Conclusions de la présidence de la réunion des ministres du Travail et de l'Emploi du G8

Montréal (Canada)

Préambule

Nous sommes d'avis que la politique gouvernementale joue un rôle fondamental dans l'établissement d'un contexte macro-économique qui stimule la croissance durable de l'économie et l'emploi. Des réformes structurelles s'imposent pour soutenir le redressement et fortifier la croissance de la productivité dans nos économies respectives. Bien que les perspectives mondiales demeurent teintées d'incertitude, il ne fait aucun doute que la plupart des pays industrialisés disposent d'assises économiques et sociales et que les perspectives de croissance y sont favorables.

Nous avons convenu de la nécessité d'adopter des mesures tenant compte des fluctuations économiques à court terme et des changements structurels à longue échéance. Au ralentissement cyclique qui vient de se produire - et à la perte d'emplois qui en a résulté – succéderont une croissance de l'emploi et les possibilités qui en découlent, mais les nouveaux emplois ne remplaceront probablement pas les emplois disparus. L'économie du savoir requiert des niveaux supérieurs de compétences et d'adaptabilité, et les progrès technologiques exigent des compétences plus poussées qu'il faut acquérir toujours plus rapidement. En raison des changements structurels prévus à longue échéance, la croissance économique, la productivité accrue, la compétitivité à l'échelle mondiale et le progrès social nécessitent aujourd'hui plus que jamais une main-d'œuvre bien informée et compétente. En outre, pour bon nombre, trouver un emploi et le conserver est le meilleur moyen de se soustraire à la pauvreté.

Un plus grand nombre d'emplois de qualité, l'amélioration de l'employabilité et de l'adaptabilité, de même que la suppression des obstacles, y compris toute forme de discrimination, et des facteurs dissuasifs qui empêchent les gens d'accepter ou de conserver un emploi demeurent des préoccupations majeures du G8. Pour atteindre ces objectifs, les partenaires sociaux et les autorités publiques doivent entretenir des rapports mutuels en vue d'assurer un bon équilibre entre l'adaptabilité d'une organisation et la sécurité des travailleurs, de déterminer quelles sont les meilleures pratiques d'emploi et de faire avancer le dossier de l'apprentissage continu et celui de l'égalité des sexes.

Pour s'adapter aux changements structurels sur le plan socio-économique, il faut permettre à tous les travailleurs de trouver leur place sur le marché du travail. Compte tenu des changements démographiques imminents, il est nécessaire que tous les membres éventuels de la population active participent pleinement au marché du travail, contribuant ainsi à la stabilité et à la cohésion sociales. Le thème du perfectionnement des compétences s'inscrit dans un débat plus vaste sur les possibilités, les conséquences sociales et les défis que présente la mondialisation, ainsi que sur l'avenir et la qualité du travail.

Avec la collaboration active des partenaires sociaux, des établissements d'enseignement et d'autres intervenants, les gouvernements se doivent d'investir dans les gens, particulièrement les personnes qui sont désavantagées. Nous savons pertinemment que le savoir se répercute de façon non négligeable sur la productivité et la réussite des citoyens comme sur celles de l'État, de même qu'il favorise la cohésion et l'inclusion sociales. Pour réussir au 21e siècle et se réaliser pleinement sur les plans économique et social, les citoyens doivent posséder les compétences et les connaissances requises et ils doivent avoir accès aux possibilités qu'offre le marché du travail. Pour cette raison, les investissements dans la capacité des gens de perfectionner leurs compétences sont parmi les plus rentables que puissent faire le gouvernement et la société.

Nous estimons que l'investissement dans le perfectionnement des compétences s'impose tout au long du cycle de vie. Et il y a urgence : à cause des changements démographiques, les nouveaux venus seront moins nombreux sur le marché du travail, et une bonne part des travailleurs qui seront actifs en 2015 font déjà partie de la population active. Les stratégies doivent donc répondre non seulement aux besoins en matière de perfectionnement des compétences de la population active de demain, mais aussi à ceux de la population active d'aujourd'hui. Les stratégies adoptées pour répondre aux besoins immédiats en matière de compétences de la main-d'œuvre en place serviront de fondements aux stratégies à long terme tenant compte des besoins des futurs travailleurs.

Nos discussions s'articulaient autour de trois thèmes interdépendants qui s'appuient mutuellement, soit : accroître la participation au marché du travail et promouvoir une société inclusive; promouvoir l'apprentissage continu; accroître les possibilités.

Accroître la participation au marché du travail et promouvoir une société inclusive

Les niveaux actuels de chômage et d'inactivité constituent un immense gaspillage de ressources humaines, mais aussi, une source essentielle de futurs emplois productifs en raison de l'évolution démographique. Les mesures et les politiques actives d'aide à l'emploi sont essentielles pour inciter les chômeurs et les personnes qui ne font pas partie de la population active à intégrer le marché du travail.

Il est également primordial d'investir dans les gens pour accroître la participation au marché du travail et promouvoir une société inclusive. En particulier, il faudra que les groupes typiquement désavantagés sur le marché du travail puissent bénéficier d'un accès élargi aux possibilités d'apprentissage et d'emploi. Ces groupes pourront contribuer à la croissance économique durable et en tirer parti. Ils viendront élargir le bassin de travailleurs qualifiés pour les employeurs, ce qui permettra d'éviter les pénuries de main-d'œuvre. Nous nous entendons sur la nécessité de mettre à leur disposition des moyens efficaces et des mesures de soutien adaptées à leurs besoins, par exemple de l'information sur le marché du travail et des services d'orientation professionnelle afin de faciliter leur intégration économique et sociale.

Nous reconnaissons tout particulièrement qu'il est nécessaire de permettre aux travailleurs âgés d'obtenir un emploi et de le garder. Nous réitérons notre engagement à adopter les mesures exposées dans la Charte de Turin : vers un vieillissement actif et d'encourager les employeurs et les travailleurs à conjuguer leurs efforts pour tenir compte des besoins et des choix des travailleurs âgés tout en insistant sur les possibilités d'apprentissage, les conditions de travail de même que le milieu de travail.

Nous réitérons notre volonté ferme de promouvoir l'égalité des sexes et la participation des femmes au marché du travail en ce qui concerne l'accès à l'emploi, l'avancement professionnel, la rémunération et la nécessité de pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale. Nous convenons aussi de promouvoir et d'élaborer des politiques permettant aux personnes ayant des responsabilités familiales de conserver un travail ou de se réinsérer dans le marché du travail tout en jouissant d'un équilibre entre responsabilités familiales et responsabilités professionnelles.

Promouvoir l'apprentissage continu : pleins feux sur les apprenants adultes

Dans l'économie du savoir, il ne suffit pas de posséder une bonne scolarité de base. L'apprentissage doit s'étendre sur toute la vie. Comme l'indique la Charte de Turin, les citoyens des États membres du G8 doivent délaisser la notion conventionnelle du cycle de vie comportant trois étapes, à savoir les études, le travail et la retraite, pour adopter une approche dynamique quant au cycle de vie, où l'apprentissage continu, le perfectionnement des compétences et l'avancement professionnel sont intimement liés.

Le virage vers l'apprentissage continu n'est pas sans répercussion sur les gens, les employeurs et les établissements d'enseignement traditionnels. Les systèmes d'apprentissage rejoignent une cohorte d'étudiants toujours plus diversifiée à davantage d'étapes de la vie et à davantage d'endroits. Ces systèmes doivent pouvoir faciliter les nombreuses transitions entre l'apprentissage et le travail et mieux répondre aux besoins des travailleurs de sorte qu'ils puissent suivre leur plan de carrière.

En ce qui concerne la main-d'œuvre de demain, les sociétés devront veiller à ce que les enfants acquièrent très tôt de solides compétences de base. Afin que les jeunes puissent passer sans heurt du milieu scolaire au monde du travail, il conviendrait de les encourager à acquérir une expérience de travail pratique ou encore une formation professionnelle. Ils pourront ainsi bâtir leur carrière tout en acquérant les compétences dont ils auront besoin plus tard. Il importe aussi de faire en sorte qu'ils aient la volonté d'apprendre tout au long de leur vie.

Quant à la main-d'œuvre d'aujourd'hui, les systèmes d'apprentissage doivent être adaptés aux travailleurs adultes. Nous réitérons l'engagement énoncé dans la Charte de Cologne à l'égard de l'acquisition de compétences chez les adultes, engagement qui se traduit par le soutien voulu de la part des administrations publiques ou des employeurs, qui tient compte des besoins des familles et qui prévoit de véritables possibilités de perfectionnement professionnel tout au long de la vie. De plus, nous encourageons vivement l'adoption de politiques qui ne tardent pas à rehausser dans une large mesure les niveaux d'apprentissage des adultes.

Nous savons qu'il importe de mieux tenir compte des divers facteurs qui incitent à l'apprentissage, en particulier chez les travailleurs adultes qui ne sont pas bien servis par les systèmes existants, à savoir les chômeurs, les gens peu qualifiés, les travailleurs à temps partiel ou occasionnels ou les personnes qui participent à un autre régime de travail, et qu'il importe d'adopter des incitatifs efficaces. Nous pouvons envisager différentes façons de mieux encourager les gens et les familles à investir en eux-mêmes par l'apprentissage continu.

Nous convenons de favoriser les innovations en matière d'apprentissage, par exemple l'apprentissage électronique, qui sont aptes à transformer les établissements, à améliorer l'accès aux possibilités d'apprentissage et à fournir de nouveaux moyens pour les approches axées sur l'apprenant.

Nous croyons que le gouvernement ne peut relever à lui seul le défi que pose l'apprentissage continu, vu son ampleur. Pour assurer l'accès aux possibilités d'apprentissage profitables, il est primordial d'établir un partenariat fructueux et concerté qui réunit tous les ordres de gouvernement, les syndicats, les entreprises, les collectivités, les établissements d'enseignement, les familles et les gens. Ainsi, à court terme :

Les employeurs ont beaucoup à gagner à investir dans le perfectionnement professionnel de la main-d'œuvre; les gains se mesurent à l'augmentation de la productivité et à la capacité d'innovation. C'est pourquoi nous devrions chercher à supprimer les obstacles à l'apprentissage en milieu de travail et encourager les employeurs à créer des partenariats avec les établissements d'enseignement. Nous savons pertinemment que les petites et moyennes entreprises devront relever des défis particuliers à ce chapitre.

En investissant dans le perfectionnement professionnel de la main-d'œuvre, les entreprises veillent à la motivation et à la satisfaction des travailleurs et augmentent du même coup leur efficience et leur productivité. Compte tenu de la responsabilité sociale de l'entreprise, les employeurs pourraient, surtout, faciliter l'apprentissage continu des travailleurs qui possèdent peu de compétences ou qui risquent davantage d'être exclus du marché du travail.

Nous invitons tous les partenaires à se joindre à nous pour promouvoir le perfectionnement de la main-d'œuvre et l'apprentissage continu.

Accroître les possibilités

Les programmes gouvernementaux devraient accroître les possibilités d'apprentissage et les possibilités qu'offre le marché du travail à l'intention des gens qui s'y trouvent déjà et de ceux qui ont besoin de soutien pour s'y insérer.

Nous reconnaissons le rôle particulier que peut jouer le gouvernement pour réduire les obstacles financiers et structurels à l'apprentissage. Nous convenons de revoir et d'instaurer, selon les besoins, des mécanismes financiers qui appuieront l'apprentissage continu.

Le gouvernement doit recueillir et diffuser de l'information utile sur le marché du travail afin d'éclairer la prise de décisions quant à la poursuite de l'apprentissage ou à la création d'un climat propice à l'apprentissage. Cette information peut démontrer les avantages qui découlent de l'apprentissage et favoriser ainsi la participation des gens et des employeurs. Grâce à cette information et à l'orientation professionnelle, les apprenants peuvent prévoir quelles seront les nouvelles compétences exigées et ainsi répondre aux attentes des employeurs, ce qui permet de régler les questions concernant l'offre et la demande et accélère l'adaptation au marché du travail. Dans ce sens, l'échange international de sources d'information et d'expériences pourrait aider les gouvernements à planifier en fonction des besoins du marché du travail de demain.

La reconnaissance des titres et des compétences favorise l'utilisation optimale des ressources du marché du travail, car elle permet aux travailleurs de mettre l'éventail de compétences qu'ils possèdent au profit d'emplois productifs et facilite l'accès à d'autres possibilités d'emploi et d'apprentissage.

Nous sommes d'accord pour poursuivre nos efforts en vue d'instaurer des mécanismes transparents d'évaluation et de reconnaissance des titres et des compétences, y compris l'accréditation des acquis, qu'ils aient été obtenus de façon formelle ou informelle, ou encore au sein d'autres instances. L'habilité à remplir ses fonctions tout en répondant aux besoins locaux du marché du travail constitue le principal élément dont il faut tenir compte. L'évaluation pourrait porter sur les compétences non techniques exigées dans l'économie du savoir, comme l'adaptabilité, la capacité de résoudre des problèmes et la créativité. Il faut s'attarder à l'élaboration de méthodes qui permettent d'évaluer de façon plus juste l'acquisition des compétences dans un cadre informel.

Nous reconnaissons la contribution utile de l'OCDE et de l'OIT à nos discussions, et nous les invitons à collaborer dans le dossier de la reconnaissance des titres et des compétences, ainsi que dans celui de l'apprentissage continu, et à diffuser l'information dont il est question au paragraphe 25.

Résumé et conclusions

Il est essentiel de disposer d'un nombre accru de personnes occupant un emploi productif pour pouvoir relever les grands défis du 21e siècle : éradiquer la pauvreté, suivre l'évolution démographique et faire progresser l'économie et la société fondées sur le savoir.

C'est en faisant valoir les possibilités de travail et l'intérêt qu'elles présentent, en augmentant l'investissement dans le perfectionnement des compétences, en prévoyant les incitatifs financiers voulus et en favorisant l'équilibre entre responsabilités professionnelles et responsabilités familiales qu'il sera possible de faire du « travail pour tous » une réalité.

L'investissement dans le perfectionnement des compétences des travailleurs et l'apprentissage continu est indispensable au développement économique et social. Pour porter fruit, toute stratégie de perfectionnement professionnel doit tenir compte des objectifs économiques et sociaux à court et à long terme.

Relever les défis en matière d'apprentissage exige des efforts concertés de la part des gouvernements, des employeurs, des établissements d'enseignement, des syndicats et des gens ainsi que des partenariats entre ces parties. Il faudrait tout d'abord :

Nous accueillons l'offre de l'Allemagne d'organiser la prochaine rencontre des ministres du Travail et de l'Emploi du G8 en 2003.