LES PRÉDICATEURS REMETTENT LEUR PASTORALE EN QUESTION 1964

C'est dans un climat de franchise remarquable que s'est déroulée cette semaine à Montréal la session d'étude des prédicateurs, une des premières initiatives d'un " service intercommunautaire " nouvellement fondé.

Ils sont plus de 400 au Québec appartenant à une vingtaine de congrégations religieuses différentes à s'adonner à cette forme d'activité pastorale.

Les plus lucides d'entre eux sont nettement conscients de l'urgence de faire leur aggiornamento.

Le fait est là, brutal : cette forme traditionnelle de ministère a subi chez nous une chute considérable au cours des toutes dernières années. Les maisons de retraites fermées accusent une baisse inquiétante du nombre de leurs retraitants; les retraites paroissiales tombent en désuétude; le prédicateur tonnant la vérité du haut de la chaire éprouve de plus en plus le sentiment de crier dans le vide.

En revanche, de nouvelles formes de prédication sont apparues : grandes missions, missions régionales, retraites spécialisées qui posent aux prédicateurs des exigences inconnues jusqu'ici et pour lesquelles leur formation antérieure les a peu préparés.

Beaucoup de prédicateurs, nous a dit l'un d'entre eux, ne se sentent plus à l'aise dans leur condition de " perpétuels parachutés " dans des milieux auxquels ils sont totalement étrangers. Ils sentent le besoin d'un plus grand enracinement dans la communauté chrétienne où ils sont invités.

Ils ont également le sentiment que les missions de francs-tireurs sont vaines. Ils redécouvrent la fécondité du travail d'équipe.

Telle communauté, c'est le cas des frères-mineurs capucins par exemple, n'accepte plus qu'à certaines conditions les demandes qui lui viennent des paroisses : ils travailleront en équipe, prendront le temps de s'enraciner dans le milieu, viseront moins à l'enseignement verbal du haut de la chaire qu'à l'évangélisation sous le mode de " l'animation sociale ".

C'est dans ce climat d'interrogations parfois angoissantes que s'est créé l'an dernier, à la suite d'une retraite au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, prêchée par le père Kuns, des Fils de la Charité, le Service intercommunautaire des prédicateurs.

Cet organisme, qui rassemble aujourd'hui des membres de 17 communautés religieuses, est dirigé par un comité provisoire formé des pères Aurèle Motard, rédemptoriste, Jean-Joseph Lemire, capucin, et Raymond Huot, dominicain.

La présente session d'étude, qui se tient au Centre montfortain, porte sur l'avenir de la prédication. Elle rassemble quelque 150 participants.

(Le Devoir, 13 janvier 1964.)

Source: Jean HAMELIN, Histoire du catholicisme québécois. Le XXe siècle t. 2 " De 1940 à nos jours ". Montréal, Boréal, 1984, p. 320-321.
Numérisé par Patrick Falardeau, mise en forme par Mathilde Cazelais