LA COMPLAINTE DES BRAVES GENS

Depuis assez longtemps les Religieux enseignants demandent un rajustement de traitement afin de pouvoir remplir plus facilement leurs obligations […] Nous ne voudrions pas revenir sur le passé, ni regretter les bienfaits rendus, mais c'est un truisme d'affirmer que dans notre Province on a usé et abusé de la générosité des communautés qui s'occupent des œuvres de bienfaisance ou d'éducation. Mais les exigences des temps actuels [font] que nous ne pouvons plus nous contenter du traitement quasi dérisoire avec lequel il nous a fallu faire fonctionner nos organisations […]

Des traitements par trop modestes pouvaient s'expliquer autrefois, vu la grande pauvreté de notre peuple; aujourd'hui, les temps sont meilleurs... Les Procureurs de huit congrégations enseignantes du Québec ont étudié à fond le problème […] Il faut que les sommes reçues par les salariés soient suffisantes pour faire vivre les membres qui ne reçoivent aucun salaire (juvénistes, novices, malades, etc.). Il ne serait pas exagéré de dire que 50% du personnel global des communautés ne reçoit aucun traitement. Ajoutons encore que pour calculer les appointements nécessaires à nos Fières, nous devons tenir compte de trois facteurs : formation, entretien, administration […]

En répartissant les frais d'administration et ceux de la formation des sujets entre les frères salariés, c'est à un

montant de $653.00 que nous arrivons " per capita ". Si on ajoute le montant de $547.00 (coût d'entretien), on peut affirmer que le simple maintien des congrégations enseignantes actuelles exige un traitement minimum de $1200.00 […] Ce montant ne comporte pas les frais de logement évalués à $300.00 par frère […]

Certains trouvent exagérés une demande de $1500, mais si nous pouvons à peine vivre nous-mêmes, comment pourrons-nous aider les autres. Des souscriptions lancées en faveur des frères seraient vues de mauvais œil; nous ne pouvons quêter, nous ne recevons jamais de dons appréciables […]

Serait-il à propos de produire ici quelques considérations se rapportant au personnel laïque dans notre Province? Un Normalien de Jacques-Cartier coûte à la Province plus de $2000 - un scolastique, rien ou presque. Une forte proportion (probablement plus de 50%) des membres du personnel laïc masculin n'[ont] rien coûté à la Province pour [leur] formation prise dans la communauté dont ils firent partie autrefois […]

Dans le passé, c'est soixante pour cent de notre salaire normal que nous avons sacrifié; nous ne pouvons plus consentir à ces sacrifices à cause des circonstances actuelles.

(Lettre du frère Magloire, f.e.c., à Mgr Maurice Roy, 13 décembre 1948.)

 

Source: Jean HAMELIN, Histoire du catholicisme québécois. Le XXe siècle t. 2 " De 1940 à nos jours ". Montréal, Boréal, 1984, p. 182-183.

Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais