Discours à l'ouverture de la campagne en vue de l'élection générale, le 9 mai 1949
Chers concitoyens des dix provinces du Canada, je suis heureux que le
moment soit venu ou nous pouvons tenir des élections générales.
Depuis que je suis devenu premier ministre de notre pays en novembre
dernier, j'ai toujours désiré obtenir un mandat du peuple lui-même. Mais
avant de pouvoir vous demander de nous renouveler votre confiance, il y
avait trois choses que le gouvernement devait faire.
La première était de mener à bonne fin les négociations en cours en vue
de l'union de Terre-Neuve et du Canada.
La seconde était de parachever les pourparlers en vue du Pacte de
sécurite de l'Atlantique-nord et d'obtenir la ratification de ce traité par
vos représentants au Parlement.
La troisieme était de nous présenter devant le Parlement lui-même, de
soumettre les comptes publics, déposer les credits, présenter le budget
et prolonger pour une année certaines mesures nécéssaires, comme la
régie des loyers.
Ces trois choses ont été faites et nous nous sentons maintenant libres
d'en appeler au peuple.
J'ai eu la responabilite, à titre de premier ministre, de diriger le
gouvernement qui a administré les affaires du pays au cours des six
derniers mois.
Dans ce premier discours de la campagne électorale, je veux vous
rendre compte de la manière dont nous avons conduit vos affaires au
cours de ces six mois.
Lorsque je suis devenu premier ministre, le gouvernement avait entamé
des pourparlers avec une délégation de Terre-Neuve qui, avait été
envoyée à, Ottawa pour convenir des conditions de l'union de nos pays.
Ces discussions ont, été poursuivies dans une atmosphère cordiale par
des hommes qui s'attendaient à devenir concitoyens, sous peu et qui
voulaient vivre ensemble dans l'harmonie. Le 11 décembre, les
conditionns de l'union furent signées au Parlement d'Ottawa; mais elles
ne pouvaient entrer en vigueur qu'après avoir été approuvées par le
Parlement.
Au cours de ces mêmes mois de novembre et de décembre, le
gouvernement préparait également les travaux de la session du
Parlerment. A l'ouverture de la session en janvier, notre programme fut
annoncé au Parlement et au peuple canadiens.
Le premier point de ce programne était la législation relative à l'entrée
de Terre-Neuve dans la Confédération. Le gouvernement présenta
ensuite la législation d'urgence, y compris la régie des loyers, qui fût
adoptée avant le 31 mars. Il ne faut pas oublier que, si le Parlement
n'avait pas prolongé cette loi d'une année, la régie des loyers serait
devenue inopérante le 27 mars.
A la fin de mars également, le projet du Traité de l'Atlantique-nord avait
été préparé par les représentants du Canada et des autres nations de
l'Atlantique nord réunis à Washington.
Nous étions d'accord que ce projet était excellent mais nous avons voulu
demander au Parlement d'approuver les principes de ce traité avant de
le signer au nom du Canada. Nous voulions que le monde sache que
tous les Canadiens sont unis dans leur détermination à maintenir la paix.
Le Gouvernement étant d'avis que les relations amicales entre le
premier ministre du Canada et le Président des États-Unis qui avaient
existé entre monsieur King et le Président Roosevelt, étaient de haute
importance pour nos deux pays, j'ai été heureux d'accepter une invitation
du Président Truman à passer une fin de semaine à Washington en
février pour renouveler et consolider les liens d'amitié qui nous unissent
depuis sa visite chez nous il y a deux ans. Cette visite de fin de semaine
n'a nullement retardé les travaux de la Chambre.
Mais, à mesure que la session du Parlement avançait, il devint de plus
en plus évident que la perspective d'une élection rendait plus difficile de
conduire les travaux de la Chambre dans l'ordre et qu'il serait dans
l'intérêt du peuple canadien de tenir des élections le plus tôt possible.
Néanmois, lorsque le Parlement ajourna pour le congé de Pâque, nous
avions accompli beaucoup de travail. Terre-Neuve était devenue la
dixième province canadienne, le Pacte de l'Atlantique nord avait été
signé avec l'approbation du Parlement, la législation d'urgence avait été
adoptée et le budget avait été soumis.
A mon retour de l'ouest après Pâques, il était clair que le peuple
canadien s'attendait à une élection et que le pays vivrait dans une
atmosphère d'élections tant qu'elles n'auraient pas eu lieu.
Nous étions d'avis que le gouvernement - car notre gouvernement est un
nouveau gouvernement - avait mené à bonne fin presque toutes les
affaires urgent et que nous pourrions servir nos concitoyens plus
efficacement après avoir reçu un vote de confiance du peuple lui même.
Disons, en d'autres termes, que nous étions d'avis que le temps était
venu pour le peuple de décider lui-même à, quels hommes il voulait
confier les affaires publiques pour les quatrs ou cinq prochaines années.
Les affaires publiques sont simplement les affaires du peuple - vos
affaires. Et c'est par des élections générales que le peuple du pays
garde le contrôle sur son gouvernement et sur l'administration de ses
affaires.
Le 27 juin, les Canadiens choisiront deux cent soixante- deux hommes
et femmes pour les représenter à la Chambre des Communes. En
élisant votre député, vous contribuerez à décider quel gouvernement le
pays aura pour les quatre ou cinq années qui viennent.
A notre avis, il n'aurait pas été juste à l'endroit d'un grand nombre de
voteurs qui s'éloignent de leur foyer au milieu de l'été, de retarder
l'élection après la fin de juin; mais nous étions également d'avis que
nous devions demander au Parlement d'approuver certaines mesures
sans tarder. Nous voulions, si possible, faire voter par le Parlement les
crédits nécessaires à l'administration du pays durant la période
électorale et jusqu'à la convocation du nouveau Parlement. Je suis
heureux de pouvoir dire que les crédits nécessaires ont été votés le
dernier jour d'avril.
Le gouvernement s'était également proposé que les pensions de
vieillesse et celles des aveugles, qui avaient été établies par le
gouvernement libéral et augmentées deux fois déjà sous des
administrations libérales, soient augmentées de nouveau.
Nous croyions que les Canadiens étaient désireux de voir ce projet
réalisé et nous avons réussi à faire autoriser par le Parlement une
augmentation de $10 par mois dans le taux de ces pensions. Comme
vous le savez, ces pensions pour les viellards et les aveugles sont
administrées par les gouvernements provinciaux mais le gouvernement
fédéral en paie 75 pour cent.
Une des plus grandes mesures sociales adoptées par le gouvernement
libéral est la loi des allocations familiale. Après nous être rendu compte
des grands bienfaits de cette loi qui a amélioré la santé et le bien-être
de nos enfants, augmenté la fréquentation scolaire et rendu plus
heureuse la vie de famille, nous du gouvernement en sommes venus à la
conclusion que les allocations devaient être payées sans diminution du
taux à tous les enfants de la famille, quel qu'en soit le nombre. Nous
étions également d'avis que les enfants des familles nouvellement
établies au Canada devraient avoir droit aux allocations après un an de
résidence au pays, au lieu de trois.
Je suis heureux de pouvoir dire que ces deux amendements à la loi des
allocations familiales ont été adoptée au cours de la dernière semaine
de la session.
Au cours de cette même session, les représentants du Canada ont
signé à Washington l'Accord intenational sur le blé. A notre avis, il était
important de faire approuver par le Parlement cet accord qui est de la
plus haute importance pour nos cultivateurs et pour tonte notre
économie. L'accord fut approuvé par le Parlement vers la fin de la
session.
Enfin, nous avons obtenu l'approbation unanime par le Parlement du
Pacte de sécurité de l'Atlantique-nord, que le Canada a ratifié à
Washington mardi dernier. Je crois que les Canadiens seront heureux
que notre pays ait été le premier à ratifier le traité, démontrant ainsi, que
nous, Canadiens, sommes prêts à faire notre part pour parer à la
menace du communisme totalitaire et pour assurer la paix.
Il y a également eu une réconfortante évolution d'importance historique
dans les relations entre les nations du Commomwealth qui a permis à
l'Inde de demeurer au sein de notre libre association de nations. Cette
évolution a débuté à la réunion des premiers ministres tenue à Londres
en octobre dernier et à laquelle j'étais présent. Elle fût complétée à une
deuxième réunion tenue le mois dernier à laquelle le Canada était
dignement représenté par monsieur Pearson, Secrétaire d'État aux
Affaires extérieures.
Voilà un compte rendu de la manière dont nous avons administré vos
affaires depuis six mois. Mais nous ne vous demandons pas de juger le
gouvernement seulement sur les réalisations des six derniers mois. Bien
que le présent gouvernement soit un nouveau gouvernement, il est aussi
un gouvernement libéral; nos réalisations couvrent les quatre années
écoulées depuis l'élection de l945 et, à la vérité, depuis bien avant 1945,
Je suis sûr que vous vous attendez tous et toutes à ce que je vous en
rende compte également.
Lors des élections de 1945, nous avons promis de réduire les impôts et
nous avons aussi promis de faire ce que nous pourrions pour réduire la
dette nationale.
Ces promesses, nous les avons tenues.
Les impôts ont été diminués tous les ans depuis 1945 et il en est ainsi
de la dette nationale. Les Canadiens, j'en suis sûr, estiment qu'il est
sage de payer ses dettes et ils sont d'accord aussi qu'il est bon de
réduire la dette nationale quand la chose est possible. Vous savez que
plus nous réduisons la dette nationale, plus il nous est facile ensuite de
réduire les impôts. A la suite du dernier budget, sept cent cinquante mille
Canadiens n'ont plus un sou d'impôt sur le revenu à payer. Et l'impôt des
autres a été considbérablement diminué. Les exemptions à l'impôt sur le
revenu sont maintenant pratiquement au niveau d'avant-guerre et, dans
presque tous les cas, le taux de l'impôt est inférieur à ceux de la
Grande-Bretagne et des États-Unis.
Depuis 1945 nous nous sommes débarrassés entièrement de plusieurs
taxes établies durant la guerre; et plusieurs autres ent été sensiblement
réduites. Et tout en réduisant les impôts et la dette, nous avons réussi à,
augmenter la sécurité sociale à un degré sans précédent dans l'histoire
du Canada.
Devant ces réalisations, je suis sûr que la majorité d'entre vous
admettrez que le présent gouvernement a administré les finances
publiques qui sont vos finances - avec ordre et avec sagesse.
Je voudrais aussi vous rappeler certaines autres réalisations des quatre
dernières années qui ont opéré de grands changements au Canada.
Notre pays a vu au rétablissement des anciens combattants et au soin
des victimes de la guerre d'une manière sans égale au monde.
Depuis 1945, le Canada a joui - et jouit encore aujour- d'hui - d'un haut
niveau d'emploi et de prospérité. L'industrie à rapidement passé de la
production de guerre à la production de paix. Patrons et ouvriers ont
collaboré à cette reconversion.
Et je suis heureux de dire combien les travailleurs en général ont agi
avec modération et jugement en ces années d'après guerre. Je doute
qu'il y ait eu d'autres périodes de changements si subits où les relations
patronales-ouvrières aient été aussi satisfaisantes.
Notre politique a été conçue de manière à maintenir l'emploi à un niveau
très élevé. Mais nous avons aussi augmenté la sécurité d'un plus grand
nombre de travailleurs et de familles en amendant la loi
d'assurance-chômage établie par le gouvernement libéral en 1941.
J'ai déjà fait mention ces récents amendements à la loi des allocations
familiales et à la loi, des pensions de vieillesse, autres jalons de notre
programme de sécurité sociale. L'an dernier, nous avons établi un
programme d'octrois aux gouvernements provinciaux pour améliorer les
services de santé et d'hospitalisation sur une base nationale et pour
préparer les voies à de nouveaux progrès dans ce domaine si important
de la santé publique.
Le présent gouvernement a établi des prix minima pour assurer plus de
sécurité aux cultivateurs et aux pêcheurs. Nous sommes d'avis que
cultivateurs et pêcheurs ont droit à leur juste part du revenu national, et
jamais ils n'ont été plus prospères que ces dernières années. Le
gouvernement a aidé au maintien et à, la restauration du commerce
international et de nos marchés étrangers, disloqués par la guerre.
Nous avons conclu des accords fiscaux avec la plupart des
gouvernements provinciaux. Ces accords ont consolidé leur situation
financiere et leur autonomie réelle.
Au cours des quatre dernières années, l'industrie cana- dienne a fait des
pas de géant et notre prospérité n'a jamais flanché. En fait, aucun pays
au monde ne peut se louer de meilleures réalisations. Et le peuple
canadien est fier que sa citoyenneté ait été définie dans la loi de 1946
sur la citoyenneté canadienne.
La plus grande de nos réalisations n'a même pas été prévue en 1945.
Je crois que ce fût une source de satisfaction pour vous tous, comme
c'en fût une pour les membres du gouvernement, que nous avons pu
réaliser cette union avec Terre-Neuve que les Canadiens espéraient
depuis plus de quatre vingts ans, et compléter ainsi le rêve des Pères
de la Confédération.
En cette époque où tant de pays s'inquiètent au sujet de l'intégrité de
leur territoire et même de leur survie, il est merveilleux que, par le libre et
paisible choix des deux peuples, nous ayons pu accroître notre territoire
de plusieurs centaines de milliers de milles carrés, et notre population,
de trois cent mille nouveaux Canadiens.
Une des raisons pour lesquelles il nous a été possible de réaliser autant
est que notre gouvernement n'est pas l'affaire d'un homme mais d'une
équipe d'hommes exceptionnellement qualifiés.
Aucun gouvernement ne peut espérer faire face aux problèmes très
difficiles du jour si le cabinet ne comprend pas plusieurs hommes de
première force, dont un certain nombre au moins ayant acquis cette
sagesse que seule l'expérience peut donner. D'autre part, nul
gouvernement ne peut rester alerte et vigoureux s'il ne continue à attirer
de jeunes hommes bien doués. Il ne s'est guère passé d'années depuis
le début de la guerre sans que de nouveaux hommes soient entrès dans
le gouvernement pour le fortifier et l'aider à faire face à de nouvelles
responsabilités.
Dans un prochain discours, j'ai l'intention de vous en dire plus long sur
mes collègues du cabinet. Vous les connaissez, au moins de réputation.
Demandez-vous un moment combien d'hommes aussi doués les autres
partis réunis peuvent fournir.
Je crois que vous admettrer, que, quel que soit le programme d'un parti
politique, ce dernier ne peut servir le peuple canadien comne il a le droit
de l'être, s'il n'a pas parmi ses dirigeants des hommes et des femmes
qui possèdent les capacités et l'expérience voulues pour appliquer son
programme et administrer les affaires courantes du pays.
Nous avons démontré que nous sommes un gouvernenent. capable de
régler de grands problèmes comme l'Union avec Terre-Neuve et le
Pacte de L'Atlantique-nord; et nous avons démontré que nous sommes
également capables de nous intéresser à ces problèmes qui affectent la
vie de chaque individu comme les allocations familiales, les pensions de
vieillesse et la régie des loyers.
Lorsque vous aurez à décider à quel parti vous voudrez confier la
responsabilité de gouverner notre pays, vous voudrez savoir quelles sont
les réalisations de chaque parti et quels hommes le composent. Vous
voudrez savoir aussi quelle est sa politique et si, cette politique est la
meilleure pour le Canada tout entier.
Aux prochaines élections on aura à choisir entre trois politiques dans la
plupart des comté.
L'une d'elles est le socialisme. Je ne crois pas que beaucoup de
Canadiens désirent le socialisme, même ceux que j'ai décrits comme
des libéraux, à la hâte.
Un autre choix pourrait être le torysme à l'ancienne mode déguisé sous
une nouvelle étiquette. Je ne crois pas que beaucoup de Canadiens
désirent, le retour du torysme réactionnaire, quel que soit le nom qu'il
porte pour le moment.
Je crois que l'attitude et les principes du parti libéral correspondent aux
désirs de la plupart des Canadiens - et même d'un grand nombre qui ne
se disent pas libéraux. Et je m'adresse ici spécialement à ce million de
jeunes Canadiens et Canadiennes qui auront droit de voter pour la
première fois le 27 juin prochain. Permettez-moi de vous rappeler que
pour être réellement progressiste il ne suffit pas d'ajouter le mot
"progressiste" au nom d'un parti politique.
Aucun parti n'a plus de zèle pour les réformes sociales que le parti
libéral. Mais ce qui distingue nette les libéraux des CCF, c'est que nous
ne désirons pas enlever aux gens ce qu'ils possèdent ni enregimenter
une grande proportion des voteurs dans des entreprises d'État.
Aucun parti ne croit plus fortement que les libéraux que l'initiative
individuelle et l'entreprise privée sont essentielles à une nation saine,
prospère et progressive. Le parti libéral ne veut pas convertir l'État en un
instrument d'exploitation; mais les libéraux sont prêts à user des
pouvoirs de l'État pour aider à donner à tous des chances égales et pour
empêcher l'exploitation de la population par des intérêts égoistes.
C'est là, je crois, l'attitude que la majorité des Canadiens approuvent et
c'est pourquoi le libéralisme les attire si fortement.
En 1945, notre pays était encore organisé en vue d'un effort de guerre
total. A l'élection tenue cette année-la, le gouvernement libéral demanda
au peuple canadien un mandat en vue d'organiser la trasition de la
guerre à la paix. Notre conversion de l'économie de guerre en économie
de paix a été accomplie et elle a été accomplie avec succès.
A l'intérieur des frontières canadiennes, la Providence nous a évité un
grand nombre de dangers et de difficultés qui menacent tant de nations.
Si certains individus et certaines familles ont encore des problèmes et
des difficultées, presque tous les Canadiens vivent libres et prospères,
dans un pays où tous, hommes et femmes, ont des droits égaux et où
nous nous efforçons d'assurer à tous des chances égales.
Trop peu de pays sont aussi fortunés que le nôtre; et je crois que nous
avons appris que notre sécurité et notre prospérité dépendent au moins
autant de ce qui ne se produit au delà de nos frontières que de ce qui
arrive chez nous. C'est pourquoi le premier souci du gouvernement est le
maintien de la paix et de la sécurité. Et je suis sûr que c'est également
votre premier souci.
Je suis sûr qu'il y a peu de Canadiens qui ne se rendent pas compte que
le maintien de la prospérité dans toutes les parties du Canada dépend
du maintien de notre commerce avec d'autre pays. Et c'est pourquoi le
commerce a une telle importance dans notre programme.
En 1945, le gouvernement libéral vous a demandé un mandat pour
maintenir l'emploi à un haut niveau et augmenter la sécurité sociale. Sur
le plan domestique cela demeure le premier objectif du gouvernement
actuel.
Le Canada est aujourd'hui une nation adulte. Nous voulons que cela soit
reconnu pleinement dans notre constitution et dans nos lois. Et nous
voulons également encourager l'expression de notre esprit national.
Nous vous demandons maintenant un nouveau mandat - un mandat en
vue de continuer à travailler à la paix et à la sécurité, à l'augmentation
de
notre commerce et de notre prospérité, au maintien de l'emploi et de la
sécurité sociale; à la complète reconnaissance du caractère adulte de la
nation canadienne et à encourager davantage le développement de nos
ressources intellectuelles, scientifiques et artistiques, en un mot, de
notre conscience nationale.
Maintenant, un mot de mes projets de campagne électorale.
Le devoir du gouvernement dans un pays démocratique est
d'administrer les affaires du peuple dans l'intérêt de tous. Comme tous
ne peuvent décider eux-mêmes de toutes les questions, ils élisent des
représentants pour agir en leur nom. Si notre système de gouvernement
doit fonctionner, le peuple doit élire des représentants en qui il ait
confiance. C'est pourquoi la confiance dans les hommes publics est une
condition essentielle de tout gouvernement démocratique.
Or, la confiance en quelqu'un résulte de la connaissance que l'on a de
ses réalisations et, toutes les fois que cela est possible, de l'homme
lui-même. C'est pourquoi, depuis que je suis devenu premier ministre, je
n'ai pas manqué une occasion de visiter différentes régions du Canada
et de rencontrer autant de mes concitoyens que possible. En moins de
six mois, j'ai visité maints endroits de Halifax à Victoria.
Au cours de la quinzaine que j'ai passée dans l'ouest du Canada, au
temps de Pâques, j'ai rencontré plusieurs milliers de Canadiens, j'ai
causé avec eux et je voudrais remercier tous ceux que j'ai rencontrès,
hommes, femmes et. enfants, de la cordialité de la réception qu'ils nous
ont accordée à ma femme et à ma fille comme à moi-même. Partout où
nous sommes allés, nous nous sommes toujours sentis chez nous et
nous avons constaté qu'être citoyen canadien comporte des avantages
qu'aucune loi du Parlement ne peut exprimer. Tout ceux que nous avons
rencontrès, qu'ils soient d'origine française ou britannique ou qu'ils
soient de nouveaux Canadiens d'autre origine, tous sont attachés à
notre commune patrie et tous sont fiers de se dire Canadiens.
Au cours de la présente campagne, je vais continuer ces visites de bon
voisinage et ceux que j'ai déjà renconyrés comprendront, je n'en doute
pas, que je veuille d'abord visiter les endroits où je ne me suis pas
encore rendu. Le Canada est encore plus grand aujourd'hui que lorsque
je suis devenu premier ministre et je me ferai une fête de visiter mes
concitoyens de Terre-Neuve.
Et partout où j'irai, que je parle en anglais ou en français, je parlerai de la
même manière et exposerai le même programme.
Le parti libéral ne préconise pas des idées différentes selon qu'il
s'adresse à une région ou à une autre, à une classe ou à une autre.
Notre politique est conçue en vue du bien de tous les Canadiens dans
toutes les parties du Canada. Notre objectif est un Canada pacifique
dans un monde pacifique, et je suis sûr que c'est aussi le vôtre.
Notre objectif est un pays de plus en plus prospère et je sais que c'est
aussi le vôtre.
Notre objectif est du travail pour tous ceux qui, sont capables de
travailler et la sécurité pour la famille et le foyer, et je suis sûr que c'est
également le vôtre.
Notre objectif est un Canada fort et uni où un peuple libre et vigoureux
pourra faire fructifier de plus en plus ses talents et ses énergies, et je
suis sûr que c'est aussi le vôtre.
Donnons-nous tous la main pour faire de notre grand et heureux pays un
pays encore plus grand et encore plus heureux.
Source : St-Laurent, Louis. Louis St-Laurent au peuple canadien : discours du
très honorable Louis S. St-Laurent, Premier ministre du Canada à l'ouverture de la campagne en vue de
l'élection générale : radiodiffusé sur le réseau national de la Société Radio-Canada. [Ottawa : Cabinet du Premier
ministre], 1949. 16 p.