Je suis honoré de votre invitation et c'est avec grand plaisir que je l'ai
acceptée.
Je tiens à souligner dès le départ qu'en qualité de Premier ministre du
Canada, j'accorde la plus haute priorité à l'établissement de bonnes
relations entre mon pays et le vôtre.
Le président Kennedy a un jour décrit ainsi la relation entre le Canada et
les États-Unis: "La géographie a fait de nous des voisins; l'histoire, des
amis; l'économie, des partenaires; et la nécessité, des alliés".
Mon gouvernement vient tout juste d'engager le pays dans une nouvelle
direction qui, à mon avis, insufflera aux Canadiens un nouveau sentiment
d'identité nationale, permettra de nouveau au Canada de jouer un rôle
dynamique au sein de la collectivité internationale et remettra fermement
son économie sur la voie de la relance.
Ce soir, j'aimerais vous entretenir de cette nouvelle orientation et vous
faire part de nos buts et de nos espoirs au Canada.
J'ai la conviction que l'objectif fondamental auquel nous devons viser en
tant qu'amis et partenaires est d'améliorer et de renforcer les avantages
mutuels qui découlent de nos relations.
Pour y arriver, nous devons réduire au minimum les conflits, éliminer les
sources de friction inutiles et entretenir des liens sains et vigoureux
fondés sur la compréhension mutuelle, des échanges de vues constants
et ouverts et le respect de nos besoins et intérêts respectifs.
En 1983, lors du congrès national où j'ai été élu chef de mon parti, et au
cours de la campagne qui l'a précédé, je me suis engagé à rétablir cette
relation spéciale de confiance avec les États-Unis et tous nos alliés.
J'ai aussi réaffirmé à maintes reprises, pendant la dernière campagne
électorale, mon intention de restaurer l'harmonie et la coopération avec
les États-Unis.
Le mois dernier, à la reprise des travaux du Parlement, le Gouverneur
général soulignait dans le discours du trône l'importance de cette
relation pour la sécurité et la prospérité du Canada et précisait qu'elle se
fonde sur les valeurs que partagent nos deux peuples et sur cette grande
confiance qui règne entre eux.
Aux yeux de certains Canadiens, pareilles déclarations sont des
marques de servilité. De simples gestes d'amitié sont tournés en ridicule
parce qu'ils sont automatiquement associés à une perte de
souveraineté. Mais sachez que dans l'ensemble, les canadiens ne sont
pas impressionnés par ce genre de réaction.
Les déclarations de mon gouvernement à cet égard ont reçu l'appui
général de la population du Canada qui, avec force et maturité, a fait
savoir qu'elle tenait à l'existence d'une relation privilégiée entre le
Canada et les États-Unis, comme cela convient entre des amis
véritables et des alliés sûrs.
Notre objectif est noble et la voie à suivre toute tracée: deux
démocraties souveraines qui partagent le même continent ont beaucoup
à retirer l'une de l'autre et plus encore, ont beaucoup en commun qui
servira à favoriser la cause d'une paix durable dans le monde.
Étant donné l'immensité des États-Unis et leur influence considérable, il
importe que le gouvernement du Canada se montre toujours vigilant afin
de protéger son intégrité et ses intérêts.
Mon gouvernement veillera à enrichir la souveraineté et l'indépendance
du Canada en tout temps et en toutes circonstances. Il le fera avec
fermeté et résolution mais sans malveillance car il est convaincu qu'un
Canada fort peut mieux contribuer à promouvoir l'équité dans le monde.
Au cours des deux excellents entretiens que j'ai eus avec lui, le
Président Reagan s'est montré très chaleureux à l'endroit du Canada et
a fait preuve d'une grande compréhension de nos problèmes.
I1 a souligné avec justesse les avantages énormes que nos deux pays
peuvent tirer d'une solide association, et il a déclaré que son
administration s'engageait à résoudre bon nombre des différends qui
perturbent nos relations.
Beaucoup de citoyens américains connaissent les similitudes entre nos
deux pays: un patrimoine commun fondé sur la liberté individuelle, les
mêmes valeurs démocratiques de liberté et de justice; des multiples
liens commerciaux; et le partage d'un immense continent, séparé par
une frontière ouverte et non défendue.
Aujourd'hui, la meilleure mesure de notre relation est l'ampleur de nos
échanges commerciaux en matière d'investissement, de commerce,
d'échanges technologiques.
Après tout, le Canada représente presque le cinquième de votre marché
d'exportation. Il est le principal partenaire commercial des États-Unis, et
les États-Unis constituent le plus important marché pour les biens,
services et investissements canadiens.
En 1983, la valeur totale des échanges entre le Canada et les États-Unis
a dépassé 90 milliards de dollars américains. Cela représente au
dessus de 27 milliards de dollars de plus que la valeur de votre
commerce avec le Japon.
En 1984, les échanges commerciaux entre nos deux pays dépasseront
probablement 110 milliards de dollars U.S.
En fait, vos échanges commerciaux avec le Canada en 1983 ont
dépassé de presque 34 milliards de dollars américains ceux que vous
avez eus avec l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.
Pour situer la question dans un contexte différent, précisons que le
Canada est le principal partenaire commercial des États-Unis, et que le
deuxième n'est ni le Japon ni l'Allemagne, mais bien l 'Ontario, une
province du Canada.
Le rétablissement de bonnes et solides relations entre nos deux pays
constitue clairement une priorité de premier plan.
Cette relation, qui couvre 170 années de paix ininterrompue, un nombre
incalculable de milliards de dollars consacrés aux échanges
commerciaux et aux investissements bilatéraux, et des ententes
réciproques touchant une multitude de sujets, constitue aux yeux du
monde une preuve indéniable d'une relation dynamique et mutuellement
productive.
À tous ceux qui cherchent la définition d'une association pacifique entre
nations à ceuxlà je dis ne cherchez pas plus loin il est peu probable
que vous trouviez ailleurs un meilleur exemple que celui qu'offre le récit
tout simple de l'amitié et de la prospérité qui a marqué l'évolution de nos
deux pays.
Mais comment devons-nous administrer nos affaires bilatérales ?
J'ai proposé plusieurs initiatives, tant au Président Reagan qu'à ses
collègues du cabinet. La plus importante de celles-ci consiste en des
rencontres annuelles entre le Président des États-Unis et le Premier
ministre du Canada un processus déjà bien engagé. Quant a moi, j'ai
rendu visite au Président Reagan peu après avoir été élu Premier
ministre. Je suis heureux d'annoncer ce soir que le Président Reagan a
accepté mon invitation d'effectuer une visite de travail au Canada en
mars 1985.
Deuxièmement, des réunions régulières entre ministres détenant des
portefeuilles importants, qui se tiendraient alternativement aux
États-Unis et au Canada.
Troisièmement, nous souhaitons la tenue plus fréquente de réunions
bilatérales entre représentants du Congrès et au Parlement afin d'y
aborder une plus grande gamme de sujets d'intérêt commun, allant des
importations d'acier aux pluies acides.
Quatrièmement, de nos gouvernements provinciaux peuvent et devraient
rencontrer plus fréquemment leurs homologues des États voisins.
En outre, diverses propositions ont été mises de l'avant en vue d'adopter
des mécanismes institutionnels qui permettraient de faire enquête sur
les différends bilatéraux, de les analyser et de les résoudre, dans un
cadre qui pourrait s'inspirer de la Commission mixte internationale.
Ces initiatives méritent qu'on s'y arrête. Mais cela ne veut pas dire que
notre participation aux affaires internationales se fera dans une
perspective étroite ou exclusive.
Au contraire, que ce soit en matière de libéralisation du commerce, de
défense, de désarmement ou de développement international, nous
attachons une grande importance au rôle que nous pouvons jouer au
sein d'institutions multilatérales solides. Nous croyons que c'est par
l'entremise de ces institutions que nous pourrons le mieux exercer une
influence constructive sur la scène internationale
Le Canada a connu de profonds changements au cours de la dernière
décennie et ses citoyens viennent de traverser une période difficile de
leur histoire. Mais aujourd'hui, la population canadienne a repris
confiance en elle-même en tant que collectivité.
Dans toutes les régions du pays les citoyens sont persuadés que leur
avenir dépend de la mise en commun de leurs efforts. Ils se sont servis
du pouvoir de leurs votes pour exprimer leur ferme désir que cesse le jeu
des affrontements dans nos relations politiques internes. Ils ont voté en
faveur d'une nouvelle ère de conciliation et de coopération.
Les Canadiens voulaient que soit résolue l'impasse avec Terre-Neuve
au sujet du pétrole et du gaz au large de ses côtes. Celle-ci est en train
de se résoudre. Les Canadiens voulaient que l'Ouest ait voix entière au
chapitre, au sein de la Confédération. Cette voix , il l'a maintenant.
Jeudi dernier, j'ai eu une réunion importante avec le Premier ministre
Levesque à Québec. Au cours de la dernière élection, la population du
Québec a appuyé massivement notre programme de réconciliation
nationale et de renouveau économique. Je puis vous dire qu'il y a une
nouvelle attitude dans cette province. La population québécoise veut
s'assurer qu'elle joue maintenant un rôle plein et entier et sans
équivoque dans les affaires du Canada.
J'aimerais vous dire quelques mots sur l'état dans lequel nous avons
trouvé les finances du Canada au lendemain du scrutin du 4 septembre.
Nous avons constaté que le déficit fédéral de l'année financière en cours
devait atteindre les 34,5 milliards de dollars. Nous nous sommes rendu
compte, de plus, que même en supposant un taux de croissance
raisonnable, le déficit annuel continuerait d'osciller entre 34 et 38
milliards de dollars jusqu'à la fin de la décennie, ce qui rendrait plus
accablant encore le fardeau de notre dette.
Permettez que je situe ces données dans une autre perspective. En
1967, année du centenaire du Canada, la répartition de l'endettement
national représentait 4 000 dollars par famille. Dix-sept ans plus tard, ce
montant est passé à 24 000 dollars par famille et, d'ici 1990-c'est-à-dire
dans cinq ans a peine-si nous n'y prenons garde, la dette publique
représentera 54 000 dollars en moyenne par famille.
Et nous avons hérité aussi d'une économie qui avait mis un million et
demi de Canadiens en chômage. I1 n'y a pas de tragédie plus
démoralisante que celle de gens incapables de se trouver du travail
rémunérateur. Mon gouvernement considère la création d'emplois
comme étant sa priorité absolue, un impératif moral.
Point n'est besoin de m'attarder sur les politiques qui ont abouti à une
situation aussi déplorable. Qu'il suffise de souligner qu'à l'époque où les
économies du monde devenaient interdépendantes, le Canada
pratiquait l'isolationisme et l'interventionnisme. Le gouvernement s'est
engagé sur cette voie onéreuse en 1974, en mettant sur pied l'Agence
d'examen de l'investissement étranger et, en 1981, le Programme
énergétique national. De telles initiatives allaient à l'encontre de notre
histoire qui nous avait enseigné que l'accès libre et sans entraves aux
marchés mondiaux était la clé d'une croissance économique forte et
dynamique au Canada.
Ces initiatives traduisaient le principe douteux voulant que la
réglementation imposée par les hommes politiques et les fonctionnaires
soit préférable aux décisions des particuliers et des firmes qui se font
concurrence sur le marché international.
À l'époque où le Canada pratiquait l'isolationisme économique, il prenait
des mesures qui portaient nos amis et alliés à mettre en doute le sérieux
de nos engagements internationaux. Notre appui à l'Alliance atlantique
s'est rétréci comme peau de chagrin de sorte qu'aujourd'hui, seul le
Luxembourg contribue un montant moindre, par habitant, que le Canada.
Nous nous sommes trouvés dans la situation où nos Forces armées
comptaient plus de cuisiniers que de combattants.
Ce sont là les raisons principales pour lesquelles mon gouvernement
tient tellement à refaire l'image du pays à l'étranger en démontrant que le
Canada est:
un pays libre, tolérant et indépendant,
un partenaire commercial fiable,
un pays qui fait bon accueil aux investissements et où on peut faire
de bonnes affaires,
une nation qui croît fermement à la valeur de l'esprit d'entreprise,
et qui respecte les engagements qui la lient à ses alliés.
Mon gouvernement a entrepris de donner une nouvelle orientation à
l'économie canadienne. À cette fin, il s'est fixé quatre objectifs, qui
engagent aussi la population canadienne.
Notre premier objectif, et celui que nous voulons atteindre dans les
meilleurs délais, est le rétablissement de la responsabilité financière du
gouvernement fédéral. Le déficit croît, d'année en année, depuis dix ans;
ainsi la dette nationale progresse beaucoup plus rapidement que
l'économie. La croissance ne corrigera pas d'elle-même le déséquilibre
entre les recettes et les dépenses.
Le retour à la responsabilité financière supposera des choix difficiles.
Nous nous sommes déjà attaqués à ce problème. Deux mois à peine
après avoir pris les rênes du gouvernement, nous avons pu annoncer
une réduction des dépenses et des mesures d'augmentation des
recettes de l'ordre de 4 milliards de dollars, sur un budget annuel de 100
milliards de dollars. Le mécanisme est désormais enclenché.
Notre stratégie de relance économique vise en second lieu à redéfinir le
rôle du gouvernement.
Traditionnellement, notre gouvernement a pris une part beaucoup plus
active au développement du pays que ce ne fut le cas chez vous. Qu'il
s'agisse de construction de chemins de fer, de radiotélévision ou du
développement de ressources hydroélectriques, le gouvernement du
Canada s'est toujours senti obligé de prêter mainforte. Dans
l'ensemble, son intervention passée a été un élément positif de notre vie
nationale.
Mais aujourd'hui, le gouvernement occupe une place beaucoup trop
grande dans 1'économie. Ses interventions tentaculaires ont pour effet
de fausser les mécanismes du marché et d'inhiber l'esprit d'entreprise.
Certaines industries sont surréglementées, d'autres sont surprotégées.
Un ensemble complexe de règlements, de subventions et d'autres
formes d'intervention s'est tissé au fil des ans, au point de devenir un
obstacle majeur au changement et à la croissance dans le secteur privé.
Pour remettre l'économie sur ses rails, il faut adopter une démarche
propre à favoriser l'esprit d'entreprise, l'acceptation du risque, l
'adaptation au changement rendue nécessaire par les exigences de
nouveaux débouchés et de nouvelles techniques.
Le troisième volet de notre stratégie consiste à adopter des politiques
qui encouragent l'investissement, l'innovation et une plus grande
compétitivité sur les marchés étrangers. Les investissements contribuent
directement à améliorer la production et la croissance de l'emploi. Ils
sont essentiels si l'on veut que notre secteur des affaires s'adapte
rapidement aux nouvelles techniques et aux exigences des nouveaux
marchés. Si nous voulons réussir sur les marchés internationaux, il nous
faut innover encore plus, intensifier notre production et devenir plus
compétitifs.
Enfin, les changements que nous proposons ont un impact direct sur les
structures économiques, sociales et politiques du pays. La relance
économique doit être fondée sur un consensus national, et mon
gouvernement a la ferme intention d'associer à son projet les provinces,
les syndicats, les entreprises et tous ceux qui permettent à notre société
de progresser; et il y parviendra.
Je voudrais parler maintenant des trois aspects de notre stratégie de
relance économique qui influent directement sur nos relations avec les
États-Unis, soit le commerce, l'investissement étranger et l'énergie.
Le commerce est vital pour le Canada. Et c'est notre intention de
renforcer la réputation du Canada comme partenaire commercial de tout
premier ordre.
Nous nous proposons d'examiner attentivement tous les programmes et
politiques du gouvernement fédéral afin de cerner les meilleurs moyens
de favoriser l'accès de notre industrie à des débouchés sûrs. Le
protectionnisme est notre ennemi commun. À long terme, les tendances
protectionnistes, aux États-Unis, au Canada et ailleurs, auraient pour
effet de contrer la tendance à la libéralisation des échanges entre États.
À court terme, la restriction des échanges commerciaux réduit les
perspectives de croissance réelle, tant dans les pays industrialisés que
dans les pays en développement. Les incidences sur ces derniers sont
plus inquiétantes encore et elles pourraient gravement compromettre les
marchés financiers internationaux.
Votre Président s'est engagé à respecter la liberté des échanges, et je
m'associe à cet engagement. La politique commerciale du Canada est
axée sur l'instauration d'un système économique ouvert, et mon
gouvernement continuera d'oeuvrer au sein des organismes
multilatéraux à l'abolition des barrières qui entravent le commerce
international.
Le protectionnisme est un obstacle sérieux à la relance économique et à
la stabilité internationale. Il faut qu'on s'y oppose tant au Congrès des
États-Unis qu'au Parlement au Canada.
Mon gouvernement a signifié son intention de s'attaquer à ces
problèmes, à leurs incidences pour le Canada, dans des documents qui
seront publics au cours des prochains mois. Les Canadiens seront
appelés sous peu à faire des choix politiques importants, même
historiques: ces choix feront l'objet d'un débat public sous l'égide du
gouvernement.
La maturité et l'assurance des Canadiens nous permettent maintenant
d'aborder ces problèmes de façon réaliste et d'envisager des solutions,
alors qu'il y a quelques années, un tel processus aurait provoqué des
réactions émotionnelles rendant difficile toute discussion rationnelle.
Cela est particulièrement vrai de nos relations avec les États-Unis.
Les États-Unis ont été et continuent d'être le principal importateur de
produits canadiens. D'ici 1987, environ 80% des exportations
canadiennes y entreront en franchise.
Cependant, il subsiste des barrières tarifaires importantes ainsi qu'un
nombre croissant de mesures non tarifaires qui font obstacle au
commerce bilatéral. Les dispositions incitant vos compatriotes à acheter
les produits américains en sont un exemple.
Au nombre des propositions présentées en vue d'abolir ces barrières, il
y a les arrangements commerciaux sectoriels, une série de
recommandations du secteur privé en vue d'activer le commerce et
l'accès assuré aux marchés. Celles-ci seront toutes prises en
considération.
Notre souci d'examiner tous les moyens possibles de resserrer nos liens
de coopération économique avec notre principal partenaire commercial
découle d'une estimation prudente et pratique, qui nous a permis de
conclure que cette voie était la meilleure pour atteindre les objectifs
commerciaux essentiels au développement économique du Canada.
Nous voulons conclure des ententes commerciales qui nous donnent, de
façon équitable, un accès assuré au marché américain, un accès qui
puisse échapper aux initiatives prises pour régler des problèmes avec
d'autres pays mais qui nuisent, par ricochet, aux entreprises
canadiennes.
Notre situation de pays nord-américain est source de force. Nous
sommes une nation assez mûre et assez sûre d'elle-même pour
reconnaître cette réalité et être fière de la relation d'amitié qu'elle
entretient avec un voisin aussi puissant que les États-Unis.
Nous adressons aux investisseurs étrangers le même message qu'à nos
partenaires commerciaux : une économie mondiale plus ouverte et dont
les éléments sont plus interdépendants ne peut que servir les intérêts du
Canada et de tous les pays.
Nous désirons un environnement propice à la croissance dynamique du
commerce, des investissements et du développement à l'échelle
mondiale. Pour notre part, notre première démarche en vue de favoriser
l'instauration d'un tel climat sera de remplacer l'Agence d'examen de
l'investissement étranger. En fait, mon gouvernement vient tout juste de
présenter un projet de loi visant à abolir l'AEIE et à créer un nouvel
organisme, appelé Investissement Canada, dont le mandat sera
d'encourager et de faciliter les investissements au Canada. Seuls seront
examinés les projets d'investissement étrangers susceptibles d'avoir
des répercussions majeures sur l'économie nationale. En vertu de la
nouvelle loi, les investissements en vue d'établir de nouvelles entreprises
au Canada ne seront pas assujettis à un examen, sauf dans quelques
rares exceptions.
Investissement Canada poursuivra deux objectifs opérationnels
fondamentaux: en premier lieu, faciliter les investissements au Canada,
et en second lieu, limiter les interventions gouvernementales en matières
d'investissements étrangers.
Notre message est clair: le Canada se relance en affaires. Le
gouvernement est là pour aider le secteur privé à créer la prospérité et
les nouveaux emplois dont le Canada a besoin, et non pour l'en
empêcher, et je puis vous donner l'assurance du gouvernement
qu'Investissement Canada sera administré de façon juste et objective.
J'aimerais vous parler brièvement de l'orientation que nous entendons
donner au secteur énergétique canadien. De nombreux Américains
méconnaissent l'importance que ce secteur de l'économie canadienne
revêt pour votre économie.
Le Canada est le plus grand exportateur d'énergie vers les États-Unis.
Nous vous fournissons virtuellement 100% de vos importations de gaz et
d'électricité.
Nous sommes le plus grand exportateur d'uranium et votre deuxième
plus grand fournisseur de pétrole. Au rythme de 580 000 barils par jour,
nous vous fournissons plus de pétrole que n'importe lequel des pays de
1'OPEP.
Le renouveau économique dépend de la vigueur du secteur énergétique.
Les investissements dans ce domaine comptent pour 30% de tous les
investissements faits au Canada, et les retombées d'un secteur
énergétique fort et en pleine expansion sont énormes pour le reste de
l'économie.
Comme bon nombre d'entre vous le savent; le Programme énergétique
national est né d'intentions louables; de toute évidence, les méthodes
employées et les résultats obtenus ne le sont pas. Le PEN n'a tout
simplement pas réussi à atteindre les trois objectifs fixés: équité,
sécurité des approvisionnements et canadianisation.
Notre objectif immédiat est de faire de l'énergie un secteur dynamique
en pleine croissance. Nous voulons réaffirmer aux investisseurs qu'il y a
là des possibilités exceptionnelles.
Nous croyons à l'auto-discipline du marché. Nous entreprenons en ce
moment des consultations en vue d'abolir les mécanismes de contrôle
des prix du pétrole au Canada. Nous appliquons la même ligne de
pensée à nos exportations. Depuis le 1er novembre, par exemple, nos
excédents de gaz naturel vous parviennent à des prix établis en fonction
du marché par les vendeurs et les acheteurs, et non par le
gouvernement. Certains signes nous font déjà croire que, après
plusieurs années de déclin, le volume de nos exportations commence à
remonter aux niveaux traditionnels. En 1985, la valeur du gaz naturel
vendu aux États-Unis pourrait s'élever à un milliard de dollars de plus
qu'en vertu du système de fixation des prix de l'ancien gouvernement. Le
jeu des forces du marché donne de bons résultats.
Nous entendons modifier la législation concernant la rétrocession des
terres, selon laquelle le gouvernement se réserve une participation de
25% dans toutes les activités d'exploitation des Terres du Canada. Le
Canada ne s'est pas bâti par l'expropriation rétroactive de la propriété
des gens. I1 s'agit d'une pratique odieuse que le nouveau gouvernement
du Canada n'entend pas suivre.
Enfin, dans la perspective des grands changements que connaîtront
l'ensemble des prix de l'énergie, nous entreprendrons bientôt un vaste
examen de la taxation fédérale dans le domaine. Nous ferons en sorte
que notre régime fiscal laisse une bonne place aux stimulants
nécessaires aux investissements. La canadianisation demeure un
objectif.
Mais le système doit être juste, et il le sera, pour tous ceux qui
investissent dans la croissance de notre économie. L'enjeu est le même
pour tous bâtir le Canada et les règles pour y parvenir le seront aussi.
Elles ne seront pas changées au détriment des joueurs en cours de
route.
Le Canada fait face à de sérieux problèmes, mais il a devant lui un
brillant avenir. Le Canada est l'un des pays du monde le plus doté en
ressources naturelles. Ces richesses, nous n'avons pas le droit de les
gaspiller et de mal les administrer. Dans un certain sens, elles
constituent une responsabilité collective. L'administration de ces
richesses impose une obligation toute particulière à ceux qui ont été
choisis pour gouverner notre nation.
Nous devons nous efforcer d'atteindre un niveau de vie qui ne le cède à
quiconque dans le monde, et nous devons partager cette prospérité
avec ceux qui ont besoin de notre aide.
Nous avons, envers tous nos citoyens, la responsabilité de leur ouvrir
des occasions d'avenir et de leur assurer justice et équité. Nous devons
essayer de contribuer au respect de ces principes dans le monde.
Le Canada doit à ses amis et à ses alliés de faire sa juste part pour
assurer notre sécurité collective.
Bref, les Canadiens ont l'obligation de contribuer à l'amélioration du sort
de notre planète et de la sécurité de ses habitants.
Nous nous devons à nous-mêmes d'honorer l'excellence et de chercher
sans relâche à l'atteindre. Le Canada doit se porter à la défense de tout
ce qu'il y a de mieux dans tous les champs de l'activité humaine, et il ne
fera aucun compromis dans la poursuite des valeurs qui constituent le
fondement moral de toutes les grandes nations.
Voici le rêve que j'ai pour mon pays: un Canada juste et équitable,
généreux et tolérant.
Je vous invite à vous joindre à moi pour faire de ce rêve une réalité.
Source : Mulroney, Martin Brian. Notes pour l'allocution de Premier ministre
devant les membres de l'Economic Club de New York. [Ottawa : Cabinet du Premier ministre],
1984. 15 p.