Le Comité recommande donc :
Que le gouvernement fédéral mette en uvre ses propres décisions et incite ses partenaires à prendre les mesures nécessaires pour stabiliser les émissions canadiennes de gaz à effet de serre au niveau de 1990 dici 2010, conformément à lentente intervenue récemment entre les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux de lÉnergie et de lEnvironnement.
Le Comité convient avec certains des témoins quil a entendus quil nappartient pas seulement à lindustrie de consentir les efforts nécessaires à la stabilisation ou la réduction des émissions canadiennes de gaz à effet de serre. Au contraire, le Comité croit fermement quil sagit de la responsabilité de tous les Canadiens et toutes les Canadiennes, que ce soit à titre dindividus et de consommateurs ou en tant quacteurs dans un secteur particulier dactivités, de contribuer à la réalisation des objectifs que se donnera le Canada dans la foulée de la Conférence de Kyoto. Le Comité ne pourrait par ailleurs trop insister sur limportance des actions tant individuelles que collectives. De fait, il appartient à chaque consommateur ou chef d'entreprise canadien de poser les gestes appropriés pour faire en sorte que le Canada concrétise ses engagements.
Le Comité recommande :
Que le gouvernement fédéral accentue ses efforts de sensibilisation de la population canadienne, à tous les niveaux dactivités, quant à lampleur du phénomène des changements climatiques et à lurgente nécessité dagir collectivement et individuellement pour stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au Canada dici 2010. À cet effet, le gouvernement doit aussi développer des mesures simples de suivi des progrès fait au Canada et les communiquer au public sur une base régulière.
Depuis que le Canada sest engagé à stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre au début des années 1990, il a mis en place une série de mesures allant en ce sens. Les principales initiatives menées par Ressources naturelles Canada pour réduire les émissions canadiennes sont :
climatologie.
Quoi quen disent plusieurs, les mesures volontaires ont permis à la grande industrie daméliorer leur performance aux plans énergétique et environnemental. Le Comité a été à même de constater que des progrès intéressants ont été accomplis notamment dans les secteurs amont et aval de lindustrie pétrolière, dans lindustrie des produits chimiques et dans le secteur forestier. Nul doute que beaucoup reste encore à faire au chapitre des mesures volontaires puisque, selon les estimations de Ressources naturelles Canada, les émissions canadiennes dépasseront le niveau de 1990 par 8,2 p. 100 en lan 2000 et par 18,6 p. 100 en 2010 si lon maintient les initiatives courantes.
Ressources naturelles Canada prévoit que même si les initiatives existantes parviennent à contenir la croissance des émissions, elles seront de loin insuffisantes pour permettre au Canada de réaliser son engagement de stabiliser les émissions au niveau de 1990 en 2010. Le défi sera de taille si lon considère quil faudra, selon les estimations actuelles, trouver le moyen déliminer 105 mégatonnes déquivalent CO2 supplémentaires sur les 171 mégatonnes que le Canada émettra au-delà du niveau de 1990 en lan 2010.
Le Comité croit que les mesures volontaires doivent continuer de jouer un rôle de premier plan dans la prochaine stratégie canadienne de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il estime par ailleurs quil faut étudier attentivement toute la panoplie dinstruments économiques susceptibles de permettre au Canada datteindre ses objectifs. Une attention particulière devrait par exemple être accordée aux permis démissions, mécanisme utilisé avec succès aux États-Unis pour contrôler les émissions de soufre.
Toutefois, comme lont souligné certains témoins, le succès du Canada à rencontrer ses engagements dépendra grandement de sa capacité à déterminer le plus consciencieusement possible quelle combinaison de règlements, doutils économiques et de programmes volontaires sera la mieux à même dy parvenir en respectant léchéancier. Il faudra aussi déterminer de quelle façon et à quel moment cette combinaison de mesures sera appliquée. Pour plusieurs, lautre élément clé de ce succès se situe au chapitre des mesures incitatives que pourra mettre en place le gouvernement fédéral pour faire en sorte que tous les Canadiens et toutes les Canadiennes sengagent véritablement sur la voie du changement.
Le Comité recommande donc :
Que le gouvernement fédéral entreprenne une évaluation exhaustive de son programme dactions volontaires et de tous les autres mécanismes et instruments économiques appropriés pouvant être mis à contribution afin d'élaborer les politiques voulues et de gagner l'adhésion des intervenants de manière à atteindre son objectif, soit la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre d'ici l'an 2010.
Plusieurs témoins entendus par le Comité considèrent quil faudra principalement compter sur les technologies existantes pour stabiliser ou réduire les émissions canadiennes de gaz à effet de serre dici 2010. Cest au-delà de cet échéancier que les nouvelles technologies pourront probablement prendre la relève dans la lutte internationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Un spécialiste des sources dénergie renouvelable a insisté sur le potentiel réel des énergies alternatives comme lénergie éolienne et les carburants tel que léthanol, dans la mesure où ce dernier nest pas produit avec le maïs mais plutôt à partir de la biomasse végétale ou forestière. Dans le domaine de lautomobile, plusieurs fondent beaucoup despoir sur lamélioration encore possible de lefficience énergétique du moteur à combustion interne et sur les moteurs hybrides, davantage même que sur la voiture toute électrique.
Autant est-il nécessaire de poursuivre et daccélérer la recherche et le développement de la nouvelle technologie, autant est-il urgent de promouvoir la technologie existante la plus performante et de la rendre abordable à tous les utilisateurs potentiels, que ce soit pour le consommateur ou lindustrie. Le Comité se réjouit des mesures fiscales qua mises en place le ministre des Finances au cours des dernières années pour encourager, notamment, le développement des sources alternatives dénergie. Aux yeux du Comité, voilà un rôle de premier plan que doit assumer le gouvernement fédéral. Le Comité recommande donc :
Que le gouvernement fédéral fasse linventaire des technologies existantes les mieux à même de contribuer à la stabilisation ou la diminution des émissions canadiennes de gaz à effet de serre; quil élabore les mesures incitatives qui les rendront abordables tant pour les consommateurs que pour lindustrie; quil fasse la promotion du savoir-faire canadien en matière de développement scientifique et technologique; et qu'il entame sans tarder le dialogue avec les provinces afin de définir les obstacles qui entravent l'application rapide des technologies existantes (c'est-à-dire les processus d'approbation et d'autres facteurs de discussion).
Bien quil nait pas reçu beaucoup de témoignages sur la structure organisationnelle mise en place par le gouvernement fédéral pour gérer la question du changement climatique au Canada, le Comité des ressources naturelles et des opérations gouvernementales estime quil sagit dun élément crucial de la démarche canadienne en cette matière. Il craint que les intervenants clés soient trop dispersés au sein de lappareil gouvernemental, au détriment des efforts faits par le Canada pour atteindre ses objectifs. Le Comité estime quil est indispensable que le gouvernement revoit en profondeur sa mécanique actuelle de gestion de la problématique du changement climatique et quil apporte les modifications qui lui permettront daccomplir sa tâche de la manière la plus efficace possible. Les options sont probablement nombreuses, mais le Comité croit quil serait opportun dexaminer la possibilité de créer une sorte de secrétariat central sur le changement climatique, un peu comme ils en existent déjà au sein de lappareil fédéral relativement à dautres questions spécifiques. Le Comité recommande à cet effet :
Que le gouvernement fédéral entreprenne sans tarder lexamen approfondi de la structure actuelle de gestion de la question du changement climatique au sein de lappareil fédéral et quil apporte les modifications nécessaires pour que sa démarche soit la plus efficace possible.
Aux yeux du Comité, la troisième Conférence des parties qui se tiendra à Kyoto au Japon ne représente pas une finalité en soi, mais constitue une étape cruciale pour le Canada et la communauté internationale dans la démarche commune vers le développement durable. Il sera de la responsabilité de tous les protagonistes de faire en sorte que les engagements pris à Kyoto se réalisent selon les échéanciers prévus.
Après sêtre longuement penché sur la nature et la portée du problème des gaz à effet de serre et du changement climatique, le temps est venu de trouver les moyens efficaces, tant au plan environnemental quéconomique, pour que le Canada stabilise ses émissions dici lan 2010, comme il sy est engagé. Le Comité permanent des ressources naturelles et des opérations gouvernementales croit fermement que le Canada possède tous les atouts nécessaires au plan scientifique et technique pour réaliser ses objectifs.
Le Comité est davis que le changement climatique est un problème mondial qui nécessite une intervention internationale à long terme et qui exigera des modifications comportementales de la part de tous les secteurs de la société et de tous les pays. Voilà le défi que tous les Canadiens et toutes les Canadiennes doivent relever ensemble. Il leur appartient de faire en sorte que le Canada demeure le leader quil a toujours été en matière denvironnement et de développement durable sur la scène internationale.